S
ARCHIVES 1999 - 2008
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S. PROCESS / THE PARTY OF HELICOPTERS split
S.PROCESS MNML
S.PROCESS more me
S.PROCESS s/t
SAABABANKS Saababanks
SABERTOOTH TIGER Extinction is Inevitable
SABO 8 saisons à l'ombre

SABOT Mission : superstition
SAETIA a retrospective
SAETIA eroner
SAINT JAMES INFIRMARY s/t
SARAGASHUM The devil's chordbook
SAVAGE REPUBLIC 1938
SCALENE Grafting from instantaneous and fragmental fulfillment
SCIENCE OF THE YABRA Don't panic
SCUL HAZZARDS House of deads / Count less dead
SCUL HAZZARDS 7''
SCUL HAZZARDS Let them sink
THE SEARCH FOR SATURNALIA / EGON velvet / blowing trumpets
THE SEARCH FOR SATURNALIA s/t
SEAWHORES Opus magnanimous
THE SECONDS Y
SECRET MOMMY Hawaïï 5.0
SEDIA s/t
SELTEN ÜBEL s/t 12''
SET FIRE TO FLAMES Telegraphs in negative / months trapped in static
SEVEN FEET FOUR Departure/Arrival
SEAWHORES Forest
SEXUAL SURROGATE knochenleitung
SHEARING PINX Poison hands
SHELLAC Excellent italian greyhound

SHIKARI s/t
SHIPPING NEWS very soon, and in pleasant company
THE SHIPPING NEWS Flies the fields
SHOKEI / KIDS EXPLODE Split LP
SHOKEI '02 Jailbreak - 7''
SHOKEI / PETETHEPIRATESQUID Split 5''
SHOPLIFTING Self-titled - CDEP
SHOPLIFTING Body stories
SHORA / MERZBOW switching rethorics
SHORA shaping the random
SHORA Malva
SHOTMAKER the complete discography 1993-1996
SHUB The Snake, The Goose & The Ladder
SICBAY Overreaction time
SICBAY the firelit s'coughs
SICBAY Fort busy signal
SICBAY Suspicious Icons
SICBAY / CRAW space is the place / challenger
SICBAY / DEERHOOF Split 7''
SICBAY / GRAND ULENA split 7"
SICBAY/VAZ minnesota attacks - volume 1
SICK LIPSTICK Sting sting sting
SIGHTINGS s/t
SIGHTINGS Arrived in gold
SIGHTINGS Through The Panama
SIGNAL TO TRUST Golden armour
SILVER DAGGERS New high & ord

SILVER MOUNT ZION MEMORIAL ORCHESTRA Horses in the sky
SILVER MT. ZION bornintotroubleasthesparksflyupward
SINALOA Footprints on flootboards
SINCABEZA Self-titled
SINCABEZA Edit sur passage avant fin ou montée d'instrument
LE SINGE BLANC Strak !
SINGER Unhistories

SIRHAN SIRHAN Blood
SISTER IODINE Helle

SKARNSPAGE
skarnspage
THE SKULL DEFEKTS Blood spirits and drums are singing
SKULLFLOWER IIIrd Gatekeeper

SLEEPING PEOPLE s/t
SLEEPING PEOPLE Growing
SLEESTAK mach 2
SMART ASS DYNAMITE & THE NEW GENERATION OF DESTRUCTIVE ENTERTAINMENT s/t
SMOKE AND SMOKE Love Suffers long
SNACK TRUCK Harpoon
SNÖRAS Heart of weakness
SNOWMAN The Horse, the Rat and the Swan
SOCRATES Vultures, hyenas and coyotes - 7''
SOCRATES More vultures, hyenas and coyotes
SOEZA s/t
SOMETHING LIKE ELVIS shape
SON MY circulatia
SONG OF ZARATHUSTRA a poisonous movement / lude boy
SONG OF ZARATHUSTRA the messenger of heat
SONNA we sing loud sing loft tonight
SOURVEIN Ghetto Angel
SOUTHKILL Self-titled
SPEEDKING The fist and the laurels
THE SPORES not now
SQUALL How things work
THE STABS Dirt / Wading / That's it - 7''
STANDSTILL memories collector
STANDSTILL the ionic spell
THE STARVATIONS Get well soon
THE STARVATIONS Gravity's a bitch
STEREOBATE selling out in the silent era
STERLING s/t
STERLING murderer
STERLING Cursed
STIFLED CRIES s/t
THE STNNNG Dignified Sissy
THE STNNNG Fake fake
STOP IT !! Self made maps
THE STRIGGLES Expressionism
STRIKEFORCE DIABLO The albatross and the architect
STRINGS OF CONSCIOUSNESS Our Moon Is Full
STROM wellenbrecher
STRUCTION s/t - CDEP
SUBMISSION HOLD Sackcloth and ashes, The Ostrich Dies on Monday
SUBMISSION HOLD What holds back the elephant
SULLIVAN 14 Self-titled
THE SULTANS Shipwrecked
SUNBURNED CIRCLE The blaze game
SUPERBEATNIK No hand hold

SUPERSTATIC REVOLUTION / PUPILLE Split CD
SUPERSTATIC REVOLUTION / PUPILLE Split CD
SWANN DANGER Deep north / Self-titled 10''
THE SWARM Red paint on the odessa steps

SWARM OF THE LOTUS When white becomes black
SWARM OF THE LOTUS Picture 7''
SWARM OF THE LOTUS The sirens of silence
SWEETHEART Art is dead is dead
SWIMS s/t
SWING KIDS discography
SWITCHBLADE s/t 2000
SWITCHBLADE s/t 2002
SWITCHBLADE s/t 2004


S. PROCESS/THE PARTY OF HELICOPTERS
" " - split 7
Track Star 00
L'hélicoptère a un coup dans l'hélice. Après un album sur Donut Friends, fumet noisy-core brouillon, juvénile et jouissif, Party of Helicopters se met à réfléchir, poser son jeu, perd de son naturel au profit d'une meilleure maîtrise certes, mais le charme est rompu. C'est surtout la voix, calme et chantée, qui cadre mal avec le reste et gratte mes entournures. Les 2 morceaux entendus sur le web de leur prochain album font craindre le pire.... Autre face, autre moeurs. C'est surtout S.Process qui a motivé l'achat de ce split 45. Un 1er mini-lp énigmatique, attirant. Ce morceau sur et contre les " photograph-reporter " maintient le cap. Batterie et basse continuent à faire tout le boulot. Des rythmes pour danser autour du totem. Et cette voix qui vient toujours du fond de la pièce, le jeu de guitare du chanteur s'affirmant au passage. Original et marquant, pas de boucan inutile. L'album sort à la fin de l'année. Réservez vos places.
SKX (05/10/2000)

S.PROCESS
" MNML " - CD
French Kiss 03
Ce groupe m'a jeté un sort. Je pourrais tout aussi bien les détester en bloc (avec ce nouvel album, encore plus). Des relents d'années 80, des avortons de New Order qui auraient bouffé trop épicé. Leur sale groove pour fin de piste. En prime sur ce deuxième long format, S.Process a étoffé sa palette sonore avec bidouillages de synthés qui sonnent parfois comme un vrai piano. Plus une voix féminine, énième 3ème larron autour du duo historique Bob Doto et Daneil Mazone. Bref, rien d'emballant sur le papier. Et pourtant, j'adore !! Leur sale groove est carrément envoûtant. Un truc irrésistible qui donne envie de bouger instinctivement. Pourquoi les punks n'auraient-ils pas le droit de danser hein ?! Une aura mystérieuse dans ce minimalisme et si riche et rond en même temps. Des mélodies qui vous transportent. Et il en pleut à chaque morceau. Le tout dans un bocal bien mélancolique et faussement entraînant. Un mélange unique qui tient par je na sais quel miracle. S.Process, c'est un peu tout et son contraire. A vrai dire, je ne sais pas par quel bout prendre ce groupe… C'est quasi indescriptible tant on ressent des influences multiples… Une moulinette qui broie finement. Entre tous ces fameux groupes " no-wave " et ces groupes de blancs becs qui se prennent pour des blacks comme !!! ou Dance Disaster Movement mais aussi des trucs plus rock et noise qui aiment l'air vicié, S.Process crée une alchimie bien personnelle. C'est sexe, chaud et maladif. Impossible de rester indifférent devant de tels tubes comme " a boulder tycon or enya " ou " in its mouth a moulder " et le très dépouillé " five boys " (mais on pourrait citer tous les titres). Alors tentez votre chance. Qu'importe votre chapelle. Laissez tomber les préjugés. La musique de S.Process brasse large car elle est universelle (woaw, ça c'est de la phrase !). Petits et grands. Chiens et chiennes. Sortez de votre réserve et enclenchez le processus. C'est un sale punk qui vous le dit !!
SKX (05/08/2003)
S.PROCESS
" s/t " - EP
Track Star records 98
Enigmatique musique. Groupe de l'ombre. 4 titres non-nommés. Trio US dans sa plus simple expression. Approche minimaliste. Magnifiques lignes de basse. Batterie sobre mais appuyée. 4 titres étirés où on prend le temps de tisser sa toile, de respirer, d'abandonner le corps encore chaud dans des duels basse-batterie aériens, où les explosions sont d'autant plus belles. Une guitare économe aux mélodies accrocheuses avec un chanteur sur la braise. Un réel talent de compositions à faire miroiter entre The VSS et Godheadsilo. Ca prend aux tripes en toute simplicité, enveloppe d'un mystère, processus à suivre....
SKX (15/11/1999)

S.PROCESS
" more me " - CD
Track Star 01
Le processus se développe. Et s'affiche au grand jour. Pochette trombinoscope, les protagonistes sous les flashs, recto et verso. Naturel. Riens à cacher. C'est tout simple et se démarque des pochettes actuelles où tout le monde à tendance à se planquer derrière les flous artistiques. Quant à la formule, elle s'adjuge un nouveau membre. Le trio se mue en quator avec l'arrivée d'une fille aux, devinez quoi, synthée/platines. Ca, par les temps qui court, c'est moins original. Un instrument qui se généralise dans les milieux rock-emo-hardcore ce que vous voulez. Car avec S.Process, bien malin qui pourrait les rentrer dans une petite case sécurisante, les étiqueter d'un courant musical particulier. On pourrait les rapprocher de VSS, 90 Day Men ou alors cousins (très) éloignés de Godheadsilo mais on serait encore loin de la vérité. S.Process, c'est comme leur pochette, limpide, ça coule de source mais c'est un minimum élaboré. Une musique très axée sur la rythmique vive et percutante. Le guitariste est plutôt du genre discret et se contente le plus souvent de chanter, beau brin de voix d'ailleurs, autour de la basse, ronde et mélodique. Les blancs sont comblés désormais par les machines qui font une entrée princière, tout en suspension et légèreté. Difficile de mettre un nom sur ce processus. C'est agressif sans être violent, des morceaux variés, spontanés et d'une saine fraîcheur dans le paysage musical actuel. Un trublion sonore qui rafraîchit les neurones, vous auriez tort de passer à coté.
SKX (19/06/2001)
SAETIA
" a retrospective " - CD
Level Plane 01
Saetia sévit de février 1997 à octobre 1999. Des dates bien précises pour une histoire du rock qui ne retiendra probablement jamais son nom dans les annales. Et on s'en branle! C'est avant tout l'urgence et le plaisir d'en découdre, la rage de s'exprimer du haut de leurs 20 printemps, "l'esprit hardcore et punk" dixit Saetia qui motivent tous ces groupes hardcore. Saetia en est un bon fleuron. Ce CD commémore l'ensemble de leur courte discographie : 2 singles, un album (sur Mountain Cooperative) et un titre égaré sur une compilation. Soit en tout 17 titres dans le tiroir-caisse que Level Plane (chez qui on retrouve des membres de Saetia!) nous ressort sous une belle présentation détaillée avec commentaires, pensées et paroles inclus. Le hardcore de Saetia est moderne. On passe de drôles de moments mélancoliques à quelquechose de plus énervé et écorché, sans jamais non plus sortir le gros son. Un mélange touchant entre maîtrise et équilibre précaire, entre naïveté et énergie pure. Avec cette voix plaintive qui s'échappe vers les aiguës, donnant une touche toute personnelle à leur musique. On retiendra de leur discographie leur unique album avec de splendides morceaux comme "an open letter". Leur dernier single "eronel" sorti sur Witching Hour (défunt lui aussi!) avec le morceau "some natures catch no plagues" qui laissera bien des regrets. Saetia arrivait au sommet de son art, abandonné à son sort. Depuis, vous connaissez l'histoire, chaque membre est reparti voir si le ciel était plus bleu ailleurs avec de nouvelles formations qui elles-mêmes splitteront etc... etc.... Une belle pièce bien représentative de son époque.
SKX (04/01/2002)
SAETIA
" eroner " - 7"
Witching Hour 00
Single de fin de sortie pour Saetia. Avec classe et qui ne peut que laisser des regrets. Ces 3 derniers titres sont sûrement le meilleur du fin du fin de leur répertoire emo-core surexcité. Parties calmes, parties dans le rouge, dosage adéquat entre les arpèges délicats et cette voix aiguë qui emballe la fanfare diabolique. Dosage entre une maîtrise grandissante et des compos sur le fil du rasoir, qu'un rien ne ferait déraper. Entre naïveté et total contrôle, l'émotion est garantie. Avec sur le ticket gagnant, "some natures catch plagues", qui vous nous les tripes. Et comme ils disent " there is no happy here, there is no happy here "....
SKX (02/06/2000)
SAINT JAMES INFIRMARY
" s/t " - Lp
Allied / Frenetic
Alors celui là, on pourra pas dire que je ne lui ai pas couru après ! Sur la foi de pauvres extraits bouillis et passés au laminoir par les ondes néfastes du méchant lutin de l'internet et de chroniques alléchantes, il a fallu pas moins d'un an de traque acharnée auprès de distros diverses pour faire main basse sur ce 1er album des américains de St James Infirmary (à ne pas confondre avec des homonymes anglais !). Efforts récompensés par un brûlot noise-rock cinglant. Chocs des rythmes qui provoquent éclatements, ciselés en lamelles, ça rock dangereusement, aveuglément. Pour inspiration, Jesus Lizard et le sens de l'uppercut, Rye Coalition pour le rock'n'roll for ever et Creeps On Candy pour la sauvagerie et la production sans fard. On s'accroche, les ébranlements que nous en ressentons nous portent à une volupté primaire, en pleine trajectoire de la balle. Instinctivement nécessaire. (un 45 est depuis sorti sur Alternative Tentacles. LP dispo sur Aquarium records et Mordam. CF rubriques Liens/Distributeurs).
SKX (02/06/2000)
SARAGASHUM
" The devil's chordbook " - CDEP
Autoproduction 02
La sarabande continue. Ce n'est pas que la poursuite proposée soit particulièrement endiablée mais le jeu en vaut quand même la chandelle. Posant le socle de son propos sur des racines profondes (Shellac, Oxes pour ne citer qu'eux), la musique de ce groupe originaire d'Alabama rappelle tant d'autres et si peu à la fois. Saragashum connaît la partition, explore des rythmes parfaitement cadencés et précis. Tour à tour chantées ou (la plupart du temps) instrumentales, leurs compositions diluent leur venin avec tact, sans temps mort ni vulgarité, balançant sur le trottoir ce qu'il faut pour alpaguer le client, entraînant vos cervicales dans un mouvement continu et névrosé. Six titres solides et aériens qui laissent présager d'un printemps précoce.
SKX (07/01/2003)
SCALENE
" Grafting from instantaneous and fragmental fulfillment " - CDEP
HG Fact 02
Le corps d'Atomic Fireball bouge encore, le chanteur est parti se faire pendre ailleurs que les trois restants continuent l'exploration des bas-fonds soniques. Changement de nom mais la croix à porter pèse toujours son poids. Scalene sculpte dans le gros. Sa matière, c'est le béton. Mais après six à sept minutes en moyenne de traitement acharné, tout vole en éclats et le béton sérieusement amoché. D'innombrables fissures, des échardes rentrantes et profondes. Scalene, c'est la folie nipponne au service de vos sanitaires. Un trio qui récure à fond. Complexité, quand tu nous tiens. Converge et Today is the Day n'ont qu'à bien se tenir, Scalene est l'œil du cyclone. Quatre titres qui se répandent, se jouent des pièges du genre avec facilité, élaborant une architecture ambitieuse, aux multiples recoins entre sombres desseins et mélodies en sous-sol et Pearl Habor en bas de chez vous. Ne pas oublier la douleur qui précède la surdité. Un arsenal sur lequel il va falloir compter. Scalene-san.
SKX (30/01/2003)

THE SEARCH FOR SATURNALIA/EGON
" velvet / blowing trumpets " - 7"
Has Anyone Ever Told You ? 00
The Search For Saturnalia serait-il en pleine évolution ? La recherche porte-t-elle ses fruits ? Je ne sais pas encore si c'est plus convaincant que leur précédent 6 titres mais TSFS quitte quelque peu les sentiers battus pour tracer une route où les virages se font plus doux, le climat océanique et l'approche plus pop. Ca peut donner quelquechose d'intéressant et plus personnel à la longue. Mais rien n'est moins sûr ! Les dés sont jetés. Avec EGON, on reste sur des terrains similaires. Au moins ce 45 n'a rien de manichéen. Ici, les sons sont clairs, tout comme la caisse, pas de problèmes, on l'entend bien celle-là. Les mélodies sont transparentes. Le chant est sage. C'est pop dans la démarche. En fait, sur cette chanson pour les trompettes ou ya pas de trompettes à l'horizon, rien ne dépasse et sans être déplaisant, je demande à revoir.
SKX (17/08/2000)
THE SEARCH FOR SATURNALIA
" s/t " - CDEP
Has anyone Ever Told You ? 99
A la recherche de nouvelles planètes, The Search For Saturnalia ne découvrira pas de Terra Incognita, n'enfilera pas d'anneaux inconnus. Etats de service encore vierges, 6 titres dans le moule, mais solide et du savoir-faire à revendre. Si j'étais de mauvaise humeur, je dirai que mon étagère est déjà suffisamment encombrée de disques inutiles. De meilleur poil, je dirai que ce jeune groupe rician reprend le flambeau de Superchunk, se place non loin d'Unwound ou Arcwelder (mais qui se souviens encore d'eux ?!), de l'indie-rock avec des ritournelles comme "3xd" vraiment accrocheuses, de l'énergie sans gras. Bref, un groupe à guitares qui se démerde comme un chef dans sa catégorie, poids plume et léger sans être volatile, qui n'atteint pas la stratosphère mais fourni suffisamment d'oxygène pour faire tourner quelques têtes. On va s'accrocher encore un peu à leurs anneaux, histoire de voir ce que nous réserve le futur.
SKX (17/08/2000)
THE SECONDS
" Y " - Lp
X-Mist 02
Le bonheur du plaisir immédiat. Qui vous attaque direct l'échine. Insouciants que vous êtes, oubliant les ombres du passé. La félicité à ses pieds. Quittez ces lieux inféconds, vous y reviendrez de plus belle. Le guitariste et chanteur Zachary Lehroff a la tête dure. Non content déjà de recreuser les sillons de Gang of Four et Wire avec son autre groupe Ex-Models, il remet le couvercle, comme on dit vulgairement, avec ce nouveau trio, The Seconds. Les sonorités vous viennent toujours de la même époque. Le début des années 80 a creusé un large trou dans lequel il se vautre avec tact, en retirant la quintessence pour mouler le tout dans un format moderne. Alors qu'avec Ex-Models, c'est sec, froid et coupant, The Seconds balaie tous les doutes. Accroire la distance et creuser l'écart. Le rythme est d'enfer, presque dansant et convulsif, renvoyant aux trémoussements maladifs de Minutemen. Tout est court, affriolant dès la première ligne de basse, refrains efficaces comme n'importe quel hymne punk auquel The Seconds nous renvoie sans cesse, sans jamais que l'on ait à crier à la honte. Edifié dans un espace qui ne tient compte ni des frontières ni de la gravitation, cet album polie le temps et remplie son rôle à la perfection : nous faire prendre son pied en toute simplicité et sans arrière-pensée. Ils sont au punk ce que John Spencer est au blues !! Le chaînon manquant, droit dans ta face. (le Cd est sorti sur 5 rue Christine records).
SKX (30/01/2003)
SET FIRE TO FLAMES
" Telegraphs in negative / months trapped in static " - 2xCDs
Fat Cat 03
Le grand nul part. Set Fire To Flames est un collectif canadien (Montréal exactement) de 13 membres et non superstitieux. Dans cette bande de joyeux drilles, des musiciens officiant avec Godspeed You Black Emperor d'où une coloration musicale proche. Mais alors que les fers de lance de la musique post-rock offrent encore des moments d'intensité, Set Fire To Flames mise sur le silence, la mise en boite du grand froid polaire. Pour ce deuxième et double album, exit la ville, direction la campagne, l'isolement, tout le monde enfermé à la ferme. Le post-rock tient son premier loft-story ! Au final, 17 titres, une heure et demie de musique et… un point c'est tout ! Comme si tout débouchait sur un neutre constat comptable et que rien d'autre ne s'était produit. Si j'essaye de voir le bon coté des choses, je pourrais avancer qu'on tient là une œuvre ambitieuse, conceptuelle, énigmatique et autres adjectifs ronflants. Mais si je laisse parler le cœur et non la tête, je trouve tout ce bastringue chiant comme la mort ! En moyenne, des morceaux qui durent des plombs. Ca se met en place tout doucement, on attend que ça vient, patiemment, et parfois, oh bonheur, ça vient vraiment, quelquechose se passe avant que tout ne retombe dans les méandres des machines. Mais la plupart du temps, c'est l'agonie du phoque sur la banquise. Une musique qui se rapproche plus de la musique concrète, les bruits de la nature amplifiés dans votre salon, des plages inutiles comme cette conversation téléphonique qui n'intéresse personne, des flatulences sonores qui glissent comme un pet sur la toile cirée. Impossible d'écouter ça sans s'endormir en plein milieu, voir un peu avant. Ils ont beau sortir tout un attirail de cordes, d'instruments en tout genre, de bruits minimalistes, ça ne sert qu'à cacher la misère de l'inspiration. Moi je veux bien faire un effort pour voir là-dedans des compositions hantées par je ne sais quelle beauté métaphysique mais au mieux, c'est de la musique d'ascenseur vachement balaise dans sa catégorie. Le grand bleu version période glacière, très peu pour moi.
SKX (28/04/2003)
SEXUAL SURROGATE
" knochenleitung " - Lp
Autoproduction 99
On imagine aisément leurs oreilles siffler à la simple évocation de Shellac, devenir un rien nerveux quand on associe systématiquement le trio de Chicago à leur propre musique. Raccourci pratique et facile. Certes, nier toutes similitudes, notamment sur leur 1er 45, est un pari que je ne révélerais pas! Un amour de la basse percutante, un sens du rythme tranchant, le son de Chicago impose sa frappe universelle. Et ce trio allemand, à ce petit jeu là, s'en sort avec les honneurs. Mais ne retenir que ça ferait courir les besognes un peu vite! Une écoute semi-prolongée de leur 1er album l'atteste. Une odeur punk-rock, un brin de Killdozer, une bonne grosse voix grave, des bizarreries et dérèglements de machines ("lady +" ou le morceau "knochenleitung"), une approche plus concise des structures avec un bon coup de pioche à la base, tout collabore peu à peu à une représentation personnelle de leur univers. En anglais, "surrogate" signifie "substitut" (en plus il est sexuel!). Ce jeune groupe allemand est plus qu'un remplaçant bâtard mais un parfait complément de la lignée, une belle pièce du puzzle qui engendre ses propres rites. Branchez à fond !!
SKX (06/09/1999)
SHIKARI
" s/t " - 7"
Level Plane 03
On a pourtant l'habitude d'en entendre des vertes et des pas mûres mais les Hollandais de Shikari ont propulsé la barre encore un peu plus haut ! Violence, pure violence, attaque sonore, frontale, décharge, bille en tête. Ce single figure tête de liste des disques les plus intenses de l'année, catégorie " frappe qu'un coup ". Shikari ne se contente pas seulement de souffler sur les cendres de Orchid mais ils les font passer pour de vulgaires pyromanes du dimanche tout en lorgnant sur les incendiaires (feu) Acme. Un son dingue d'où respire je ne sais comment des mélodies urgentes qui prennent aux tripes. Une voix au fond du gouffre mais qui s'est se faire entendre. Shikari a de quoi rhabiller plus d'un groupe pour l'hiver. Pas un groupe emo-powerviolence de plus ou de hardcore puissant qui ne connaît que la ligne droite à tombeau ouvert. Shikari, des vrais de vrais, concis, sans édulcorant ou artifice. Evident, fait pour mourir jeune. La chevauchée des Walkyries de l'an 2000, version batave. Tout simplement indispensable. (Tout aussi indispensable, un split 10'' avec Seein'Red et un autre 10'' tout seul sur Deadlock records).
SKX (06/08/2003)

SHIPPING NEWS
" very soon, and in pleasant company " - CD
Quarterstick 01
Cet album est avant tout une histoire de voyage. De voyage et d'inspiration par les villes traversées (Chicago, Bilbao, la Sicile, Rennes (??!!), Oslo pour ne citer quelles), par des morceaux travaillés, testés, remis en cause lors de tournées. En tout, deux ans et demi de labeur pour un résultat mitigé, à la mesure de ce long cheminement, d'état d'esprit et de feeling forcément changeant. Sans oublier que Jeff Mueller, principal instigateur de ce projet qui date de 1996, était aussi occupé par June of 44. Comment ne pas se disperser! La route est longue et parsemé d'embûches, mon ami. Excepté un magnifique morceau d'ouverture ("the march song") et un instrumental lui aussi réussi "nine bodies, nine states"), seules touches où le rythme général se fait alerte (réminiscences de leurs influences Slint), le reste du trajet se fait par les routes secondaires, voir le chemin des écoliers. On prend son temps et le temps est plutôt à la douce mélancolie. Tout dépend en fait de l'humeur du moment. Soit vous vous laissez bercer et emporter par le vague à l'âme ambiant, surtout les morceaux où c'est le bassiste Jason Noble (Rachel's) qui se colle au chant. Le violon (très très discret), le piano (aussi discret), les murmures, les arpèges tranquilles, le délicat, une tension très très relative, dites le avec des fleurs, si tout ça, c'est pour vous, vous allez prendre votre pied. Et à ce petit jeu, Shipping News est plutôt doué, ça brode avec classe et tutti quanti. Facile de se laisser prendre. Et pas désagréable du tout. Soit, tout ça peut vous sonner bien mièvre, un rien longuet et vous partirez avant la fin. Une musique à écouter en plaisante compagnie, pleine d'humanité, de poussière et de soleil. Vivement les orages et les accrocs dans le rideau!
SKX (10/04/2001)
SHORA/MERZBOW
" switching rethorics " - split CD
Bisect Bleep Industries / Overcome 02
La curie à tous les étages. Quand deux experts en détartrage auditif se rencontrent, on a tout à craindre que le CD ne fonde sous l'effet de cette lave bruyante et étouffante. Merzbow, alias Masami Akita, nippon esseulé dans sa chambre, repoussant les limites du bruit par vagues bruitistes et rythmes des profondeurs. Comme un sonar implanté au milieu d'un aspirateur. Il paraît que certaines personnes aiment ces douces sensations.... Autre manière d'attaquer le front, les Suisses de Shora. On retombe sur ses pattes avec une formation rock. Quatre nouveaux titres qui font suite à un 1er CD sept titres plus que prometteur. Ils en rajoutent une couche. Le son est énorme, touffu et pourtant si limpide comme une balle qui sort d'un 357 magnum. Leur noise-core est chaude comme la braise. Ils se démarquent de plus en plus de groupes comme Converge ou Botch pour trouver leur propre poison à expulser. Ils court-circuitent leurs standards par des phases expérimentales, creusent la face cachée du bruit. Shora, c'est du grand art! Et pour les maniaques, une édition limitée de ce digipack est sortie sous la forme d'un packaging encore jamais rencontré sur terre. On est plus prêt du piège à loup que du boîtier CD. Objet massif, dangereux et coupant. Qui sied si bien aux groupes présents à l'intérieur....
SKX (27/02/2002)
SHORA
" shaping the random " - CD
Grave Romance 00
Shora ! Shora ! Shora ! Le nom cingle. L'attaque promet d'être suicidaire, les brèches nombreuses dans les lignes ennemies. C'est court, intense, haletant. Des compositions complexes mais qui claquent comme des coups de fouets. Un hardcore moderne, teigneux, torturé. Les parties, toutes différentes et multiples, hachent, s'imbriquent, volent d'explosions brutales et déchirantes en respirations rauques, fourbissant un autre déluge à venir. C'est servi par une production millimétré, éclatante, le verbe haut. Dans le genre, ça enfonce des portes et elles sont loin d'être grandes ouvertes. Ca fait valser les gonds, un vrai souffle déboule de ces 7 compositions. Ave un prélude très court et une pause " Drowned Beauty ", autant d'insectes grouillant et ne font qu'ajouter à l'oppression ambiante, ce climat qui serre les tripes. Ce quatuor Suisse est fortement impressionnant et frappe, après un 1er 45 tours, un énorme coup dont les murs en tremblent encore. Indispensable.
SKX (02/10/2000)

