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ARCHIVES 1999 - 2008
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MACHNIK Self-titled
THE MAE SHI Terrorbird
MADE IN MEXICO Zodiac zoo
MADE IN MEXICO / MICROWAVES Split 7''
MADE OUT OF BABIES Trophy
MADE OUT OF BABIES Coward
MAKARA discography
MANINKARI Psychoide / participation mystic
MANINKARI Art Des Poussières
MANINKARI Le Diable Avec Ses Chevaux
MAN MAN Six demon bag
MANNEQUIN Warps yr head
MAN VS NATURE White one with doctor
MAN VS. NATURE Mould = mouth
MARE Mare
MARNIE STERNE In advance of the broken arm
MARVIN s/t

MARYPOPPERS Marypoppers
MASTODON lifesblood
MATTRESS Heavy duty
MCLUSKY mclusky do dallas
MELT-BANANA Cell scape
MELT-BANANA / DYNAMITE ANNA AND THE BONE MACHINE tintarella di luna
MELT-BANANA / THREE STUDIES FOR A CRUCIFIXION s/t
MELT-BANANA charlie
MELT-BANANA / CHUNG Quick quick slow death - 10''
MELT-BANANA Bambi's dilemma
MELTED MEN fangs a lot
MELTED MEN half growed squirrel
MELTED MEN Smoke Alarm Limbo - 7"
MELVINS the maggot
THE MEMBERS OF TINNITUS tactics for instant music
MEMBRANE Utility of useless things
MEMBRANE A story of blood and violence
THE MERCURY PROGRAM from the vapor of gasoline
METRONOME CHARISMA Notre amour est assez puissant pour détruire ce putain de monde
METROPHON s/t
MGR Wavering on the Cresting Heft
MICHAEL NACE the voyage out
MICROFILM A Journey to the 75th
MICROFILM Stereodrama

THE MICROPHONES don't wake me up
MICROWAVES system 2
MICROWAVES Attack Decay Sustain Release

MICROWAVES Contagion heuristic
MIHAÏ EDRISCH
L'un sans l'autre
MIHAÏ EDRISCH Un jour sans lendemain
MIKALEA'S FIENDS We can driving machine
MILEMARKER non plus ultra future isms
MILEMARKER Ominosity
MILGRAM Subversion standard
MILGRAM Another one buys the dust
MILGRAM Expensive record(s)
MINDFLAYER Expedition to the hairier peaks
MINIWATT assimilated
MINIWATT rectifiers
MINIWATT I can't stand waiting for it
MINSK Out of a Center Which is Neither Dead nor Alive
MISS GOULASH Karaoké karaté club
MISSION OF BURMA The obliterati
THE MOCK HEROIC Dignified Exits
MONOSOURICIL s/t

MONTANA PETE Baige
MONTANA PETE / DAEMIEN FROST jiminationalism / in league with the amazons
MONTANA PETE play 'devo' and 'french ladies'
MONTANA PETE Bass camp
MONTCALM / DEAD SERAPHIM Split 12"
ANDY MOOR Marker
MORE FIRE FOR BURNING PEOPLE sitting breath less in new chairs
MORELAND AUDIO Turbogold
MORKOBOT Morto / Mostro / Morkobot
MOTORAMBO eine triologie in fünf teilen
MOUTHUS Saw A Halo
MUG corsica egg
MUTATORS Secret Life
MY DISCO Language of numbers - CDEP
MY DISCO Cancer
MY DISCO Paradise

MY LAÏ learn....forget....re-learn
MYRA LEE Self-titled
MYRA LEE 2


MAKARA
" discography " - Lp
The Blood of the Young 01
Faire-part de décès, toutes nos condoléances, vous trouverez ci-joint tous nos titres bâtards accouchés dans la douleur. Makara s'offre la totale et, de l'enfer où périssent tant de groupes mort-nés dans l'anonymat, nous envoie ce vinyl tout vert. Dessus, 14 titres, toute leur vie, aussi courte fut-elle. Aussi brève que ces morceaux le sont. Hardcore-noise sombre et compact, limite neurasthénique. On les sent tout recroquevillé, prêt à mordre quiconque s'approche. Pas de longs développements. La batterie s'agite dans tous les sens. En fait, tous les instruments ferraillent dur et vont droit dans le mur. Chaque morceau s'enchaîne dans un larsen continu. Les mauvaises langues diront que tout se ressemble, que c'est trop plein, sans aérations. Ce serait démissionner devant l'urgence du propos, ne pas sentir toutes ces variations dans la roche. Des purs et durs qui ne flirtaient avec aucune mode. Si Orchid et consorts vous branchent, ce disque vous bottera le cul dans le bon sens.
SKX (11/12/2001)
MAN VS NATURE
" White one with doctor " - Lp
Klistier Entertainment 02
Baptême de feu pour les Allemands de Man vs Nature en toute décontraction et sans se prendre au sérieux. Ca commence en français dans le texte avec une profession de fois très lucide : " … quatre individus plein de bonne volonté même si ce sont des musiciens assez pitoyables. Mais ces musiciens ont pris du bon temps en faisant ce disque et vous l'avez acheté d'ailleurs, félicitations ! ". Pas vraiment en fait vu que ce disque est plutôt venu vers moi que le chemin inverse mais bon bref, ils ont parfaitement résumé la situation . Du coup, ça déteint sur l'auditeur et difficile de prendre cet album au sérieux. Une bonne dose d'humour sur un fond punk-rock, un saxo incongru, des phases expérimentales. Un curieux mélange où on pourrait aussi bien caser The Fall que Killdozer dont ils reprennent d'ailleurs le " king of sex ". Ca tire un peu dans tous le sens et si rien de basiquement désagréable ne transpire à l'écoute de ce disque, c'est pas l'emballement qui prédomine non plus ! Ya bien l'instrumentale " soupe tonkinoise " ou New Wet Kojak repris par un groupe de baltringue thaïlandais. Deux, trois ruades dans les brancards bien soutenues par une basse qui tire gros. Mais bon, une bonne répèt entre potes n'a jamais fait un bon disque.
SKX (20/03/2003)
MASTODON
" lifesblood " - CDEP
Relapse 01
Mastodon, tout est dans le nom! Cher(e)s ami(e)s de la légèreté, passez votre chemin. Ici, on va discuter le (bout de) gras du propos avec moultes cris gutturaux et guitares plombées. On va essuyer les plâtres que Today is the Day a si patiemment construit et sublimé avec "in the eyes of god". Avec la dextérité d'un Dillinger Escape Plan, comme si ça ne suffisait pas! Batteur-pieuvre surdopé entre rythmes en rafale et double grosse caisse, guitares crashantes, Mastodon est pressé d'en finir. Rajoutez une pointe de Neurosis - un brin de lyrisme dans ce monde de brut - sur "battle at sea", le dédoublement voix d'outre-tombe, voix écorchée et tout le reste qui vous file entre les doigts. A trop vouloir en faire et en montrer, on s'y perd un peu. Tout ça manque un peu de naturel et de simplicité. Mastodon mange a tous les râteliers. On y trouve forcément son bonheur dans le tas, une bonne raison d'écouter ça jusqu'à la fin. En tout cas , pour les accrocs du style, ça devrait le faire sans problème!!
SKX (27/02/2002)
MCLUSKY
" mclusky do dallas " - CD
Too Pure / Virgin labels 02
On rentre là-dedans comme dans du beurre. Tête en avant, il est facile de tapoter du pied et siffloter les refrains à peine la première écoute achevée. Cet album marque les débuts fracassants (après toute une série de 45 et un 1er album passé inaperçu) d'un trio anglais à la propension déconcertante pour enfiler les tubes en puissance. Quatorze au bas mot. Tous remplis de mélodies accrocheuses, de rythmes simples et efficaces. On avait pas entendu ça depuis les plus belles heures des Pixies. Cette même facilité à vous séduire par des morceaux incisifs, courts et énergiques. Sauf que le domaine est un tantinet plus viril. Production Steve Albini donc basse énorme, batterie clairement annoncée. On sent le background de Mclusky plus influencé par le punk-rock que la surf music. Mclusky, une idée à la seconde. Du cœur à revendre. Le disque idéal pour l'été et suer jusqu'au petit matin. L'histoire ne dit pas encore si cette débauche de talent passera l'hiver. Si ce deuxième album est un produit de consommation rapide et superficiel qui manquerai sur la longueur d'âme et d'intérêt. Comme un jouet tout beau tout neuf, chaque titre a le plaisir immédiat, presque trop facile pour que cela dure. Mais avant que ces questions hautement métaphysiques ne vous atteignent, sautez dans le train et rendez-vous à Dallas, la capitale du clinquant et de l'esbroufe. Il sera temps de réfléchir plus tard.
SKX (15/07/2002)
MELT-BANANA
" Cell scape " - CD
A-Zap 03
Melt-Banana, le typhon déboule du Japon. Non content d'avaler les kilomètres et d'interminables tournées mondiales, Melt-Banana donne le tournis à quiconque essaye de suivre leur parcours discographique. Des splits 45 tours plus ou moins obscurs à la pelle, des reprises pour des tributes pour faire patienter (3 ans tout de même) et donner suite à " Teenie Shiny ". Le temps aussi d'assimiler les changements et de s'offrir un nouveau batteur, le seul non-japonais de la bande et entrevu avec Atomsmasher et Phantomsmasher. Une donne importante dans le tableau. Melt-Banana continue à distribuer des tartes. Le débit reste anormalement élevé pour des humains. La voix (et tout le reste) de Yakuso continue de pimenter nos fantasmes. Reste que le cadre des compositions prend une tournure plus rock, entendez par là plus structuré. Mais en même temps que j'écris ces mots, il faut avoir à l'esprit que le sens algébrique chez ces japonais(es) est à tout jamais déviant et que 1+1 feront rarement 2. La couleur du saké a beau prendre une tournure plus convivial, les matins sonneront encore gueule de bois. Surtout qu'ils retrouvent la patine de " Charlie " (comparé à un " teenie shiny " plus gentillet dans la production), tes voisins apprécieront. Un jeu barbare et truculent, rempli de malice et de fléchettes dans le dos. En grands fans de musique qu'ils sont, ils y vont encore de leurs reprises (''reggae'' avez-vous dit ?), ritournelles printanières en plein champ de mines. Cordes à boyaux de chats ivres de rythmes tour à tour pulsatoire ou froid dans le dos. De ces incessants samples qui poussent la guitare à l'extrême. Sushi pas dans la colle. Je me désagrège. Melt-Banana, yen a pas deux.
SKX (15/09/2003)
MELT-BANANA/THREE STUDIES FOR A CRUCIFIXION
" s/t " - 8"
Passacaglia 01
Bananes électriques japonaises étrangleuses, futées comme un troupeau de gremlins en rut, les Melt-Banana ne connaissent pas l'accalmie. Au contraire, ils se dissipent et se bonifient dans la tourmente avec l'âge. Je ne pourrais vous dire si ces cinq inédits datent d'avant ou d'après la période "teeny shiny". Mais c'est toujours sur haut-voltage que sont branchés Melt-Banana. Forme olympique, ruades fines et épicées, directes et inspirées. Le grand jeu à nouveau chez Melt-Banana. Et les cris perçants de Yakuso m'émoustillent toujours autant une partie de mon anatomie que je ne vous révélerais pas! Le nom de Three Studies for a crucifixion sonne comme du hardcore couillu et méchant. Et c'est du couillu et méchant. On est loin de l'humour musical de Melt-Banana. Ici on fait du bruit sérieux. Les plus subversifs ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Pour autant, TSFC se débrouille comme un chef dans la tarte aux enclumes. Catharsis pour la marmite quotidienne. Mastodonte lancé à pleine vitesse. Avec une impressionnante maîtrise. Deux titres qui ne rigolent pas des genoux. Et comme on est maso, on en redemande. Deux approches du chaos. Deux raisons de plus pour s'exploser la tête.
SKX (04/10/2001)
MELT-BANANA/DYNAMITE ANNA AND THE BONE MACHINE
" tintarella di luna " - split 7"
Valium 01
Melt-Banana sont des boulimiques, des insatiables qui accouchent les morceaux plus vite qu'une lapine en chaleur. A nouveau un split 45, version italienne et dolce vita pour couples en surdose de viagra (bonjour le romantisme!). Melt-Banana s'en prend à l'héritage musical de nos amis ritals. Une reprise d'une chanson traditionnelle. La louve ne reconnaît plus ses louveteaux. Accélération du pouls, manque d'oxygène, Melt-Banana a encore abusé du vitriol tout en gardant l'esprit chaleureux et ensoleillé de l'original. Autre face, les locaux. Anna est vraiment dynamite et ces trois acolytes en costards-cravates nous la rejouent Cramps, surf-music et back to the sixties. Rein d'étonnant de les retrouver avec nos japonais(es) préféré(e)s tant on connaît leur amour pour le rock'n'roll de nos aïeux. Sauf qu'eux ont su le transcender, alors que Dynamite Anna, malgré tout son charme, y est resté les deux pieds englués. Melt-Banana for ever!
SKX (01/08/2002)