SHOTMAKER
" the complete discography 1993-1996 " - CD
Troubleman Unlimited 00
Une compilation ardemment souhaitée. Des mois de lamentations devant les messages sold-out en continu avant le trône sacré en forme de double CD. L'œuvre du trio canadien enfin révélée au grand jour. Et comme chez Troubleman, on aime pas faire les choses à moitié, ils ont bien dépoussiéré jusqu'au fond des tiroirs. De la première démo en 93 à leur album incontournable "Mouse Ear Forget-Me-Not" en 96, en raclant au passage d'obscurs split singles et trois inédits pour la cerise sur le gâteau. SHOTMAKER, une formule toute simple. Le guitare-basse-batterie de base. De l'énergie, des mélodies à faire tomber, une production parfaite. Bref, de l'emo-noise qui vole au-dessus de tout le monde et qui en inspire plus d'un. L'occasion de jeter un coup d'œil dans le rétro et de juger l'évolution du trio. Des débuts où on s'aperçoit que Shotmaker est comme n'importe quel groupe qui débute (on s'en doutait mais ça rassure) : bancal, juvénile, sans le son mais qui très rapidement, après un merveilleux split album avec Maximilian Colby, deux albums et une durée de vie très courte et intense, se révèle chef de meute. Des talents de compositeurs au dessus de la moyenne. Simple, efficace tout en étant personnel, une équation des plus difficile. Pour les autres, pas la peine de rêvasser aux nymphes quand on ne peut que baiser les bonniches. Un classique.
SKX (31/01/2001)
SICBAY
" Overreaction time " - CD
54°40' or Fight 03
L'attirance est sans frein. On reste sur le bord, un rien perplexe au début, puis la glissade, lente et sûre, inexorable vers un gouffre en tout point délectable. Sicbay nous avait déjà fait le coup avec leur précédent album " The Firelit S'coughs ". Revoici la feinte de la bombe à retardement. Sicbay a l'air de pas y toucher comme ça mais le talent est là, indéniable, pour vous coucher une chanson qui fera son œuvre de taupe, écoute après écoute. Que le morceau soit franchement énervé (" hercunaleum ", " meet the jinx " ou " jack pine ") ou coule comme une paisible et triste ballade (" time fire ", " ultra-dawn "), la mélodie est à chaque fois imparable. Sans effet, fioriture ou autres rythmiques complexes, sans surenchère de bruit. Uniquement à la force du poignet. Avec ce grain de voix toujours aussi prenant, Sicbay vous fait plier, patiemment, un genoux après l'autre, jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer. Sicbay aligne les perles, en toute quiétude. Ca reste majoritairement bien dynamique dans l'ensemble. Ces trois trentenaires, si ils ont mis un surplus d'âme dans leur œuvre, ne vont pas se calmer avec l'âge. Toujours inclassable. Rock tout simplement, qui n'a pas peur de se dénuder, de tailler près de l'os, d'épurer, ne garder que l'essentiel, maintenir la pression, les pouces bien enfoncés. Ne garder que la colonne vertébrale, y introduire un nerf électrisant. Et puis prendre la route à la recherche de son filon. La maturité apaise les démons, rend lucide mais ne les fait pas disparaître pour autant. Essentiel.
SKX (25/02/2003)
SICBAY/VAZ
" minnesota attacks - volume 1 " - 7"
Learning Curve 00
Les virus qui traînent dans le Minnesota font des ravages dans l'ADN et ça attaque sévère pour ce premier volume d'une série de split single qu'on leur souhaite bien longue et joyeuse! Une pochette avec délit de sales gueules, signée Hazelmeyer, le boss de (feu?) Amphetamine Reptile records. On espère que ce nouveau label, très proche semble-t-il de Amrep, nous fera découvrir autant de bons groupes. Pour commencer, ils n'ont pas été chercher bien loin avec VAZ, 2 ex-Hammerhead qui vous "torched by an angel" bien dans la lignée de leur album dont on relate l'histoire quelques part dans ces pages. Frais, dissonant et entraînant. SICBAY (ex-Colossamite) continue de dérégler les horloges avec un "3 hours" tendu comme un ressort, qui ménage ses effets et augure d'un premier album prometteur.... On prend rendez-vous pour le deuxième volume!
SKX (02/05/2001)
SICBAY/GRAND ULENA
" split 7" " - 7"
Sawtooth 02
Le retour du Nick Sakes et de ses deux compères. Un étape de plaine (et courte) pour patienter entre deux albums. Ed Rodriguez (Gorge Trio, Iceburn) est revenu derrière les fûts, son jeu s'est étoffé. Est-ce pour cette raison que ce nouveau morceau " Balon Walker " nous remémore tant la période Colossamite, groupe charnière où le Nick et le Ed échangèrent leurs premières discussions à la guitare ? Après un 1er album de Sicbay à l'aura plus calme et rock, est-ce un retour aux sources, tout de bruit et de fureur ? En attendant la réponse définitive avec le nouvel album qui débarque courant février, gavez-vous de ce titre à faire grincer plus d'une dent. Le Sakes est en colère et ça a du bon ! Avec Grand Ulena, on reste en famille puisque on retrouve Darin Gray, ex-bassiste de Dazzling Killmen et tout premier groupe aussi de Nick Sakes. Respect mes frères. Sauf que le Gray est parti depuis exercer son talent sur des pentes autrement plus savonneuses. Avec plus ou moins de bonheur. Pour le meilleur (Brise Glace) et pour le pire (You Fantastic pour n'en citer que quelques uns !). Ce nouveau projet à trois têtes s'annonce encore une fois casse-gueule. Grand Ulena aime se la jouer free et improvisé avec des bouts de ficelle. J'ai connu pire dans ses tentatives passées. On saisit plus ou moins un fil conducteur mais tout ça reste encore obscur et très conceptuel. Et pour pousser l'esprit du clan jusqu'au bout, c'est la femme de Sakes qui a fait la pochette pour son propre label. Sicbay, c'est toi le patron !
SKX (30/01/2003)
SICBAY
" the firelit s'coughs " - CD
Obtuse Mule 01
On respire profondément. Car un disque avec Nick Sakes dedans, ça s 'écoute pas comme les autres. Et comme les précédentes productions de Sicbay soufflaient le chaud et le froid, on se demandait comment aller sonner ce premier album. Nick Sakes, c'était l'ancien porte-voix et guitariste de Colossamite et (surtout) Dazzling Killmen. Et l'erreur, d'où pointait une certaine (et relative) déception des premiers disques, c'est de vouloir que Nick Sakes fasse encore et encore du Dazzling Killmen ou Colossamite, tellement c'était du bonheur ces deux groupes là, on voudrait jamais que ça cesse ! Alors stop, on arrête la nostalgie. Sicbay est un tout autre projet. C'est tout à l'honneur de Nick Sakes d'évoluer musicalement. Avec Dave Erb à l'autre guitare et Ed Rodriguez à la batterie (ex-Colossamite lui aussi et toujours Gorge Trio), Sicbay signe ici une œuvre royale. Ils regroupent et concrétisent toutes leurs idées éparses perçues sur quelques 45 et maxi et trouvent leur style, le bon ton, la cadence adéquate, le son parfait. Pour un disque inclassable. La musique de Sicbay est hors-mode, hors-courant, hors tout ce que vous voulez. Ca ne fait penser à rien de précis. Juste trois mecs qui se sont sévèrement penchés sur le songwriting, qui y ont mis leurs tripes et leurs coeurs. Qui balancent entre coups de gueules avec de bonnes charges en avant ("3 hours", "the sighting") et morceaux plus introspectifs, sombres et calmes ("matamoros" , "candlelight lipstick"). Avec également, pour la 1ère fois dans un projet de Nick Sakes, une musique qui ne s'épargne pas ses moments de gaieté ou de légèreté dans certaines mélodies. C'est loin d'être torture mentale à chaque riff. Les compos restent simples à la base, assez courtes, avec des arrangements qui sortent du double guitare-batterie. C'est varié avec une intensité toujours sous-jacente. Un truc à part pour une œuvre intemporelle et essentielle. Et le meilleur reste à venir.
SKX (19/06/2001)
SICBAY
" Fort busy signal " - CDEP
Perverted Son 00
L'aventure continue. Après Dazzling Killmen et Colossamite, Nick Sakes, l'âme-chanteur de ces groupes, poursuit sa quête avec SICBAY. Nouveau trio avec Ed Rodriguez, ex-Colossamite et Dave Erb, Sicbay joue avec nos nerfs, déroute et prend un virage résolument hardi ! Alors que les morceaux-démos entendus sur leur site web annonçaient une couleur bien dans la continuité des précédents efforts, haletant et direct au but, ce 1er EP 4 titres nous colle certain au blind-test. C'est presque un nouveau groupe qui déboule d'un coup d'un seul. Etonnement et gros yeux aux premières écoutes. Voix calme, parlée, presque chantée, intense quand le moment s'en fait sentir, Nick Sakes étoffe son registre et surprend son monde. Rythmes entre deux eaux, harmonica sur " Bearskins and Rubberknives ", guitare sèche sur " The Reach ", point de bataille épique et d'assaut sonique, juste quelques coups de boutoirs passagers. Des compos au déroulement singulier, déliées, qui attaquent par les cotés et aux contours rock en pleine maturité. On cherche l'étincelle, on scrute l'horizon et puis on se laisse happer, une atmosphère de fièvre troublante vous saisit au fil des écoutes, un je-ne-sais-quoi de tension propre à ces précédents groupes s'insinue comme un dangereux brouillard gagnant du terrain. Un disque qui vous laisse hébété, savez pas trop comment l'aborder, ne comprenez plus trop rien au film mais on attend la suite avec curiosité....
SKX (02/05/2000)
CRAW/SICBAY
" space is the place / challenger " - split 7
Obtuse Mule 01
Pas de précipitation sur le jugement dernier! Car si ce split single vient juste de sortir et marquait le retour officiel de Craw après trois ans de silence, ce morceau a été enregistré à l'époque où Craw comptait dans ses rangs deux guitaristes. Avant que l'un deux ne fasse orphelin l'autre. Pour connaître le nouveau cru de Craw, il faudra définitivement attendre l'album sur Hydrahead. Qui, comme toutes les bonnes choses, sait se faire désirer! Patience donc avec cet inédit qui n'est pas un fond de tiroir. Un bon vieux Craw des familles. Fier et pétaradant. Les princes du noise-core. Sicbay présente des symptômes similaires. Un titre enregistré à l'aube de leur vie. Là où tout était urgence et bruit. Un grand morceau de Sicbay avant que l'album ne les montre sous un visage plus mature mais tout aussi intéressant. Une belle rencontre entre monstres sacrés.
SKX (05/09/2001)
SICK LIPSTICK
" Sting sting sting " - CD
Tiger Style 03
On leur donnerait le bon Dieu sans confession et pourtant ça sent la perversion à plein nez. Le rouge à lèvre malade. Tout est dans le titre. Un vrai piège à tête de nœud. Ne pas se fiez aux apparences car si on gratte un p'tit peu, la deuxième couche risque de dévoiler une couleur rouge sang, des gencives prêtes à croquer. Tout d'abord, cette voix de petite fille effrontée, socquettes blanches, couettes blondes, timbre haut perché, façon Melt-Banana. Ca vrille et mine de rien, elle vous emmène où elle veut. Et puis des rythmes sautillants et tout fiévreux. Le fameux " même les punks ont le droit de danser ". Ya du Arab on Radar là-dessous. Comptines sur la corde raide, toutes en dissonances, convulsives. Une musique pour augmenter la natalité (et les fausses couches !), voluptueusement sadique. Douze titres à tambour battant. Une saine ruade, bouffée d'air frais entre les cuisses. Restez les pieds rivés au sol sous cette musique est impossible. The Sick Lipstick, groupe de Toronto avec deux ex-Black Cat 13, fait parti aux cotés de groupes comme Erase Errata ou Tourettes Lautrec, d'une nouvelle vague de francs-tireurs américains épris de débauche et de liberté. Sans famille, sans accroche, rien à personne et jubilatoire à fond. Sting (répétez trois fois), un jouet dangereux à offrir qu'aux grand(e)s personnes pour des plaisirs solitaires. Un pur joyau dont l'éclat peut-être trompeur…
SKX (14/08/2003)
SIGHTINGS
" s/t " - Lp
Load 02
Load records n'a pas la réputation de sortir de douces brebis de sa bergerie. Lightning Bolt, fleuron du label et groupe majeur, ne sont pas des monstres de tendresse et pourtant, ils pourraient faire figure de chaperon rouge comparé au reste de l'écurie. C'est dire! Avec Sightings, c'est l'assurance de la paix des ménages qui fout le camp. L'art de vous casser les tympans. Ne prendre soin qu'un minimum de donner forme audible à son bordel sonore. On ne peut parler de science du bruit tant on se demande si Sightings maîtrise quelquechose là-dedans. Des guitares qui font concurrence à Black & Decker. Où la saturation est une mesure pour calculer votre seuil de résistance à la souffrance. Des rythmes qui tombent de façon aléatoire. Un chanteur qui fait passer celui de US Maple pour un mec raisonnable. On tombe dans le champ de Arab On Radar mais en pire. D'une noise extrême et anarchique. Sans souci de plaire mais d'irriter. On n'est pas loin du bruit juste pour l'amour du bruit. Une certaine jouissance vous vient à l'écoute. La jouissance du maso. Heureusement, elle est très momentanée et l'intérêt se dissout rapidement sous le déluge.
SKX (18/09/2002)
SKARNSPAGE
" skarnspage " - CD
Lilacsky 02
Deux bruns fagotés comme des représentants de commerce en vacances au camping municipal et hilares au milieu d'un champ de blé. Voilà pour le coté glamour de Skarnspage. Un duo guitare-batterie (et un !) qui hante les banquises norvégiennes depuis des années et daigne enfin sortir un album…. deux ans après son enregistrement ! Des gènes corses doivent circuler dans leurs veines scandinaves. On est très loin en tout cas des clichés occasionnés par ce peuple conquérant. Skarnspage, c'est plutôt le coté lutin des neiges. Jovial, pas sérieux pour un sou et élevé à la douce folie des Trumans Water. Le genre qui saute dans tous les sens avec des moyens dérisoires. Et qui enfile les conneries en un temps record. 19 titres en 25 minutes, en comptant les huit intermèdes récurrents, mini instrumentaux tout droit tirés d'une fête de village d'un autre âge où la décadence a pris le pouvoir depuis longtemps. Ca fait donc un album très court (fallait pas leur demander l'impossible non plus à ces travailleurs acharnés !) mais carrément dynamitant, plein de bonheur et de gaieté, de rythmes qui dansent la saint gui, de vocalises puériles et entraînantes. Le truc qui donne envie de courir nu avec eux dans leur champ de blé à deux balles. Une petite pépite à garder pour les matinées moroses.
SKX (12/03/2003)
SLEESTAK
" mach 2 " - Lp
Total Annihilation 98
Annihilation totale. Acte (état) second. Après les bêtes sauvages de 400 BLOWS, ce drôle de groupe déciboulonné. Autant 400 Blows est droit et direct, autant Sleestak à déplanté son bulbe depuis belles lurettes pour une réimplantation antidatée. Phase noise et expérimentale comme seuls les Texans savent le commettre, à l'instar des quelques furieux de (feu) Trance Syndicate. D'abord on calme le rythme, pesant de préférence et en position repeat. On étire les plages, histoire de tendre l'ambiance au légèrement malsain. On prend un chanteur Halloween à la voix bien cinglée. Et pour le reste, on fout le bordel qu'on peut, tout en décalages-débordements. Ya pas de limites. Les larsens, les triturages, bruitages, les doigts dans le nez, les coudes sur la table, les pédales à multiples effets, de longs moments de calmes agonisant. On essaye, un soupçon, d'y mettre un minimum de sens et vous avez 14 titres euh déboussolant. Parfois c'est marée basse et l'intérêt se dilue mais pour peu que l'ambiance sinueuse vous attrape un soir de pleine lune, c'est un bonheur larvaire " faster than a sleeping bullet "....
SKX (15/11/1999)
SMART ASS DYNAMITE & THE NEW GENERATION OF DESTRUCTIVE ENTERTAINMENT
" s/t " - LP/CD
autoproduction 01
Un nom encore à défrayer la chronique. Un nom qui nous promet des coups de pieds au cul pas perdus pour tout le monde. Un nom qui annonce des lendemains sans futur. Pas de promesses qui tiennent. Reliftage complet. Du passé faisons table rase. Sauf que le passé, à ce jeune trio allemand, est fortement ancré dans le punk. Un timbre de voix rappelant le doux serinement de Jello Biafra. La pochette aux collages multiples et provocateurs façon Dead Kennedys. Et les rythmes, plus avoir avec le binaire que le multidirectionnel. C'est efficace, direct mais loin d'être simpliste. Heureusement pour eux, tout ça reste une influence très bien digérée. Ils gardent du punk essentiellement l'esprit et le discours. Et comme No Means No, le sens du rythme groovant, le punk qui danse et qui s'éclate. Du Kurt sans l'adjonction "emo". Ou toujours la même vieille rengaine, comment faire du jeune avec du vieux. Smart Ass Dynamite le fait avec beaucoup d'entrain et de fraîcheur. Et comme pour bien prouver que ce sont des punks modernes, un CD-R, avec exactement l'équivalent du vinyl gravé dessus, est glissé dans chaque pochette. Cocktail molotov.
SKX (26/02/2002)
SOEZA
" s/t " - 7"
X-Mist records 99
Hybrides les Anglais de Soeza. Bien malin qui pourrait les phaser sagement. Du ressort, de la dynamique, de la variation dans le ton. Y'a du Badgewearer là-dedans, dans cette façon de maintenir le rythme vif et alerte, tout en restant léger, une trompette pour faire danser les foules, avec cette inimitable " english touch " dans les mélodies qui les démarque sans cesse. En bien ou en mal, c'est selon. Ici, la tenue de route n'est pas encore idéale mais gageons que ce single (après un CDEP 3 titres sur Cowpat) inaugure de futures banderilles savoureuses.
SKX (26/07/1999)
SOMETHING LIKE ELVIS
" shape " - CD
Antena Krzyku Unc. 99
On ne rajeunit pas avec ce disque sorti presque trois ans déjà. Mais c'est pas tous les jours qu'on chronique un groupe polonais. Un groupe de noise-rock avec un accordéon de surcroît! Ca sent l'exotisme rugueux, le genre de groupe qui part d'avance avec un handicap, une carte d'identité qui joue pas en leur faveur. Trop occupé qu'on est à regarder vers l'ouest la dernière nouveauté avant tout le monde qui va nous tomber sur le coin de la tronche. Mais depuis quelques années, tout un tas de bons groupes débarquent de l'est, la République Tchèque en tête. La Pologne, jusque là, était restés discrète. Something Like Elvis pourrait bien être cette tête de pont, l'arbre qui cache la forêt. Leur influence majeure reste No Means No. Le rythme punk-groove lancinant. La basse qui déhanche. Là dessus, vous coulez une bonne dose de guitares bien noise, façon Sleepers. Et la vraie originalité, leur truc bien à eux, c'est cet accordéon, qui paye pas de mine à l'énoncé, mais se taille la part du lion. L'élément auquel on raccroche les mélodies, qui se noie sous le déluge ou éclaire la mêlée d'un coup de anche et de belles inspirations diatoniques. Des morceaux qui aiment tourner en boucles, insister sur le même rythme, vous hypnotiser, vous happer dans leur déluge sonore, vous laisser la tête hors de l'eau au beau milieu de l'aventure pour mieux repartir en apnée. Tous les titres n'ont pas la même aura mais quand l'inspiration est là, ça moufte pas dans les rangs. Elvis se retourne dans sa tombe. (A noter leur 1er album "personal vertigo" du même tonneau, quoique la taille en-dessous).
SKX (12/03/2002)
A SILVER MT. ZION
" bornintotroubleasthesparksflyupward " - CD
Constellation 01
La blancheur calme d'un piano. A Silver Mt. Zion s'auto-soustitre fort à propos "Memorial Orchestra & Tra-La-La Band". On comprend pour la partie "Memorial Orchestra". On fronce un peu plus les sourcils pour "Tra-La-La Band". A Silver Mt. Zion a plus avoir avec le recueillement qu'avec une joyeuse bande de délurés pour musique festive. Plutôt sortie d'église que banquet arrosé. Issu de la pieuvre à 7 têtes Godspeed You Black Emperor! qui n'en fini plus d'infanter des orphelins, ce deuxième album de ces Canadiens emprunte autant à la musique minimaliste d'Arvo Part qu'aux Rachels, avec forcément l'inévitable lien (ténu) patriarcal à Godspeed. A la base, six enfants de choeur pour la charpente principale. Mais qui invitent régulièrement leurs compagnons pour souffler dans les trompettes de la miséricorde et crier un p'tit peu. Une procession quasi monacale, de longues paraboles, de lourds fardeaux que l'on porte sur ses épaules chétives. Des chuchotements, des silences en tant qu'instrument à part entière, des chants portés à bout de voix près à l'éclatement. Puis des montées ensanglantées (ou pas), le courroux venu d'en-haut, des cris qui surgissent, le fracas des guitares. Une colère impuissante avant le lent déclin. A moins que tout ne reste en suspend, incapable de choisir son camp. Entre dépouillement de violons et piano à l'aura mystique (vous l'aurez compris!) et déchirement de la terre sous le coup d'orages très électriques, cet album est tout simplement captivant. Une mosaïque d'émotions contradictoires. D'une ferveur toute égoïste. A écouter au loin, d'une fausse tranquillité, attendre la révélation. Je ne bougerai pas d'ici.
SKX (12/12/2001)
SON MY
" circulatia " - 10"
Break Out / Tad records 99
Ceci n'est pas un disque emo de plus. Faut pas se fier aux apparences ou à une écoute discrète et distraite. Son My vient d'Allemagne et au contraire de nombreux groupes compatriotes, Son My apporte un je ne sais quoi d'européen. Une atmosphère qui ne transpire pas habituellement outre-atlantique. On a beau retrouver un chant passionné et engagé, une énergie juvénile et torturée, Son My se démarque de la meute. Faudrait peut-être déjà formellement identifier en quoi consiste une touche européenne, et là, j'avoue, je sèche lamentablement, mais en tout cas ça n'a rien de foncièrement ricains. Peut-être ce violon avec son lot d'émotions fines ou ces mélodies surprenantes et troublantes. Bref, un truc en plus, un truc en plume et définitivement 4 titres créatifs qui restent accrocher aux sens et à saluer d'urgence!
SKX (02/11/1999)
SONG OF ZARATHUSTRA
" the messenger of heat " - 7"
Vendetta 01
Ainsi chantait Zarathustra. En piétinant les plates-bandes de ses voisins, en trépignant sec comme un gamin en folie sur fond de synthés déjantés. Le hardcore, c'est ça aussi de nos jours! Ces quatre titres ont spécialement vu le jour sur un label allemand pour leur venue en Europe au printemps 2001. Tournée qui a superbement ignorée la France au passage. Ca, c'est pas nouveau (mais on bosse pour que ça cesse!). Inédits version plus roots et au cordeau que leur excellentissime album "birth of tragedy" mais obligatoire dans sa collec pour en jeter un max. Justice vaincra!
SKX (30/05/2001)
SONG OF ZARATHUSTRA
" a poisonous movement / lude boy " - 7"
Hand Held Heart / Sound Virus 02
Le dernier né de la gamme Song Of Zarathustra commence rock'n'roll. Le riff pète dans les mains, swingue sec et nerveux. Voix toujours aussi écorchée et orgue (tenu par le chanteur) qui déboule, fidèle à lui même! Sauf que le son reste en dedans, sans ampleur. Sauf que, sauf que, c'est pour mieux vous rendre sourd mon enfant! Car forcément, vous avez tendance à rehausser le volume de votre chaîne. Et là, paf, ils vous coupent tout en vous balançant dans la tronche un son bien vicieux et strident. Comme si votre saphir venait de se désintégrer ou vos baffes exploser de l'intérieur. Effet garantie! Quel déconneur ce Zarathustra! Face B, on a le droit a une reprise de Social Distorsion. Je ne connais pas l'original mais ça sonne sans sourciller comme un morceau de SOZ. Pas essentiel à votre collection mais les fans de Song Of Zarathustra ne pourront éviter....
SKX (12/02/2002)
SONNA
" we sing loud sing loft tonight " - CDEP
Temporary Residence Ltd 01
Le Sonna est d'une grande tranquillité. Et si dans un geste d'égarement, ils ont cru chanter lourd, ils se sont vite fait rattrapé, raturé et c'est bien soft qu'ils vont chanter sous les lampions. Et encore, ça tout d'une boutade puisque Sonna est avant tout un groupe instrumental et que le chant est aussi discret que le pet sur une toile cirée. Sonna est ce qu'on qualifie communément de post-rock. Très très post. Pastélisé et aseptisé. Ca furète par chez Tristeza, Low et Aerial M. Cette musique tout en douceur, faussement ensoleillée mais vraiment mélancolique. Le genre de groupe qui prend son temps pour raconter son histoire et où vous avez toutes vos chances pour dormir avant la fin. Six titres en 45 minutes, votre tisane va refroidir. Les guitares sont les narratrices principales, vibrantes à l'unisson, les cymbales clinquantes. De l'élégance, de l'agilité, un rien d'indolence, quelques accélérations très passagères, des ronds dans l'eau. Mais tout à beau être bien fait, l'enregistrement de valeur, merci Albini, je suis comme la toile cirée, ça me glisse dessus et n'accroche à rien. L'eau claire n'est pas bonne pour mon organisme.
SKX (26/09/2001)
SPEEDKING
" The fist and the laurels " - 2xCDs
Tiger Style 02
Un coup d'oeil dans le rétro avec la réédition de la totale de Speedking, trio new-yorkais largement méconnu. Tellement méconnu que ce double CD apparaîtra aux yeux de beaucoup comme une nouveauté à part entière. Pour ma part, je vais me la jouer encore, mais quelques uns de leurs 45 traînaient sous une vieille pile poussiéreuse et l'écho de la sortie d'un album enregistré et jamais sorti (split du groupe à la fin de l'enregistrement oblige) flottait dans l'air depuis quelques temps. Troubleman records était sur les rangs. C'est finalement à Tiger Style qu'échoue l'honneur de sortir l'intégrale, à savoir 4 singles, ce fameux album tombé aux oubliettes et quelques inédits. Un groupe apparemment culte de l'autre coté de l'Atlantique, jouissant d'une aura de précurseurs dans la musique dite post-punk et de tous ces groupes bruyants actuels qui manient le clavier intégré comme une seconde peau. Il est vrai qu'on est là en plein milieu nineties et qu'à l'écoute de cette réédition, le temps n'a pas eu prise sur les morceaux. Sur le 1er CD, on retrouve tous les 45. Une base noise, très axée rythmique, assez Shellac-ienne, une guitare bien agressive dispensant des mélodies qui faisaient que ces morceaux avaient une putain de classe. Avec l'autre CD, celui de l'album mystère, on comprend mieux l'influence de ce groupe (plus par leurs nombreuses tournées aux USA en fait que par leur discographie). Les évènements ont pris une tournure plus électronique. Mi-bruit, mi-machine. Si la basse et le batteur restent la clef de voûte de l'édifice, le son s'est enrichie d'une voix féminine et surtout amplifié d'effets électroniques et petites bidouilles édulcorantes. Même le rythme en devient presque groove. Les compos, tout en gardant une certaine efficacité, s'épurent pour ne garder que le nerf. Et je dois avouer que, excepté deux ou trois morceaux plus dans la lignée historique, leurs nouveaux jouets sont loin de me convaincre dans leurs habits de pionniers où électronique, relents new-wave et énergie punk se côtoient déjà…. En plus, à la fin de chaque CD, ils ont cru bon de mettre des inédits purement électroniques et là, ce double CD commence à vraiment devenir long. Finalement, seuls les 45 auraient pu avoir droit à une seconde jeunesse. Il n'est pas toujours utile de fouiller les fonds de tiroirs. Sinon pour colmater les brèches et rétablir les maillons dans cette bonne et vieille histoire de la musique !
SKX (03/03/2003)
THE SPORES
" not now " - CD
Flitwick 01
(Flitwick records / PO Box 26 / Flitwick Beds / MK 45 1TJ / UK)
Il y a des groupes qui tombent pile au bon moment, jouent le bon truc quand il faut, bien en phase avec l'ère du temps. Le succès, les filles et l'alcool à flot. Et ya les autres. The Spores, loosers (magnifiques) anglais. Aussi glamour qu'une boite de haricots. The Spores débarqués en plein nouveau millénaire. Dix bonnes années de retard dans les jambes. "Not now", éclair de lucidité. Ce deuxième album est totalement anachronique. C'est fin années 80 que le jour aurait dû voir naître ses attendrissants sillons. That Petrol Emotion et les Wolfhounds auraient eu une sérieuse concurrence. Car, hors mis son coté décalé - ce qui en fait une bonne partie de son charme - cet album est une grande réussite. Ca et son coté rudimentaire. A faire poiler tout un banc de lecteurs de "guitares & claviers". La démonstration, une fois de plus, que dix ans de solfège ne servent à rien pour vous torcher des mélodies imparables. Qu'un batteur, même au jeu rachitique, peut mettre le feu à n'importe quelle piste. Que deux, trois accords clairs font chavirer n'importe quel cœur. Seul le chanteur est largement au dessus de la moyenne. A lui tout seul, il tire l'ensemble vers le haut et sublime n'importe quel bout de ficelle. Il pourrait chanter le botin qu'on le suivrait quand même! Arrangements au cordeau, instrumentation maigrelette mais des idées mélodiques en pagaille et un sens du sample retournant. Preuve la plus flagrante avec le morceau de fin "tranquillizer" et son modem intégré et utilisé comme un instrument à part entière. Une pure trouvaille! 14 titres intimistes et revigorants, sur de leur force tranquille, de leur orchestration enfantine, d'une naïveté touchante. A coté de la plaque mais à cultiver secrètement dans son jardin. Et le mot de la fin au label, Flitwick, qui, comme pour toutes ces réalisations, ne vend pas ce disque. Non, il le donne! Suffit juste de leur écrire et de gentiment leur demander un exemplaire. D'une autre époque que tout ces gens là viennent j'vous dis!!
SKX (23/01/2002)
SQUALL
" How things work " - CD
Silver Rocket 03
Squall est un animal tchèque ne connaissant que la ligne droite. Avec montées et descentes certes mais toujours droit devant lui. Une machine à avancer, d'un rythme sûr et conquérant, d'une dynamique générale basée sur la répétition, de la boule de neige qui dévale, entasse, rajoute des couches et s'explose contre la paroi du vide inquiétant. Squall aime partir d'une idée simple, d'une petite mélodie à la guitare ou à la basse, sans bruit, puis tisser sa toile, étouffer en silence, partir dans des dissonances électriques, transgresser le quotidien, faussement basique, trépidant toujours, qu'importe la cadence imposée. Forcément, ces longs voyages sont usants. De longueurs monotones en épisodes tragiques, on décroche parfois pour mieux reprendre son souffle à l'étape suivante. L'ensemble souffre d'une impression linéaire malgré les cassures nombreuses mais au moins Squall est fluide et pour peu qu'on prenne la première vague du bon pied, ça peut vous emmener loin, dans un pays où on n'impose pas d'étiquette, inclassable et universel. A la manière de groupes comme Gone Bald ou leurs compatriotes Gnu, il ne faut pas avoir peur de gratter la première couche, oublier son a priori et découvrir une musique attachante faite avec le cœur qui creuse, mine de rien, son petit sillon….
SKX (03/11/2003)
STANDSTILL
" memories collector " - Lp
Defiance / Bcore 02
Cinq espagnols en quête de perfection. Un groupe qui ne se fixe aucune limite par rapport à un genre où on aimerait les enfermer. Cinq jeunes dans le vent qui ne prennent pas l'emocore pour leur lanterne. Si leur propos est très en phase avec l'émotion, est à fleur de peau, Standstill se donne musicalement, avec ce 2ème album de l'ambition, enrichit son vocabulaire et sa palette d'instruments. Si la fragilité palpable et les paroles très tournées vers son propre nombril raviront plus d'un emokid, la musique prend de l'ampleur et un surplus de consistance. A l'image de Engine Down sur leur album "to bury within the sound", Standstill n'hésite pas à flirter avec les limites. Celles qui pourraient les faire basculer dans les mains d'une pop calibrée, propre sur elle et commercialement viable à grande échelle (ce qui n'est pas un crime en soi!). Ou rester dans un champ d'action ou leurs racines hardcore peuvent très bien se marier avec plus de sensibilités. Se laisser aller à plus d'intimité sans oublier les attaques frontales et des riffs imparables. Pimenter d'une trompette idéale, d'un melodica ou d'une contre-basse sur quelques morceaux sans renier les rythmes directs. Sonner rock et fort tout en étoffant la production. Ce "memories collector" a des qualités mélodiques indéniables et brille dans la nuit. Il ne sent certes pas la sueur du gros tatoué des pectoraux mais il a su éviter les écueils et navigue avantageusement entre rock et lyrisme, entre simplicité et une certaine forme de maniérisme. C'est personnel et universel, à écouter sans préjugés. Le temps fera son œuvre.
SKX (15/10/2002)
STANDSTILL
" the ionic spell " - Lp
Defiance / Bcore 01
L'Internationale poursuit son œuvre. C'est vers l'Espagne que nos oreilles pointent plus qu'à l'accoutumée ces derniers temps. Standstill, cinq jeunes personnes en provenance de Barcelone, dont la musique ne reflète en rien la fibre patriotique (tant mieux, les castagnettes ont tendance à me les briser menu-menu) et qui pourraient aussi bien débarquer d' Etats-unis ou d'Allemagne qu'on y verrait que du feu. Olé! C'est donc en relatifs défricheurs locaux (enfin je suppose vu que ma culture de la musique espagnole reste sommes toutes sommaire!) que Standstill sort un premier album d'emo-core écorché à souhait qui fera date dans le pays. Et ailleurs. Standstill vient jouer sur les plates-bandes (désormais désertes) de 400 Years, titiller Bob Tilton, présenter une version allégée des charges héroïques des Japonais d'Envy. Et tout ça sans avoir à rougir des comparaisons. Même si le plat n'a rien de foncièrement original quant au style abordé, ce "ionic spell" n'est pas un disque de plus dans la grande mare emo-core. Un réel talent pour vous torcher des mélodies poignantes, qui n'hésitent pas à appuyer là où ça fait mal avec des guitares acoustiques. Un brillant savoir-faire pour résumer tout ce qui se fait de mieux dans le genre. De moultes changements de rythmes, des moments tranquilles pour conclure avec Madame, de âpres et passionnantes montées électriques quant tout à foirer. Un équilibre juste et finement dosé, le tout sans redondance mais avec beaucoup de fluidité dans le dernier geste. Standstill a tout d'une nouvelle valeur sûre.
SKX (04/01/2002)
THE STARVATIONS
" Get well soon " - CD
Gold Standard Laboratories 03
Bienvenue au club rétro. Ca commence par un p'tit air de déjà entendu, une guitare anodine et la mélodie de " this is what you wanted ? " vous entraîne ailleurs l'espace d'un instant, le pied gauche tapant allègrement le plancher. Le temps de vous remettre et vous vous dites, perplexe, que cette ambiance vous rappelle un truc vieux de vingt ans. Et là, bingo, c'est le fantôme du Gun Club qui surgit devant vous, la réincarnation de Jeffrey Lee Pierce en quelques envolées vocales fiévreuses. Mais on est bien dans le nouveau millénaire, et ce nom sur la pochette florale, c'est bien The Starvations écrit dessus. Heureusement,Gabriel Hart et sa bande sont loin de rendre une épreuve copie conforme . Ils ont bien assimilé le truc, digéré à coups de whisky rance et si ya toujours les boots et le chapeau de cow-boy, les mélodies n'appartiennent qu'à eux. L'héritage qui plane au dessus de leur tête, jamais n'est pesant. Et puis, ils ont leur petite originalité, chérie jalousement, une accordéoniste, Vanessa Gonzalez, pas toujours très audible, mais qui apporte sa pierre à l'édifice. Alors c'est parti pour un tour. On va pas bouder notre plaisir. The Starvations, c'est du vieillot remis au goût du jour, de la country jouée par Nick Cave. Des rythmes qui baltringuent, un rien tribaux par endroits, des guitares au son maigrelet qui emmènent des mélopées au grand galop. Des ballades noires comme une désillusion d'un matin difficile. Ca swingue et c'est tendu. En cette période de retour au bon rock'n'roll, The Starvations débarque comme des morts de faim et devrait se disputer la part du lion.
SKX (28/04/2003)
STEREOBATE
" selling out in the silent era " - CD
D=RXT 01
Le bonheur est dans le pré. A portée de mains, sans édulcorant et machinerie dantesque. L'herbe est riche et verdoyante, une pleine tripotée de guitares. Qui prennent soin de ne pas vous agresser les tympans, de ne pas tirer des plans improbables sur la comète. Sous la grande descendance des groupes comme Unwound, ce groupe américain privilégient avant tout la mélodie et les ambiances. Suggérer plutôt qu'imposer son bordel. Tisser lentement mais sûrement sa toile, élaborer des structures qui ne prennent pas le chemin le plus court pour arriver à ses fins. Déjouer le piège de la tentation d'en mettre plein la vue et à la place, mettre une pression suffisante pour maintenir les sens en éveil. Jouer avec la corde raide d'expérimentations sous forme de bandes sonores tirées de la cinémathèque personnel pour parfaire l'ambiance. On est pas des rustres, on a de la culture. L'esprit large. Avec toujours ce coté goutez-y-que-je-reviens, merci les guitares qui vous ensorcellent, ces explosions maîtrisées pour tromper l'exercice de style et les figures imposées. Un accès direct au cœur de l'artisanat à guitare, baromètre à émotions, jugulant le plaisir qui ressort à l'écoute de leur premier album. En ces temps de vacances estivales, préférez l'itinéraire bis, malgré les quelques longueurs, n'est pas la pire des solutions. Stereobate ne propose pas d'alternative révolutionnaire. Juste l'amour du travail bien fait. C'est déjà pas si mal.
SKX (11/07/2002)
STERLING
" s/t " - CD
File 13 03
D'argent qui brille dans le noir. De cette fine pellicule tombée du ciel qui éclaircit la grisaille. Et qu'on attendait plus. De cette touche de classe sobre et discrète, qui s'impose d'elle-même dans des silences entendus. Sterling pourrait être cet énième groupe instrumental, race polluante des méandres du circuit. Sauf que là, t'as tout faux. Les noces en éclats d'un style, faute à un piano omniprésent, pièce de charpente aussi originale qu'indispensable. Les milieux autorisés chez l'oncle Sam avancent le terme de " dark-avant-garde-rock " (avant-garde en français dans le texte, ça fait encore plus top credibility). Foutaises à trois balles. Sterling accouche tout simplement d'une musique qui calme son homme (et la femme lévite). Un classicisme au sens noble du terme sans le gnangnan qui va avec. De ses guitares qui claquent ou tricotent. De ce piano qui assène le bambou (le bon bout). Et cette batterie en mode free et déchaîné, le poumon de la grotte qui empêche toute dispersion, nerveuse et inspirée. Deuxième album pour ce trio de Chicago où seul le bassiste joue les intérimaires (celui de Milemarker ou 90 Day Men). Des pièces généralement longues où les paroles sont remplacées par des échappées narratives qui savent mieux que quiconque vous bercer d'histoires sombres, de plénitude sourdement tourmentée. D'un calme trompeur où les silences en disent long. Un truc lumineux propre à envoûter toux ceux qui ne sont pas encore lobotomisés. Beauté mystique et coupant comme l'acier.
SKX (15/09/2003)
STERLING
" murderer " - CD
Swey 01
Libres espaces entrevus. Traversée angoissante. Monde insaisissable duquel s'échappe quantité de choses, fuyantes et apeurées. Lent écoulement d'un liquide trouble. Sterling se fortifie de votre substance, s'en nourrit. Un univers qui porte des marques longues à disparaître. Des écorchures douloureuses où l'expérimentation libre et bruyante des guitares ligotent l'auditeur. L'énergie manque pour vous débattre. Toujours sous tension, le rouge jamais atteint, Sterling tisse votre prison aux murs dorés. Aux confins de musiques instrumentales comme Gastr Del Sol, Brise-Glace, Gorge Trio et aussi Colossamite pour les soubresauts chaotiques. D'un battement d'aile ou d'une éclaboussure électrique, d'une corde acoustique à un sombre piano, d'une batterie tout en touché et frémissante à des guitares virevoltantes. Les ramifications sont nombreuses. Les structures agitées. Roucoulez pendant que d'autres gémissent. Les plaintes, à la fin, vont bien quelque part. Il faut être sans cesse sur ces gardes si vous ne voulez pas que ce "murderer" s'échappe de vos écrans de contrôle. Ou alors tel un voyageur égaré, vous allez laisser échapper un monde, obscur de prime abord, mais très captivant au final, où au delà de la détresse apparente, monts et merveilles sont à votre portée.
SKX (12/03/2002)
STIFLED CRIES
" " - 7"
Conspiracy 00
Galette consistante. Un sale quart d'heure vous attend. 4 titres remplies de fractures, déchirements, viscères au ventre et bouillonnants. Tirs à direction multiples, longues montées dans le rouge, l'intensité cheville au corps, mention spéciale à "Weltordnung", rythmes pesants et ambiances sombres. La production mériterait plus d'ampleur et de puissance encore, quitte à enfoncer le clou, autant qui pénètre à fond, mais ça donne un léger coté brouillon très attachant. Kiss it Goodbye et autres joyeusetés, ces belges de Stifled Cries répandent leur bile pour la première fois et assure la relève après la fin de Rubbish Heap sur le très intéressant label Conspiracy.
SKX (09/05/2000)
STOP IT !!
" Self made maps " - CD
Robotic Empire 03
Arrêtez-ça!! Mais arrêtez quoi?! De nous sortir des groupes qui pondent toujours la même sempiternelle musique ? Car là est bien le problème avec Stop It !! C'est un (premier) album tout à fait honnête. Ca respire la sincérité, un engagement profond dans l'idéal hardcore. Entre rudesse et éclairs mélodiques, des titres comme " remove your teeth " ou " captain roboto " ont de quoi séduire le chaland. Une place toute trouvée entre punk-rock et emo-punk au coté de Twelve Hour Turn sur un label comme No Idea, ya pas à sourciller. Si le cœur vous en dit et si vous êtes pas lassés par ce style, pas de raisons de bouder son plaisir. Stop it !! non't rien de derniers de la classe. Totale maîtrise à défaut de génie et d'un son de guitare faiblard. Mais là, ça me rentre par une oreille et ressort par l'autre. Je deviens sourd. Je ne distingue plus rien. Laissez moi tranquille.
SKX (23/12/2003)
STROM
" wellenbrecher " - Lp
Janet's Music/Klangkrieg 00
La démarche de ce groupe allemand est pas banale. Catégorisé groupe instrumental, ce trio berlinois a eu la curieuse idée d'inviter chanteurs et chanteuses pour taper le bœuf sur leur premier album. Souffrance schizophrénique. Album à deux vitesses. Alternant un instrumental et un morceau chanté, STROM souffle le chaud et le froid. Sans doute plus aguerris aux joutes instrumentales travaillées depuis longtemps, ils donnent leur pleine mesure avec quatre morceaux sans voix qui me la coupe de toute façon (la voix, vous aviez compris). On avait jamais entendu tel barouf jouissif depuis les premiers Don Caballero, Table ou les récents Oxes. Tout en développant un son bien à eux et une approche plus indie-rock, STROM sculptent des perles soniques sur la longueur, une batterie frénétique et technique, ça fait péter l'élastique, une putain de découverte. Pour les quatre autres morceaux où on retrouve la voix, la musique s'adoucit, fait de la place à des chants qui l'ouvrent moderato. Des faux airs de Bambi Davidson, voir PJ Harvey sur "Türkopf". La musique, sans être désagréable, perd de son intérêt et la greffe n'était pas spécialement adéquate. Mais se prendre pleine face des instrus de la qualité de "geisterschreiber" et "lichtschlang" vous font oublier tout le reste et vaut largement le détour.
SKX (30/05/2001)
SUBMISSION HOLD
" Sackcloth and ashes, The Ostrich Dies on Monday " - CD
Ebullition 02
Qu'il est bon de découvrir un groupe dont le nom vous est pourtant vaguement familier depuis pas mal de temps mais qu'un incompréhensible élan de fainéantise ne vous a jamais poussé à l'écouter. A priori, j'avais pas raté grand chose non plus car ce nouvel album marque une envolée certaine, voir un tournant dans la discographie déjà touffue de ce groupe américain, reprenant les travaux entrepris par l'album précédent " waiting for another monkey " mais en le magnifiant. Des débuts sommairement punks où l'intérêt était surtout mis dans les paroles et l'engagement politique tout azimut plutôt que sur une recherche musicale créative. Avec ce " Sackcloth and ashes ", Submission Hold relève la tête du guidon. Si l'engagement reste à fond, la musique pète le score et s'envole vers des sphères lumineuses. Energie punk for ever mais diluée dans des architectures un rien plus osées, des mélodies à nues, la porte ouverte à toutes sortes d'instruments, bric à broc jouissif pour violons et cuivres diverses. Ya du Dog Faced Hermans là-dessous (vieux groupe hollandais proche de The Ex), une indéniable touche européenne dans les ambiances. Des rebondissements, un chant féminin (parfois secondé par une voix masculine) tout à tour mélodieux ou criant subitement sa révolte. Ces punks se sont ouverts à tout plein de musiques n'ayant aucun rapport avec le hardcore. Si la moelle et l'envie d'en découdre n'ont pas changé d'un iota, les manifestations pour clamer leurs griefs ont prises un tour totalement différent. Dorénavant, c'est tout en finesse et à dose homéopathique. Le discours n'en gagne que plus de force. Et l'apothéose finale, quand la chanteuse, après un début de chant en français dans le texte, ne cesse de susurrer " the world is on fire " avant de vous le cracher à la gueule, le tout sur fond de mélodie sur le fil du rasoir et entêtante, c'est vous d'un seul coup qui devenez " on fire " et vous embrasez définitivement sur cet album original et en tout point remarquable.
SKX (25/02/2003)
SWING KIDS
" discography " - CD
Threee.One.G records 98
C'est défunt, mort et bouffé par les vers mais le corps est encore chaud et ces charmants enfants dansant pas prêts de vous laisser reposer en paix. 9 titres d'une discographie courte et intense, où des lignes de guitares, les doigts encore pendant, ne sont pas sans rappeler Drive Like Jehu, autre groupe fameux et enterré de San Diego. Sauf qu'ici, on est du genre pressé, du genre à tout torcher en moins de minutes, reprise de "Warsaw" de Joy Division itou. C'est le clair vertige, tout vous happe, vous grouille sous la peau. Un grand (et trop court) moment de rock/noise chaotique. Un bel instant de virginité en fait.
SKX (01/12/1999)
SWITCHBLADE
" s/t " - CD
Trust No One 02
Switchblade est un cran d'arrêt. Dans le vif de la traduction. A moi toutes les images sanguinolentes, pas de quartier, musique incisive, fine lame de la noise, j'en passe et des meilleurs. Sauf que pour ce coup ci, le trio suédois a perdu de son tranchant. Mais pas son intérêt. Entre chien et loup, Switchblade, connu pour la rapidité d'exécution de ses morceaux et le format expéditif de ses disques, rallonge la monnaie. Et notablement la durée des compos. Jusqu'à accoucher d'un titre de 17 minutes! Pas de blanc entre les titres, pas de fin, exit le début, fondu dans le grand nord. Une impression de masse, d'opacité et une unité de ton qui pourrait nuire à l'ensemble. Seule une écoute répétée permet la distinction, évite la sensation que tout se ressemble, tout s'annihile. Mais cet album sonne, de par sa construction, définitivement conceptuel, même si le concept reste primaire. Primaire dans le sens jeune chien fou. Autre évolution, l'urgence du propos. Switchblade ralenti à maintes occasion le rythme, la pression des guitares, le bruit généré perd en densité. Switchblade, à l'image du dernier album de Breach ou Neurosis, lorgne vers les ambiances sombres et envoûtantes plutôt que vers la vélocité et le coup bas dans les couilles. L'intensité n'a pas démissionné. Deux, trois passages vous rappelle à l'ordre. La guitare aime rester bloquée sur la même corde des secondes durant, vous égratigner les nerfs. Mais l'heure a sonné et elle est lourde. Reste ce morceau très long échoué en fin d'album. Dix-sept minutes et trente six secondes exactement. Répétitif à souhait, la tension monte tout doucement, explose à demi-notes, retombe dans l'hypnose. Switchblade aurait gagné à couper avant la fin. L'apothéose n'en aurait été que plus belle. Ce troisième album est un sacré mur à escalader. Soit vous le passez en une seule fois et vous avez la journée pour vous en remettre. Soit vous échouez par manque d'oxygène et un élan insuffisant. Dans ce cas là, recommencez.
SKX (11/07/2002)
SWITCHBLADE
" s/t " - Lp
Trust No One 00
Attention, alerte à la bombe! Une bombe suédoise qui vient de prendre d'assaut ma platine, otage consentant pour assouvir mon besoin de musique bruitiste et terroriste. Ce trio en met plein la vue. Cette musique noise est ultime, ça suinte l'urgence du hard-core, ça sait calmer le jeu pour encore mieux noircir le tableau. Les morceaux s'enchaînent, l'air y est parfois irrespirable, ça donne envie de s'arracher la peau. Putain, c'est tellement intense, c'est au couteau. Que dis-je! Taillé à la serpe! S'il vous reste une petite place entre vos Orchid, Breach et Shotmaker, réservée là d'urgence à Switchblade! Une révélation.
SKX (10/04/2001)