MELT-BANANA
" charlie " - Lp
A-Zap 98
Une météorite vient d'exploser ma platine ! Si je n'avais pas été autant cloué au mur du fond, des bris de corps et morceaux de chairs joncheraient le sol. A se rouler frénétiquement par terre, branchez 5 Iggy Pop sur 10000 volts, parsemé de verres tranchants et faire en sorte que le fond de la casserole fusionne en un temps micro-ondes. Une enivrante chaleur côtoie mes plaies. J'avais laissé Melt-Banana dans son parc de petits lutins nippons bien délurés mais pas bien méchants non plus. Ils nous reviennent en véritable monstres, Godzilla vs Bruce Lee. Le feu d'artifice pète toujours avec entrain et l'ardeur d'une jeune fille à son premier bal mais napalmisé avec un bombardement de sons d'une richesse véhémente, aidé d'un scratcheur/sampleur - le nouveau jouet du guitariste - qu ' a oublié de signer le registre de l'asile le plus proche. Ca dynamite, propulse chaque morceau, c'est complètement affolant, le nord déclenche la balise argos ! On se perd dans une nouvelle dimension, entre free-noise-rock et le DHR sound le plus extrême. Et le pire, c'est que ça reste cohérent ! Jouissif à temps complet. Y compris cette voix hystérique qui continue à nous titiller le gland. On avait jamais aussi bien mixé machines/instruments rocks depuis Pearl Harbor. Melt-Banana vient de frapper un grand coup avec ce " Charlie " angulaire. Le disque de 98 ! !
SKX (12/07/1999)
MELTED MEN
" fangs a lot " - CD
Nerve Rust 02
Le cas de Melted Men est très particulier. Pour ne pas dire désespéré. Une entité mal définie. Ces hommes mélangés ont oublié de nous donner les clefs de leur monde. Pour aborder Melted Men, il faut déjà posséder deux ingrédients : le sens de l'absurde et un second, voir huitième, degré bien accroché. Pour le reste, tous les coups sont permis. A base de samples, percussions et voix bien humaines, Melted Men nous concocte un cocktail musical complètement décalé. Electronique, funky, garage, expérimentations tous azimuts. C'est Jean-Louis Costes sans le trash et le pipi-caca. C'est Foetus pour gamin de huit ans. Un Pierre Bastien pour attardés mentaux. Tout est habité par l'esprit de Grand Guignol. Rots en continus, bruits de grenouille, de machine à écrire bloquée en mode répétition et autres samples incongrus. Un album (sorti sur leur propre label, qui en voudrait sinon!) en forme de collages sonores, qui parfois font mouche comme l'excellent "ingrowed toenail", très Old Time Relijun, ou parfois très marrant. Sinon on ne vous en voudra pas si vous trouvez ça obscur, voir quasi inabordable même par la face sud. Melted Men est avant tout un groupe qui prend toute sa dimension et sa raison de vivre sur scène. Une folie visuelle, en plus d'être sonore. Mystérieux bonshommes.
SKX (15/04/2002)