Sabot
Mission : superstition - CD
Cesta 2003

Sabot, c'est quinze années d'activisme, de tournées acharnées à travers le monde, de l'Europe à la Nouvelle-Zélande avec même un périlleux voyage en Chine à travers la Turquie et le Pakistan en 1999 ! Une tonne d'expérience et d'échanges musicaux avec tout plein d'artistes d'horizons très divers et si on ne peut pas dire que Sabot est un groupe dans le vent, qu'ils ne bénéficient pas de la même aura qu'un groupe comme The Ex avec qui ils partagent pas mal d'idéaux autres que musicaux, ils n'en restent pas moins infatigables ! " Mission : superstition " est leur 7ème album. Indéboulonnable duo basse-batterie instrumental, ces expatriés américains installés en République Tchèque depuis 1993 continuent leur recherche rythmique. On pourrait vulgairement les associer à No Means No et autres faméliques duos du genre. Sauf que Sabot explore également la face jazz du punk. Leurs compositions sont des constructions alambiquées où il n'est pas aisé d'avoir ses entrées. On peut aussi bien rester à la porte que, timidement, y mettre un pied, et à petite dose, commencer à y comprendre quelque chose. Un son de basse qui vibre de partout, une caisse claire centrale, alternance entre plan purement rythmique et une approche oxygénée de la bête, cet album de Sabot n'est pas le moins difficile de leur œuvre. L'écouter d'une traite relève du masochisme mais à raison d'un ou deux titres de temps à autre, on saisit mieux tout le charme de ces compos rocailleuses et tortueuses.

SKX (30/06/2004)
website groupe | website label www.cesta.cz
sounds Face the Mirror.mp3 | Crackwalk.mp3

Secret Mommy
Hawaïï 5.0 - CDEP
Ache 2004

Secret Mommy est le projet solo de Andy Dixon, guitariste chez Red Light Sting (qui soit dit en passant viennent de mettre fin à leur aventure commune, à peine leur premier album sorti…). Tout seul derrière ses écrans d'ordinateurs, il s'adonne aux joies du collages sonores, de la trituration à tout va. Deux albums déjà au compteur. Celui-ci est un disque spécial été (c'est pour ça que cette chronique voit le jour fin août !). Cinq titres, ode à Hawaï et aux tropiques, à écouter avant de partir sous le soleil, préconise-t-il. Le gaillard s'est amusé à sampler les musiques des îles, puis tout mettre ça à l'envers, lire de droite à gauche, poussant les rythmes à faire pâlir les surfeurs, balancer un grand coup de pied dans les cocotiers, comme ça, pour se marrer, juste pour voir si les singes sont verts. Ca cut et ça re-cut, ça sort le tube à colle, tout ça dans la bonne humeur et l'agilité. De là à vous dire que j'emmènerais ce disque et uniquement celui-là sur une île déserte….

SKX (28/08/04)
website groupe www.secretmommy.com
website label www.acherecords.com
sounds FreeSong.mp3

Sedia
s/t - CDEP
Wallace 2004

Rien de plus agréable que ces groupes qui déboulent de nul part et vous squattent votre platine par surprise. Sedia est un trio Italien, principalement instrumental, et sort sur le fameux label, Wallace records, un premier six titres qui va faire de nombreux adeptes très rapidement. On prend les paris ! Sedia fréquente le milieu noise-rock sans qu'on puisse les rattacher à un style bien particulier (tant mieux !). De loin, ça ressemble à du math-rock, sa liberté des structures, ses attaques angulaires. A écouter de plus près, c'est juste plein de vie, du rock qui s'en fait pas de ses formes. Le genre de groupe qui répète inlassablement au fond du garage, qui fait tourner les idées, essaye de surprendre le camarade de jeu, avant de trouver le point commun, de partir dans la même direction, que la basse frappe un grand coup. Le chant, présent sur deux titres, est mixé loin derrière, un cri qui tente désespérément de se faire entendre pour mieux ajouter à la tension ambiante. Une irruption spontanée pour faire sauter les verrous. L'avenir leur appartient.

SKX (29/08/04)
website label www.wallacerecords.com
sounds moholinaghy.mp3

Snack Truck
Harpoon - CD
The Perpetual Motion Machine 2004

Une bien dangereuse affaire qui nous est soumise une fois de plus. Deux terroristes qui tentent de concilier la brutalité des groupes emo-violence et la folle technicité, voir l'abstraction fertile de fêlés notoire comme Hella. Snack Truck est donc un nouveau duo qui fait du bruit comme quinze. Matt Krofcheck et Nate Rappole y mettent toutes leurs tripes pour vous heurter. On peut regretter qu'ils ne mettent pas un peu plus de cœur et d'émotions pour vous aliéner complètement. Leur premier album " Harpoon " ne fait pas dans le sentiment. On joue d'abord sur la corde de l'absurdité, la déconstruction, le déchaînement rythmique, avec une pointe de bidouillage électronique et un synthé qui n'est pas là pour faire joli. Sans oublier une voix hystérique, un chat de gouttière qui a mis la queue là où il fallait pas. On surprend tout de même le duo à s'arrêter de se martyriser la santé sur des plages où l'approche mélodique est privilégiée (" Pheasant "). Mais c'est pour mieux repartir à l'abordage dans des joutes enlevées ou le rapport sauvagerie/subtilité semble trouver (" Terrier of the pale moon "). Il est amusant de noter que la batterie d'un coté et la guitare et voix de l'autre ont été enregistrées à deux mois d'intervalle, dans deux studios différents et pas par les mêmes personnes… Les deux armes restent pourtant en symbiose. Snack Truck est un groupe qui fait corps et dont on sent tout l'amour du bruit, l'amour pour ruer dans les brancards, proposer une lecture extrême et très vivante de leur version du rock qui doit autant aux Ruins qu'à Converge ! C'est dire l'effort qui vous ait demandé ! C'est à ce prix que ce mérite cet excellent album d'un groupe appelé à un brillant avenir…

SKX (04/12/2004)
website groupe www.snacktruck.com
website label www.theperpetualmotionmachine.com

Southkill
Self-titled - CDEP
Noreaster Failed Industries 2003

Une nébuleuse affaire. Un paysage sonore qui se répand par vagues successives. Le flot d'une guitare se heurtant aux rythmes solides d'une batterie. Southkill, c'est l'histoire d'une rencontre entre Jason Kerr, le guitariste néo-zélandais et John Dudley, le new-yorkais batteur. Des CVs déjà épais dans de précédentes formations. On repart de zéro. Southkill navigue en eaux troubles. Entre couches de guitares épaisses et atmosphériques, style Explosion In The Sky, le sens de la lourdeur en plus, ma dépression pèse trois tonnes, le dos courbé. Au milieu, le capitaine batteur maintient tout le monde à flot, la tête hors de l'eau pour que cette galère file droit. Frapper juste mais pas dur. Avec toute une science de la strate sonore et l'hypnose des grands fonds. De longs cheminements en étroits détroits, en horizons bouchés par un épais brouillard a de lumineuses éclaircies, Southkill réussit à éviter les écueils de justesse et écrit un premier chapitre fort prometteur.