MELTED MEN
" half growed squirrel " - 7"
Nerve Rust 01
Une race inconnue, la rencontre du 3ème type à eux deux tout seul. Melted Men, un duo américain, très décalé. On n'est pas bien sûr de bien tout comprendre ce qui se passe sur le disque. Quelles sont les armes utilisées. Au bas mot, une ribambelle de samples, de platines affolantes, d'un karaoké déviant, d'électronique-garage, de percussions enfantines et sauvages. Le rôti est prêt et se présente, pour le morceau phare "Ingrown toenail", sous forme d'un Old Time Relijun sous LSD avec croassements de grenouilles à l'appui. Le reste est collage sonore, télescopage bruyant et répétitif à forte dose humoristique. C'est la face marrante, jubilatoire, funky et innovante de la musique expérimentale. Le genre de duo qui ne se prend pas au sérieux pour vous entraîner dans leur ronde tripante, vous les concasser menu menu. Le délire! On en redemande.
SKX (05/12/2001)
MELVINS
" the maggot " - CD
Ipecac 99
Indéboulonnables MELVINS. Qui se soucie des modes autant que Dale Crover de sa 1ère baguette de batterie. On les croit perdus à jamais, disparus avec les derniers grunges, englués à tout jamais dans la vase seventies, à se foutre de la gueule de tout le monde dans des délires je-m'en-foutisme et v'là ti pas qu'ils resurgissent avec un nouvel album, inaugural d'une série de 2 autres à venir. Melvins donne dans le concept ? Avec 8 titres. Mais en fait 16. Parce que ya 2 morceaux pour le prix d'un. Comprenez 2 morceaux totalement différents sous le même patronyme. Concept a-t-on dit ? Et ça démarre fort, version Houdini. Gras, sales, vibrant dans sa cellulite. Pour notre plus grand bonheur libidineux, Melvins revient sur terre, on n'a pas à craindre le pire. De là à crier qu'on touche au firmament du répertoire des Melvins, ya un fossé gluant que je ne franchirais pas. Ce " The Maggot " est lourd, gros son de sortie, la puissance de la batterie ne se dément pas. Les lignes de l'ex-bassiste des Cows fidèles à l'original. Et l'amour de Black Sabbath et tout le rock seventies sans faille. Presque trop fidèle d'ailleurs. Ca nous donne droit à des passages parfois limite ridicule, seventies je t'adore, qui si ça ne venait pas de l'univers décalé des Melvins nous plongerait dans un abîme de désespoirs sans nom! Alors on se raccroche à ces coups de butoirs " houdinesque ", dépravés et à la hussarde, qui ne donne pas le temps de réfléchir au reste. Ca ne va pas créer de nouveaux adeptes mais en faire revenir quelques-uns au bercail. Les dinosaures ont encore la santé!
SKX (15/11/1999)
THE MEMBERS OF TINNITUS
" tactics for instant music " - Lp
Ideal 00
Des membres d'une bien étrange secte. Des fondus qui dégèle les glaces de leur chère Suède natale avec un concept : "la musique instantanée". Jouer ce qui leur passe par leur cervelle trouée d'après l'humeur du moment. Spontanéité est le maître mot et le résultat pour le moins aléatoire et disparate. Rock d'avant-garde, musique improvisée, secte voisine de US Maple pour l'esprit décalé qui les habite avec This Heat ou Brise-Glace pour chapeauter le tout. Musique électronique et faite maison, revisitée par un lutin pervers et farceur. Effets multiples sur le son, tout se mélange et tout se bidouille. Chaque titre pourrait être l'œuvre d'un groupe différent à chaque remise de peine. Avec l'expérimentation en point commun. Musique ardue qui part dans tous les sens. On se raccroche à ce qu'on peut. A des morceaux qui tournent en boucles, des idées un peu plus fortes que la moyenne. On regarde ça d'un œil méfiant. Musique barrée pour les plus aventureux d'entre vous. A manipuler avec précaution.
SKX (13/03/2001)
THE MERCURY PROGRAM
" from the vapor of gasoline " - CD
Tigerstyle 00
On entre dans le brouillard de la ville. C'est le matin. Les brumes de l'alcool. La fatigue, tout devient flou. Dans les vapeurs du gasoil, musique cérébrale qui lâche ses notes en volutes. The Mercury Program distille par petites touches, aux coups d'un xylophone omniprésent dans le fond, ça berce, c'est pastel comme la pochette. Une forme à l'abandon, très peu de voix, des guitares bavardes, des éclairs de lucidité où le corps titube, tout s'accélère avant que le bitume vous caresse le visage d'un peu trop près. On ère dans cette identité qu'on appelle le post-rock, à la lisière de Tortoise (un Tortoise non prétentieux qui n'essaye pas de réinventer la musique d'ascenseur) avec le nerf central de June of 44. Un rock brumeux tour à tour compliqué ou lipide. Qui vous endort ou vous emmène divaguer. Des morceaux, des passages très réussis qui maintiennent la pression avant de s'évaporer à nouveau, on baisse sa garde, ça s'égare, le moment est fragile. Une musique de dilettante pour dormir le jour. On passe à coté sans l'apercevoir, sa présence ne dérange pas.
SKX (20/02/2001)
METROPHON
" s/t " - Lp
The Company with the Golden Arm 02
Avec le printemps dernier était venu Song Of Zarathustra. Dans son sillage et sur le long des routes européennes suivait le groupe allemand Metrophon. Présenté comme un plus ou moins proche voisin musical, Metrophon s'est avéré vite différent. Se méfier des comparaisons hâtives. Toujours. En fait Metrophon se cherche. Les parentés sont multiples. Les oreilles traînent un peu partout. Leur premier album en subit les conséquences. Ca manque d'un fil conducteur. La jauge du plaisir suit des courbes contradictoires, même si ça reste au-dessus de la moyenne. Musique à guitares, Metrophon lorgne les territoires (désormais vacants) de Unwound, s'offre des montées noisy à la Sonic Youth. Eclaircit le voile par un léger synthé. Dommage qu'on ne retrouve pas comme en concert le saxo pour une vraie touche d'originalité. Les compos sont plaisantes. Accomplissement d'un devoir rituel, appliqué à ne pas sortir d'un cadre qu'on aimerait voir exploser. Sept titres qui passent sans difficulté, presque trop aisément, mais qui peut laisser augurer d'un bel avenir si ils arrivent à trouver une personnalité plus marquante.
SKX (22/08/2002)
MICHAEL NACE
" the voyage out " - CD
Minority 02
Tout est dans le titre. L'ambition clairement affichée. Michael Nace nous invite au voyage. Tout en suspension, aérien et léger, la ballade s'annonce champêtre et mélancolique. Cet ex-Drill For Absentee, groupe math-rock à la vie trop courte, change son fusil d'épaule. Il se retrouve face à lui-même et ce voyage est avant tout introspectif. Intimiste, on pense tout de suite à Nick Drake dans cette façon faussement feutrée et grave d'aborder son sujet. L'orchestration en plus. Produit par Geoff Turner (New Wet Kojak), le travail pour rendre ces compositions complexes est très fin, du boulot d'orfèvre. Mandoline, guitare acoustique, percussion, carillon en plus des instruments rock traditionnels et même la participation de l'orchestre symphonique de Trinidad. Et à l'arrivée, rien de baroque et de chargé mais des mouvements fluides, à peine si toute cette débauche d'instruments s'entend. Aidé par Kevin Kelly, ancien acolyte de Drill For Absentee et par Adam Wade, batteur de Shudder To Think, Michael Nace évolue dans un climat apaisant, abordable par tous. Il faut se sentir d'humeur pour se laisser embarquer dans ce voyage en eaux calmes à peine troublées mais de belles étapes vous attendent comme "all of them" ou "perfect pace". Quelquechose d'intemporel et d'impressionniste. On y glisse, imperméable, ou on y rentre, par petites touches. Une sorte de voyage en solitaire que chacun abordera à son rythme, libre de le mener à sa guise. Le repos du guerrier.
SKX (15/04/2002)
MICROWAVES
" system 2 " - CD
Cenotaph Audio / Version City 02
Microwaves ne fait pas de la musique réchauffée. Ce trio fraîchement débarqué de Pittsburgh nous sert une musique hybride. Trois années à peaufiner en laboratoire un son paranoïaque pour donner suite à un maxi "the professional systems overload". Tout leur temps pour tester leurs processeurs et samplers, postulat primordial de leur création sonore et les confronter avec la vraie vie, les éléments de base de rock'n'roll, la sainte trilogie guitare-basse-batterie. Mi-homme, mi-machine, Microwaves sort de ses gonds et, tout feu, tout flamme, embrase les frontières. Avec un passé hanté par Devo et autres groupuscules post-punk robotisés et un présent marqué au fer rouge par la fine fleur de la noise. Microwaves génère un univers tout personnel. Sur une forte assise rythmique, très martelante, des lignes de basse au son inquiétant et qui tournent en boucle, ça tranche avec des guitares agitées et des moustiques électroniques. Champs magnétiques, déformation des voix, hallucinations des formes, "system 2" met une pression constante. Dérègle avec doigté toutes tentatives de mélodies qui s'écorchent, appâtent le marin, disparaissent sur le flot d'une énergie qui arrivent par vagues régulières. On ne s'étonne pas que ce groupe ait partagé de nombreuses scènes avec Arab on Radar, Pink and Brown, Lightning Bolt et autres cartésiens de la musique. Ce "system 2" se débrouille comme un chef, vise le futur tout en étant bien armé dans le présent. Ingénieux et brillant.
SKX (13/05/2002)
MILEMARKER
" non plus ultra future isms " - CDs
The Company With The Golden Arm records 98/99
D'emblée, ce groupe se distingue de la meute aboyante emo-noise-hard-core, j'en passe et des meilleurs, par un son personnel. Un trio de trois ex-groupes dont un Sleepytime Trio, volonté de se démarquer de leurs précédentes expériences, se forcer dans une démarche musicale à risque, ne se donner aucunes limites. On les imagine, réfléchit, et cherchant un nouvel eldorado de sensations auditives. 1er essai en 98 avec " non plus ultra ". L'ambiance leur appartient, la palette des compositions variée. Un guitare-basse-batterie des familles, pas obtus pour 2 sous, ouvert aux keyboards et computers, entre titres rageurs et accrocheurs dès la 1ère écoute et sublimes lenteurs où tout est histoire d'atmosphère et d'attention. Et de samples - fort discret - de groupes connus comme Drive Like Jehu, Fugazi, Jawbreaker. Avec " Future isms ", leur second opus, MILEMARKER continue sa brillante ascension. Personnalisation en hausse, pression accrue des synthés, pianos, et computers, mêlés avec force et haute énergie à la sainte trilogie rock. Une façon de vous torcher des mélodies, désinvoltes et talentueuses. Chaque titre se distingue du lot. Un lot homogène. Le concept est vivifiant. Fatigués de leurs précédents groupes, les membres de Milemarker peuvent être fiers de leurs parcours. Ce ne sont pas les premiers à mêler ce genre d'instruments mais ça n'est jamais tombé aussi juste à mes oreilles esbaudies, sonné aussi frais. Unificateurs et novateurs. Milemarker méritent tout votre respect. Et surtout vos putains d'oreilles!! Et pour les rois du modernisme, ce CD fait aussi ROM à vos heures perdues!!
SKX (19/07/1999)
MILGRAM
" Subversion standard " - CD
RedF 02
Milgram n'est pas du genre prolifique. Trois bonnes années après leur premier album qui vit leurs débuts sur le label marseillais Pandemonium, ce groupe de Dunkerque remonte le Rhône et repointe son nez sur le label lyonnais (tenu par un Irlandais !) RedF records. Pas mal de changements entre-temps, notamment au niveau du personnel, et la musique s'en ressent. C'est un Milgram version 2, autant oublier de suite le précédent album. Des bouts de compos, des titres qui tiennent plus de l'expérimentation et de la bidouille. Disséminés dans tout ça, des morceaux plus carrés et construits. La base a beau toujours être noise-rock, Milgram a décidé d'étoffer les ambiances, d'apporter un peu de chaleur et de folie. Si, pour rester franchouillard, on peut penser à une certaine affiliation Condense / Bästard, il manque cependant une bonne dose de consistance pour tenir la route. Un petit quelque chose qui fait la différence, comme si les compos n'étaient pas abouties. Dix-huit titres fourre-tout, quasi instrumentaux (le meilleur titre étant comme par hasard le seul - ou presque - chanté " Bleus terribles " ou le très court " grapeti "). Pas vraiment de ligne directrice. Des idées intéressantes mais mal exploitées. De bons coups de nerfs mais aussi des plages inutiles qui ne font que renforcer le sentiment touffu de trop plein. C'était pas la peine de mettre les chutes de studio! L'écoute reste agréable mais l'intérêt se dilue au fil des morceaux et on ressent comme une impression de gâchis au regard du réel potentiel de ce groupe.
SKX (17/04/2003)
MINIWATT
" assimilated " - CD
Arbeid 01
Miniwatt monte à l'assaut pour la deuxième fois. Un trio fait pour la guérilla, la guerre des nerfs avec des escarmouches brèves et répétées. Treize titres (dont deux live) en vingt minutes, Miniwatt reste sur la distance de son premier album et enfile les perles noise fines et racées avec une facilité déconcertante. Rien de nouveau sur ce front. D'ailleurs rien de nouveau spécialement à signaler dans cette nouvelle déclaration. Miniwatt garde le cap inchangé. Des rythmiques trépidantes mais sans surenchères, des guitares acérées pour couper le poil au plus près, une voix passionnée. Ces lointains fils de Wire et Big Black vont à l'essentiel. Ces vingt minutes passent comme une lettre à la poste, l'anthrax en moins. Une sucrerie acide à consommer sans modération.
SKX (11/12/2001)
MINIWATT
" rectifiers " - CD
Arbeid 00
Une charge aussi inattendue qui vous colle la tronche au plafond, on en ressort tout chancelant. Un trio qui ne peut même pas se targuer du préfixe "ex" quelquechose. Un 1er album qui déboule sans rien dire, sorti du grand nul part et s'impose en rotations continues en à peine 20 minutes, temps nécessaire à ces 11 titres pour couler une bielle à votre cervelle. Deux minutes en moyenne, ça fait pas cher la watt ! C'est vif, hargneux, du Wire dans les veines avec des pics de Glazed Baby et autres groupuscules noise qui ont l'urgence en principe de base. Et au beau milieu de tout ce vacarme vivifiant, ya de réelles trouvailles mélodiques, des petits bonheurs sans nom qui sautillent dans tous les sens et qui donne un charme exotique ! Car c'est pas de la grosse artillerie noise avant toute qui maltraite vos tympans. De la finesse sur rythmes trépidants, une petite mécanique hérissée de pointes d'acier coupantes, de la malice dans les gênes, indigestion impossible. Un nouveau groupe américain sur lequel il va falloir compter. Prenez du Miniwatt au petit déjeuner !
SKX (24/07/2000)
MONTANA PETE
" Baige " - CD
Coin Operated 03
Le genre d 'album qui déboule sans crier gare et auquel rien ne se raccroche. Une pierre jetée en l'air et qui revient avec la force d'un boulet. Après moult 45 tours, ce trio anglais daigne enfin sortir son album. Insaisissables Montana Pete. Trou à perdition sur lequel les modes n'ont prises. Losers magnifiques et c'est tout un art. Rock dissonant et noisy. Mais pas seulement. Rythmes secs et durs. Mais encore. Morceaux courte durée, bourrés de sauts d'humeur. Feux follets, sens de l'humour tout Anglais et en finesse ("punk-rock") qui joue aussi bien de la répétition façon The Fall que de la folie passagère à la Trumans Water ou au sérieux de The Ex, version ados. Mais comme je vous le disais, tout ça ne sont que pâles indications. Le seul truc dont je suis sûr, c'est que ce groupe est Anglais jusqu'aux tréfonds de sa pinte. Ne me demandez pas de l'expliquer. Ce "Baige", sans avoir l'air d'y toucher, rafraîchit les neurones, revigorent et vous ferez bien de vous changer les idées au lieu de traquer comme un con la dernière mode qui est déjà dépassée. Plus de groupes comme Montana Pete!
SKX (12/11/2003)
MONTANA PETE
" play 'devo' and 'french ladies' " - 7
Coin-Operated 01
L'Angleterre, plus propice en courant d'air et pets de mouche, nous apporte sur un plateau une bombe de fraîcheur. Montana Pete déboule de nul part, sans références musicales marquées, et crée l'embarras du chroniqueur. Un groupe très sobre dans sa conception. Et dans leur plus simple appareil de guitare-basse-batterie mouille le maillot dans un "devo" tout en guitares claires et trépidantes, de la tension plein la voix. Un petit moteur pétaradant à l'énergie communicative. Face B, la "french ladies" ralentit l'allure et se chante dans un français aussi compréhensible pour nous que Bertrand Cantat gueulant en Anglais pour un rosbif! Mais la mélodie est là et apparemment, Montana Pete sait la manier avec dextérité. Appelons ça du "rock noisy" avec tous les guillemets qui s'imposent. Une touche définitivement anglaise mais indéfinissable. De la classe dans l'art de faire du bruit. A noter d'urgence sur vos tablettes. (Deux autres singles sont parus et un album sur Flitwick est annoncé).
SKX (04/10/2001)
MONTANA PETE/DAEMIEN FROST
" jiminationalism / in league with the amazons " - split 7"
Alpha Relish / Coin-Operated 01
Montana Pete continue d'enchaîner les petits formats. Limité à 300 exemplaires, vous risquez de passer à coté de deux groupes anglais qui promettent beaucoup! Montana Pete a cette légèreté, qui malgré la précision et le bruit de leurs instruments, les rend attachant. Pour parler d'eux, on évoque souvent des groupes comme Wire, Gang of Four, Trumans Water, Albini sans que tout ça soit très conforme à la réalité non plus.... Ce nouveau morceau n'est pas leur plus saisissant. Leur fougue est intériorisée, le rythme de batterie sommes toutes classique mais la fin du morceau et cette voix sombre voix qui arrive ranime la flamme un instant vacillante. Daemien Frost débarque dans le paysage. Et d'entrée de jeu, un morceau de choix. Tout de suite plus noise, malgré un début tout en touché de symbales. Ca s'excite, accélère peu à peu, les guitares partent en vrille et tout dérape avec un truc hypnotique derrière tout ce raffut qui capte bien l'attention. Surveillez ces noms du coin de l'œil!
SKX (21/02/2002)
MONTCALM/DEAD SERAPHIM
" Split 12" - Lp
Pretty in Pink 02
Un disque qui sent bon la photocopie et la colle à bois. Un split 100% DIY pour jeunes américains qu'ont la haine ! Ca crie, ça éructe à toute volée, ça s'emballe comme un jeune poulain pour sa première course, ça vous pond des passages à faire pleurer votre mère. Vous l'aurez compris, on nage en plein screamo-hardcore-powerviolence, j'en perds mon latin. Dommage qu'avec Dead Seraphim, le son soit à la hauteur du budget. Pauvre, comme un cri qui vous viendrait du sous-sol. Montcalm fréquente des bacs à sable identiques. Sauf qu'ils sont montés d'un étage pour le son. Alors forcément, on fait plus attention à eux. Et comme ils ont tendance à mieux maîtriser les paramètres, leurs titres où tout s'enchaîne, fortement marqués par Orchid et Jeromes Dream, plombent encore un peu plus le peu de cervelle qu'il me reste. Des groupes comme ça, l'Oncle Sam en sort des dizaines par jour. Ceux-ci sont pas pires qu'eux d'autres. Bien au contraire, vieille rombière !
SKX (07/01/2003)
MORE FIRE FOR BURNING PEOPLE
" sitting breath less in new chairs " - Lp
Ruido records 97
Ca foirait sec chez les Aztèques. La roue avait finie par tourner et les indigènes bons à se faire enculer à force de boire cul sec. More Fire For Burning People. Quel beau nom de groupe! Rutilant et tout et tout et pas peu fier surtout. Avec un art du retard consommé, vu que ça fait déjà 2 ans que ce disque s'est pointé et va falloir se contenter de cette chronique. En clair, vous pouvez toujours vous gratter pour vous le procurer! Groupe météorite débarqué de nul part sinon une banlieue glauque pour étudiants américains complètement morfonds à Richmond. En tout cas, ils ont le sens du narratif, tout leur temps pour vous étirer les ambiances, les chauffer à blanc, jouer avec comme une pauvre souris dans les griffes d'un chat(af)futé, les tordre et les essorer jusqu'à la moelle. Et quand ça pète, l'écho de Sonic Youth résonne dans le lointain. Sinon, tout ça reste bien personnel. A peine pourrait-on évoquer Oxbow pour un son de cloche approchant dans les structures déliées, voir Bakamono pour une touche psychédélique. On en est toujours réduit à former des hypothèses. Un réseau de racines multiples, une centrale à haute énergie qui filtre ses électrons. Le dialogue des guitares est exemplaire, chaque titre autonome, pas d'emballements excessifs, de la retenue, en rut, de la virulence, ne jamais exploser avant la limite. Le feu coule sous les veines. Et MFFBP souffle sur les braises des personnes auxquelles il ne manque qu'une allumette pour les enflammer. Un feu nécessaire.
SKX (01/09/1999)
MOTORAMBO
" eine triologie in fünf teilen " - 10"
Fiction Friction records 99
Bruits, mélodies, breaks, vous avez tout pour satisfaire le chaland sur ce 5 titres de ces nouveaux venus allemands. Recette qui a maintes fois fait ces preuves, pour peu que le dosage soit parfait et la patte incomparable. Et Motorambo de piétiner quelques peu. Le chaud et le froid. Soit ils assurent carrément comme sur "Karg", soit ils dérapent en plein virage ("inventur" c'est pas l'aventure!). Inconstance entre moments éclairants et un refrain pas très heureux, le petit riff qui gâche un plaisir total. Alors gardons ce trio sous le coude et laissons les mûrir tranquille!
SKX (02/11/1999)
THE MICROPHONES
" don't wake me up " - CD
K 2000
Le maitre-mot, c'est lo-fi. Avec K records, c'est (presque) un pléonasme. Et derrière ces microphones, un seul homme, jeune (21 ans), batteur de D+ (groupe d'un ex-Beat Happening) et Old Time Relijun, j'ai nommé Phil Elvrum. Aussi enjoué qu'un parterre d'écologistes coincé dans une 4L en pleine manif de chasseurs aquitains, ce 2ème album lève les yeux au ciel, plus près des nuages, avec des voix qui font des "ahhhh" en traînant exprès. Alors nous aussi, on se traîne pour faire tout pareil car eux qui voulaient réveiller personne s'y prennent très bien. Mais sous tout ces sarcasmes se cachent un réel savoir-faire. L'héritage des plus belles heures des maisons de disques néo-zélandaises Flying Nun et Xpressway, les collages abstraits de Eric's Trip, des distorsions de toutes sortes, des guitares qui ne tiennent plus que par une corde (celle qui finira par les pendre), des pianos sans queue, des xylophones aphones, des bruits d'ustensiles ménagers qu'Emmaüs ne voudrait même pas reprendre. Et au beau milieu de toutes ces mélodies pop-art désabusées, une batterie grondante qui parfois sort de la torpeur rêveuse dans laquelle vous plonge ces 15 titres. Question d'humeur à n'en pas douter !
SKX (25/07/2000)
MUG
" corsica egg " - 2x10
Pandemonium / Le Dernier Cri 00
Pas rapide à la détente, MUG accouche dans la douleur de, considérons le comme tel, son premier album. Un furoncle coupé en deux, qui fait suite à un déjà double 45 sorti de longues années auparavant, et qui cette fois choisi la taille au-dessus, le double 25 cms bien calibré, qui la met profond avec comme d'habitude l'emballage sérigraphié signé le Dernier Cri. Près de 30 titres qui s'étalent glutinant alors que l'enregistrement date déjà de 98, recours au forceps pour la naissance de ce bébé. Un forceps qui te serre bien le crâne pour mieux embellir ta galerie aux monstres. Derrière MUG, un collectif avec Paquito Bolino, guitare zéro et Caroline Sury aux paroles de petit chaperon rouge pervers qui fantasme sur le grand méchant loup. Duo de choc autour duquel on retrouve l'habituel écossais de service de Badgewearer et autres passagers du moment. Navigation à vue et en eaux troubles, enregistrement éclair (4 jours) après deux semaines d'entraînement dans la cave, comme pour s'excuser à l'avance de la pauvreté du son et des errances passagères de l'ensemble. Et si c'était justement pour ça qu'on aimait ça !! Pour cette approche minimaliste qui sied si bien à ces compositions dérangées, ce bordel suintant de la schizophrénie ambiante, le droit à l'approximation qui fait de ce produit bruyant, un bâtard attachant et original. Ca part dans tous les sens, les samples grouillent comme autant de vers dans une pomme tombée de l'arbre depuis longtemps. Les instruments suivent une trame connue que d'eux-mêmes, narratifs et démembrés. Ca ramone à sec. Pendant ce temps là, la Sury a les nerfs à vif et cohabite avec les mouches. Free noise aléatoire, qui à défaut de convaincre, joue les sales gosses aux doigts tout tachés, dérangeant le confort quotidien.
SKX (02/11/2000)
MY LAÏ
" learn....forget....re-learn " - Lp
Static Station (Lp)/Divot (CD) 98
Une bonne langue râpeuse qui vous caresse l'épiderme. C'est à la foi délicieux et insupportable. Le monde de My Laï tourne à la vitesse folle du 45 pour 10 titres en rangs serrés, écorchés, stridents et si bon. Apoplexie mais le rythme reste supportable. Esprit vindicatif, Chicago nous avait pas habitué à un tel hardcore chaotique. Pensez In/Humanity, Swing Kids. Musique hystérique portée à plein poumons, nouvel essor d'un hard-core/noise qui déboule par vague rageuse depuis quelques temps des States. My Laï, du nom d'un massacre perpétré par les troupes américaines au Viet-Nam, digne représentant d'un mouvement qui n'oublie pas d'associer le verbe acerbe et sans compromis sur notre pitoyable fable moderne, aux tempos d'une valse d'un nouveau millénaire.
SKX (01/12/1999)

Machnik
Self-titled - CD
Gentlemen 2004

" Machnik apprécie lorsque les spectateurs peuvent être assis durant son concert ". C'est pas moi qui le dis, c'est eux… Personnellement, ces pseudos concerts rock où tout le monde est assis me foutent les boules, ce syndrome du post-rock pour gens mous du bulbe, cet embourgeoisement lénifiant! Si un groupe déclare faire du rock (et c'est le cas de Machnik), c'est debout et pas autrement Messieurs ! Bon ceci dit pour passer mes nerfs, la musique de Machnik n'a rien de rock et s'apprécie sûrement, non pas assis, mais carrément allongé. Chez soi et pas en concert. Réunion des trois Honey For Petzi et deux Parazit, Machnik privilégie l'acoustique rythmée avec un brin d'électronique. La guitare proche d'un Gastr Del Sol bien propre derrière les oreilles, une version de chambre de Cheval de Frise pour jeunes gens bien sous tout rapport. Les mélodies ont tendance à tourner en boucle. Le chant est anecdotique. Ca se sirote tranquille, ça ne fait pas de bruit, ça ne dérange pas grand monde, ma grand-mère pourrait apprécier, c'est charmant et désuet (qui a dit comme la Suisse ??). Pour les soirées au coin du feu, c'est idéal. Pour reprendre à mon compte ce bon mot lu dans Positive Rage, le lac de Lausanne d'où est issu Machnik peut dormir tranquille, c'est pas demain qu'on y mettra le feu!

SKX (18/12/2004)
website label www.gentlemen.ch

The Mae Shi
Terrorbird - CD
5RC 2004

Ca chatouille sous les bras, ça glisse dans le slip, une vraie anguille, c'est Mae Shi. Une musique pour déridée les fesses, qui ne se prend pas au sérieux pour un sou. Une bande à claques qui torpille le noyau de toutes compos. L'esprit lutin de Melt-Banana pour enfants (ou adultes attardés), voir punk et sec à la Minutemen et avec qui ils partagent la même atmosphère folle-dingue de Los Angeles quand ils jouent aux petits durs. Bonjour l'ambiance! Plus près de nous, c'est du coté de Experimental Dental School, Deerhoof et de tous ces groupes bidouilleurs et Do It Yourself dans l'âme qu'il faut chercher la source d'inspiration. 33 morceaux en trois quart d'heure (le répéter à toute vitesse), sans queue ni tête. Prendre son pied le plus possible. Pas de limite à la créativité tout azimut. Abstraction. Beat punk et dansant avec une bonne dose d'ironie. Cris débiles mentaux, boite à rythme à deux balles, faux rap et vraies gaudrioles acides. Avec peu de moyen et beaucoup d'enthousiasme, ce premier album se déguste frais, du pétillant qui pique et qui fait la nique aux tatoués. Ne pas essayer d'aller gratter plus loin. Toupille maléfique qui tourne, qui tourne, qui amuse et puis on oublie.