SKX (26/06/2004)
website groupe www.southkill.com
website label www.nfilabel.com
sounds www.nfilabel.com/sounds.php

Struction
s/t - CDEP
Noreaster Failed Industries 2004

Struction débarque d'Albany (la ville de l'état au nord-est des USA, pas le pays !) et apporte son lot de fureur. Un trio qui émerge à grands coups de rythmes taillés pour la bagarre et de deux guitares (encore un groupe boudant la basse) qui replacent le mot noise au centre du débat. Vous rajoutez par là-dessus un duel de voix masculin/féminin qui se poussent mutuellement à qui gueulera le plus fort et vous avez là six titres de noise-rock des plus engagés. Des compostions complexes, tout en fracas, du bruit, de la lourdeur dans le son, le disque est compact. Ils ont beau mettre un peu d'âme dans leurs harmonies, ça fait mal à l'arrivée. N'empêche que tout ce bruit fait un peu passe-partout. L'exécution a beau être parfaite, ce disque a dû mal à vraiment décoller. Les voix, à trop vouloir en faire, ont tendance à noyer le propos. Ouvrir les fenêtres et respirer un bon coup. Une réalisation certes solide et intéressante mais va falloir encore sculpter la matière brute pour y voir plus clair.

SKX (13/06/2004)
website groupe www.structionnoise.com
website label www.nfilabel.com
sounds www.structionnoise.com/untitled.mp3 | HardcoreBarMitzvah.mp3

The Sultans
Shipwrecked - CD
Swami 2004

Alors que l'hiver se pointe et que la dinde va encore se faire plumer, il est bon de se délecter d'un disque qui donne envie de déguerpir de tout ça, le soleil, les deux roues à fond sur le bitume, les cheveux au vent, le cuir qui colle à la peau et les mouches collées sur le front! Jon Reis est un vétéran toujours jeune. Ces autres projets (Drive Like Jehu, Rocket From The Crypt, Hot Snakes) sont des monuments qui lui évitent tout sarcasme. The Sultans n'est pas le plus connu mais les fans du bonhomme vont pouvoir s'arrêter deux bonnes secondes. Rien qu'avec l'énoncé de son nom, vous voyez tout de suite de quel genre de musique il est sujet. The Sultans est un trio qui torche tout en deux minutes cinquante chrono avec une propension à vous rendre heureux, enchaîner les perles punk-rock aux refrains accrocheurs. Du Hot Snakes mais plus détendu du gland. Des guitares sixties le tout attaquer sous un angle punk 77. Quatorze titres enregistrés en une après-midi. Pas la peine de vous faire un dessin. Et comme le gars a la super classe, il vous fait tout ça avec dextérité, jamais fadasse. Ca file droit. C'est sec, rock'n'roll qui coule comme du miel. Ca balance de grosses œillades aux gonzesses sans jamais tomber dans le vulgaire. Et si avec un morceau comme " please don't leave me on the highway ", vous prenez un râteau, c'est qu'on peut plus rien pour vous! Quatre ans après " Ghost Ship ", Speedo Reis (qui s'est choisi cette fois ci le super surnom de Slasher ) et ses deux voyous à rouflaquettes (Black Velvet, alias Dean Reis (le frangin ?) et Tony DiPrima (lui c'est son vrai nom)), en ces temps à la con où le retour du soi-disant rock'n'roll de fils de bourges hante les charts, méritent le podium. Pas encore l'Oscar d'honneur mais eux au moins savent de quoi il retourne. Ce " Shipwrecked " est sans surprise mais le muscle est fin, c'est de la race des seigneurs, qui eux, les fous, continuent de faire tout ça juste pour le fun car ils ne savent faire que ça. Merveilleux loosers!

SKX (04/12/2004)
website label www.swamirecords.com
video : sultansfinal.mpg

Swarm of the Lotus
When white becomes black - CD
At A Loss 2004

Swarm of the Lotus va sûrement être catalogué "groupe metal". Mais ce groupe américain de Baltimore est bien plus qu'un vulgaire groupe de metal ! Quand le noir se mélange au blanc, on passe par toute une nuance de gris. Ils explorent moultes facettes des musiques extrêmes. C'est une musique qui joue sur le bruit, celui qui écorche et qui perce les tympans, qui ne se contente pas de sa seule technique de musiciens pour multiplier les breaks mais vous prend par les tripes, tour à tour martiale, tribale et sombrement mélodique. Au cœur de la fusion et du larsen, une avalanche d'émotions brutes comme savait si bien vous l'asséner Unsane ou leurs compagnons d'écurie Cream Abdul Babar. Viscéralement maladif, malsain, une grande fuite en avant et pas d'esbroufes. Comme Kiss it Goodbye/Playing Enemy, on les sent sincèrement tendus, exprimant une réelle frustration. Et ça va beaucoup mieux en le disant! Depuis le dernier Converge, je n'avais rien entendu d'aussi enthousiasmant.

SKX (29/06/2004)
website groupe www.swarmofthelotus.com
website label www.atalossrecordings.com
sounds from_embers.mp3 | ichabod.mp3

 

Switchblade
s/t - CD
Trust No One 2004

Austère Switchblade. Toujours aussi avare en titres de morceaux (on se contentera une nouvelle fois de numéros), de nom d'album (un énième self-title). Toujours avide de pochette dans la grisaille et définitivement les deux pieds dans des compostions longues et (quasi) instrumentales. Bref, le trio suédois affirme son penchant du précédent album. Breach et Isis planent à raz du sol. L'atmosphère est plombée, triste comme un matin glacé et, il faut bien le dire, un brin monotone. Il faut aimer se plonger dans ce bloc monolithique, évoluer au ralenti comme dans ces foutus rêves où une force inconnue vous empêche d'avancer alors qu'on aimerait filer au quart de tour. Attendre que quelque chose se passe. En vainc. Switchblade tisse sa toile avec patience. Cadence lourde et lente de la batterie, guitare qui fait mine de partir, pression qui monte doucement, l'atmosphère se dégage, on sent que là c'est bon, ils tiennent le bon bout, ils vont sortir de leur torpeur et puis non, on en sort frustrer, ils nous font miroiter une musique qui pourrait s'annoncer grandiose mais tout reste étriqué et minimaliste dans leur noirceur comme un manque d'ambition et d'ampleur dans les compos. Ca tourne à vide, répétitif et au final il se passe pas grand chose. Enigmatique Switchblade qui ne donne pas la clef pour entrer dans leur monde tout sombre qui sonne creux à l'intérieur. Des atouts séduisants mais un album qui s'avère ennuyeux.

SKX (19/03/04)
website groupe www.trustnoonerecordings.com
website label www.trustnoonerecordings.com/switchblade
sounds www.trustnoonerecordings.com/mp3/Switch_02.mp3

Superstatic Revolution / Pupille
Split CD
Basement Apes Ind. 2006

Split album à l'horizon seulement séparé par la ligne blanche des Pyrénées. D'un coté les sudistes de Superstatic Revolution. De l'autre, les Espagnols de Pupille. Dans l'ordre du CD, les Français attaquent avec cinq morceaux. Ce n'est toujours pas la révolution. Superstatic Revolution glisse sur la cendrée bétonnée de leur album Goodbye Mr Wanton. Du profondément écorché, que ce soit virulent (le convaincant morceau d'ouverture Sermons part. 1) au mélancolique titre d'achèvement… Sermons part. 2 ! Entre les deux, toujours ce hardcore noisy et métallisé (pas comme la voiture) que le groupe maîtrise de plus en plus à défaut de transcender le genre.
Pour Pupille, c'est histoire sans parole. Là aussi, l'humeur n'est pas à la franche gaîté mais il la décline sur le mode tout instrumental. Une musique qu'on pourrait vite cataloguer de post-rock. Et vous auriez raison. Sauf que leur post-rock à eux ne titille pas les plates-bandes des récurrents Godspeed you Black Emperor. Leur fond de commerce puise ses racines dans quelquechose de plus rock et emo, comme ces samples et cris déchirés sur Quiero que me, sans jouer sur les habituels clichés montées/descentes bruyantes. Pupille tente d'instaurer une pression constante dans sa retenue. Ca ne les empêche pas de jouer les contemplatifs sur Tu primer tac et se bercer de tonalités aériennes. Quatre compositions aux fines subtilités, à l'écriture soignée, qui tente de trouver sa propre voix dans un post-rock encombré jusqu'à la glotte mais qui ne m'émeut pas plus que ça. Dur de casser la baraque avec ce genre de musique. Deux groupes qui connaissent bien leur partition, exécuter avec maîtrise et savoir-faire pour un split album trop sage et sans surprise.

SKX (20/11/2006)
website groupe www.superstaticrevolution.com | www.slowcoloured/pupille
website label www.basementapesind.com
sounds pupille_unbalon.mp3 | SR_Sermons.mp3

Science of Yabra
Don't panic - CD
Frenetic 2004

Loin de nous l'idée de paniquer! A la seule écoute des premières mesures de ce deuxième album de Science of Yabra, on sait où on a mis les pieds et on peut siffloter serein. C'est du punk-rock dans la grande lignée historique, celle des Drive Like Jehu qui vous remonte directement au cerveau. Une version rustique et bien moins inspirée certes mais la source est la même. A cet abreuvoir, se sont branchés également des soiffards du genre de Yaphet Kotto (dont un ex-membre joue dans Science of Yabra, trop facile) et autres passionnaras du hardcore émotionnel et vous obtenez là une mixture tout à fait honnête. Huit morceaux percutants, pour les sprints tranchants, le sourire jusqu'aux oreilles, la voix chaude et grêlée, des petits brûlots à l'énergie renversante dont les mélodies de certains nous font relever le sourcil. De plaisir s'entend. La moyenne est atteinte. Le positif, c'est que ce "don't panic" est bien meilleur que leur premier brouet "check the sound" (où il n'y a justement pas grand chose à checker) et que ce groupe semble donc sur la bonne voie. Mais la voie est longue et il faudra encore redoubler d'efforts pour sortir des sentiers (re)battus.

SKX (22/02/2005)
website groupe www.scienceofyabra.com
website label www.freneticrecords.com
sounds saint.mp3

Seven Feet Four
Departure/Arrival - CD
Coalition 2004

Découvert sur un split single partagé avec les Rennais de The Flying Worker, la Suède frappe encore une fois à notre porte avec Seven Feet Four. Ce pays n'a décidément pas son pareil pour s'inspirer du meilleur de l'Amérique (si si ça existe !) et de jeter en pâture des compos qui vous collent à la peau. Ce premier album renvoie direct aux influents At The Drive In avec un retour de balle vers Fugazi. 7Feet4 ne se présente pas sale et méchant. Ca mise sec sur la mélodie et rien n'est fait pour ne pas la mettre en valeur. Et comme ils savent vous torcher ça de première, ça vous donne une ribambelle d'hymnes à reprendre en cœur, à se trémousser sans arrière pensée sans s'empêcher de chialer tout seul dans son coin avec un " I will die alone " tout en rage contenue. Alors que leurs voisins norvégiens de JR Ewing explorent la face rock, 7Feet4 rament dans le même sens. L'approche est plus pop mais la classe, elle aussi, ils l'ont. Un bon départ dans la vie.

SKX (08/01/2005)
website groupe www.sevenfeetfour.com
website label www.coalition-records.com
sounds Auto_Emotion.mp3

The Shipping News
Flies the fields - CD
Quarterstick 2005

La bande des ex-Rodan-June of 44-Rachel's de retour dans la fosse. On ne se débarrasse pas du passé facilement. L'étiquette colle à la peau. En plus, le chef de file Slint a décidé de se reformer (plus ou moins), on a donc pas fini de parler du passé… Shipping News s'est toujours inscrit dans cette mouvance musicale. Ce nouvel album aura du mal à nous faire changer d'avis. " Flies the fields " nous renvoie aux grandes heures d'un rock-noise dépressif, à la lenteur consommée. Les années 90, c'est pas si loin et Shipping News a les deux pieds enracinés dans le genre malgré les artères qui vieillissent. Toujours mené par Jeff Mueller et Jason Noble, The Shipping News promène son blues. Une mélancolie bon teint. Aucun signe de souffrance extérieure. Mais le spleen est là, cette douce mélancolie qui s'empare de vous sans raison apparente. Avec ce quatrième album, The Shipping News n'oublie pas de rocker. " Axons and dendrites ", " Morays or demon " mettent la pression, tout comme un " The Human face " revendicatif. Et ce sont dans ces cas là que Shipping News se fait tout particulièrement apprécier, quand ils habillent leur humeur chagrine d'une sourde tension. Qu'ils nous prennent par les tripes et appuient où ça fait mal. C'est toujours fait avec classe mais ce petit truc qui picote fait du bien. Pour le reste, là encore, ça respire la classe. On n'a pas fait parti de June of 44 et Rachel's pour rien ! Ce petit brin de voix féminin en chœur sur " untilted W/ Drums " est bien émoustillant. Cette basse ronde et prenante sur le long morceau de clôture, ses larsens criants dans le lointain, cette voix triste mais ferme qui nous invite à la prudence. Au plus profond de sa grisaille, Shipping News a su garder un résidu de colère, cette arme secrète que distillait à merveille Slint et qui n'explosait jamais vraiment. Shipping News se font les garants de la maison, avec sobriété, dépouillement et une efficacité qu'on ne leur connaissait pas. Les clefs sont bien gardées, on sait où on met les pieds mais il n'existe aucune raison de ne pas y faire un tour.

SKX (12/04/2005)
website label www.touchandgorecords.com
sounds www.touchandgorecords.com/songs_videos/index.php

Shoplifting
Self-titled - CDEP
Kill Rock Stars 2004

Avec trois ex-Chromatics, on retrouve ce même attrait pour le rock/wave du début des années 80 mais en version plus humaine et noisy. A la manière de Erase Errata, Shoplifting nous sert un rock au rythme malsain, la guitare hirsute et sans enjolivement. Le son brut et étriqué ne manque ni de force ni d'aplomb. Produit par Justin Trosper, le batteur des ex-Unwound, on y retrouve un lointain patronage avec Sonic Youth, dans le duel des voix homme/femme peut-être et le morceau " Ask " où le couple d'un instant se demande " wha'ts between my legs ? ". Des ambiances urbaines où l'intensité se contente de peu, faire sec et dépouillé, l'écho des dissonances, le minimalisme de l'habillage sonore. Après un premier single, Shoplifting s'affirme avec quatre titres désarticulés, pantin maudit qui dans un sourire torve peut envisager le futur de belle manière.

SKX (29/01/2005)
website label www.killrockstars.com



Shora
Malva - CD
Conspiracy 2005

Dès que j'ai vu le temps des plages s'afficher, j'ai senti que le Shora comme on le connaissait était devenu de l'histoire ancienne. Quatre titres seulement pour trente-trois minutes de musique. Fini la version uppercut de leur hardcore bouillonnant et incisif. Shora jouait les suiveurs, dans le sillage des Isis, Cult of Luna, Godspeed you Black Emperor. Ca annonçait une chronique chaude pour leurs fesses. Mais qu'ont-ils tous ces groupes à manquer autant de personnalité et prendre le train en marche dès que celui-ci file vers le " succès " ?! Quelques écoutes plus tard, je me suis surpris à apprécier ce disque… Car si Shora change carrément son fusil d'épaule, c'est pour tirer dans une direction qui lui est propre. Avec ses propres armes, ce groupe suisse construit des climats qui sentent bon les années 70, s'inscrivant dans un courant proche de Guapo mais avec une agressivité et une intensité tirées de leur expérience hardcore qui évitent les poncifs du genre. A croire que dans la liste des groupe suscités, il restait une place à prendre ! On n'échappe pas aux nappes du piano/synthé qui me font serrer le sphincter, notamment sur le dernier morceau Klarheit, avec une voix féminine angélique qui débarque dans ce monde totalement instrumental. Mais tout ça reste du domaine du détail. Shora réussit le tour de force de créer une musique aérienne sans jamais être grandiloquente. Une touche d'un fond de Neurosis dans cette mélancolie rampante. Utiliser des éléments et des ambiances issus d'un sérail qui a tout pour me crisper et de sonner juste. Elaborer des montées point éreintantes, de maintenir en haleine sous une pression constante, tout en retenu, qui pourrait laisser croire à des débordements mais les Genevois n'en ont cure. Quatre compositions qui ont de la finesse et de la musicalité. La musique progressive revient au galop ces derniers temps et c'est pas trop pour me plaire ce genre de conneries mais Shora assume complètement ce changement de cap radical et gère ses influences embarrassantes au mieux en les ancrant résolument dans le présent.

SKX (16/12/2005)
website label www.conspiracyrecords.com
sounds parhelion.mp3

Deerhoof / Sicbay
Split 7''
Modern Radio / Sawtooth 2004

Deux groupes qui ont l'habitude d'écumer les scènes américaines ensemble. Deux groupes dont les membres se connaissent bien avec John Dietrich en dénominateur commun. Si il gratouille désormais pour Deerhoof, il a aussi sévèrement allumé les tympans avec Colossamite, l'ex-groupe de Nick Sakes, qui mène sa barque aujourd'hui avec Sicbay. Vous me suivez? Deux groupes à l'essence pop-rock pour un traitement différent. Deerhoof sur la face expérimentale. Sicbay sur le versant rock. Quoique avec cet inédit " The rise of phantom white ", Sicbay est intégralement pop. Un titre tiré de leur session " Overreaction time " avec pour une fois l'autre gratteux, Dave Erb au chant. Ce n'est pas une nouvelle direction, juste l'heure de la récré et c'est printanier tout plein! Deerhoof s'amuse également avec deux titres. Ca commence très doucement, les vocalises de Satomi pour nous piquer les fesses avant de dérouler peinard, sans forcer leur talent avec ce produit de série. Les choses sérieuses arrivent plus tard avec un nouvel album de Sicbay prévu courant de cette nouvelle année.

SKX (02/01/2005)
website groupe www.sicbay.com | www.deerhoof.killrockstars.com
website label www.modern-radio.com

Sightings
Arrived in gold - CD
Load 2004

Chez Load records, on aime rien de tout ce qui brosse dans le sens du poil. Derrière le fer de lance du label Lightning Bolt se cache une pléthore de furieux allumés du bruit. Notre duo favori ferait presque figure d'enfants de chœur comparé au reste de l'écurie, c'est dire ! Sightings signe déjà son troisième album et ce n'est pas en pratiquant ce style de douceur auditive qu'on va leur ouvrir grand les portes du bonheur. Ce trio New-Yorkais navigue aux frontières des musiques électroniques et rock, faisant valser les drones et les robots sur des rythmes de transes. Poulie grinçante sur laquelle se greffe la mélodie pas dégueulasse de ce qui semble être une basse (" Sugar sediment "). Ambiance futuriste et dead zone peuplée de visages hagards (" The last seed "). Machinerie dantesque d'un vieux raffiot pour un aller-simple. Approche minimaliste et industrielle, voir techno dur de la feuille qui aime la face noise et sans concession (le très long " arrived in gold, arrived in smoke "). En concert, ça vous scotche au bar et pelle le nerf. Sur disque, l'effet hypnotique des boucles et l'agencement des stridences travaillent au corps et si on est tous d'accord pour ne pas écouter ça tous les jours, " Arrived in Gold " arrive à se faire une place et susciter plus qu'une curiosité malsaine. Encore loin de la plus haute marche du podium mais vu les chemins de traverses empruntées, Sightings ne prétend pas au plus grand nombre.

SKX (07/03/2005)
website label www.loadrecords.com
sounds dudes.mp3

Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra
Horses in the sky - CD
Constellation 2005

Avec chaque nouvelle sortie du collectif canadien Silver Mt Zion, c'est l'occasion de calmer le jeu. L'assurance de se retirer sur les bords de rive. Un calme flux à votre rencontre. Recueillement et messe basse. Et l'odeur de la terre en plus. Ambiance feu de camp. Et pour cause, certaines de ses chansons ont été enregistrées à un feu de camp près d'une rivière ! Bras dessus, bras dessous, le chant se passe en chœur et prend une place importante sur ce cinquième enregistrement. Les choristes canadiens se réchauffent comme ils peuvent. D'une voix pas toujours juste. Naturel jusqu'au bout. Même dans ses charmants défauts. L'accompagnement se fait dans le dépouillement. Violons et guitares discrètes. Jamais de quoi effrayer les oiseaux. Cet album n'offre pas les habituelles montées/descentes propres à ces musiciens issus de Godspeed You Black Emperor. Le ton est à l'apaisement général. Acoustique dominant, on s'attend à voir surgir à tout moment le preux chevalier secourir sa damoiselle emprisonnée. Sauf que pour la réveiller, il faudra un peu plus des rares incartades électriques ici présentes. La nuit flotte et " Horses in The Sky " nous enfonce dans le sommeil. Les scouts se ramassent à la pelle et ce groupe habituellement captivant est surtout ici ennuyant. Musique pour bobos.

SKX (06/03/2005)
website label www.cstrecords.com


Sincabesa
Self-titled - CD
Soundklass / Nature Humaine 2005

Bordeaux, encore une fois, nous sort un groupe digne d'intérêt. La musique du trio Sincabesa glisse à l'oreille, vous l'enveloppe tout en fluidité et en finesse. Dans la famille post-rock, c'est la branche nerveuse, celle qui a su éviter la torpeur d'un style musical qui s'y complait trop souvent, gardant un dynamisme et une vivacité permettant de rester sur de bons rails jusqu'au bout des dix titres (ou presque). Majoritairement instrumental, Sincabesa a étoffé sa palette basique guitare-basse-batterie avec des arrangements aux claviers et melodica, une trompette sur Je ne sais plus faire les divisions et un chant intense sur tout-terrain. On peut regretter que ce chant ne soit pas plus présent dans la musique de Sincabesa tant il apporte de la force et fait sortir le groupe de ses gongs. Car si le groupe possède un certain allant avec une rythmique souple et solide, ça reste propre sur soi, plus joliment fait que réellement enthousiasmant. Sincabesa connaît les gammes. De Ui à Minor Forest en passant par le troisième album des lillois de Milgram, leur musique n'a rien à rougir des comparaisons. Mais c'est aussi parfois trop tendre, lorgnant vers un electronica un peu fade ou popisant, comme le long morceau de clôture gaucha ! gaucha ! très gentillet avec des chœurs qui me font fuir. Le groupe essaye en tout cas de donner du vernis à un style qui a maintes fois fait ses preuves, de le sortir de la redite en explorant plusieurs pistes à la fois et Sincabesa semble tenir le bon bout !

SKX (18/07/2005)
website groupe www.sincabesa.com

Sleeping People
s/t - CD
Temporary Residence 2005

Une sacré dégringolade, avec un flux par en dessous, du loin, du profond, du rock et du complexe. Avec des membres passés ou actuels de Tarentel, Pinback ou Rumah Sakit, on aurait pu s'attendre à du calme et du mélancolique mais c'est le dernier groupe cité qui porte la culotte. Rumah Sakit, qui eux-mêmes doivent à Oxes, Don Caballero, la lignée est connue. Nombre de groupes, toutes nationalités confondues, en dépendent, de ce rock-noise mathématique et virevoltant. Si vous n'avez toujours rien de neuf sous le soleil, ce disque est là pour vous rassurer et faire briller votre morne quotidien en attendant l'étincelle. Car c'est du haut vol, du vertigineux, des rythmes et lignes de guitares qui se croisent et tissent un canevas jamais prise de tête. Du grand travail d'orfèvres qui sont capable de rendre invisible à l'oreille nue les heures de travail et confection minutieuse nécessaire à un album qui n'oublie jamais de rocker. Un classique, comme ça, mine de rien.

SKX (08/12/2005)
website groupe www.sleepingpeople.com
website label www.temporaryresidence.com
sounds bluefly.mp3 | sound.htm

Smoke and Smoke
Love Suffers long - CD
Frenchkiss 2004

Quel plaisir de retrouver les deux inséparables de Godheadsilo dans ce nouveau projet! Un ancien duo de Kill Rock Stars records et Sub Pop sur la fin qui a donné ses lettres de noblesse aux doublettes dans les années 90. Un problème de tendon sectionné pour le batteur a mis fin au groupe mais il a désormais retrouvé son bras gauche et plutôt bien à l'écoute de sa frappe qui n'a rien perdu de sa puissance ! Agrémenté du chanteur de Murder City Devils, Smoke and Smoke garde la force motrice de Godheadsilo, cette dualité basse-batterie qui fait dans la gravité, une brutalité lo-fi, un noir minimalisme. Avec Smoke and Smoke et ce chanteur inquiétant, ils repartent sur un son à part, un effet retors sur la basse, cette vibration, ce tremblement des murs. Une lourdeur qui à l'époque leur valait déjà des comparaisons avec les Melvins sauf que Smoke and Smoke n'aime pas le hard-rock. Leur approche est directe avec un brin de perversité, du rock du costaud mais toujours prêt à prendre la tangente dès que le vent souffle trop dans le sens des poils, le power-trio bancal, exit la guitare mais power quand même. L'âge n'a pas attendri leur goût pour le saignant. Chez Smoke and Smoke, il n'y a pas de fumée sans feu, tout est bien ancré dans la réalité, ce bruit de fer qui bataille dans le jus. Smoke and Smoke donne l'impression de sortir de sa cave, l'odeur est humide et rance, mais maintenant qu'ils ont vu le jour, méfiez vous, ils risquent d'étendre leur territoire lubrique.

SKX (20/06/2005)
website groupe www.smokeandsmokepracticespot.com
www.godheadsilo.com
website label www.frenchkissrecords.com
sounds smokeAndSmoke.html

The Starvations
Gravity's a bitch - CD
GSL 2005

The Starvations continuent sa chevauchée fantastique. Héritage Gun Club toujours. Sauf que les Starvies (pour les intimes) ne courent plus après les mêmes démons que Jeffrey. L'accordéon en bandoulière, la troupe de Los Angeles met de l'entrain et de l'allégresse dans son blues et si tout ça ressemble à une fuite en avant, ces 11 titres donnent envie de dévaler les canyons à bride abattue. Leur musique me donne envie de faire du cheval, de boire du whisky (plus facile), de siffler tout ce qui passe et de valser toute la nuit. The rising horizon qui ouvre le bal est une pure attaque de diligence qui puise ses racines dans le punk. Des moments de panique, des moments où le chanteur s'épanche au dessus de son verre, sentimental (Purgatory), poignant et puis rien à foutre en fait, après moi le déluge, jusqu' à un p'tit air hispanisant, le temps d'un Empty piano, vous m'accorderez bien cette danse mademoiselle. Tout ça ficelé au cordeau, au plus sec, délire alcoolique, les Starvies sont en chaleur, moite et incandescent, 25 minutes d'une bouffée qui filent plus d'oxygène qu'un voyage dans les grandes plaines en plein pays catho. The Starvations, c'est les Pogues et les Bad Seeds en pleine traversée du désert, celle qui donne soif et The Starvations vous donne votre pleine rasade de contentement.

SKX (08/11/2005)
website label www.goldstandardlabs.com
sounds quarterofmyeye.mp3

Strikeforce Diablo
The albatross and the architect - CD
No Idea 2004


Le coup du groupe qui fait mine de splitter et qui finalement en remet une couche. Trois années de veille. Des tonnes de projets (Argentina, Asshole Parade, Gus, True North, etc !) et le punk-rock qui continue à les titiller. Et mine de rien, après moultes bouts de disques, cet albatros et l'architecte est leur premier album en 7 ans d'existence (pause comprise !). On retrouve toute la force et leur élan de générosité, ce punk-rock rageur au grand cœur que le trio de Gainesville la fameuse (Floride) applique avec savoir-faire. Les habitués de No Idea auront une idée bien précise du son de Strikeforce Diablo. Entre Trapdoor Fucking Exit, Planes Mistaken For Stars et un bout de Twelve Hour Turn, il reste de la place. Une basse rondement menée, une batterie naviguant entre un mid-tempo contrôlé et des effets de baguettes dévastateurs sur les toms basses. L'assise est sûre. Pour faire chavirer les sens, un guitariste qui ne lésine pas sur les accroches, des voix qui se complètent à merveille. Strikeforce Diablo, c'est une main de fer dans un gant de velours. Les premières écoutes sont mitigées. Les compos semblent un peu trop passe-partout pour qu'elles nous percutent vraiment. Mais le travail de sape paye toujours. Le diamant est brut et il faut voir sous la rudesse de l'ensemble quelques brillants illuminant un disque à ne pas sous-estimer de prime abord. Dans la grande tradition de No Idea. Le punk-rock a de beaux restes.