SKX (03/12/2004)
website groupe www.mae-shi.com
website label www.5rc.com
sounds Vampire-Beats.mp3 | Revelation-3.mp3

Metronome Charisma
Notre amour est assez puissant pour
détruire ce putain de monde - CD
Radar Swarm / Impure Musik 2004

Le nom de cet album est tout un programme, il fallait oser et je n'irai pas plus loin dans les commentaires. Par contre, la musique de ce jeune groupe bordelais est suffisamment burné pour en mettre plus d'un sur les genoux ! Une précédente démo nous avait déjà fait saliver. Avec un certain Serge Morattel aux manettes (Knut, Brazen), ce premier album fait une entrée fracassante dans le paysage hardcore français. Metronome Charisma joue un hardcore sombre à souhait, passant avec aisances de la face metal Breach - Botch à un lyrisme emo jamais larmoyant à la Envy - Gameness, tout en colère parfaitement contenue, de riffs qui plombent, des accélérations qui laissent sur place, une énergie qui fait grimper aux murs. Quelques intermèdes au piano, de chute de tension (il est quand même question d'amour ici !!) pour mieux reprendre son souffle. Et encore… jamais l'impression d'étouffer nous assaille. Malgré la puissance du son et la débauche de tirs croisés, ces quatorze titres respirent continuellement, tout est parfaitement agencé et distillé, le bâton pour se battre soi-même et la poitrine fièrement dressée. Metronome Charisma sait mieux que quiconque d'où ils viennent, ne cachent en rien leurs influences, les subliment juste pour nous offrir un point d'ancrage solide qui fera date. Un album remarquable.

SKX (13/06/2004)
website groupe www.metronome-charisma.fr.fm
website label www.radarswarm.com | www.impuremuzik.com
sounds Les_pieds_devant.mp3 | sebenneb.free.fr/cp_musique.htm

Microwaves
Attack Decay Sustain Release - CD
New Addition Media 2004

Après un premier album " system 2 " passé hélas trop inaperçu, Microwaves, trio de Pittsburgh's, tente une seconde approche, qui, si tout se passe bien, devrait connaître le même succès. Voir pire.
Car cette nouvelle réalisation est encore plus difficile d'accès. Un album de noise dérangeant qui ne brosse pas dans le sens du poil. Tout est question d'alchimie de rythmes, de grincements, de coups vicieux sur le synthé, de voix paniquées. Cette science, ils la pratiquent de haut-vol. Rock droïde, entre Devo et Arab On Radar sans concession. Mécanique chancelante, manipulateurs de sons, effets organiques et continus sur la basse et la guitare, c'est le son du robot-punk ! Marrant de voir d'ailleurs le graphisme de la pochette. On dirait un flyer pour une foutue rave ! Toute l'ambivalence de Microwaves. Du rock dévoué aux machines. Ou le contraire. Dans des structures azimutées. Ou pas. Car c'est aussi frondeur et sans détour (" good samaritan ") et autres petits passages pour auditeurs bien attentionnés. Avec l'art de dérégler des plans bien intentionnés. De triturer les (bons) boutons aux bons moments. Quand on sait en plus que Weasel Walter ( Mr Flying Luttenbachers) s'y est intéressé de prêt et a masterisé tout ça, vous comprendrez l'esprit tordu qu'il règne sur ce bout de disque et ces mots qui défilent devant vous en perdent leur latin. C'est tout ça Microwaves, un fourre tout organisé, une musique au milieu de plein d'autres qui ne plaira à personne. Un disque de noise-rock qui cache son jeu. Avec ses mystères et ses humeurs impénétrables. Le truc qui remue les méninges et le fondement. C'est tout bon.

SKX (27/08/04)
newadditionmedia@hotmail.com

Mihaï Edrisch
L'un sans l'autre - CD
Alchimia 2003

Le rouge et le noir de la pochette. Symbole des passions et des souffrances. Avec un bonne dose de direct dans ta face! Mihai Edrisch est un groupe de Lyon, existe depuis mars 2002 seulement et a le caractère déjà bien trempé. Un premier album qui impose sa loi au rayon des groupes emo/hardcore écorchés. La production est de Santi Garcia, l'espagnol de service derrière les manettes de Standstill, E 150, Aïna. Autant dire qu'il connaît son boulot et qu'il a pondu un écrin idéal à la furie développée par Mihaï Edrisch. La section rythmique chauffe de tout bois, une qualité assez rare dans ce style de musique, tour à tour rapide, binaire et complexe. La sauvagerie d'un Orchid. Le lyrisme brut d'un Envy. Et la pluie qui tombe, un piano tombé là à bon escient et des rires d'enfants pour clore l'album sur une note optimiste. Entre temps, c'est l'abîme en pleine tripe. La castagne à tous les étages. Les fonds sont insondables. On finit comme on a commencé, par la pochette, qui sent la colle sur les bois, originalement assemblé pour une première oeuvre en tout point réussi.

SKX (01/03/2004)
website groupe www.mihaiedrisch.fr.st
website label www.alchimia-inc.fr.st

Milgram
Expensive record(s) - CD
Rock'n'Roll Charity Hospital 2004

Milgram. Le nom reste mais la musique change, tout comme le personnel. Turn-over dans le nord. Les nouvelles aventures de ce groupe de Lille. Troisième album avec toujours Milgram marqué dessus mais ils auraient pu changer de patronyme qu'on aurait vu que du feu. Après un premier album noise et viril bien marqué années 90, suite à un deuxième album rock-electro foutraque, le trio Milgram revient avec un rock hybride, à mi-chemin entre le math-rock et la pop. Trois albums, trois ambiances foncièrement différentes, Madame l'ambassadrice est contente. En fil rouge, le mot rock. Tout de même. Parti faire les zouaves chez Bob Weston (Mr. Basse chez Shellac), Milgram revient le cœur léger et la musique sautillante. Ce math-rock là n'est pas dans la prise de tête. Si le travail et les entrelacs entre les instruments flirtent avec la complexité, le propos n'est pas dans la surenchère technique. L'humeur est à la joie de vivre, aux rythmes entraînants, aux têtes à queue, les mains sans le volant, le parcours est sinueux et les chicanes négociées les doigts dans le nez. Chez Bob, le son ne joue pas les gros bras, c'est détendu, au diapason avec des compos légères et nerveuses. De Lille à Chicago, il n'y à qu'un océan de rien du tout franchit allégrement. Milgram a suffisamment de recul sur la musique noise-rock depuis 10 ans pour contourner le cap de ses influences américaines. De Ui à Storm and Stress, Milgram rapporte un album frais et personnel, qui manque de consistance sur la longueur mais cet " expensive record(s) " valait bien le voyage chez l'Oncle Sam. Depuis, Milgram a rajouté un membre à son groupe, un nouveau batteur pendant que l'ancien se remet à la guitare. L'évolution est permanente chez Milgram. On a tout à espérer de la suite.

SKX (18/12/2004)
website groupe milgramsound.free.fr
website label rocknrollcharity.free.fr

MORELAND AUDIO
" Turbogold " - CD
54' 40° or Fight 03
Equation à trois chiffres, Moreland Audio est un nouveau groupe constitué autour d'un noyau d'ex-Purkinje Shift (Gary Flom et Ben Davis). Vous rajoutez l'indéboulonnable batteur au milieu (Adam Overton) et c'est reparti pour une énième virée dans le paysage indémodable du groupe instrumental math-rock. Pour les chanceux qui connaissaient déjà leur ex-groupe sus-nommé, l'eau n'a que peu coulé sous le pont. Engouffré dans le trou noir crée par Don Caballero, leur univers confine à l'infini vers des architectures sinusoïdales, à la précision diabolique, un monde où tout est scientifiquement à sa place, presque obsessionnel dans sa quête de l'ordre. Moreland Audio se sort cependant du piège froid et clinique où d'autres comparses s'enferment en insufflant une bonne dose de rock que leur technique maîtrisée et sue sur le bout des doigts rend fluide et sans complication inutile. En plus, Gary Flom s'est trouvé un joujou extra, une guitare qu'il joue allongée (la guitare, pas lui) sur laquelle il fait glisser une canette de bière (bon en fait, c'est pas exactement une canette mais je suis sûr du coup que vous voyez beaucoup mieux de quoi je veux parler!). Ca vous donne des sons tout en fiiiizz, un surplus d'oxygène dans ce disque où chaque détail compte. Huit titres seulement mais longuement disputés par des orfèvres en la matière qui subtilement apportent leur pierre à un édifice qui compte de nombreux étages et qui ne le défigurent en aucun cas.
SKX (31/12/2003)

website groupe www.fiftyfourfortyorfight.com
website label www.fiftyfourfortyorfight.com
sounds
www.fiftyfourfortyorfight.com -> section "merchandise"

Myra Lee
Self-titled - CD
Rejuvenation / Théâtre / La Machoire / Jason R. / Bloko Autonoma 2004

Les potes de virées de Loisirs sortent à leur tour leur premier long jet. Une arrivée en fanfare, ça déboule grave. La scène emo-noise-hardcore (je ratisse large, c'est plus sûr) peut s'enorgueillir d'un nouveau rejeton issu de la famélique triade poitevine ! Réduit au trio après le départ de la chanteuse, c'est donc entre mecs que Myra Lee se retrouve et durcit le ton. Il y a du Kurt dans cette rythmique qui pulse. Du Shotmaker (forcément) dans le souci de la mélodie. On arrête pas le train en marche. Cette sombre rage marquée par un chant qui sort des tripes et l'autre plus mélodieux. Cette folle destinée droit dans le mur. Il faut une trompette salvatrice sur " ré " ou un refrain très connoté Engine Down sur " questions " pour calmer les ardeurs. Le reste du temps, ça file en apnée. Rien de neuf sous le soleil mais c'est plein d'enthousiasme, des compos de qualités qui donnent du relief à ce premier album prometteur d'un groupe qu'on espère en voie de personnalisation. Et dans le Huit Six, on aime aussi rigoler, de vrais boute-en-train. Pour preuve, cette reprise d'un morceau de Richard Gotainer tout à la fin de la fin du CD. Le sampa-core, breveté Poitiers, pour finir ses soirées. Il serait temps.