SKX (26/03/2005)
website groupe /strikeforcediablo.html
website label www.noidearecords.com
sounds SharpTongue.mp3

The Stnnng
Dignified Sissy - CD
Modern Radio 2005

Pour prononcer le nom de ce groupe, vous pouvez desserrer les mâchoires. Leur vrai nom est The Stunning mais un autre groupe avant eux, toujours en circulation et hélas très connu dans les milieux où on écoute de la merde, porte le même patronyme. Originaire de Twin Cities (Minnesota), The Stnnng vient de sortir un album en forme de balle. Une grosse, une énorme balle dans la tronche. Une rage rock'n'roll qui suinte à chacune des notes dans une texture et un traitement du son très rock-noise, façon Ten Grand ou Jesus Lizard. Avec un des guitariste de The Vets et l'ex-batteur de Wicketran, The Stnnng ne sont pas des nouveaux dans le circuit mais dépassent en qualité tout ceux qu'ils ont pu faire. Quatorze titres crachés à la face du monde. Une longue série d'uppercuts dans la tronche. Une putain de folie avec un chanteur très en verve, prêcheur énervé. Le titre le plus représentatif de cette schizophrénie est l'excellentissime New national anthem. Une intonation de voix, une façon de déclamer ses griefs à la Jon Spencer. Aren't you glad to be an American? We're all fucking crazy … ahhh! Le nouvel hymne d'une génération, non à toutes ces conneries, de la reine mère d'Angleterre aux blogs sur internet ! Un album dévastateur et furieusement inspiré. Direct et recherché avec des traces d'acoustique (Ready the replicats), deux guitares en osmose et inventive, des tas de trouvailles, l'air de rien mais toute la différence. Un groupe à la réputation subversive sur scène. Ils ont reproduit sur le rond central du disque une note d'une tenancière de salle leur demandant " de ne casser aucun équipement ce soir ". Il me plairait de voir ça sur scène. De la balle je vous dis !

SKX (20/07/2005)
website groupe www.stnnng.com
website label www.modern-radio.com
sounds mygoldenoldie.mp3 | continentaldog.mp3

Submission Hold
What holds back the elephant - CD
Welcoming Committee / Stonehenge 2004


"It"s a mad mad world" se désespérait Nick Cave. "And you are a wild girl". Jen la chanteuse et sa troupe de troubadours punks donne suite pour notre plus grand bonheur au précédent album "Sackcloth and Ashes". Originaire du Canada (Vancouver), ce groupe qui a subit de multiples changements et qui, de part ses nombreux voyages, expériences personnelles et inspiration, font penser à The Ex, remette leur titre du "groupe hardcore le plus original" en jeu. Le militantisme chevillé au corps, c'est l'esprit punk par essence qui mène leur ligne de conduite. Paroles engagées contre la guerre. Contre toutes les guerres, pas seulement celle de leur voisin américain qui a tout de même une place de choix sur le podium. Mais le rendu musical est tout autre. Loin du cliché hardcore, Submission Hold a développé depuis son dernier album un langage musicale où folk, improvisation, punk-rock et jazzy du bec se côtoient.Pas chacun son tour mais tous ensemble. Une alchimie secrète. La fluidité du mouvement au sein d'une périlleuse entreprise. Des épisodes chaotiques font face à de réels moments de poésie. Des attaques frontales en sons clairs. Une rythmique qui tricote, qui s'amuse sur "Dirt" à s'émoustiller jazzy, à s'enchevêtrer, halte à la violence, tout est dans le demi-mesure. Les Canadiens ralentissent la cadence mais pas l'intensité. Et l'envoûtement du chant. Quasi-religieux par endroits, clairement énoncé. Même dans l'énervement, il garde comme une aura sacré. L'ombre de Marion Coutts, la chanteuse des défunts Dog Faced Hermans (1986-1994) plane, bienveillante, et ce n'est pas que le chant qui nous rappelle les Ecossais. Toute la musique de Submission Hold respire la même légèreté et rigueur, cet affranchissement des genres, ce souffle punk-rock qui s'émancipe de ses racines pour flirter avec la lune. Sombre et réaliste la lune mais l'espoir est au bout et Submission Hold nous éclaircit le quotidien avec cet album original qui se bonifie au fil des écoutes.

SKX (03/02/2005)
website groupe www.submissionhold.org
website label www.g7welcomingcommittee.com
sounds finalcoup.mp3 | woodenhead.mp3

Swarm of the Lotus
Picture 7''
Reptilian 2004


Un joli brin de fille ficelée à la mode maso. Une image qui sied à merveille à Swarm of the Lotus. Un picture disc où souffrance et plaisir vont de paire. " Torrential " ouvre les hostilités sur un torrent de batterie et un long cri qui déchire les âges. Ca va mieux en le disant. Incisif tout comme le second morceau " Ichabod ". Leur metalcore ne s'embarrasse pas de fioritures. C'est du brut, du sauvage, de l'intense. " Withered am I " en face B les montre plus complexe, sa mise en abîme et la tension diluée dans un break de toute beauté, celle qui vous fait regretter d'avoir céder. Un superbe disque en attendant le second album " The sirens of silence " pour cet été qui sera forcément meurtrier.

SKX (01/05/2005)
website groupe www.swarmofthelotus.com
website label www.reptilianrecords.com
sounds ichabod.mp3

Swarm of the Lotus
The sirens of silence - CD
Abacus 2005


Feu sifflant. Endure. Swarm of the Lotus se charge de toutes les fautes. Terrible instant où le groupe de Baltimore décide de faire encore pire. Ce n'est pas toujours forcément moi qui parle. Trier dans les matériaux le sain du pourri. Besogne d'élimination. Encore plus. Plus de tout. Ordonnance fastueuse. D'une viscérale noirceur d'un When white becomes black, SOTL décide d'attaquer la face noire, d'élargir la fosse commune pour y déverser leurs contaminations. Toujours édifier. Plus de violence, de bouillonnement, d'énergie créatrice, accroître le champ de vision. Le metal, ils y arrivent, mais bien plus que cela. Ils sont plusieurs dans leur tête. Une œuvre dense à laquelle il faut une attention masochiste. De la bête primaire du premier album accouche une bête encore plus dangereuse car imprévisible, offrant de multiples visages derrière une cohérence jamais prise en défaut. C'est apocalyptique tout en ménageant ses effets, inventif, création d'un territoire personnel à partir de plein de bouts d'extrémités (pêle-mêle : Converge, Unsane, Playing Enemy, Dazzling Killmen, Neurosis). Swarm of the Lotus a su engendrer un disque contrasté de rythmes, de chants, de riffs changeants, mû par une force intérieure rendant fluide toutes ces interactions, un labyrinthe moite et menaçant qui vous mène comme bon lui semble, vulgaire bestiole que vous êtes, bonne à prendre des baignes sans rechigner. Ce disque s'impose par le seul poids de son mystère. 50 minutes terribles.

SKX (22/10/2005)
website groupe www.swarmofthelotus.com
website label www.abacusrecordings.com
sounds hookworm.mp3

Sweetheart
Art is dead is dead - CD
The Perpetual Motion Machine 2005


Combustion spontanée. Quelques riffs inspirés à l'ouverture suffisent à nous enflammer. Duel de guitares mordant, l'émotion à fleur de peau, une mélodie qui suinte sans facilité, des vocaux écorchés. Mais ne serait-ce pas un groupe screamo de plus?! Mais si pardi ! Il n'est pas mort, pas mort. Et celui si est finement amené. Hurleur et chaotique, point trop. Du punk-rock qui fait dans le discernement. La version américaine de Yage, assez léger et volatile. Un premier jet qui reprend leur single, quatre inédits et une pléthore de vidéos live basique. Il est clair que tout ça n'amène aucune eau nouvelle au moulin. Ca ne brasse pas dans le vent pour autant et Sweetheart peut poursuivre ses chimères l'esprit serein.

SKX (07/03/2005)
website groupewww.sweetheartattacks.com
website label www.theperpetualmotionmachine.com
sounds loud.mp3 | arms.mp3 | fast.mp3

Seawhores
Forest - CD
Essay 2006

Seawhores est cet énigmatique duo de Minneapolis qui après de nombreux maxis et splits dont le dernier avec Vaz sort enfin un album. Une entité (Cody Weigel et Adam Marx) qui aime s'entourer de mystère et de collaborateurs. Et pour ce Forest, des invités de luxe puisque Dale Crover (Melvins) et Brian Chippendale (Lightning Bolt) offre leurs services, chacun sur un morceau et pour sévir sur les scènes, Freddy Votel (ex-Cows) accompagne le duo infernal aux percussions. Mais ce qu'il ya de bien avec ce disque, ce n'est pas ce pedigree alléchant dont en fait on en a rien à foutre mais son caractère complètement imprévisible. Six morceaux mais pas un qui se ressemble. Vous ne savez jamais à quoi vous attendre d'un titre à l'autre. En gros, c'est du rock, c'est orgasmique, ça fout pas mal de bordel mais ils arrivent à créer des ambiances très différentes à chaque fois. Ils arrivent même à me faire aimer le flûte de pan, c'est dire, sur le début de May your hands wither avec comme une cithare derrière avant qu'un gros riff de basse tout distordu ne plombe l'ambiance et que les sept minutes suivantes soient une douce montée en enfer. Et que dire du Village curse suivant ! Onze minutes avec une voix travaillée par les fers du condamné pendant lequel un pauvre hère crie sa douleur à moins que ce soit les crissements de pneus d'un camion bien balèze. Et le pire, c'est que c'est bon. Une façon unique de mélanger des trucs méga cheap et huitième degré (le sample du chant hard-rock FM sur College Walls avec une musique bien lourdingue et noise derrière), de jouer aux apprentis sorciers en toute impunité, genre du Fœtus mais bien brutal et sérieusement décalé. Un disque sans étiquette, à votre bon cœur. Voilà, cette musique est assez incompréhensible mais j'adore ce truc ! Vous seriez bien aviser de jeter une oreille (et bien attentive l'oreille) sur ce Forest qui n'a pas fini de dévoiler tous ces obscurs charmes.

SKX (18/08/2006)
website label essayrecords.com
sounds ChiChi.mp3

Shokei - Kids Explode
Split LP
Narshardaa|Altin village
Grec complet 2006
Split 5'' with Petethepiratesquid
Grec complet / Warsaw 2004
'02 Jailbreak - 7''
Grec complet 2003

Un tour en Allemagne, un de plus, pour découvrir un nouveau groupe répondant au nom de Shokei. Leur histoire débute en 2003 avec leur première trace vinylique, un single cinq titres '02 Jailbreak. C'est du bon vieux hardcore/emo comme on en vit plein dans les années 90 et qui subsiste contre vents et marées. Et comme leur source principale s'appelle Shotmaker, on va pas trop se plaindre car l'ex-trio canadien a fait toute une ribambelle de rejetons et ce trio allemand nouveau venu n'est pas le plus moche. Cinq bonnes giclées teintées d'éclats noise et de mélodies viriles. La barque est mise à l'eau avec succès.
C'est dans le format ingrat du 5'' qu'ils reviennent en 2004. Le format prise de tête pour amener le bras de la platine sur le bon sillon. Le disque qu'on écoutera une fois par an, le jour où on aimera se poser un défi. Deux morceaux d'un peu plus d'une minute, faut faire vite et à ce rythme là, c'est frustrant, difficile d'aller au bout de son idée, le bras tendu est déjà revenu. Un split 5'' avec un autre groupe allemand, Petethepiratesquid, déjà entendu sur le volume 2 de la série Four way split du label Impure musik. Un morceau toujours tendance Submission Hold, anarcho-punk avec des chiens qui savent se tenir. Mais le son est définitivement trop plat et le format bâtard pour que ce split marque les esprits.
C'est avec un autre split que Shokei revient en 2006. Cette fois, c'est du long format et le groupe a passé la vitesse supérieure. Six compos où la rythmique éclate comme leur talent mélodique. L'influence Shotmaker est plus que jamais de rigueur. Le son vous en met plein la bouche. Chaque morceau navigue autour des deux minutes, c'est pour mieux marquer votre esprit mon enfant et si Shokei n'a rien d'original, il a l'art de vous dynamiter le quart d'heure et de vous filer la banane. Autre face, l'Allemagne, über alles, avec Kids Explode, la ville de Freiburg, presque la frontière. La frontière musicale est proche également. Shotmaker dans les parages, alles über, avec quelquechose de plus joyeux et groovant. Avec un brin de sarcasme, on pourrait même dire que tout ça est plus fashion, tendance branché jeune et punk à la mode. La frontière est parfois bien mince, un rien ne vous fait basculer dans un camp ou l'autre. Kids explode, c'est pour les kids et leurs copines surtout. Mais tout ça, ce n'est rien que des sarcasmes de vieux con. Encore une histoire de frontière. Un split qui le fait bien.

SKX (18/12/2006)

website groupe www.shokei.de|myspace.com/kidsexplodeeurope|
www.petethepiratesquid.de

website label www.narshardaa.com | www.altinvillage.de | www.warsawrecords.tk
sounds Shokei-HeelsAndCleets.mp3 | KidsExplode-HolyGrail.mp3
Shokei-1-Koro.mp3 | Shokei-4-Hauptfeuerwehrmann.mp3|shokei-hottopic.mp3

Sicbay
Suspicious Icons - CD
54° 40' or Fight 2005

Sicbay touche au nirvana. A la recherche de la chanson punk-rock parfaite. Voir la chanson pop-rock parfaite tant ce troisième album est gorgé de mélodies qui ne se cachent pas. Quand on repense aux débuts de Nick Sakes au sein de Dazzling Killmen et Colossamite, on se dit que bien des fleuves ont coulé sous les viaducs ! Sicbay va au bout de son idée et délivre dix morceaux on ne peut plus basique dans la forme. Le couplet, le refrain, le couplet, éventuellement un petit pont musical avec toute l'énergie domptée par les âges. Sicbay ne cherche pas à compliquer. Il faut se pincer pour écouter le guitariste Dave Erb pousser la chansonnette tout gentil sur The Rise of phantom White… Heureusement, Sakes reprend les cordes vocales sur le reste de l'album, y insufflant sa rage et intensité habituelles pour donner une virilité globale à un album court, vif, pétillant. En un mot efficace mais qui aura quand même du mal sur la durée à contenter le fan de base qui suit le parcours de Nick Sakes (désolé pour les deux autres) et retrouver dans cette œuvre tout l'attrait et la profondeur de ces précédents disques. Sans doute faut-il prendre ce disque pour ce qu'il est. Un putain de bon disque pop-rock. Point barre. Et tenter de partager le plaisir simple de compositions écrites avec l'amour et la conscience du travail bien fait de trois artisans qui en ont vu d'autres et qui aspirent sobrement et naïvement à revenir à l'essence même du rock. Sicbay en a toujours rien à foutre des modes, des looks et autres futilités (il suffit de regarder la photo du groupe sur la page d'accueil de leur site… glamour comme un catalogue Damart). Ils font leur truc en père peinard dans leur coin. Ce n'est pas assez pour faire de grands albums mais suffisant pour être définitivement touchant et c'est pour ça que je les aime autant. Ya pas que la musique dans la vie !

SKX (20/02/06)
website groupe www.sicbay.com
website label www.fiftyfourfortyorfight.com
sounds www.myspace.com/sicbay

Sinaloa
Footprints on flootboards - CD
Waking records 2005

Sinaloa est un trio du Massachusetts (toujours aussi dur à dire qu'à écrire) qui tire son originalité d'un manque. Une absence de bassiste qui donne aux structures et au ventre des compositions de Sinaloa une résonance particulière. Parce que pour ce qui est des racines musicales, c'est tout droit tiré du hardcore de Rites of Spring, Native Nod pour remontée à la décennie précédente, 400 Years et A day in Black and White pour les contemporains. Les deux guitares doivent alors feinter pour combler les vides même si ils assument totalement. Faire avec. Trouver la faille pour y poser sa petite graine et élaborer de nouvelles techniques d'approche pour se faire remarquer derrière les grands frères. Son clair de circonstance. Vif et généreux dans l'effort d'arpèges consenti à l'unisson avec une batterie martelante. Chant à trois. Séparément. En chœur. Trombone sur Regard to structure. Violoncelle sur deux autres morceaux. Mais on sent bien qu'il manque un truc, que dans ce genre de musique, le manque de basse est inhabituel. Une fragilité, l'idée que ça pourrait s'écrouler à chaque instant. Mais tout ça n'est qu'apparent et Sinaloa ne manque pas de ressort et de conviction, mettant du cœur à l'ouvrage (dans tous les sens du terme puisque tous les bénéfices de la vente de cet album seront reversés à une fondation pour la recherche contre le cancer). Généreux comme ce second album qui se fait une place tranquillement, l'air de rien, dans des brèches entrouvertes. Du boulot de chef.

SKX (22/03/06)
website label www.wakingrecords.com
sounds 04.mp3 | 10.mp3

Le singe blanc
Strak ! - CD
Keben / Magdalena 2006

C'est bien connu, l'homme descend du singe. Mais ce singe blanc, je sais pas d'où il vient. Metz me répondrez-vous. Certes. Mais je veux dire leur musique, ce truc tout en basse (2) avec la batterie derrière et ce chant inventé de toutes lettres, à moins que Metz vienne de déménager sur une autre planète, je vois pas. En même temps, on discerne bien quelques clés. Celles transmises par No Means No, Victims Family, Sabot, tous ces groupes fortement rythmiques, une tradition reprise en France il y a quelques années par Belly Button. Mais le singe blanc se distingue de ces primates voisins par ce chant dont l'alphabet n'est pas fourni avec, un yogourt d'un bulgare si ancien que personne ne s'en souvient, mélangé avec un krautrock à la française, du Magma punk-rock qui explose dans tous les sens, tour à tour concis et qui file mal au crâne. Car les treize compos de ce deuxième album ont tout pour vous semer en route (et ¾ d'heure à ce rythme, c'est long). Purement rythmique, regorgeant de multiples changements et sautes d'humeur, il n'est pas aisé de s'accrocher aux branches. Le singe blanc saute de liane en liane avec dextérité et dérision mais j'ai pas encore mon diplôme de Tarzan. Ca serait plutôt Georges de la jungle et j'ai vite fait de me casser la gueule face à ce Strak ! Dommage que leur langage ne soit pas plus compréhensible par le commun des mortels. Un singe blanc qui plane sur sa canopée. Ici bas, l'écho de leurs grondements se perd rapidement.

SKX (03/12/2006)
website groupe www.lesingeblanc.org
website label www.tavarnkeben.com
sounds onktoi.ogg | goudroun.ogg | zgwueg.ogg

Snöras
Heart of weakness - CD
Anomalie 2006

Snöras, projet d'un seul homme, Yngve Hilmo. Avec un nom pareil, ça peut ne venir que du nord. La Norvège accouche encore d'un groupe au rock chaotique et passionné, lignée Swing Kids et JR Ewing (le bon coté de JR). Mais des comme ça, j'en veux tous les jours. Un groupe pas banal puisque le Yngve en question compose tout et joue de tous les instruments, sauf de la batterie où c'est Kenneth Lamond (le batteur des JR Ewing) qui s'y colle. Pour les concerts, ce sont des membres des stars locales de Kaospilot et Angora Static qui l'accompagnent. On a donc là réunis dix compostions tout en énergie euphorisante, en mélodies fines, un album qui bouillonne, portée à bout de voix d'un Yngve écorché. Les roulements de batterie vous fracassent la tête. Les sons la plupart du temps clairs des deux guitares vous transpercent. Pas de maniéré ici. Que du tendu, qui vous donne envie de vous jeter contre les murs d'une vie trop étroite. Un grand talent de compositeur pour un premier album en tout point remarquable.
SKX (17/09/2006)
website groupe
www.snoras.org

Socrates
Vultures, hyenas and coyotes - 7''
Gaffer / Desertion / Modern City / Horror Vacui Theatre / Kontrabande 2006

Je viens de me prendre six minutes quinze d'une bonne baffe noise. En toute simplicité. Aussi inattendu que jouissif. Socrates débarque de Lyon, sont deux, guitare et batterie, font du bordel comme quatre et lâche les fauves sans arrière pensée. Le tout distorsion et saturation, bienvenue dans un monde meilleur, celui issu des années 90 remis au goût du jour, des Godheadsilo et autres princes du bruit blanc qui n'avaient pas peur de laisser des traces sur les murs. Ces trois morceaux ont tout pour eux : le son (puissant, crade juste ce qu'il faut), les compositions, la force de frappe générée en un temps punk, cette voix pendue à ses cordes noyée dans le mix, le tom basse martyrisé et ces riffs biens sentis, secs et nerveux qui illuminent mon tout. La suite se dessine à trois. Une chanteuse (Mathilde) vient de se joindre au duo. Folie supplémentaire. Gardez le cap à tout prix. Un disque bien dingue, qui sait aller à l'essentiel sans chercher à polir les angles. Une place spéciale sur l'étagère aux cotés des grands 45 noise-rock intemporels.

SKX (26/07/2006)
website groupe www.socratesband.com
website label www.moderncityrecords.com | www.gafferrecords.com | www.desertion-records.com | www.horrorvacuitheatre.org | www.kontrabanderecords.com
sounds coyotes.mp3 | myspace.com/socratessocrates

The Stnnng
Fake fake - CD
Modern Radio 2006

De là où je suis placé, c'est-à-dire au fond de mon trou, le premier album dignified sissy de The Stnnng à l'air d'être passé complètement inaperçu. C'était pourtant de la balle. De celle qui pourrait réunir sur un même feu de joie les milliers d'hérétiques qui ont aimé se brûler la cervelle sur le plus chaud des bûchers allumés par les Amphetamine Reptile, Touch and Go et la crème éternelle des grands timbrés noise-rock américains. Et le pire, c'est qu'ils remettent ça sans sourciller. The Stnnng (prononcé Stunning), c'est d'abord une voix. Prenante, grondante, le débit sûr et affirmé. Ce Chris Besinger est sur des chardons ardents. Derrière, quatre types (dont un nouveau bassiste) qui s'arc-boutent sur leurs outils pour entretenir cette flamme rock'n'rollesque qui suinte à chaque seconde de ce putain d'album. Quatre types qui tentent de rendre limpide et efficace cette sauvagerie innée. Un Oxbow ramassé sur lui, concis, une pression constante. Un Ten Grand sale sous lui. Electrique des bas-fonds. Fake Fake n'a rien d'une imposture. C'est encore plus rauque et trouble que leur premier album. C'est viscéral, ça vous prend les tripes, cette voix qui revient sans cesse vous hanter, six minutes d'un Grand island, neb. en ouverture pour tout de suite vous coller au mur, menaçant. The Stnnng s'élève au-dessus de la masse vomissante. Tripant.

SKX (03/12/2006)
website groupe www.stnnng.com
website label www.modern-radio.com
sounds hybridanimal.mp3

Saababanks
Saababanks - CD
Wooden man 2005

Comme chez Perte & Fracas on est pas aux pièces, Saababanks arrive avec deux ans de retard. Comme leur musique n'est pas de toute première fraîcheur, on y verra que du feu. Comprenez que Saababanks est un trio de l'Indiana estampillé 2005 mais leur premier album renvoie direct aux années 90. Jesus Lizard en tête. C'est même confondant de mimétisme sur certains titres. Prenez To plunder par exemple. On pourrait croire à une (bonne) chute de Goat. Et comme la section rythmique n'en a rien à foutre, ils remettent ça plusieurs fois mais en masquant le reste. Ce groupe devrait passer immanquablement à la trappe. Mais dès qu'on me parle de Jesus Lizard, ça frétille à la maison, je ne peux pas m'empêcher de jeter une oreille. Et de trouver ça bien. Forcément. Dur d'être honnête avec soi. Heureusement, Albini ne se cache pas derrière la console. De Shellac, ils ne gardent que quelques breaks basse-batterie bien sentis et un gros son de basse distordu comme on leur apprit sur les bancs de l'école. Histoire de calmer les douanes, ils ont eu la bonne inspiration de s'éloigner de l'original, de fureter vers June of 44, de calmer quelques ardeurs pour prolonger leurs morceaux vers des territoires plus mélodiques. Du très bon travail de copieur. Avec de très beaux arpèges dedans, de belles envolées rythmiques, des inspirations qui pourraient s'avérer gagnantes si seulement elles ne possédaient pas ce lourd passé. Maintenant, ce qu'on aimerait bien, c'est entendre un peu plus de Saababanks et moins les influences car les bases, ils ont. Les scrupules, beaucoup moins.

SKX (15/12/2007)
website groupe http://www.myspace.com/saababanks
website label http://woodenmanrecords.com

Sabertooth Tiger
Extinction is Inevitable - CD
GSL 2006

Quand Chris Burnett et Aaron Farley décident de prendre le mords, ce n'est pas pour le lâcher en route. Respectivement bassiste et guitariste tout en se partageant le chant, ce duo traînant du coté de Los Angeles vient de sortir un premier album qui n'est pas là pour amuser la galerie. Aidé par trois batteurs différents pour l'enregistrement avant d'en embaucher un définitivement (Dave Ferrara, c'est le nom de l'heureux élu), Sabertooth Tiger verse sur le coté engagé du punk. Citant Noam Chomsky (gourou à la mode chez les punks), des liens vers des sites pour la défense de l'environnement, d'informations alternatives et les paroles qui vont avec, le groupe ne laisse pas de répit. Mais c'est surtout sous l'angle musical que le trio prend à la gorge. Sabertooth Tiger n'a pas signé pour rien sur GSL. On retrouve le même engagement à tous les étages que Year Future, le groupe de Sonny Kay et patron du label. Tout dans la confrontation. Rythmes agressifs, cymbales régulièrement giflées et ponctuant les lignes de discordes. Attaques basse-guitare frôlant le rouge cramoisi, sans cesse virulentes, dégommant quelques bons riffs au passage. C'est plus de l'amour, c'est de la rage. Quelques rares moments d'accalmie et de mid-tempo pour mieux revenir dans la bataille. De la haute énergie punk rock'n'rollesque dissonante qui arrive à maintenir la tension tout au long des onze titres. Tous les morceaux ne sont pas à tomber mais dans cette course effrénée, ce n'était pas une mince gageure que d'arriver à maintenir l'intérêt sans s'essouffler avant la fin. Je ne sais pas si l'extinction de la race humaine est inévitable mais celle des punks n'est pas encore pour demain.

SKX (19/03/2007)
website groupe www.sabertoothtiger.net
website label www.goldstandardlabs.com
sounds deathvalley.mp3

Sabo
8 saisons à l'ombre - CD
Ruminance 2007

Sabo (sans " T ", à ne pas confondre avec Sabot, ça serait faire injure aux tchèques), nouveau projet de Armand Gonzalez, ex-Sloy, qui compose presque tout, produit, enregistre et mixe avec l'aide de Virginie Peitavi, ex-Sloy également et Rémi Saboul, un ex-Drive Blind. Voilà pour les données brutes. Parce que pour ce qui est des émotions que ce disque procure, c'est le néant total. Entre des espagnolades qui évoquent un Calexico au plus bas de sa forme, des ambiances qui se voudraient cinématographiques mais que le pire nanar ne voudrait pas, une connotation vaguement pop-rock lo-fi mais finalement très produit, propre sur elle et fade, un solo de guitare affreux sur 260 jours de vent (Santana, sort de ce corps !), des compos anecdotiques, un chant et des chœurs à coté de la plaque et les paroles ridicules, ce 8 saisons à l'ombre aurait mieux fait d'y rester. Je voudrais bien sauver quelque chose de ce disque mais franchement, je vois pas quoi. Au dos de la pochette, il est noté que la saison illustre le mythe de l'éternel retour et symbolise les perpétuels recommencements. Après l'aventure de Sloy, groupe qui a toujours été très surestimé (merci les parrains Albini et PJ Harvey), ce retour n'était pas nécessaire et le recommencement continue dans le pire. Je me demande comment Ruminance a pu se fourvoyer là-dedans. Si c'était pour capitaliser sur le nom des membres du groupe, c'est raté car là, c'est vraiment mauvais. Quoique, quand je vois ce groupe déjà à l'affiche de gros festivals cet été, je me dis que ce milieu est vraiment pourri. Mieux vaut avoir un service après vente efficace qu'un produit de qualité. Et que certains programmateurs sentent le caca. Allez hop, frisbee.

SKX (19/05/2007)
website groupe www.saboweb.com
website label ruminance.free.fr
sounds www.saboweb.com/page3/page3.html

Savage Republic
1938 - CD
Neurot recordings

Ressurgir de nulle part ou presque après dix huit années de silence, donner à nouveau des concerts, publier des disques avec des vrais inédits dedans, c'est à 95% l'assurance d'un gros plan foireux pour nostalgiques en mal de jeunesse héroïque et hipsters craignant toujours d'être en retard d'un train, même et surtout lorsque celui-ci retourne à grande vitesse en direction du passé. Alors quid de cette reformation (très incomplète, sans aucun membre d'origine) de Savage Republic ? La seule chose à faire pour écouter et éventuellement apprécier 1938 c'est surtout de ne pas faire référence à ce maître étalon qu'est Jamahiriya Démocratique Et Populaire De Sauvage (1988, leur meilleur album et qui le restera sans doute à jamais) et de n'y jeter aucune oreille au préalable, même distraitement. Pourtant, c'est exactement ce que j'ai fait ou, pour être un peu plus précis, écoutant Jamahiriya assez régulièrement, c'est un disque qui ne m'est jamais sorti de la tête et que donc je n'ai pas su ni pu oublier lorsque 1938 a atterri dans la platine.
Du line up de la grande époque il reste donc trois membres : Ethan Port, Thom Fuhrman et Greg Grunke, sachant que de toutes façons ces trois là ne figuraient pas dans la formation d'origine, initialement sous le nom d'Africa Corps. De quoi brouiller toutes les cartes et de quoi aussi inspirer les méfiants, râleurs et autres mécontents (dont en général j'aime faire partie). Mais également de quoi accepter pour une fois de faire un effort parce que, allons bon, si ces gens là ont décidé de reprendre le nom de Savage Republic, de rejouer en concert l'indétrônable hymne post punk Viva La Rock'n'Roll sans avoir peur d'être des usurpateurs ni d'avoir l'air définitivement ridicules c'est peut être bien parce qu'il y a de très bonnes raisons à cela. Neurot recordings -dont le boss Scott Kelly est un grand fan de Savage Republic devant l'Eternel- a décidé de publier ce disque et d'apporter son soutien à cette reformation. Il y a donc autant de raisons d'être curieux que d'être septique à l'égard de 1938.
Autant dire que cela ne commence pas très bien. Pas très bien cela veut dire que quatre titres sur cinq d'un précédent EP paru il y a quelques mois (Siam, également chez Neurot) figurent sur ce nouvel album et, pire, les premières écoutes semblent dirent que ces quatre titres là sont justement les meilleurs de 1938 -mais les premières écoutes seulement, on respire un peu. En lorgnant vers des horizons inconnus et lointains, le post punk tribal de Savage Republic avait en quelque sorte été le précurseur dès le milieu des années 80 d'un certain avant rock, disons intelligent, qui ne se contentait pas d'aligner les poncifs paysagistes ou de faire sortir les mouchoirs. Dans toutes les influences ethniques du groupe, on retrouvait avant tout un désir innocent d'expérimentation et non pas les horripilantes illustrations sonores bien pensantes de ceux qui regardent depuis le bon côté. Avec 1938 Savage Republic a un peu perdu de cette intelligence là, risquant d'égarer ses auditeurs sur le trop long Caravan, dégainant quelques rengaines post rock planantes par trop affligeantes, montant en épingle des influences balkaniques, orientales voire asiatiques pas très bien digérées, mettant trop de côté l'aspect tribal et post punk de sa musique.
Voilà, j'ai encore l'impression de parler d'un mauvais disque mais en fait il n'en est rien. Il n'en est rien parce que justement ressurgissent à quelques occasions la basse écrasante, les guitares qui vrillent ou la pulsation des percussions. Le chant n'intervient que sur deux titres -mais de quelle façon !- gardant cette fougue distante typique des jeunes années de Savage Republic. Les titres au final paraissent variés -donc fatalement inégaux- et au fil des écoutes, pas nécessairement religieuses, 1938 réussit à s'imposer, imposer sa marque, sa force et son caractère. Evidemment, ce dernier disque (pour l'instant) est le moins intransigeant et le moins miraculeux de toute la discographie de Savage Republic, il est même tout à fait possible que je ne le réécoute plus jamais, il n'a pas le caractère définitif d'un Jamahiriya (au hasard, hein) mais il s'agit tout de même d'une tentative réussie de résurrection d'un vieux mythe, bien ancré dans le présent et comme tel sujet à quelques erreurs : les mythes étant inattaquables, il est parfois bien mieux d'avoir affaire à des êtres humains, juste pour le plaisir partagé.

Haz (02/12/2007)
website groupe www.myspace.com/savagerepublic | mobilization.com/artists/savage.html
website label www.neurotrecordings.com
sounds mobilization.com/media.html

Scul Hazzards
House of deads - CDEP
Valve 2006
  Scul Hazzards
Count less dead - CDEP
Valve 2007

Scul Hazzards aime les pochettes hautes en couleurs, ce qui frappe l'esprit. Le rouge du sang, jouer avec les couteaux, les chats égorgés ou éventrés, tous les goûts sont dans la nature, y compris les chiens qui dévorent leurs maîtres. La musique est comme ça. Ca taillade, ça tranche dans la mêlée, ça laisse peu de chance à l'ennemi et malgré quelques airs avenants, en profitent pour vous achever dans le dos.
Ce groupe Australien aime le chiffre 5. Deux cinq titres à leur actif. Le premier en 2006 sous forme de quatuor. Ca ne leur portera pas bonheur. C'est l'école noise-rock élevée à Rapeman et Jesus Lizard avec un je ne sais quoi de Sonic Youth et des guitares qui n'hésitent pas à apporter leur lot de mélodies incisives toujours. Ils ont le sens de la composition et délivrent cinq morceaux sans aucune faute de goût.
Un an plus tard, les quatre sont passés à trois. Exit le chanteur à temps complet. Les baguettes changent de main. Le groupe de Brisbane reste l'apanage du duo fatal Steven Smith (guitare, totalité du chant et enregistrement comme pour le premier, le nouvel Albini des antipodes ?) et de Tiffany Milne à la basse. Deux morceaux sont encore crédités avec l'ancienne formation mais dans l'exécution et le son, les choses évoluent. Leur noise-rock est encore plus ramassé, encore plus torturé et trouble. La formule trio, tous unis, de front face à l'adversité. La section rythmique prend du poids. Ca taille la route. C'est vif, dangereux, explosé et le talent pour écrire des morceaux qui s'accrochent comme des morpions à votre sale caboche. L'Australie en haut de la vague.

SKX (30/06/2007)
website groupe www.myspace.com/sculhazzards
website label www.valverecords.com.au

Scul Hazzards
7''
Tenzenmen 2008

A l'aube d'une tournée européenne qui verra nos trois australiens traînés leurs guêtres en France et d'un premier album Let them sink out débarquant en même temps si le timing est bon, Scul Hazzards nous livre un single trois titres direct dans ta face. Pas grand-chose de changer par rapport à leurs deux premiers maxis mais ils le font encore mieux. C'est comme pour les pubs sur la lessive. On croit arriver à la perfection mais ça lave encore plus blanc que blanc. Et pourtant, ces trois titres sonnent encore plus juste, plus parfait, plus cinglant. Sur une base Rapeman / Jesus Lizard, Scul Hazzards sait aller à l'essentiel. Ca commence par les deux minutes expéditives de Last few bucks qui vous les enlèvent de la poche. Sur ce coup là, on pourrait presque penser à du Kurt avec ce riff de guitare ultra simple et cette rythmique percutante. Jouissif. Ca enchaîne à fond les ballons ovales avec Needle's eye. L'usine à gaz est en pleine ébullition. On est dans le meilleur de la noise, le haut du panier du Chicago sound et quand le trio décide de ralentir la cadence au milieu du morceau, le titre n'en prend que plus d'ampleur. L'enchaînement avec Plastic protective est parfait. On reste sur un tempo menaçant, faussement lent. Le duo basse-batterie est indéboulonnable. Le chanteur-guitariste s'acharne dessus comme un chien sur son os, laissant croire que la déflagration va arriver à tous moments. Mais tout est sous contrôle, la tension est à son comble et les pratiquement six minutes de ce titre de bravoure n'en paraissent que deux. Scul Hazzards n'est pas le genre de groupe à en faire des tonnes, à inscrire le mot complexité à son vocabulaire de groupe pourtant issu de la génération dorée des groupes noise des années 90. Ils reprennent le flambeau avec leurs propres armes d'Australiens, franches, tendues, sans fioritures, idéalement aiguisées. Brillant.

SKX (03/02/2008)
website groupe www.myspace.com/sculhazzards
website label www.tenzenmen.com

Scul Hazzards
Let them sink - LP
Rejuvenation / Les Disques du Hanger 221 / Slow Death / Whosbrain / Shot Down 2008

Le temps urge. Un vol de kangourous aux ailes bleues aciers débarquent la semaine prochaine sur nos terres. Un beau panier de crabes de labels français autant enthousiastes que pressés se mettent en quatre et à cinq pour sortir la version vinyle du premier album des Australiens de Scul Hazzards. Un timing parfait pour une promo tout aussi au taquet et emballée. Il faut dire qu'il n'a fallu que peu d'écoutes pour être conquis par cet album. Le punk-noise du trio de Brisbane n'a pas trop connu de secousses depuis leur dernier single. Sauf que dès le morceau d'ouverture, Manup, une autre référence me saute à la tronche. On pensait bien les avoir en main avec des références telles que Jesus Lizard, Rapeman et toutes la clique du genre permettant de déjouer tous les pièges. Et là, c'est le Hammerhead époque Into the Vortex/Ethereal Killer qui débarque sans crier gare. On pourrait presque pousser jusqu'à Janitor Joe (autre incontournable de feu le label Amphetamine Reptile) dans l'attaque de la mélodie qui se cache sous l'apparente virilité, la rythmique pulsatoire et on peut même aller jusqu'au timbre de la voix proche du mec d'Hammerhead. Ca ne m'avait jamais sauté aux yeux mais là c'est clair et ça reviendra régulièrement me titiller les neurones lors de mémorables pépites punk-rock que le trio sème sur ce Let them sink. Des riffs au tranchoir, une approche de plus en plus basique mais loin d'être simpliste, un chanteur qui crache son venin, un bon son de basse distordue (Counter Empathy) par une demoiselle dont la dentelle n'est pas la matière préférée. On pourrait presque rajouter les Allemands de Kurt (Short cut) à la litanie toujours stérile des références mais Scul Hazzards est unique. Un mélange inspiré de toutes les grandes tendances du noise-rock avec deux interludes musicaux pour mieux reprendre son souffle, les trois titres du single venant juste de sortir dans une version identique (dommage) et un wagon de morceaux très rapidement addicitfs, vous faisant brûler d'impatience de voir tout ce beau monde sur une scène. A écouter en boucle jusqu'à plus soif.

SKX (27/02/2008)

website groupe www.myspace.com/sculhazzards
website label www.rejuvenationrecords.com | www.myspace.com/lesdisquesduhangar221 | whosbrain.free.fr/ (version CD sur Valve records)

Seawhores
Opus magnanimous - CD
Learning Curve 2007

Seawhores, ce groupe totalement imprévisible. Duo de Minneapolis déconnecté de la réalité. Cette fois ci, ils tentent le morceau unique, le péplum de 32 minutes chronos en main. Après un Forest cachant une multitude d'arbres différents mais qui donnait envie de se balader dans leur drôle de monde, Adam Marx et Cody Wegel tentent le strike, le coup direct qui passe ou qui casse. Mais comme ce sont de grands malins en plus d'être de grands malades. Ce long morceau intitulé Highway 52 Sth St. est surtout une suite de plusieurs parties qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, reliées par un fil invisible connu qu'eux d'eux-mêmes histoire de faire les intéressants. Chez les communs du mortel, cela aurait donné un album dix titres en bonne et due forme. Avec Seawhores, ça commence par une jolie boite à musique jouant Love Story (de Francis Laï, le roi de la musique de films pour Claude Lelouch, un gage de qualité forcément) et ça finit par une boucle perverse qui se noie dans les profondeurs de l'espace, juste après une terrible montée en puissance qui se finit dans un chaos sonique indescriptible. Ne surtout pas chercher à comprendre. Se laisser embarquer par un voyage dont vous ne connaissez ni le départ ni la destination. Dans leur délire, le duo se fait toujours aider par Freddy Votel (ex-Cows) et un certain Brady Lenzen, membres plus ou moins permanents de Seawhores. Après un début tout en ambiances cinématographiques où l'on aura tour à tour croisé les monstres de Eraserhead, l'intersidéralité de 2001 l'Odysée de l'espace et l'acoustique cow-boy d'un western spaghetti, le meilleur moment de l'album débute à la septième minute avec une attaque noise-rock frontale. Cinq minutes hypnotiques qui côtoient presque Lightning Bolt. Avant de repartir dans les méandres d'obscures et inquiétantes atmosphères atmosphères qui finiront par déboucher sur la terrible montée dont j'ai narré les bienfaits au préalable. Mon tout ne souffre d'aucune dichotomie. Tout se tient dans la personnalité loufoque de Seawhores (à ce titre, jetez un coup d'œil sur leur page Monespace et leurs vidéos Tontube au très fort goût parodique) et c'est ça qui est effrayant. L'effet de surprise marche une nouvelle fois.

SKX (21/01/2008)
website groupe www.myspace.com/seawhoresofficial
website label www.learningcurverecords.com

Selten Übel
s/t 12''
ABC Group Documentation 2001

Selten Übel est un secret bien gardé. Bientôt sept ans que ce disque est sorti, que ce nom était coché sur la liste des disques à se procurer mais une incompréhensible passivité doublée d'une grosse flemme et d'un objet qui se fleurit pas à tous les coins de bacs à disques ont toujours retardé l'échéance. Avec le regain d'intérêt pour les groupes en Brut et leur fameuse récente compilation, l'erreur est enfin réparée. Selten Übel fut un projet très éphémère, existant l'espace de deux et deux seuls concerts plus le temps d'accoucher de ce 5 titres. Sont compris dans ce quatuor Dave Basford et Carey Balch, deux membres actifs de New Brutalism et Soldat Brut. Contrairement à ces projets, Selten Übel fait une entorse au règlement des Brut. Les additions ne sont pas carrées. Les lignes ne sont pas directrices. C'est le domaine du subtilement déviant. Leur monde noise-rock habituel vu au travers d'un prisme. Les mélodies de guitares prennent de drôles de courbes. Le rythme est erratique. Les morceaux se fracassent lors d'improbables breaks, le tout soutenu par une voix de sou lard. Mais tout ça est incroyablement consistant. De la poigne sous leurs faux airs de débauche. Selten Übel
contrôlait le sens du contre-pied, l'art de la parenthèse avec du solide entre les deux. Cinq titres parfaitement contrôlés pour tous les amoureux des Shorty, US Maple et autres originaux du bruit blanc. Selten Übel n'a jamais daigné donner une suite et me vient à l'esprit ces mêmes mots qu'à la mort de Carlos : quel gâchis !

SKX (21/01/2008)
website label www.abcd2.org
sounds www.abcd2.org/index2.htm

Shearing Pinx
Poison hands - CD
Gilgongo 2007

Cette présente chronique ne va pas vous narrer la folle aventure de ce groupe canadien. Peine perdue. Le groupe lui-même doit être incapable de vous dire de tête le nombre de productions qu'ils ont sorties. En deux ans, ce trio de Vancouver a réalisé une bonne vingtaine de disques, la plupart en version cd-r et, must du must à l'ère du tout numérique, en cassette, le truc old-school qui redevient hyper à la mode. Ou comment faire d'un truc vintage quelque chose d'à nouveau branché. Génial. Tout ça distribué sous le manteau bien sûr. Je ne comprends pas la volonté de ces groupes. S'échiner à composer de la musique, de la bonne musique, et ne pas vouloir la partager, la faire entendre à un plus grand nombre. Comme si ils en avaient rien à foutre. Ou encore un truc à la mode que je ne pige pas, un truc d'élitiste mal placé. Mais je vois le mal partout. Leurs compos leur brûlent les doigts tout simplement et il faut la coucher au plus vite. Une attitude punk que l'on retrouve dans la musique. Punk à la Sonic Youth. Shearing Pinx a beaucoup écouté les New-yorkais pour n'en retenir que le jus bouillonnant. Laisse tomber les mélodies. Les structures s'établissent dans un format rock mais ce qu'il en ressort, c'est larsen et saturation, les deux mamelles de l'apprenti punk, le matos saccagé à la fin, la batterie made in Bob Bert (le batteur historique de Sonic Youth qui s'est vite ennuyé de ses potes pour former par la suite Pussy Galore et Bewitched), du tribal, du smashing noise dans la face et des guitares généreuses qui prennent le pouvoir. Jusqu'à pousser le vice à avoir un timbre de voix ressemblant à Thurston Moore. Vous avez tout ça sur ce qu'on peut considérer comme le premier véritable album officiel du groupe, Poison Hands. Un album réalisé à l'origine par Not Not Fun records en 2006, version double cd-r 3'' avant que Gilgongo n'ait eu la bonne idée de présenter ça à un plus large éventail que leurs petites amies et les cousins de la famille. C'est joué à fond et ça se termine par 21 minutes où il ne reste plus qu'à tout détruire (si vous ne craquez pas avant) dans un grand champ de désolation noise-rock qui a fini par oublier le rock. Vous n'entendrez sans doute jamais le reste de leur discographie alors tentez votre chance sur cet instantané bien bandant. Shearing Pinx vient de sortir son second album (Ultra snake sur leur propre label, Isolated Now Waves) qui avec un peu de chance nous arrivera avant 2010.

SKX (17/12/2007)
website groupe www.myspace.com/shearingpinx
website label www.gilgongorecords.com

Shellac
Excellent italian greyhound - LP
Touch and Go 2007

Un nouveau Shellac vient de débarquer. Super. Sept ans sans signe discographique. Sept années avec une poignée de concerts où, parait-il vu que je n'y ai jamais mis les pieds, le trio de Chicago aurait déjà joué les trois-quarts de ce nouvel album avant de se retrouver largement disponible en format électronique. Quel monde merveilleux. Et comme d'habitude, une grosse bulle qui monte qui monte et qui fait flop. Alors que Shellac avait déjà touché le fond de la fatuité avec 1000 Hurts (ce que je croyais déjà fait avec Terraform), ils ne sont pas loin de faire de même avec ce quatrième album. Juste pas loin. Ca commence pourtant pas mal avec les huit minutes de The end of the radio (un morceau que John Peel aurait détesté si il avait encore été vivant) avec sa dynamique fluctuante, sa mélodie à la guitare pas dégueulasse et la ligne de basse la plus feignasse de toute l'histoire du noise-rock. Mais ça passe. Après, c'est, au choix, la routine (dans le meilleur des cas avec Steady as she goes et Elephant) ou le désert. Provocations éculées qui ne provoquent plus grand monde. Voir ses vieux singes faire toujours les mêmes grimaces commence à devenir pitoyable. J'ai l'impression que Bob Weston joue la même chose à la basse depuis 15 ans. Leur coup du stop and go comme sur Be prepared sonne vu et revu. Shellac s'autoparodiant. Genuine lulabelle aurait pu être un dépaysement intéressant. La mélodie à la guitare est une nouvelle fois pas dégueulasse mais Shellac perd totalement le fil de l'histoire au bout de neuf minutes de grande solitude. On va s'épargner le reste de l'album. Même sur Boycott où le père Albini nous ressort pratiquement les mêmes arpèges que le morceau Wingwalker en 1993 en version accélérée. De toute façon, je m'endors toujours avant la fin. Excepté avec Spoke, le dernier titre qui me sort de la torpeur. C'est bien beau d'avoir le meilleur son de batterie au monde. D'entendre comment chaque accord de guitare ou de basse cingle l'espace. Mais on s'en tape à vrai dire. Le nerf de la guerre, ce sont les compositions. Ce qu'on met à l'intérieur des quatre murs de ce son si foooormidable. Et là, franchement, ça sonne creux et ça fait un moment que ça dure. Leurs compos sont tout simplement anecdotiques, faiblardes, tout plein de gimmicks faciles. A l'image de toutes leurs pochettes, Shellac met tout dans l'apparence mais quand on gratte un peu, il ne reste plus grand chose. C'est pas le lévrier qui dira le contraire. Pas de quoi en tout cas faire tout un foin autour de chacune de leur sortie. Steve Albini a fait parti de deux groupes primordiaux (Big Black et Rapeman), a beaucoup fait pour le noise-rock mais Shellac, malgré toute la bonne volonté du monde, ça ne le fait plus depuis belles lurettes (depuis leurs 2 premiers 45 tours en fait et allez, le 1er album…). Ils peuvent ne faire aucune promo, aucune interview, aucune pub, se reposer sur leur renommée tant qu'ils veulent pour vendre du disque, faire parler d'eux autant par leur attitude (sinon plus) que pour leur musique (ce qui devient un comble de la part d'un groupe qui fait un gros fuck à l'industrie musicale), on s'en branle. On est là avant tout pour la musique. Et là, ya plus grand monde. Quand on voit ce que musicalement des Oxbow, Unsane, Neurosis, des vieux de la vieille comme eux sont encore capable de faire, Shellac prend un sacré coup dans la tronche. L'inspiration et l'élan créatif les ont définitivement quittés. Sans Shellac et Albini inscrit dessus, cet Excellent italian greyhound passerait autant inaperçu qu'un Qui sans David Yow. Un disque de quarantenaires qui n'ont plus rien à dire mais qui le disent quand même. Pour tout le reste, c'est mort.

SKX (30/09/2007)
website label www.touchandgorecords.com

Shoplifting
Body stories - CD
Kill Rock Stars 2006

Le vol à l'étalage a commencé en décembre 2003. Après que les Chromatics est mis fin à leur débauche. Après que Hannah Blilie ait partagé son temps de batterie entre The Gossip et Shoplifting. Après avoir installé une parfaite parité entre une rythmique entièrement féminine avec Melissa Lock (qui a replacé Michelle Nolan, une ex-Chromatics à la basse) et Devin Walsh et Chris Pugmire pour respectivement la guitare et le chant.
Un chant que l'on retrouve au centre des compos, un chant alternée entre Blilie et Pugmire, quand ce n'est pas les deux en même temps. Un chant pour mieux faire entendre leurs revendications de groupe engagé contre le grand satan Bush et son administration qui à inviter le guitariste à aller se calmer en tôle pour avoir eu la témérité d'avoir oser joué du tambourin dans les rues de New-York lors d'une convention républicaine ! Mais ce Body Stories ne se résume pas à du préchi-précha de bas étage, ne se laisse pas enfermer dans une boite bien pratique. La musique est difficile à alpaguer. On pourrait citer comme influence la vague post-punk avec Gang of Four et Wire, voir le dub/reggae fait par les petits blancs en 77 (particulièrement sur les deux morceaux Claude Glass et l'instrumental Flying Factory), les formes répétitives de The Fall mais tout ça revu et corrigé par une lecture bien personnelle. Une guitare libérée des structures, imprévisible, chancelante, délivrant sporadiquement de lumineux riffs bouillonnants, contrastant avec une basse qui invite à esquisser quelques pas de danse à la manière d'un Chinese Stars. Des certitudes qui s'envolent le morceau suivant. L'album a beau être d'une parfaite cohésion, les compos vont de l'instrumental à l'atmosphère trouble qui ne va pas dans le sens du poil à des titres où toute leur frustration explose. Shoplifting cherche la confrontation, ne se donne pas facilement, tend la main, séduit pour mieux frapper, vous interroger, empêcheur de tourner (en) rond, à l'image des deux morceaux M. Sally et Male Gynecology aux attributs aguicheurs, le rythme séduisant mais finalement piquant et la langue pleine de venin. Un premier album qui ne va pas dans la facilité, tour à tour violent et hypnotique, primaire et atonal, subtilement varié et qui contrairement à beaucoup de ses contemporains qui ne cherchent pas à dépasser leurs influences, propose de nouvelles pistes tout en vous laissant dans la confusion.

SKX (19/08/2006)
website label www.killrockstars.com
sounds MaleGynecology.mp3

Shub
The Snake, The Goose & The Ladder - LP + CD
Goback records 2008

C'est le deuxième (véritable) album de Shub -prononcez [choube]- et rendons justice à tous les labels responsables de cette magnifique production : Goback records, Rejuvenation, Karaoke666, Whosbrain records… et comme d'habitude j'allais oublier Downboy records, le label du guitariste de Death To Pigs. Une entente qui sent bon la démerde D.I.Y., crise des subprimes et baisse du pouvoir d'achat des ménages obligent, pour un résultat qui fait énormément plaisir à voir et à entendre.
A voir, déjà : The Snake, The Goose & The Ladder (je ne vous dirai pas qui fait quoi dans le groupe) se présente dans une jolie pochette sérigraphiée disponible en deux couleurs, orange fluo pour les tapettes ou rose malabar pour les taffioles. J'ai choisi orange. De plus le vinyle est accompagné d'un CD pour les feignants qui n'aiment pas lever le cul de leur chaise à la fin de chaque face ou pour les obsédés qui comme ça peuvent facilement encoder le disque pour leur baladeur mp3.
À entendre, enfin. If You Can't Read Shub, Bad Luck You're Colorblind! était déjà un bon disque oscillant entre noise mélodique et disco punk chaloupé mais ce nouvel album lui est en tous points supérieur. Shub c'est mieux. La première face du disque s'appele face Gard et la seconde c'est face Texas, il y a c'est vrai un semblant de ressemblance dans les contours géographiques de ces deux état-nations -y a-t-il également quelques correspondances musicales à moins qu'il ne s'agisse d'un esprit psychotique commun, genre Scratch Acid/Shub même combat ? Pour faire simple, dénombrons les choses plus ou moins identifiables chez Shub : de la noise de Chicago comme du débridage à la The Ex (cette longue intro de Franky Vincent Goes To Hollywood qui il n'y a rien à faire m'évoque plus une ryhtmique batave version surf qu'un déhanchement caribéen suce moi le rhum), du groove inexorable (la ligne de basse toute en rondeur à la fin de Prok'o'Fiev), des mélodies poignantes à se damner (Santa's Gift, magnifique) et tout simplement des idées à se rouler par terre de contentement dans une flaque de bave.
The Snake, The Goose & The Ladder déborde de hits tendus et musclés, c'est la fête au village, des hits servis par une section basse/batterie énergique ET fine, agrémentés de plans de guitares tout en entrelacs mais toujours lisibles, finalement il n'y a que le chant (bon au demeurant) qui tire le moins son épingle du jeu dans cette petite course à l'originalité. Parce que question originalité il ne faut pas vous attendre à une énième copie d'un clone de Shellac/The Ex/Hot Snakes (ouais, tout ça mélangé), les Shub défendent bien leur truc à eux, assurément l'un des albums de l'année 2008, année qui pourtant n'en manque pas. Ecoutez donc Playing Cards et on en reparle.

Haz (02/11/2008)
website groupe shub.is.free.fr
website label www.rejuvenationrecords.com | whosbrain.free.fr

Sightings
Through The Panama - LP
Ecstatic Peace! 2007

Sightings. Derrière cette appellation on trouve l'un des groupes les plus barrés de Load records (qui a publié ce Through The Panama en version CD), label qui pourtant ne manque pas de prétendants au trône. On peut même affirmer que certains des précédents enregistrements de Sightings sont à la limite de l'inécoutable, la palme du vraiment n'importe quoi revenant au EP Gardens Of War enregistré en collaboration avec Tom Smith, le malade mental à la base de l'improbable big band bruitiste To Live And Shave In L.A. et ancien membre de Pussy Galore (si, si).
Through The Panama marque une certaine modération par rapport à ses prédécesseurs, évidemment dès l'intro de A Rest et ce son qui tourne en boucle on se dit que l'on va encore en prendre plein la gueule mais il faut bien avouer qu'un certain effort de lisibilité a été effectué, effort que l'on pourra suivre tout au long de l'album, à de rares exceptions près (This Most Real Of Hells par exemple). Les rythmes, tribaux et hypnotiques, semblent posés avec plus de discernement qu'auparavant, je n'aimerais pas me prendre un coup de manche de basse lorsque le bassiste se lance dans une de ses lignes (?) dévastatrices, la guitare continue de striduler comme un chat coincé dans une machine à laver en plein mode essorage et il y a ces éternels samples d'origine inconnue et qui font trop peur. Quant à la voix, elle abandonne le registre hurlé pour se concentrer sur le mode traînant, un peu comme chez ce trio new-yorkais très hype de sales dissimulateurs dont je ne me souviens jamais du nom.
Produit par Andrew W.K. (lui aussi membre de TLASILA), Through The Panama fait donc passer Sightings du statut de curiosité à écouter entre amis après une bonne soirée qui déchire (un concert de Merzbow par exemple) à celui, non moins enviable, de groupe-que-je-vais-te-faire-écouter-parce-que-je-ne-sais-pas-il-a-ce-quelque-chose-d'indéfinissable-c'est-ma-dernière-découverte-tu-vois. Pas réellement assagi (on sent bien tout le côté insidieux de la chose) mais nettement plus fréquentable. Subtilement tribal et avec une certaine élégance dans la dissonance.
Et comme chez Perte & Fracas on aime bien coller à l'actualité : Sightings sera en tournée française vers la fin du mois de juin. Encore de quoi pouvoir crâner entre amis.