SKX (09/10/2004)
website groupe loisirsmyralee.free.fr/myralee/index.php
sounds Kids.mp3
9emePorte.mp3

Made in Mexico
Zodiac zoo - CD
Skin Graft 2005

Fabriqué à Providence, la maison de Load records, c'est sur Skin Graft que Made in Mexico échoue et tous ces signaux forts doivent vous mettre sur la piste d'un nouveau groupe au rock dérangeant. Entre aperçu sur un split avec Athletic Automaton, leur musique prend cette fois définitivement son envol. Du caractère affirmé. Le jeu de Schneider (ex-Arab on Radar) est à nul autre pareil. Rempli de crispation, de nerf en pelote, de larsen grinçant et d'éclats mélodiques très brefs. C'est dans la rythmique qu'il faut trouver un allier pour ne pas déraper. Mais le danger rôde. Ambiances toutes bizarres que l'on pourrait dans un moment de faiblesse comparer aux premiers Sonic Youth. Ce truc tout rampant qui sent le cinglé à vingt mètres, déconcertant et maléfique. Le chant et les incantations de la Miss Mitchell (Rebecca de son prénom) ne sont pas là pour rassurer. Compositions syncopés qui gardent (garde-fou) une ossature rock pour ne pas faire fuir les derniers moutons. Rock déviant assurément mais surtout créatif contre la médiocrité ambiante, capable d'écrire de vrais hymnes underground comme Farewell Myth. Introduction acoustique, grésillement d'un vinyl, rythmique tribal, riff entêtant. Zodiac Zoo est une bête aussi attirante que effrayante, le genre de disque qu'on aborde avec respect. Comme d'habitude avec Skin Graft, plongez sur la version vinyl si vous avez l'occasion, c'est du grand art. Comme la musique.

SKX (11/11/2005)
website groupe madeinmexico.lotsofnoise.com
website label www.skingraftrecords.com
sounds FarewellMyth.mp3

Made out of Babies
Trophy - CD
Neurot 2005

Après toute une série de disques où il était surtout question d'atmosphère atmosphère, Neurot records (San Francisco) sort de sa torpeur et revient au rock, le vrai, le couillu avec une nouvelle signature débarquée de l'autre coté du pays, New-York, la grosse pomme capable comme personne de dégurgiter des groupes noise et cruels comme on n'en fait plus. La bande de Neurosis a eu le nez creux. Cooper, le nom qui cingle, c'est celui du bassiste et ce Monsieur officie également au sein de Players Club avec Dave Curran, bassiste un tantinet plus connu, de Unsane. Alors question rythmique, Made out of Babies fait dans le lourd et violent, dans ce groove tortueux qui scotche sur place. Sur plus d'un titre, le rapprochement avec l'assise de Unsane est flagrant. L'atmosphère, car on y revient toujours, est poisseuse mais ya pas à sourciller, ça éclate et MOOB laisse une issu de secours à son auditoire. C'est pas évident de prime abord mais au fil des écoutes, les structures s'éclaircissent, la guitare n'est pas qu'un cri rageur continuellement dans le rouge et puis il y a cette voix. La voix, féminine, apporte une touche toute personnelle, suffisante pour que l'on ne taxe pas ce groupe de copie. Un registre large qui suinte parfaitement avec les différents états d'urgence de la musique. Au final, des morceaux tout tendus de partout, aux accroches évidentes passées le premier cap, à sec, ça fait toujours cligner des yeux et puis après ça glisse tout seul, des morceaux comme Gut shoveler, Sugar ou Pirate aident à la déglutition. Made out of babies accouche dans la tourmente d'avortons costauds comme on aime. Nouveaux dégénérés en perspective.

SKX (09/12/2005)
website groupe www.madeoutofbabies.com
website label www.neurotrecordings.com
sounds Ire_Fire.mp3 | Swarm.mp3

Mannequin
Warps yr head - CDEP
Reptilian 2004

Page 99 était un groupe fort nombreux. Normal que parmi les 10/12 membres (j'avoue ne pas avoir tout suivi), d'autres aventures se déclarent. On ne compte plus les groupes avec des ex-Page 99 et Mannequin figure en bon rang. Après un split avec Transistor Transistor, Mannequin revient tout seul à la charge. " Be yourself " ouvre ce 7 titres. Un riff bien crade, on dirait entendre le fantôme de Nirvana. Et le fantôme est persistant, revient régulièrement visité le Mannequin qui n'a que ces trous béants pour se laisser manger par cette influence prédominante qu'est Nirvana! Punk-rock bien crade, le Mannequin n'est pas tout jeune et aurait eu son heure de gloire sans faillir début 90 en pleine euphorie grunge. Comme on est 10 ans plus tard et que les types ont beaucoup écouté de hardcore, ça vous donne une version bien vile et tapageuse, le fantôme se dissipe. N'empêche ça fait bizarre. Surtout que (je voudrais pas insister), sur le morceau " degenerite skull routine god ", c'est carrément le fantôme de Dinosaur Jr qui se pointe. Ca sent quand même le second degré à plein nez cette affaire là! Alternance de chanteurs entre les frangins Taylor, ça donne du souffle à ce EP. L'énergie est brutale. Ca dégraisse à tout va. Avec des œillères, c'est un bon disque amusant.

SKX (09/01/2005)
website label www.reptilianrecords.com

Mare
Mare - CDEP
Hydrahead 2004

Mare saigne à blanc. Les fins sont proches. Paysage de désolation où tout est à reconstruire. Tyler Semrick, l'ex-chanteur de The End, n'a pas peur des grands chantiers. Une vision globale. Mare ne peut se contenter d'un style. Si le fond de commerce est foncièrement metal avec une pointe de doom (animal bestial réputé pour sa lenteur et sa lourdeur), ce nouveau groupe de Hydrahead se caractérise par une approche quasi orchestrale. Les voix, même si elles sont l'œuvre d'une seule personne, sont bien au pluriel. Centrales, elles se conjuguent à toutes les sauces. Subtiles, aériennes ou maniaco-dépressives, vicieuses, voire un brin death dans le fond de la gorge mais aussi façon chorales et ces sempiternels samples des voix bulgares que le metal/hardcore peut remercier pour les avoir pillées régulièrement. Tout ça vous donne un cachet spécial et unique, évitant de justesse le piège de la grandiloquence. Un point commun avec Neurosis. Mare aime les grandes étendues spirituelles auxquelles ils rajoutent le malsain d'un Today is the Day. De longues introductions multi-vocales avant que le glas d'une grosse caisse, le riff funeste d'une guitare, le chant des entrailles signe la fin du printemps. Mare donne dans l'orchestration doom. L'éléphant en tutu. Une image encore difficilement cadrable. On a un peu de mal à les suivre mais ce projet ambitieux a de la cuisse. Une mare ténébreuse à même de recéler des trésors futurs.

SKX (08/01/2005)
website groupe www.mare.ca
website label www.hydrahead.com
sounds they_sent_you.mp3

Melt-Banana / Chung
Quick quick slow death - 10''
Sounds of Subterrania 2005

Comment ne pas commencer cette chronique en parlant de l'objet! Le premier disque hologramme ! Une pochette démente en format 25 centimètres avec un hologramme géant, une histoire de tapette à mouche et de météorite, file, file, mort violente. La musique pourrait presque paraître secondaire si Melt-Banana ne figurait à l'affiche. En attendant un nouvel album annoncé pour cette année, trois inédits scroutchant en 45 tours. " 52 hands, 36 possibilities ". L'art de (toujours) nous faire fantasmer. La voix de Yako sur un air de piano fou, un mixage sauvage et très découpé. Melt-Banana expérimente, c'est pas nouveau, et ce coup-ci est plutôt bien réussi. Le second " sweeper " nous ramène à la réalité. Dans la lignée de " cell-scape ", un morceau au tempo plus calme que les mitraillettes d'antan, les délires du guitariste et un morceau très convaincant. Final " target inside ", en plein cœur d'une cible crissante, hirsute, expérimentation encore, on en redemande. De l'autre coté de la face, un groupe allemand (comme le label), Chung, ça joue plus vite que Melt-Banana, c'est la même chanteuse mais non attendez voir ça tournerait pas en 33 tours ah si c'est pas pareil (il a fallu deux morceaux avant de s'en apercevoir !) la chanteuse est un chanteur et je me demande si je vais pas remettre en 45 en fait…. 2 albums à leur actif et ce split avec les stars japonaises ne saurait être de trop pour les mettre sur la carte du rock. Rock trafiqué à l'huile de coude pour glisser sur la vague sixties (un chouilla) avec synthé et pas grand chose à se mettre sous la dent sinon leur saine (vaine) énergie. Qu'importe ! Rien que pour l'objet et Melt-Banana, quick, quick, dépêchez-vous avant qu'il ne reste plus rien de ce disque limité en tirage!

SKX (22/06/2005)
website groupe www.parkcity.ne.jp/%7Emltbanan
www.chungmusik.de
website label www.soundsofsubterrania.com

Melted Men
Smoke Alarm Limbo - 7"
Pinksock 2004

C'est pas tous les jours qu'on a les Melted Men à table. Faut faire gaffes à qui vous invitez, ces lascars d'Athens en Géorgie, Etast-Unis, ne savent pas se tenir. Roi du collage sonore, Melted Men utilise des instruments faits maison, rajoute des sons incongrus et des voix plus présentes qu'à l'habitude pour servir cinq titres bien secoués. Rappeur de l'impossible, danse du ventre à l'envers avec pets continus, Melted Men défient tous les danseurs du monde dans un gigantesque contest expérimentale, groovy provocateur et dérangeant. On s'attardera sur la pochette intérieure avec une série de photos où (semble-t-il) un Melted Men en tenu de scène (autant dire pas adéquat pour l'ordre public même si ils ont fait pire) est arrêté par un policier en bermuda (ça devait être l'été) sous les regards de passants interloqués. Leur lieu de prédilection reste la scène mais ce bout de vinyl tout remuant est unique et complètement décalé. C'est pour ça qu'on les adore !

SKX (02/01/2005)
website groupe www.meltedmen.com
website label www.pinksockrecords.com
sounds mm_sf.mp3

Membrane
Utility of useless things - CD
Basement Apes Industries 2005

Trio de l'Est de la France, Membrane ne laissera échapper personne. Prisonnier dans sa propre cellule. Aliénation des sens. Noirceur du trait. Barrière rigide. Membrane a construit un bloc monolithique, une face bien sombre comme savait le faire Unsane (ou plutôt " sait " puisque qu'ils sont toujours d'actualité !), référence indéniable qui saute de suite aux neurones. En compagnie des Sleepers, ils dressent toujours haut l'étendard du noise-rock façonné pendant les années 90. Mais au contraire des Sleepers, ils le font sans aucune retenue. Une conviction, une fusion, sans respect pour les aînés, la conscience de leur apport mais le regard vers l'avant, un optimisme forcené, vaille qui vaille. Enregistré par Serge Morattel, l'assurance d'un son taillé pour la circonstance, un son qui devient bien caractéristique. Six titres travaillés sous ses dehors bruts, le détail sous chaque coup de massue, les voix ouvragées pour donner plus d'ampleur. Sensation d'étouffement. Aux cotés de vos mastodontes Breach, Condense et… Unsane, faites une place de choix pour Membrane.