Haz (06/04/2008)
website groupe www.myspace.com/sightings
website label www.ecstaticpeace.com
sounds perforated.mp3

Signal to trust
Golden armour - CD
Modern Radio 2006

Signal to trust, ça vous vient direct des Etats-Unis, du pays où l'indie-rock a écrit ses plus belles pages et ce quatuor s'inscrit dans cette grande tradition. La lignée des Arcwelder, Unwound et autres princes de la rock-song racée et musclée. Avec un hommage à la noisy-pop de My Bloody Valentine sur Seaspray. Et un autre à Sonic Youth sur Golden. Histoire de bien faire le tour de tous les courants. Comme en plus, ils ont la bonne idée d'avoir des voisins d'écurie qui se nomment The Stnnng, on a là un raccourci facile pour leur trouver un autre point commun. Ils invitent d'ailleurs leur chanteur, Chris Besinger (ainsi que sept autres chanteurs !!) sur Now we got what you got pour clôturer l'album en beauté. Mais si les apparences et les penchants pop du groupe les distinguent de The Stnnng, que ça ne suinte pas autant le rock'n'roll brut de décoffrage, Signal to trust n'en reste pas moins viril. Malgré la trompette altière sur A young girl's heart is broken in the future et des passages mélodiques soignées, le ton générale est enlevé. La section rythmique envoie de belles joutes pendant que les deux guitares n'essayent jamais de trop en rajouter. Compositions travaillées dans une relative complexité. Ca déroule avec aisance et si l'ensemble de ce second album ne possède pas de morceaux tranchants et inoubliables, Golden Armour est une belle pièce d'artisans du rock. Artisan que vous pourrez également devenir en découpant selon les pointillés, les figurines incrustées dans le splendide digipack cartonné afin de constituer une magnifique scène de la vie quotidienne qui feront se pâmer de jalousie vos invités. A condition aussi par la suite d'aimer avoir une pochette de cd en dentelle. Etonnant, non ?!

SKX (16/06/2007)
website groupe myspace.com/signaltotrust
website label www.modern-radio.com
sounds SilverCoast.mp3

Silver daggers
New high & ord - CD
Load 2007

Le nom du groupe est tiré d'une chanson de Joan Baez intitulé Silver Dagger. Comme ils étaient plusieurs, ils ont mis ça au pluriel. On arrêtera là les comparaisons. Après une lente gestation - nous partîmes à deux, nous arrivâmes à cinq - Silver Daggers a troqué la guitare acoustique contre une formule guitare (arrivée sur la tard), synthé/voix, saxophone et le classique basse-batterie. Débarqué sur Load records le bruitiste, on pouvait craindre le pire mais Silver Daggers fait preuve de tact. L'agression auditive tout-en-un, ils laissent ça aux copains d'écurie. Le cuivre, les rythmes inventifs et bondissants, le son de la clochette font pencher la balance vers Dog Faced Hermans. Le fait qu'ils aient tourné avec The Ex rajoute à la méprise. Il faut se pincer et surtout, preuve à l'appui, regarder les photos, pour s'apercevoir que ce chant féminin est celui d'un mec qui a oublié de muer. Tumultueuses compositions qui brûlent la jeunesse par les deux bouts. Une jeunesse qui n'a pas oublier qu'elle est née aux Etats-Unis et pas à Amsterdam, que ses racines sont punk et l'action directe. Malgré un sax qui cherche à être mélodique (quoique), l'ensemble des compositions dépassant rarement les deux minutes est abrupte, sec, doit autant à la no-wave de James et ses Contortions que les cacophoniques et défunts Black Eyes. C'est mis bout à bout avec des éclats de synthés primitifs, une guitare aiguisée et réglée dans les aiguës, dégageant une impression d'anarchie mais hautement entraînant. Après plusieurs essais sur formats courts, ce premier album impose le quintet de Los Angeles dans une frange post-punk bien plus intéressante et vivante que la masse suiveuse et laborieuse qu'on essaye de nous refourguer.

SKX (16/12/2007)
website groupe www.silverdaggers.tk
website label www.loadrecords.com
sounds Joy.mp3

Sincabeza
Edit sur passage avant fin ou montée d'instrument - CD
Distille 2007

Sincabeza sonne hispanique mais arrêtez vous à Bordeaux, ça suffira. Il vous faudra tout de même prendre le train des groupes instrumentaux. Une ligne archi-surchargée qui va de la vieille locomotive laborieuse vue 10000 fois par des vaches qui commencent à ruminer sévère leur ras de bol aux (reprenez votre souffle) jeunes trains qui n'ont peur de rien et speedés à mort. Sincabeza, ça serait plutôt le train régional, celui qui prend son temps. Et qui mérite bien une étiquette de post-rock parce que ça rock pas beaucoup là-dedans. C'est même la misère. Et comme leurs complexités sont loin d'être euh… complexes, on peut pas franchement dire que l'on a droit à du math-rock, du vrai, du couillu, de l'imbroglio de première. On dépasse donc le rock. Pas au-dessus, ni en dessous. Mais dans un espace où tout est détendu, fait avec légèreté et doigté, où la maîtrise instrumentale est évidente mais où tout ça peut aussi très bien vous passer au-dessus. Ou en dessous. Les morceaux sont bien construits. Pas de fausse note et encore moins de goût. C'est joliment fait. Le genre de phrase à double tranchant. On musarde, on prend le temps d'humer l'air, on accélère dans quelques côtes, on joue à cache-cache avec les rythmes et une fois qu'on s'est bien amuser, on oublie à peu près tout, y compris ce qu'on vient d'entendre. Il faut attendre l'avant-dernier morceau (Non, rien), qui porte mal son nom, car il y a quelque chose qui s'y passe. Oh pas grand-chose, rien de révolutionnaire mais une collaboration avec leurs potes de Radikal Satan qui brise un peu la monotonie qui s'entassait dangereusement à la fin de cet album. L'accordéon de Momo pour une digression qui est bien plus qu'un interlude. Et c'est dingue comme ça fait du bien. Le dernier titre (Waar het om gaat) poursuit ce cheminement. 13 minutes 30, c'est long. On peut en retirer une bonne moitié mais celles qui restent témoignent de ce même esprit d'ouverture, de légèreté qui ressemble à autre chose qu'un courant d'air stérile. Un album qui s'égrène avec la manière mais qui aurait besoin également de se faire botter l'arrière-train et aller voir ailleurs.

SKX (18/05/2007)
website groupe www.sincab.com
website label www.distilerecords.com

Singer
Unhistories - CD
Drag City 2008

Pas besoin de lire les notes de pochette pour se dire qu'il y a du US Maple là-dessous. Structures obliques, guitares élastiques, rythmes erratiques, alcoolisme sournois de morceaux qui désarçonnent, Singer vient de déterrer le cadavre encore tout chaud du groupe de Chicago. Et pour cause. Todd Rittman, guitariste brun et Adam Vida, batteur (uniquement sur l'album Purple on time) blond de US Maple jouent les fossoyeurs. Mais si il y a bien un cadavre qui continue de les harceler, c'est celui du Captain Beefheart et son rock déviant. Associés à Robert Lowe, bassiste black de 90 Day Men et Ben Vida, guitariste frère du batteur, ils plongent à nouveau dans ces lignes de guitares dont vous ne pouvez deviner le cheminement, ce batteur autiste aimant jouer en décalage totale avant que tout ce beau monde ne se retrouve lors de cours passages unifiés, se rappelant soudain qu'ils jouent dans le même groupe, qu'ils ont beau chercher à le détruire, c'est quand même du rock qu'ils sont censés faire. Et puis il ya ce nom de groupe qui aurait dû s'accorder au pluriel. Car des chanteurs dans Singer, il y en a trois.
C'est à partir de ce moment là qu'on oublie US Maple. Ca chante à tour de rôle mais ça chante aussi toujours en même temps. Un chant principal et les deux autres qui l'accompagnent dans des chœurs de l'impossible. Des lignes de chant qui suivent le mouvement des guitares. Tordues, surprenantes, qui volent dans les aigues, chuchotent, dérapent, se vautrent (volontairement ?) dans le ridicule puis repartent sur les chemins de la concordance. C'est tour à tour agaçant ou harmonieux mais l'alchimie recherchée n'est pas loin de prendre. On est loin des feulements et roucoulements de Al Johnson mais Singer aborde le chant avec ce même désir d'être singulier. Que ça marche ou non. Et comme Singer est aussi une machine à coudre, ça vous enfile de longs morceaux. Sept compos dépassant régulièrement les cinq minutes avec un effet cotonneux sur le ciboulot et une touche psychédélique imprévue qui doit autant au chant qu'au jeu de guitares sachant partir dans des soli de l'improbable. Singer donne l'impression d'évoluer au ralenti, de démembrer totalement son blues de blanc, d'avoir liquidé tout le stock de drogues de US Maple et sous ses airs plus accessibles, Unhistories est encore une belle pièce atypique que vous ne savez pas trop par quel bout prendre. Comme les neuf minutes de clôture de Mauvais sang dont on oubliera la référence culturelle pour se faire un bon trip d'enfer sur les chemins de Katmandou. De la bonne came mais pour ceux que US Maple tapait déjà le système, ça va pas aller en s'améliorant.

SKX (18/06/2008)
website groupe www.myspace.com/singertheband
website label www.dragcity.com

Sirhan Sirhan
Blood - CD
Anodyne 2008

Si le vrai Sirhan Sirhan a eu la peau de Bob Kennedy, ce groupe de San Diego va faire de même avec la notre. Après un premier EP 6 titres remarqué et sorti par leurs propres moyens en 2006 (mais qu'on retrouve en intégralité sur ce premier album), Sirhan Sirhan déverse son noise-rock sanguinolant sur nos pauvres têtes, nous jette à la tronche et par paquet de dix une colère viscérale et contagieuse. Chaotique sans être le bordel, brutale sans être du gros qui tâche, malsain mais avec une lueur d'espoir, ce jeune groupe flirte avec la logorrhée de Racebannon, la haine collée aux basques de Today is the Day et le culot de la jeunesse. La voix de Jason Blackmore semble sous acide, ya un truc de fêlé chez lui et avec l'accumulation de riffs vicieux qu'il nous sort de sa guitare, les onze brûlots de cet album ne tarde pas à mettre le feu aux platines. Contrairement aux groupes suscités, Sirhan Sirhan torche tous ces titres en deux minutes incendiaires de moyenne, ne donnant que rarement le temps de respirer sinon par le biais de titres fédérateurs, sortant la machine à hymnes punk comme The Maggot sings (qui fait penser à un morceau de Nirvana !) ou Burn it down et Rise, un sens de l'accroche qu'ils aiment piétiner, de peur de se voir trop beau. C'est carré, direct et agressif avec un son noisy où il y a de la densité à la seconde. Marche ou crève. Il faut attendre Don't Shoot, le dernier titre de plus de cinq minutes, pour voir les jeunes se calmer, ralentir la cadence et nous laisser reprendre souffle. Ereintant mais ça vaut le déplacement.

SKX (13/10/2008)
website groupe www.sirhanland.com
website label anodynerecords.com

Sister Iodine
Helle - CD
Textile 2007

Le dernier album de Sister Iodine s'appelait Pause et la pause aura duré plus de dix ans. Un laps de temps mis à profit pour se fourvoyer dans des projets laptop-electro-impro qui me sont totalement passés au-dessus et je ne sais pas pourquoi, mais je ne regrette rien. Un retour aux affaires coïncidant avec le retour des ex-Bästard/Deity Guns au sein de Zëro, groupes avec lesquels ils ont été souvent été affiliés dans les années 90 mais ça, c'est le hasard n'est-ce pas ! Une scène noise à la française dont Sister Iodine était le mouton noir, loin de faire l'unanimité, le genre qu'on déteste ou qu'on adore. Si le trio parisien partageait l'esprit aventureux et expérimental des lyonnais, la prise de risque était plus grande. Cet ex-groupe préféré de Sonic Youth n'avait pas la musicalité des Bästard. Leur expression descendait du mouvement no-wave pur et dure, l'aspect bruitiste était mis en avant croisé avec les affres d'un This Heat ou l'exigence d'un Brise-Glace. Ca c'est pour la théorie. Si sur leur premier album ADN 115 (Semantic, 1994), ces ambitions restaient dans un format rock, avec toute l'énergie et les fractures que cela comporte, Pause (Semantic, 1997) envoyait paître toutes les règles, durcissait la formule pour aboutir à quelquechose de passablement informe et raté dont le beau boîtier noir finira le plus souvent comme cale meuble de luxe (d'ailleurs je ne retrouve plus mon exemplaire, je ne l'aurais quand même pas revendu ?!).
Une décennie plus tard, Erik Minkkinen, Lionel Fernandez et Nicolas Mazet, soit le line-up originel qui n'a pas bougé d'un iota, retrouvent le chemin de leurs guitares, batterie, basse, tous ces instruments d'un autre âge, mus par je ne sais quelle raison d'en découdre à nouveau. La raison n'est en tout cas pas financière vu la difficulté toujours grande de leur musique. Sister Iodine nous colle d'entrée sur Helle avec un morceau de huit minutes, Les île (sans le s à la fin), tout caoutchouteux, les fameuses guitares préparées semblant être à nouveau de sortie avec une voix toute bizarre par derrière. La pause n'a pas duré assez longtemps semble-t-il et on commence déjà à regretter cette reformation… En dix ans, une ribambelle de groupes iconoclastes répondant à des exigences proches de Sister Iodine ont battu le pavé, notamment américain, avec Animal Collective ou Black Dice. Si Sister Iodine pouvait encore faire illusion en 1995, il va falloir sacrément se bouger pour nous sortir autre chose qu'un brouet auditif insignifiant. Chose qu'ils ne réussissent qu'à moitié (petite la moitié). Quand le groupe décide de prendre ces expérimentations par les cornes, de donner de l'intensité et du corps à ces instruments, on suit sans broncher. Le fractal Air France, la montée libératrice de Vicee, le punk-nowave Mutang avec ce chant d'allumé de Minkkinen, un art dans lequel Sister Iodine excelle mais qui est hélas bien trop souvent délaissé au profit de longueurs monotones bruitistes et abstraites. Mon vieux corps malade élevé au rock aime quand une batterie le secoue mais cette batterie totalement déstructurée est trop souvent absente. Seul élément nouveau, ces quelques titres qui, bizarrement apaisent (chose qu'on attend pas de Sister Iodine), comme des sonorités exotiques extraites d'un ukulélé trafiqué pour climats oniriques sur Ellee ou Western Lei. Sister Iodine risque de ne pas se faire beaucoup d'amis encore une fois. Ils sculptent un paysage sonore qui a du mal à prendre du relief, un univers finalement assez calme, rebondissant sur Pause, en améliorant le concept mais majoritairement vain et ennuyeux.

SKX (11/02/2008)
website groupe
www.sister-iodine.net
website label
textilerec.free.fr

The Skull Defekts
Blood spirits and drums are singing - CD
Conspiracy 2007

The Skull Defekts, quatre suédois avec des CVs épais comme un bottin et dans tous les styles. Une pochette à faire triper un straight-edge à sec pour un album écoutable après une pléthore de disques tirés en 74 exemplaires et demi, même un cdr tiré à huit exemplaires en 2005 (et ça c'est pas des blagues), des splits avec des tendres comme Wolf Eyes, avant d'arriver à ce Blood spirits and drums are singing ! Point d'exclamation compris car oui, Skull Defekts arrive à faire chanter sa batterie (pour le Blood spirits, faudra repasser, j'ai pas tout saisie). The Skull Defekts is rhythm. C'est pas moi qui le dis, ce sont eux mais il faudrait effectivement être sourd pour ne pas s'en apercevoir. Tout est histoire de rythme. La base intégrale. L'articulation primaire. Revendiquer haut et fort. Jusqu'à maintenant, Skull Defekts, c'était plutôt drones et nappes bruitistes. Le genre de disque à finir en frisbee. Mais là, ils ont du choper une nouvelle drogue, celle qui te file des étincelles dans les roubignoles et te fait danser à angle trapézoïdale toute la nuit. Ils se sont mis à deux pour te faire halluciner. L'habituel batteur plus un percussionniste. Imposer un rythme simplissime mais ultra efficace. Le truc qui te prend pas la tête et qui ferait exploser de rire la grosse baleine de Damon Che (Don Caballero monster) si les fines imbrications et les rythmes multiples ne se révélaient pas au final redoutables. C'est répétitif, répétitif, répétitif. C'est peu de le dire. Le nerf de la guerre. Jusqu'à l'hypnose même si j'avoue que sur la longueur (et la longueur, ça peut s'avérer très long), l'effet peut être lassant. Pour peu que vous mettiez le doigt dans le bon engrenage dès le début des hostilités, vous partez sur votre discobole et sans vaseline. Sinon la mayonnaise tourne aigre et l'indigestion guette. Putain de musique d'hippies drogués que vous vous dites. Va bouffer tes djumbés. Mais je m'égare. La plupart du temps, ça cogne droit, c'est pas dénué de mélodies. Les paroles ne sont que dévotion au Dieu Rythme et son fils Le Son (son fiston ?). What's the sound going through my head. Pas besoin d'être un cador en anglais pour piger. Ca le mérite d'être clair. La ligne de chant est avenante. On pourrait presque penser à !!! (Chk Chk Chk), notamment le 2ème morceau, sauvé par un jusqu'au boutisme et des parasites électroniques qui feront fuir le bobo. Comme The Skull Defekts semble en avoir plein les poches et ne s'arrête jamais, un nouvel enregistrement vient juste de voir le jour (The Black hand sur Riot Reason).

SKX (17/09/2007)
website groupe www.skulldfx.com
website label www.conspiracyrecords.com

Skullflower
IIIrd Gatekeeper - CD
Crucial Blast 2007


Oh voilà une réédition qu'elle est belle ! Il faut dire que pour cette ressortie du IIIrd Gatekeeper de Skullflower, Crucial Blast, label bien connu des amateurs de heavy intello, a bien fait les choses : joli pochette CD cartonnée avec toutes les illustrations d'origine, un livret contenant un texte élogieux sur le groupe que je n'ai pas pris le temps de lire, trop compliqué, et par dessus tout l'album remasterisé, sans bonus ajoutés (parce que neuf fois sur dix les bonus ça bousille un album, c'est quand même bien mieux de les mettre sur un éventuel deuxième disque comme ça on n'est pas obligé de les écouter). Et c'est d'une vraie remasterisation dont il s'agit, pas d'une montée générale et uniforme de tous les potards aboutissant inévitablement à une saturation complète du son sur toutes les fréquences : la comparaison avec la version originale du disque est incroyable -plus de profondeur, plus de contours (sur la basse notamment) et une redécouverte d'un disque qui nous est présenté comme fondateur. Voyons voir ça.
A l'époque de sa première parution en 1992 sur HeadDirt recording -petite maison montée par un Justin Broadrick super fan et épaulée par PDCD, Pure Dope Can't Damage, le genre de label qui battait le même pavé que le Pathological records de Kevin Martin- IIIrd Gatekeeper n'avait rien de fondamentalement différent ni de fondamentalement excessif par rapport aux autres groupes anglais contemporains et drogués, Godflesh, God ou même Terminal Cheesecake. Toutefois, avec plus de recul, la mixture que proposait le groupe de Matthew Bower (unique membre d'origine) possédait un caractère indéniablement psychédélique que les autres n'avaient pas. En exagérant un peu, ce qui n'est pas le genre de la maison, on peut même affirmer que Skullflower ce n'était rien d'autre que du Godflesh instrumental avec de la fuzz et de la wah-wah ou, si on préfère, du Black Sabbath en version indus qui aurait troqué Ozzy Osbourne contre un vrai mur d'amplis.
IIIrd Gatekeeper est l'un des disques les plus accessibles de Skullflower : on peut croire en l'écoutant que tout ce charabia de notes jouées à la guitare forme bien une mélodie, on peut proclamer que cette grosse caisse tellurique saccadée par des coups de caisse claire est bien un rythme, on peut prétendre que la basse n'apporte rien d'autre qu'un groove malsain. Tout cela est vrai, d'autant plus que Matthew Bower, comme pas mal de visionnaires, n'aura pas évité par la suite de se fourvoyer. Reste que IIIrd Gatekeeper est assez monotone, les titres se ressemblent, beaucoup ont cette tendance à débuter sur le même larsen, le groupe a du mal à proposer plus de deux types d'ambiances différentes. Typiquement le genre de disque remis au goût du jour par un effet très mode et dont l'impact a peut être été grandissant par la suite mais qui ne mérite pas grand-chose de plus qu'un intérêt historique et archéologique. Personnellement, je préfère très nettement l'album Infinityland (sur le même label, référence HD 04 et avec Philip Best de Whitehouse dans le line-up) parce que beaucoup plus varié et pénétrant. A quand une réédition ?

Haz (19/05/2008)
website groupe www.monotremata.com/skull (non officiel)
website label www.crucialblast.net

Sleeping People
Growing - CD
Temporary Residence 2007

Si il y a un groupe qui peut prétendre au trône laissé vacant par Don Caballero, c'est bien ce groupe de San Diego. Non pas que ce soit la copie conforme du groupe de Pittsburgh mais dans le genre instrumental-math-rock, Sleeping People se pose là. Don Cab aussi sont toujours là mais je parlais du grand Don Cab, celui de la grande époque où ça s'enfilait avec sérieux et entrain. Où la dextérité technique allait de paire avec la fluidité, que complexité rimait avec rock'n'roll - hey mais ça rime pas - c'est un fait mais c'est parce que le cérébral se faisait mettre par le primaire. Et tout ça, Sleeping People l'a bien pigé. Ils avaient déjà étonné leur monde avec un premier album en 2005. Deux ans plus tard, ils continuent de nous bluffer. Ils n'hésitent pas à étirer leurs compositions sans jamais en perdre le contrôle, à relâcher un peu de pression par d'inquiétants passages d'accalmies comme sur la fin du très beau Mouth Breeder, de faire tourner la boucle mélodique jusqu'à plus soif sans que tu t'aperçoives que c'est marée basse depuis longtemps, de manier tous les codes du genre sans que la stérilité guette. Ca gratte dans tous les sens, c'est efficace tout en restant aérien, se permette une pause pseudo-electro-new-age (faute de savoir comment appeler ça) chiante il va de soi avant d'attaquer un des sommets de l'album, Three Things, soit six minutes de virtuosité éclatante qui passe comme une lettre à la poste qui ne serait pas en grève. Car tout le talent de Sleeping People est là. Ne pas se perdre dans les affres de son propre moi du super héros qui maîtrise son instrument et l'art du contre-pied à la perfection pour mettre un peu d'âme et de chair humaine dans sa musique. Seul faute de goût, avoir invité Rob Crow (Pinback) sur People staying awake, le dernier morceau de l'album et lui avoir demandé de poser sa voix pour une fin d'album mièvre et sans ressort. Mauvaise pioche. Sortie ratée. Il n'y a certes pas grand-chose de neuf sous le soleil mais Sleeping People le fait mieux que tout le monde.

SKX (21/10/2007)
website groupe www.sleepingpeople.com
website label www.temporaryresidence.com
sounds yellowguypinkeye.mp3

Snowman
The Horse, the Rat and the Swan - CD
Dot Dash 2008

S'appeler Snowman quand on vient de Perth, une ville vautrée sous le soleil carrément à l'ouest de l'Australie, n'est pas banal. Comme tous groupes de ce pays excentré qui veut percer autre chose que sa peau sous les températures abrutissantes, Snowman s'est expatrié à Londres. On a connu notamment un groupe chaotique ayant suivi une courbe identique à leur soif de gloire et de débauche aux débuts des années 80. Le Birthday Party de Nick Cave bien sûr et plus près de nous Witch Hats, Snowman partageant avec eux, en plus de la trajectoire latitudinal, certaines valeurs musicales.
Mais si Snowman n'est pas banal, il le doit surtout à sa musique. Birthday Party, ses rythmes tribaux et les ténèbres dont ils sont issus ne sont qu'une partie de la donne. Et la donne est compliquée. Un vrai mystère. Un imbroglio d'influences débouchant sur une vraie personnalité. Des pulsations rythmiques et des nappes de brouillard. Des forces contradictoires où le rock'n'roll brut se heurte à des sonorités électroniques. Des cris tétanisants se succèdent à des chants éthérés quand c'est pas les deux en même temps. Des vaisseaux fantômes flippant comme le très beau et lugubre A Rebirth et d'autres attirants dès les premières notes comme Our mother (She remembers), morceau épileptique où chant d'aboyeur, batterie martiale, piano fou, effets retors et vocalise féminine se télescopent dans une osmose impressionnante. Et c'est ce qui tue chez Snowman. Ce mélange réussit de sauvagerie et de beauté. Idem sur l'hypnotisant et schizophrénique We are the plague ou The Gods of the Upperhouse et la phrase We are machines psalmodié comme un mantra dont l'auteur pourrait être un Nick Cave à ses plus belles heures de grand malade. Mais la composition symbolisant le mieux cette architecture unique, ce sont les six minutes de The Horse (parts 1 & 2). Un duel de voix angéliques et des cris de tarés dans le fond, la présence d'un violon, quelquechose de symphonique dans le drame qui se prépare et qui explose dans une débauche de rythmes tribaux, de violons qui s'emballent, de sonorités aigues, de vocaux multiples, une fête païenne se finissant dans l'ivresse et l'égarement. Un album taillé dans la démesure et le minimalisme, la profondeur et la violence, ne tombant jamais dans le pathos à l'image de The Blood of the swan, presque gothique, réussissant à garder un fil conducteur invisible, que des écoutes répétées n'arrivent à percer. Un disque très troublant dont la clef provient peut-être de la somme des individus et leurs nationalités composant Snowman. Une Islandaise, un Anglais, un Italien et un Indonésien que les méandres du destin ont fait se rencontrer dans ce bout du monde. Après un premier album en 2006 sur lequel il n'est pas utile de s'attarder, la greffe des mondes irrationnels et discordants a pris sur The Horse, the Rat and the Swan. Un des albums de l'année.

SKX (24/11/2008)
website groupe www.thesnowmanempire.com
website label www.dotdashrecordings.com.au

Socrates
More vultures, hyenas and coyotes - CD
Modern City 2007

Une nouveauté qui n'en ai pas vraiment une. Le duo lyonnais Socrates est passé depuis peu en formule trio. Une chanteuse qui se frotte au duo mâle guitare / batterie. Sur les sept titres présents, on retrouve les trois morceaux de leur précédent 45 tours (Coyotes, Hyenas et Vultures). Les titres ont beau avoir été enregistré avec la nouvelle arrivante, ça ne change pas grand-chose. Ca permettra tout au plus à ceux qui ont laissé leur mange-disque au dépôt-vente du coin de mettre la main sur ces excellents titres ! Vous rajoutez un morceau d'ouverture qui n'est que 38 secondes d'éructations, ça ne fait au final, que trois nouveaux morceaux. Damned ! L'arrivée d'une chanteuse à temps complet ne bouleverse pas la donne. Intégration réussie dans un magma sonore qui prend de l'aisance et du volume, aussi bruyant qu'il fut. In bed… in bed, c'est cinq minutes fracturées à souhait qui nous fait la totale alors que That guy you saw on TV, c'est une minute vingt hyper efficace de contrastes. Les deux facettes d'un noise-rock que Socrates maîtrise à merveille. Taille internationale. Damn! est le dernier inédit. Là encore, c'est court, ça met une pression d'enfer avec un son dans le rouge. Dire que tout ça a été enregistré en quelques heures sur un broken 4-track comme ils le marquent sur la pochette de ce mini cd qui se prend pour un grand ! Continuez ainsi à ne pas vouloir polir les angles, à laisser la crasse là où elle doit rester et sortez nous un album, un vrai, histoire de définitivement marquer votre territoire !!

SKX (23/07/2007)
website band : www.socratesband.com
website label www.moderncityrecords.com
sounds : hyenas.ram

Sourvein
Ghetto Angel - CD
This Dark Reign 2007

J'aime bien les branleurs. Et Sourvein est à coup sur un vrai groupe de branleurs magnifiques. Le genre de compliment que je n'irai certainement pas leur dire en face, ces mecs font vraiment trop peur. Ghetto Angel est leur enregistrement le plus récent, le précédent EP, Emerald Vulture datant déjà de trois ans ou presque. Et là, encore un format court, encore quatre malheureux titres, dont une nouvelle version de Doldrums, morceau déjà présent sur le split single partagé avec les doomeux japonais de Chuch Of Misery (à l'occasion d'une tournée européenne retentissante en 2006…). Des branleurs, quoi, des vrais, qui n'émergent que rarement d'un état d'hébétude crasseux et fangeux, n'enregistrent que lorsque c'est vraiment nécessaire, et encore.
Historiquement, Sourvein a toujours été lié à feu Buzzov-en, le groupe sludge qui ferait passer EyeHateGod pour un ramassis d'enfants de chœurs. Il faut dire que T-Roy, chanteur de Sourvein, c'est ce type qui faisait le roadie et le fournisseur officiel en dope pour Buzzov-en mais était également chargé en concert de balancer les samples pendant que Kirk Fisher (ce grand malade) se fracassait le crâne contre les amplis et continuait de chanter, le visage inondé de sang, véritable plaie humaine. Les deux groupes ont également comme point commun de partager le même batteur, Ramzi Ateyeh.
Sourvein perpétue donc une certaine tradition sans avoir à rougir de ses illustres prédécesseurs, c'est lourd, torturé et gras. Ça fait mal. Même si Ghetto Angel bénéficie d'une production un peu trop lisse (où sont les basses ? qu'est ce que c'est que ce son de batterie ? où est le papier de verre dans le grain de voix de T-Roy ?), ce disque ne démérite pas, renvoyant les apprentis sorciers du southern metal lent et rampant à leurs chères études. Moins sale et puant que d'habitude, certes, mais toujours aussi bon. La seule chose véritablement gênante c'est d'être à nouveau obligé d'attendre trois années pour avoir droit à quatre titres supplémentaires. Quoique : le groupe aurait déjà annoncé une suite à Ghetto Angel, même pas le temps de laisser la gnôle refroidir.

Haz (21/04/2008)
website groupe www.myspace.com/sourvein13
website label
www.devildollrecords.com/DDR/TDR/frames.php

The Stabs
Dirt - CD
Art School Dropout 2005
  The Stabs
Wading / That's it - 7''
Weather records 2004

Un groupe en The, par les temps qui courent, ça pourrait faire peur mais ceux là, le punk-rock, ils l'ont pas découvert à la télé et dans les magazines branchés. Sans compter que leur punk-rock à eux ferait fuir plus d'un rocker du samedi soir. Un son qui grêle. Ca vibre, ça décalque. Musique qui traîne dans le caniveau, musique des bas-côtés, dans la fange, le goudron et les plumes à la fin. Road-movie sanglant d'un rock sudiste fabriqué à New-York mais pas de bol, tout ça vient d'Australie, évoque autant les grands espaces étouffants que les ruelles sordides. The Stabs, c'est un vrai coupe-gorge, suintant autant les Saints que Unsane. I'm stranded. Une musique crade sur elle, autant garage que noise avec des parties de guitare géantes aimant régulièrement vous achever à grands coups de larsens qui perdurent dans la tronche. Effet garanti lors d'une écoute casquée. Baissez moi le volume, j'entends plus le moteur. Sur mon cheval, je suis un vrai loser mais pas peu fier. C'est une vraie giclée comme on en voit peu. Du blues saccagé et essoré jusqu'à la dernière goutte de rage. Rock viscéral avec des semi-ballades qui vous tordent les boyaux comme Black widow et des brûlots en pagaille (the woods/the rain, never going home, …). Le jeu du guitariste est tout en écharde, ça écorche, ça cisaille. Un premier album qui sent la poudre et vous colle une réelle baffe.
Deux ans plus tôt, ce trio originaire de Melbourne s'était fait les dents avec un premier 45 à la pochette minimale. Deux inédits excellents sur Weather records avec Wading et sa ligne de basse digne d'un Unsane et une autre face, That's it, qui chevauche des contrées arides. The Stabs, ça donnait déjà soif et vous feriez bien d'aller trinquer avec eux.

SKX (30/06/2007)
website groupe www.thestabs.info
website label www.myspace.com/artschooldropoutrecords

Sterling
Cursed - CD
File 13 2007

Avec Sterling, on va s'en payer une bonne tranche et si yen a qui parle comme dans des livres, Sterling va se charger de les ramener à leurs chères études. C'est parti pour trois et trois seuls longs morceaux et ce n'est pas du doom. C'est de la musique pour érudits qui aiment rêvasser au fond de la classe près du radiateur. C'est pas incompatible. Jusqu'à maintenant et après deux albums, Sterling n'avaient pas l'habitude de torcher ces compos façon Ramones mais là, c'est carrément l'explosion dans le temps. Sterling sortait sa science avec un piano central qui le faisait carrément au milieu d'une confrérie rock, un rien complexe, lugubre et c'était terriblement beau. Pour ce troisième album, le piano est toujours là mais tout est à la taille au-dessus. Et c'est pas forcément en mieux. Sterling a vu grand. Ca commence par un Lurker très convaincant avec une basse (tenue par Al Burian, le mec de Milemarker) solide, des arpèges de guitares tournoyants dans le même ciel étoilé que les touches d'un piano virevoltant. Sterling sait faire du beau et du lyrique en étant toujours à la limite, créer une tension, appuyer un rythme, monter la sauce sans la renverser. Des groupes post-rock qui répondent à ces critères, yen a des tonnes mais Sterling est le seul à le faire de cette façon. Cette touche de classicisme dans ce fatras rock fait encore des ravages. Un album où le piano change de main (Andy Lansangan remplace Jim Del Fosse) et élargit ses sonorités. Sur Acacia, le deuxième titre, ça sonne orgue avant de virer ambiance neo-seventies avec l'arrivée d'une flûte - ma chère et bien aimée flûte - et un solo de guitare qui déboule au bout de dix pénibles minutes qui fait fuir toute personne normalement constituée. Autant vous dire que cet Acacia là est des plus fané et ce bouquet baba-rock refroidit les ardeurs. Un Acacia qui enchaîne avec un Eyes qui ne vous ouvrira guère plus les sens. Entre cette tenace touche seventies qui sent la musique progressive (on échappe heureusement au solo de guitare) et un esprit plus expérimental au milieu, Sterling a oublié en cours de route cette tension et noirceur qui font tout son charme. Bizarrement, un album que je me surprend à aimer sur la longueur mais je comprendrais tout à fait si vous ne pouviez pas l'encadrer.

SKX (14/07/2007)
website groupe www.myspace.com/sterlinginhell
website label www.file-13.com
sounds www.file-13.com/sounds/index.php3

The Striggles
Expressionism - CD
Noise Appeal 2008

Quand la première chose à laquelle vous pensez est Red Hot Chili Peppers, c'est pas bon signe. Carrément pas bon signe. Ne demandez pas pourquoi… Une histoire de chant énervant ou une vague ambiance latente qui va vers un funk tordu sur un morceau d'ouverture qui porte parfaitement son nom, Sorry, car effectivement, ils peuvent être sacrément désolé. Pour un peu, on enverrait balader le CD en mode freesbee au bout de deux minutes. Mais une grande conscience professionnelle étreignant ces pages, il a bien fallu donner une seconde chance à cet album et autant vos dire que plusieurs semaines sont passées avant d'aller au-delà du stade de ce premier titre. Voir des deux premières minutes seulement, car déjà vers la fin du morceau, ça partait en sucette et que, il faut bien avouer, ce groupe autrichien n'a rien à voir mais alors rien à voir du tout avec les Red Hot !! Il suffisait surtout de s'enquiller le second titre, le mal nommé It's just a joke. The Striggles ne rigole plus. The Striggles, un groupe d'empêcheurs de tourner en rond comme disent les derviches, le genre insaisissable qui aborderait le style noise-rock avec l'esprit des Residents ou du Captain Beefheart. Et une pincée de leurs compatriotes Bulbul pas franchement sain d'esprit non plus. Une approche qui en vaut une autre mais ça sera chacun la sienne. It's just a joke raconte une sale blague où la rythmique range son funk et explose la tronche, des guitares qui découpent et partent en vrille. Un titre dingue qui renvoie à la rigueur d'Alboth et la folie d'un Glazed Baby. Oui, encore des références. Et ce n'est pas fini. Cette rigueur teutonne, on la retrouve plusieurs fois. The Striggles aime quand ça martèle dur au fond de la vallée. Précis. Humiliant. Avant de repartir en ballade bucolique et en fait de funk tordu, c'est plus vers un groove pervers à la No Means No, une tentative de danse à trois pattes. Une ligne de basse sournoise, ça gronde là-dedans, un riff qui tranche, un air qui coule, on sifflerait presque, se répercute d'un morceau à l'autre, des guitares qui couinent - littéralement - on s'y perd et on est qu'à la moitié de l'album. C'est à ce moment là que ce quatuor autrichien (avec un ex-Fetish 69 !) décide de calmer le jeu mais pas nous endormir avec un parcours tout sinueux et bizarre puis de retrouver cette assise rythmique martelante qui leur va si bien au teint grâce à la bien nommée Suzie. Mais c'est parlé trop vite. L'album se finit dans un état cotonneux. The Striggles pisse toujours là où on les attend pas, devient presque doux et mélodique avant de clore sur un dernier sprint en dent de scie. Cette chronique est un grand foutoir et j'allais dire tout comme cet album mais ce n'est pas l'impression qui domine non plus. Il semble que The Striggles ait voulu coller au personnage illustrant leur pochette, le dénommé Zippy the pinhead, personnage crée par Bill Griffith au début des seventies et dont les différents dessins à l'intérieur du digipack reprennent un tas de sentiments de la vie quotidienne : la joie, la peur, la pitié, l'anxiété, la rage, la panique, l'excitation, etc…. Il y a de tout ça dans ce premier album des Autrichiens. Ils n'embrassent pas plusieurs styles, ils donnent une coloration différente à chaque morceau, fait du même bois mais pas de la même essence. Ou l'inverse, je sais plus. Enfin, si vous ne comprenez pas, c'est pas grave, moi non plus à vrai dire. L'important c'est que ça sonne, vous interpelle et que vous vous débrouillez pour écouter cet album où tout n'est pas grandiose mais diffusant suffisamment de bons morceaux pour que vous lui donniez sa chance.

SKX (28/10/2008)
website groupe robert.lepenik.at/the_striggles
website label www.noiseappeal.com
sounds robert.lepenik.at/the_striggles/mp3s.html

Strings Of Consciousness
Our Moon Is Full - CD
Central Control International 2007

Les paroles sont peut être ce qu'il y a de plus important dans le premier album de Strings Of Consciouness. Même pour un béotien comme moi qui entrave que dalle à la langue de Selby, de Burroughs ou de qui voudrez : in texto, y compris avec un dictionnaire pour les nuls, tout ceci me semble bien obscur. Obscur ? Justement, c'est en fermant les yeux que je comprends le mieux, que je m'imagine saisir ce qui pourrait m'échapper, que je flirte avec les émotions - Our Moon Is Full est un album de poètes véritables et c'est sa première et indéniablement sa plus grande qualité. Une poésie que l'on peut ressentir uniquement par les sons qu'elle dégage. Le principe du disque est simple : pour chaque titre, Strings Of Consciousness a invité une grande voix à s'exprimer, écriture du texte comme son interprétation incombe à chaque invité dont la liste tient du pur fantasme avec la présence de J.G. Thirlwell (Fœtus), Scott McCloud (Girls Against Boys), Eugene Robinson (Oxbow), Barry Adamson, Pete Simonelli (Enablers) et -le seul que je ne connaissais pas- Black Sifichi.
Certaines interprétations lorgnent définitivement du côté du chant (Asphodel par Thirlwell, Christallize It dont on pourrait croire qu'il s'agit vraiment d'un nouveau titre de Girls Against Boys et, pour moitié, l'intervention de Barry Adamson sur Sonic Glimpse) mais la grosse majorité de ces chansons est sur le mode parlé/récitatif. Chacun y va de son talent, Eugène Robinson montant en puissance avant d'exploser sur un beat electro du meilleur effet, Simonelli avec sa sobriété imparable et impériale, Barry Adamson toujours et encore avec sa profonde voix grave un peu érodée par le temps et enfin Black Sifichi, le seul à intervenir sur deux titres et dont j'aimerais entendre autre chose après la mise en bouche spectaculaire que représente While The Sun Burns Out Another Sun.
Et la musique dans tout ça ? Ah oui la musique ! Le plus fascinant est qu'elle n'a rien d'un assemblage hétéroclite alors que cela était le risque le plus évident avec autant de voix différentes à soutenir et autant de musiciens d'horizons différents intervenant sur le disque (de Nicolas Dick de Kill The Thrill au trompettiste Andy Diagram, ex Honkies, Spaceheads). Mais l'unité est là, ramassée autour d'un patient travail d'orfèvre et d'assemblage de la part de Philippe Petit et de Hervé Vincent, les deux têtes pensantes du groupe. D'accord, Asphodel est une curieuse mise en bouche offrant un chant assez inhabituel de la part de J.G. Thirlwell et Christallize It est un vrai brûlot rock mais rien ne dépareille sur ce disque qui réussit à allier tensions noisy, post rock tortoisien (celui des deux premiers albums des Chicagoans) et virevoltes électroniques - un disque à part et une musique à part, directement dans mon top ten de 2007.

Haz (20/10/2007)
website groupe www.stringsofconsciousness.info
website label www.centralcontrol.co.uk

Sullivan 14
Self-titled - CD
Autoproduction 2008

Comme le rouage vert de gris de la pochette semblant inexorablement vous broyer, la musique de Sullivan 14 est cette implacable machine recyclant ces influences archi connues auxquelles je ne me sens pas la force de résister. La grande faucheuse infernale est de retour. Un groupe parisien qui a tatoué les noms de Converge et Botch au dessus de son lit et malaxant tout chaud ces idées noires et rageuses dans un gouffre de décibels. Je ne connais rien au pedigree de ces zouaves mais pour un premier jet, c'est étonnant de maîtrise. On est bien d'accord, il n'y a strictement rien de nouveau dans le décor mais une fois entériné cette donnée, on ne peut que s'incliner devant ce déchiquetage en règle. Enregistré par Guillaume Maudit (je le cite comme si on avait gardé les vaches ensemble mais je n'ai jamais entendu parlé de lui) qui a accompli un travail remarquable, faisant sonner clairement chaque instrument, chaque note s'extirpant à l'aise du chaos voulu par le style. Puissant, ample, Sullivan 14 n'avait plus qu'à sculpter au cordeau son lot de changements de rythmes diaboliques, de riffs tour à tour hyper aiguisés et lourd comme une fondue savoyarde, d'ajouter des sons clairs de guitares, de s'arracher des cris à se couper les doigts, de pulser la bête, de freiner des quatre fers pour reprendre son souffle et de lier les morceaux dans le prolongement d'un larsen ou d'un hurlement, tout en qualifiant leurs paroles de lamentables (l'auto-dérision étant tellement rare dans ce milieu qu'il faut bien la souligner quand elle est présente). Cinq morceaux se finissant par un ghost track toujours aussi inutile, pour un mini-album tout ce qu'il y a de parfaitement torturé et sauvage. On a connu pire comme début !

SKX (05/05/2008)
website groupe sullivan14.free.fr

Sunburned Circle
The blaze game - CD
Conspiracy 2007

Quand un groupe psychédélique-expérimental-krautrock rencontre un autre groupe psychédélique-expérimental-krautrock, que voulez-vous que ça donne. Sunburned Circle, c'est la contraction des deux groupes Sunburned Hand of the Man et Circle. Ca aurait pu être Circle of the man ou Hand of the Circle ou Suncir of the handcleman mais ils n'avait pas dû encore assez fumer pour en arriver là. D'un coté le collectif de Boston et de l'autre les mythiques finlandais de Circle et leurs quatorze-douze albums (un de plus que Sunburned of the man). Une rencontre en 2006 avec à la sortie de l'enregistrement en commun, un ticket direct pour Katmandou. Une triptyque Neu-Can-Faust, les grands espaces à portée de main, l'impro à plein nez avec tous les hasards que cela comporte. Dommage qu'ils ne soient pas plus heureux, les hasards. A l'arrivée, il n'y a pas que les instruments qui tournent entre les 11 musiciens de ce projet. C'est tout enfumé que l'on ressort de cette jam-session. Des sons bizarres, des sons intergalactiques, des constructions très aléatoires et affreusement mouvantes. Rien de bruyant ou de puissant. Tellement aérien et space que ça me passe haut, très haut au dessus de mes maigres capacités en matière de musique de freak-hippie. Soyez gentils, s'il vous plait. Aller simple le ticket, aller simple.

SKX (23/09/2007)
website groupe www.circlefinland.com | www.sunburnedhandoftheman.com
website label www.conspiracyrecords.com

Superbeatnik
No hand hold - CD
Head 2008

Le jour où ils ont décidé de s'appeler Superbeatnik était un jour de très petite forme. Comme précédemment, deux de leurs membres évoluaient au sein d'un groupe éphémère répondant au doux nom de Tentakular Megafucker, on peut affirmer sans se mouiller que les noms de groupes, c'est pas leur truc. Derrière ce patronyme trompeur se cache un trio de Montpellier devenu quatuor le temps d'enregistrer cet album pour mieux revenir trio depuis. La stabilité, c'est pas leur truc non plus. Un trio avec le guitariste actuel de Marvin mais on tape pas dans le même rayon. Superbeatnik, comme son nom ne l'indique pas, c'est influencé direct par le stoner (hard-rock musicalement correct mais hard-rock quand même), citant Kyuss et Fu Manchu (oh putain, je me casse !), soit quelque chose de bien lourd, voir gras et indigeste qu'ils ont su heureusement télescopé avec des influences plus hardcore et noise dont la légèreté de l'apport ne vous aura pas échappé. Et rock aussi. Une bonne dose de rock'n'roll bien sauvage dont l'enregistrement cru et sans fard sert leur propos. Neuf titres qui possèdent ainsi la grâce d'un bombardier volant à la vitesse d'un Spitfire. Tu te cales dans ton siège et tu ne cherches pas à comprendre. Mach 3 dans la tronche, ça suffit comme seule explication. Energie bouillonnante et une rythmique au groove presque sixties, ne cherche toujours pas à comprendre. Avec des missiles plus pointus que d'autres comme Prove your conviction, à l'approche très Unsane, définitivement plus mon champ de mines sur lequel j'aime me faire sauter. Parce qu'il ya aussi de nombreux passages dont je me passerais bien, comme une odeur fétide soulevant mon cœur de poulet élevé au bon grain. Des relents de ce fameux rock stoner me rappelant trop le hard-rock des années 70, les pires, celles juste avant 1976. Les longues chevelures et la pilosité abondante. Des riffs de guitares trop connotés hardos. Un mélange qui subitement ne prend plus. L'énergie prend des allures de bikers velus et gras du bide. Et la moto c'est pas trop mon truc. Tout comme ce disque finalement.

SKX (04/05/2008)
website groupe www.myspace.com/superbeatnik
website label www.head-records.com

Superstatic Revolution / Pupille
Split CD
Basement Apes Ind. 2006

Split album à l'horizon seulement séparé par la ligne blanche des Pyrénées. D'un coté les sudistes de Superstatic Revolution. De l'autre, les Espagnols de Pupille. Dans l'ordre du CD, les Français attaquent avec cinq morceaux. Ce n'est toujours pas la révolution. Superstatic Revolution glisse sur la cendrée bétonnée de leur album Goodbye Mr Wanton. Du profondément écorché, que ce soit virulent (le convaincant morceau d'ouverture Sermons part. 1) au mélancolique titre d'achèvement… Sermons part. 2 ! Entre les deux, toujours ce hardcore noisy et métallisé (pas comme la voiture) que le groupe maîtrise de plus en plus à défaut de transcender le genre.
Pour Pupille, c'est histoire sans parole. Là aussi, l'humeur n'est pas à la franche gaîté mais il la décline sur le mode tout instrumental. Une musique qu'on pourrait vite cataloguer de post-rock. Et vous auriez raison. Sauf que leur post-rock à eux ne titille pas les plates-bandes des récurrents Godspeed you Black Emperor. Leur fond de commerce puise ses racines dans quelquechose de plus rock et emo, comme ces samples et cris déchirés sur Quiero que me, sans jouer sur les habituels clichés montées/descentes bruyantes. Pupille tente d'instaurer une pression constante dans sa retenue. Ca ne les empêche pas de jouer les contemplatifs sur Tu primer tac et se bercer de tonalités aériennes. Quatre compositions aux fines subtilités, à l'écriture soignée, qui tente de trouver sa propre voix dans un post-rock encombré jusqu'à la glotte mais qui ne m'émeut pas plus que ça. Dur de casser la baraque avec ce genre de musique. Deux groupes qui connaissent bien leur partition, exécuter avec maîtrise et savoir-faire pour un split album trop sage et sans surprise.

SKX (20/11/2006)
website groupe www.superstaticrevolution.com | www.slowcoloured/pupille
website label www.basementapesind.com
sounds pupille_unbalon.mp3 | SR_Sermons.mp3

Swann Danger
Deep north - CD
Custody night school 2007
  Swann Danger
Self-titled 10''
Release the bats 2003

On ne sent pas la douleur. Elle nous refroidit. C'est glacial là-dedans. Tétanisant. Andy Zevallos, basse. Cynthia Mansourian, guitare et voix. Un duo qui a fait ses gammes au sein de Heart of Snow (un seul maxi chez GSL en 2001 qui comprenait également un membre de Yaphet Kotto). Pour compléter ce couple maléfique, une boite à rythme, histoire d'être sûr que personne ne gâchera la fête en se sentant d'humeur joviale. Quatre ans déjà que leur 10'' est sorti. Cinq titres à déconseiller à toute personne qui n'aime pas se retrouver enfermer dans un ascenseur. En panne l'ascenseur bien sûr. Xmal Deutschland sonnerait presque joyeux. Et la mère Siouxsie la reine de la blague. Car le duo de Californien puise sa joie de vivre dans les années 80, le mouvement gothique et autres réjouissances que l'on nomme désormais Deathrock (une étiquette à la con de plus). Du rock de corbeau aux accents plus rock. Sauf que dans ce premier disque, de rock, il n'est pas question. Deathrock égal aussi mort du rock. Des lignes de basse aussi belles que tragiques. Rondes et caverneuses. Une guitare inquiétante, à l'économie dont la reverb se perd dans le brouillard. Ciselant. Voix très… Siouxsie Sioux. Evidemment. Tout ça n'a rien de gênant. Swann Danger balaie ces poussières d'un coup de boite à rythme martial. Danse macabre pour réchauffer le cœur de l'intérieur. Cinq morceaux grandioses de minimalisme.
Retour au présent. Swann Danger prend son temps. Quatre ans plus tard. Exit la boite à rythme morte au combat. Un vrai batteur de chair et d'os. Celui de Dead and Gone et Creeps on Candy (groupe composé de ¾ quart de Dead and Gone à l'unique album grandiose sur Alternative Tentacles). Lui, c'était pour le studio. Pour les concerts, c'est celui de Year Future. Le groupe perd en originalité. Gagne en chaleur. Le rock de deathrock retrouve tout son sens. Ok, c'est pas AC/DC non plus. Les bases restent les mêmes. Froideur et décadence. Mais cette batterie apporte indéniablement de la puissance, faisant évoluer la musique de Swann Danger dans une sphère proche de celle de Celebration. La noirceur en plus. Zevallos dessinent toujours avec sa basse les mélodies d'un dub austère de petit blanc, une danse maladive sur laquelle les accords aiguisés et aigus de la guitare viennent se fracasser. C'est la musique de Heart of Snow que l'on retrouve. La cold-wave rigide qui se donne un coup de pied au cul. Une décongélation qui n'a pas peur d'envoyer le bois. Ca reste dépouillé et névrotique mais comme Swann Danger sait vous torcher de vrais morceaux accrocheurs avec des squelettes d'éléments, les onze morceaux de ce Deep north ne sont pas qu'une lointaine contrée inaccessible où souffle le vent de la solitude. Donnez du rock à vos corbacks.

SKX (22/07/2007)
website groupe www.swanndanger.com
website label www.releasethebats.com (cd)| www.the-culdesac-komitee.de (lp)

The Swarm
Red paint on the odessa steps - CD
Fight Me 2005

Ne croyez pas que c'est par snobisme qu'on vous narre les aventures d'un groupe qui n'existe plus depuis février 2007, dont personne de toute façon n'avait entendu parler de son vivant avec un album datant d'octobre 2005 dont tout le monde s'en tape et introuvable par ailleurs. Mais il ya des choses qu'on ne peut ignorer. Excepté à Notthingham, leur ville d'origine, dans un entrefilet du NME et les caves pourries des clubs anglais, The Swarm est ce nom de groupe qu'on oublie aussitôt après l'avoir prononcé. Mais je n'aurais pas aimé me trouver dans la même cave qu'eux. Ou plutôt si, pour me prendre une branlée punitive exemplaire, un déluge de feu dont la pochette stalinienne représente à merveille ce qui va vous tomber dessus quand vous ouvrez le boîtier de ce qui représentera à jamais le seul et unique album de leur courte carrière (à noter tout de même un split 12'' avec trois autres groupes). Mais quel album ! C'est du lourd, du très lourd qui vous attend. Du vicieux, du malsain, du tordu. Un disque noise-rock ultime avec des rythmes dans tous les sens, une basse imitant le bruit des bombardiers, hautement distordue et graveleuse, des guitares alertant de l'arrivée de ces bombardiers, stridentes, multipliant les effets, tour à tour tranchantes et vomissantes, un chanteur pas avare d'efforts pour courir sous les bombes et pour couronner le tout, un type qui croyait bon d'ajouter des sons électroniques pour masquer l'arrivée des bombardiers en troublant les fréquences. C'est sûr, The Swarm avait peur du silence. Alors oui à la première écoute, c'est tout le monde aux abris. Mais les structures du labyrinthe se mettent rapidement en place. Un chaos superbement organisé dont les méandres laissent place à de glorieuses ouvertures. Les cinq anglais savent varier les attaques, les angles de tirs, ménager de brefs accalmies pour mieux déverser leur flot de haine. Un sens du riff hystérique mais efficace les renvoyant à la débauche d'énergie d'un Racebannon. The last friend alive et ses dix minutes sont là pour témoigner d'un self-control total, d'une inventivité féconde sous leur folie apparente. The Swarm évite le bombardement aveugle et si plus rien ne repousse après leur passage, c'est avec la classe des grands malades. Un disque de bravoure qui a donné envie au chanteur, au bassiste et à Mr Electro de continuer les débats sous le nom de Wander Phantom. J'ai connu une polonaise qui écoutait ça au petit déjeuner mais faut bien avouer, c'est plutôt un disque d'homme.

SKX (07/01/2008)
website groupe www.myspace.com/intotheswarm
website label www.dubrek.com/fightme

Swims
s/t - CDEP
Distile 2006

Provenir de Sacramento comme Hella. Faire enregistré son premier disque par Aaron Prellwitz qui était derrière les manettes du premier album de Hella. Etre au nombre de deux comme Hella. Faut pas chercher midi à quatorze heures. Si vous pensez que Swims ressemble à Hella, vous avez fichtrement raison. Ah nuance. C'est un duo basse-batterie et non pas guitare-batterie. Faudrait voir à pas déconner non plus, on aurait pu se méprendre. Mais depuis que Hella joue dans la cours des grands et fait de la mélasse, autant se rabattre sur de la viande fraîche. Paul Slack (basse) et Mark Rocha (fourchette à pain) connaissent les règles du math-rock instrumental. Nous aussi d'ailleurs, c'est bien là le problème. Mais je ne vais pas faire le bégueule. Le batteur n'essaye pas de battre plus vite que la musique et ne se prend pas pour le Dieu incontesté de la batterie comme son grand frère Hella. Il n'en fout pas partout. Le bassiste n'est pas le roi du taping. Ca ne déborde pas du manche. C'est du math-rock contrôlé, qui respire, chaleureux presque, bref de l'humain et à défaut d'une originalité débordante, ces six titres glissent tout seul.

SKX (26/04/2007)
website groupe http://www.swimsband.com
website label http://www.distilerecords.com
sounds http://www.myspace.com/swims


 
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