SKX (11/04/2205)
website groupe www.blindprod.com/msupport.htm
website label www.basementapesind.com
sounds utility.mp3

Microfilm
A Journey to the 75th - CD
Rejuvenation 2005

Microfilm vient de Poitiers. Rien qu'avec ça, tout devrait être dit. Et pourtant, Microfilm ne fait pas dans le punk-rock (même sans roulette). Le concept de Microfilm, c'est d'apposer des samples de dialogues de films sur un fond musical qu'on qualifiera de vaguement post-rock. C'est-à-dire que c'est rock mais moins que les Saints. Du rock moderne pour jeunes gens bien sous tout rapport. Pas rebelle pour un sou mais pas légume non plus. Un univers musical, par la force des choses, très cinématographique (celle là, fallait pas la chercher bien loin), jusque dans la pochette. De grands voyages où l'intensité monte crescendo. La vue n'est pas à couper le souffle. On s'ennuierait presque parfois. Mais le travail des guitares et les arpèges bien montés dessine des paysages agréables. Microfilm sait mettre suffisamment de nerfs pour ne pas lâcher l'auditeur en pleine nature. Une douce mélancolie surannée qui s'empare de vous sans la mise en abîme. Le sample systématique peut lasser sur la durée mais un concept est un concept et autant s'y accrocher jusqu'au bout. Pour ma part, je ne connais et n'ai jamais connu quelqu'un qui habitait au 75 d'une rue quelconque. Mes rues sont plus courtes que les votres. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour passer à coté d'un disque qui s'écoute comme on regarde un bon vieux film le dimanche soir quand on se sent comme une larve.

SKX (11/04/2205)
website groupe www.microfilm.fr.st
website label www.rejuvenationrecords.com
sounds mp3.html

Mihai Edrisch
Un jour sans lendemain - CD
Alchimia 2005

Le second opus des lyonnais de Mihai Edrisch interpelle tout de suite par la grande sobriété de son digipack et par les huit titres qui s'inscrivent noir sur blanc au dos de l'objet. Huit verbes qui claquent (naître, marcher, vivre, etc…), la vie en accélérée, comme dans cette pub pour une assurance, qui ont poussée ma curiosité habituellement relativement insensible aux paroles pour aller faire un tour sur leur site et voir de quoi il retourne. Ca m'apprendra à être curieux. C'est fatigué de naissance que ça commence puisque dès le premier morceau " Naître ", le chanteur hurle "qu'à tout dire, je préfère crever ". Forcément, la vie s'annonce comme un dur chemin de croix et les paroles qui suivent ne font que confirmer. De " naître " à " mourir " (une délivrance serait on tenter de croire), toutes les paroles se ressemblent. C'est zéro espoir sur toute la ligne, rien qui vaut le coup d'être vécu. Ou si peu. Parce que même dans ces moments là, c'est pourri d'avance. Un seul titre au lieu de huit aurait pu suffir, c'est " tire toi une balle dans la peau, et vite fait encore ". Ou moins prosaïquement, c'est le genre poète maudit, " je t'en veux de ne pas vouloir me quitter " et autres pleurnicheries!! Tout ça est peu too much pour moi comme disent les jeunes. Un (gros) poil de maturité dans ce hardcore là ne serait pas superflu. Heureusement, avec la musique derrière, c'est moins gênant, sauf dans les rares occasions où ça baisse d'un ton, juste le temps de se rendre compte que la voix manque cruellement de coffre (on va croire que je m'acharne !). Mais c'est tout un symbole. Après un premier album très prometteur, le screamo-hardcore de Mihai Edrisch verse dans une sensiblerie, un émotion à fleur de peau qui passe trop souvent du mauvais coté de la limite. Leur musique ne manque pourtant pas de virulence et de saines bourrasques, de montées poignantes et offre des moments salvateurs. Mais il y a comme une atmosphère générale affectée qui fait de ce Un jour sans lendemain un album abordé avec des pincettes. Où Envy réussit à passer ses émotions sans chichi, Mihai Edrisch les met en scène de façon trop dramatique pour y adhérer.

SKX (16/10/2005)
website groupe www.mihaiedrisch.com
website label www.alchimiarecordings.com
sounds Marcher.mp3 | Souffrir.mp3

Miniwatt
I can't stand waiting for it - CD
Arbeid 2005

Quatre ans que Miniwatt n'avait donné signe de vie. Déjà qu'ils étaient aussi connus qu'un groupe du fin fond de l'Ardèche, ce silence ne va pas les aider. Pourtant, ils viennent de la cote est des Etats-Unis, Rhode Island exactement, ce qui est un tantinet plus facile pour un groupe rock que de venir de l'Ardèche (très beau pays au demeurant) ! Quatre ans donc pour sept titres seulement, même pas un quart d'heure de musique, ça chôme vraiment pas chez Miniwatt qui en fait le minimum. Et comme chez Miniwatt, on aime pas quand ça bouge trop, ce nouvel et troisième album reste dans la lignée de ces prédécesseurs. Noisy-rock, aiguisés au plus fin, sept titres qui s'assemblent, pièces nerveuses où l'impression première que chaque rythme et chaque accord se ressemblent pour peu à peu prendre ses marques, le fer rouge de l'urgence, ce jeu basse-batterie qui pulse sans cesse, la machine avancée, cette guitare pendue à ses cordes, rapides et qui tiennent la note pour mieux vous persuader de sa vitalité. On les retrouve comme on les avait quittés. C'est du solide et sûrement leurs meilleures compositions à ce jour.

SKX (14/05/2005)
website groupe www.miniwatt.com
website label www.arbeid.ws
sounds my_own.mp3

Miss Goulash
Karaoké karaté club - CD
Ektic 2005

Formé du tout lyonnais et de son monde parallèle, de celui qui compte et qui bouge, Miss Goulash est un ragoût musical où se jette pêle-mêle une pléthore d'instruments pour ambiances alternatives. Une histoire de rencontre qui se font et se défont, jusqu'à l'incontrôlable, quand la grande roue de la vie vous joue un mauvais tour et frappe l'un des siens plus sûrement qu'un uppercut de Tyson. En hommage à leur pote Guillaume, ce deuxième disque de Miss Goulash ne perd pas pour autant sa joie de vivre, coûte que coûte, de l'avant, la musique des Lyonnais procure entrain et bonne humeur, fut-il jaune et grinçant le sourire. A mi-chemin entre les musiques de l'Est, voir orientale, cette douce mélopée de clarinette, d'un soupçon de musique de chambre, le violoncelle qui caresse, et d'une énergie punk avec des rythmiques groovantes, la Miss Goulash n'est pas une mince affaire à suivre. Le chant est un gigantesque karaoké qui raconte des conneries, un air burlesque, appuyé par un chant féminin qui se pointe aux beaux jours. L'orchestre foisonne mais le cadre reste clair. Point d'anarchie et de folie incontrôlée, chaque instrument est bien à sa place, les structures montent en boucle mais en ordre rangé, parsemé de samples, de pleurs et de rires. Des cavalcades et des moments de béatitude. Chez Miss Goulash, la course entraîne toujours une chute à l'image du très beau " balkaniques " qui clôt le chapitre, solennel et grave. Si je ne suis pas toujours sensible aux atmosphères développées par ce premier album, il en reste pas moins un mets contrasté finement relevé qui trimballe sa joie de vivre comme un lourd fardeau.

SKX (14/05/2005)
website groupe missgoulash.free.fr
website labelwww.ektic.org
sounds pMusique.html

My Disco
Language of numbers - CDEP
Crashing Jets 2005

My Disco porte mal son nom. Vous ne danserez pas sur la musique de ce jeune groupe australien. C'est le langage des nombres, ceux qui demandent un minimum de réflexion et d'attention. Une musique non linéaire avec des départs, des arrêts, des silences, des stridences et une main de pilote chevronné pour mener tout ça à bien. My Disco doit autant à Hoover/Rockets Red Glare qu'à Shellac, dépeindre ses émotions dans un cadre relativement rêche, jouer des parties fines tout en gardant ses chaussettes. Cinq titres où tout est dans le détail qui fait forcément la différence, dans le non-dit, dans cette façon d'attendre d'être à bout pour se montrer véhément mais jamais bien longtemps. Un bien bel objet qui se termine par un épique " a moment of revelation ", six minutes durant lesquelles My Disco montre tout son savoir-faire pour capter son auditoire à partir de larsens parfaitement contrôlés et d'une rythmique sourde à toute injonction. Le groupe a également sorti un 1er single " Collapse Of An Erratic Lung " tout aussi recommandable. C'est pas tous les jours qu'on chronique un groupe de l'autre bout du monde ici. Mais si vous en avez d'autres comme ça, faites nous signe!

SKX (14/05/2005)
website label www.crashingjets.com
sounds inthebenelux.mp3

Made out of babies
Coward - CD
Neurot 2006

Elle en fait trop, elle est chaudasse, c'est paire de baffes à la volée et coup de pied dans les roubignoles en retour direct de la dame, sans réfléchir, à l'instinct et puis cris calculés et pose à deux balles. Une lutte à bras le corps qui n'est pas pire que bien des mâles hurleurs monotones et autres braillards de gouttières. Mais voilà ce qui marque. La voix du porte micro, Julie Christmas, omniprésente. Mais à bien écouter, tout ça fini par se noyer, crouler sous son propre poids, se fondre dans la masse d'une musique chargée, un bloc, lézardé, rocailleux, angulaire, tranchant. Made out of babies perd lentement mais sûrement ces racines new-yorkaises qu'ils cultivaient à l'ombre de Unsane. S'immergent à Chicago dans l'antre d'Albini, hument au passage l'air vicié que Jesus Lizard a définitivement laissé dans la crasse environnante (et pour qui ils semblent vouer un culte à la mesure de ces demi-dieux) et sculptent un deuxième album de noise-rock pas évident à aborder. C'est pas le genre de disque qui brise la glace avec des riffs faciles et des déhanchements putassiers. Du solide, du burné, du fracassé sur les rochers, dans la grande tradition des groupes noise engendrés par les villes du coin. On se dit qu'avec une voix mâle, ce disque rentrerait directement au panthéon mais faut faire avec, c'est sa particularité, leur truc en plume à eux, qui les distingue de la masse grouillante, ramasser en hâte le soupçon de révolte entrevu la veille, surtout ne rien laisser dépasser et tant pis pour la puce diabolique qui s'y est glissé en douce. De toute façon, t'as pas le choix. T'as bien l'air malin. Elle gratte, elle pimente et tout le monde en profite. C'est comme l'image de ce gamin sur la pochette. Ca attire autant que ça rebute mais ce coup dans la tronche est un mal nécessaire.

SKX (22/11/2006)
website groupe www.madeoutofbabies.com
website label www.neurotrecordings.com
sounds mrprisonshanks.mp3

Man Man
Six demon bag - CD
Ace Fu 2006

Man Man sont cinq. Origine Philadelphie. Le rapport ? Aucun. La musique de Man Man dépasse les localisations et les chapelles. Elle est universelle. C'est beau (je suis moi-même ému par ce que j'écris). Vous ne lirez pas une chronique de Man Man sans une allusion à Tom Waits et Captain Beefheart. Cette chronique ne dérogera pas à la règle. Tom Waits pour la voix. Cette voix avinée et enfumée, chargée en souffrance mais qui garde espoir. Honus Honus (c'est pas un nom ça !), à la moustache impeccable, racle, vocifère, narre des histoires pas possible sur fond d'univers ivre de musiques du monde, tanguant au gré d'une marche funéraire où les pleurs sont interdits, tout de blanc vêtu. Des chansons à boire comme un trou. Le désespoir au fond d'un verre. Les femmes et les enfants d'abord. Captain Beefheart pour l'effet de surprise constant. Ce vieux blues toujours remis sur l'autel du jour. Blues orgiaque et incantatoire. Le fantôme de Screaming Jay Hawkins. Une version hirsute du cabaret de Kurt Weill. Le far-west pour un groupe complètement à l'ouest. Une douce folie musicale pour cinq êtres baroques qui n'ont pas peur de faire du bruit. De se montrer primaire dans des fringues à quatre étoiles. Décrire ce deuxième album est une vraie gageure tellement il ya de l'improbable, du fouillé et du bordel qui vont bien au-delà des influences précitées. Six demon Bag vaut le déplacement à condition d'aimer les ballades secouées, de voyager dans l'inconnu et ne pas savoir de toute façon si on va arriver quelquepart.

SKX (26/02/06)
website groupe www.wearemanman.com
website label www.acefu.com
sounds EngwishBwudd.mp3

Marypoppers
Marypoppers - CD
SK 2005


C'est le split 10'' avec Chevignon dans la série des 12 salopards sur SK records qui a vu déboulé Marypoppers dans le paysage noise français. C'est avec ce premier album que les Lyonnais tente d'enfoncer le clou. Ne vous fiez pas au nom (c'était pas la grande inspiration ce jour là !). Marypoppers, c'est du chemin de traverse. Du rock dissoluble dans la débauche de structures tour à tour rampantes ou martelantes. Cette petite touche Arab on Radar, vicieuse et dissonante, le jeu des guitares qui dérape, voir l'incontournable référence locale Condense. Mais comme Marypoppers n'a pas les arabes dans le collimateur, surtout quand ils sont américains, ils la jouent perso et tentent des attaques par les cotés. Une clarinette, une apparition de voix féminine (Midnight princess), un Little man étrange et compté par une voix digne d'un Captain Beefheart avant la cacophonie d'un Headache qui dit tout dans son titre. Une façon de marquer son territoire dans la subtilité, de chercher des poux dans la tête et provoquer des grattements de perplexité. C'est un disque intriguant qui cherche son chat, trouvant de beaux murs d'escalades mais laissant également un arrière-goût d'inachevé, des impulsions qui font mouche mais aussi des moments où l'auditeur se barre. On sent bien que le groupe tente une approche gaillarde et originale de la musique noise, alliant cérébralité et punk attitude mais pour l'aboutissement, on attendra encore un peu. Un disque prometteur dont on regrettera par contre la pochette la plus laide qu'il m'ait été donnée de voir depuis longtemps. Désolé, le digipack trois volets est parait-il somptueux, mais cette version promo ne me donne que la pochette à voir et le graphisme signé Mika Puss me file la nausée. Marypoppers ose mais ne marque pas à chaque fois.

SKX (21/02/06)
website groupe www.marypoppers.fr
website label www.skrecords.org
sounds www.marypoppers.fr : section download (tous leurs morceaux sont dispos en mp3)

Mikaela's Fiend
We can driving machine - CD
Strictly amateur films 2006

Ca commence par le grésillement d'un bon vieux vinyl. Une minute quarante d'un morceau d'opéra désuet, reproduit tel quel, sans la moindre tentative de piratage. Pour la suite, c'est les femmes et les enfants d'abord. Dix morceaux de lessiveuse noise. On a du mal à croire, quand le casting final s'affiche, que deux seuls types sont à l'origine de ce vacarme. Vraiment. Deux jeunes amerloques qui n'atteignent même pas l'âge d'un membre de No Means No quand on additionne leurs printemps respectifs. Leur but : tenter de battre sur leur propre terrain les Lightning Bolt et rendre leur public encore plus sourd. Le groove en moins. Les stridences en plus, acouphènes compris. Un fracas de tôles froissées pour la guitare, des effets retords dans les cordes, des pédales en pagaille et réfractaires à tout contrôle, un batteur qui tape comme un sourd, vite et sans respirer. Ca fait pas dans le détail. Les morceaux se suivent, se ressemblent, se rejettent. Ca manque de distinction mais pris morceau par morceau, c'est jouissif. C'est pas indemne qu'on ressort de cette machine. Même les vieux singes font la grimace. La fougue de la jeunesse qui aurait besoin d'être canalisé. En attendant, ce premier jet marque les esprits.

SKX (02/12/2006)
website groupe www.limbsanddigits.com/mikaelasfiend
website label www.safrecords.com
sounds safrecords.html

Milemarker
Ominosity - CD
Eyeball 2005

J'avais décroché de Milemarker. Depuis leur album Frigid form sells en l'an deux milles. Il me semblait qu'ils avaient tout dit, que leur cdep Satanic Versus pour pas mauvais qu'il soit sans oublier l'album suivant Anasthetic, très moyen, soient les pièces de trop. Trois ans de silence. Un nouveau projet sous le nom de Challenger (Jade Tree records) avec Al Burian et Dave Laney, les deux têtes pensantes de Milemarker. Rien de mirobolant. Et puis le retour, comme ça, d'un groupe qui n'avait pas vraiment splitté et qui recompose ensemble pour le plaisir, désoeuvré de ne pas savoir faire autre chose. Les premiers surpris semblerait Milemarker eux-mêmes. Un retour qui leur donne des ailes et l'envie d'en découdre à nouveau comme aux premiers jours. Retour à l'essence punk-rock, où les synthés et l'electro-punk ne sont pas bannis mais le jus, le nerf central redeviennent rock. D'ailleurs, Ben Davis, le batteur d'origine a repris les fûts, la dream team reformée, quelques potes pour prêter main forte mais ce n'est pas reparti comme en 40 non plus.
Les guitares sur le devant, un chant convaincant sur la misère du monde, de bonnes inspirations comme le long Sun out, le percutant Pornographic architecture, autant de signes qui font dire que Milemarker a de nouveau la foi et les tripes, bon appétit. N'empêche que tout ça sent un peu le réchauffé et le régime sans sel. De nombreux titres n'ont pas de saveur particulière. Ca défile devant les yeux sans donner l'envie d'y toucher. On picore deux trois plats mais faire honneur à tout le repas est au dessus de mes forces. Il n'y a pas que les intentions qui comptent. L'inspiration et la fougue de la jeunesse, on y court après toute notre vie mais quand la messe est dite… Un album du retour plaisant qui s'éteint comme un feu de paille.

SKX (11/01/06)
website groupe www.milemarker.org
website label www.eyeballrecords.com
sounds foodchain.mp3 | Pornographic_Architecture.mp3

Milgram
Another one buys the dust - CD
Golden Delicious 2006

Milgram enchaîne vite fait sur la vague de son album précédent encore tout chaud Expensive record(s) avec ce quatrième opus qui reste dans une tonalité identique. Fidèle à leurs habitudes, Milgram enregistre encore un nouveau line-up avec l'adjonction d'un quatrième membre qui pousse l'ancien batteur à prendre la guitare (ça en fait deux) et faire ses premières gammes au synthé. C'est d'un pas guilleret et les cheveux au vent que Milgram poursuit sa quête du morceau math-pop parfait. Math pour cette complexité de bon aloi que des ribambelles de groupes à géométrie variable tentent indéfiniment de résoudre. Pop parce que Milgram insuffle fraîcheur et vitalité, ne cherchant jamais à durcir le ton, y mettant surtout le cœur plutôt que les muscles. Tout se joue sur la maniabilité des structures, la rapidité d'exécution tout en douceur avec ce synthé nouveau en toile de fond. Un synthé qui cherche encore sa place et le son adéquat (le mauvais passage sur Agent Tyna), rajoutant une couche à cette direction popisante que prend Milgram. Une direction où le soleil brille, loin du fracas et des saturations, explorant de nouveaux territoires qui n'échappent pas hélas à une certaine vacuité. Le revers de la médaille d'un album fluide et enjoué, des qualités à quitte ou double. Ca peut aussi bien retenir votre attention que vous passer largement au-dessus. Il n'en faudrait pas beaucoup pour que tout ça me laisse de marbre.

SKX (25/06/2006)
website groupe milgramsound.free.fr
website label www.goldendelicious.com
sounds nativeburger.mp3 | stairwaytostarwars.mp3

Mindflayer
Expedition to the hairier peaks - CD
Corleone 2005

Ca commence mal mais c'est tout à fait normal. Dix minutes d'un truc qu'on a oublié d'enlever sur le gaz, dix minutes de stridences et d'une poulie mal graissée. Bienvenue dans l'univers de Mindflayer. Duo de Providence avec Brian Chipendale, le batteur de Lightning Bolt, on comprend mieux et Matt Brickman (Forcefield). Et à coté, Lightning Bolt, c'est de la comptine pour enfant. Une fois l'écrémage du premier morceau réalisé, Mindflayer peut commencer son show. Force tutélaire, Mindflayer l'anti-mélodique se projette dans la transe, dans cette frénésie bien connue du batteur Chipendale, à nu sur ses fûts, Mindflayer, tout en rythme et en cadence avec une grosse couche de bruits et de saturations en tout genre. Des flagellations sonores de douze ou quatorze minutes à se manger dans les dents. Un grand courant de musique noise qui tourne au psychédélisme dans ses moments les plus longs, quand tout ne devient qu'une énorme boule noire qui vous avale, prisonnier de ses mâchoires dantesques. Ce pacte avec le diable est leur quatrième album. Un peu plus tôt dans l'année, le duo avait sorti un autre album, Die & Mold, deux uniques périples de 17 et 18 minutes chacun, saccage des sens et de la raison. Si vous aimez les trucs à la Merzbow avec de vrais rythmes virils et frénétiques dessus, tentez l'expérience Mindflayer, il se pourrait que vous appréciez (en partie) l'effet tempête du désert.

SKX (19/01/06)
website groupe mindflayer.com
website label www.corleonerecords.com
sounds mindflayer.com/mp3.html

Minsk
Out of a Center Which is Neither Dead nor Alive - CD
At A Loss 2005

Minsk. Ce nom m'a fait sursauter. Le groupe le plus connu des salles de répétitions de Rennes. Un groupe de légende. La terreur des caves. Un début de chronique qui a tout d'une private joke, mais Minsk, les vrais, n'ont rien de rigolos de kermesse. C'est du sérieux, du grand, du genre à faire pousser les cornes à Neurosis. Car il est difficile de ne pas parler de ce premier album de Minsk sans se référer aux maîtres en la matière, les initiateurs d'un genre qui en font courir beaucoup depuis. Epoque Enemy of the sun / Through silver in blood. Minsk, ville de chair broyée et de souffrance. Montagnes russes d'émotions profondes et marquantes. Les six plages s'étendent dans les ténèbres à la remontée du big bang originel. La panoplie est au complet. Des riffs surpuissants. Des constructions soniques qui engloutissent toute velléité. Bande-son en continu aux samples parfaitement intégrés. Passages ambiants qui ne font subir aucune baisse de régime à l'ensemble. Voix monstrueuses et multiples. Affres de la transe et de rythmes aussi tribaux que primaires. Repos du guerrier sur fond d'acoustique avant le retour sur le front. Une dynamique huilée comme une guillotine en pleine terreur. La mise en abîme n'a rien de surprenant en soi mais c'est réalisé avec un tel sens de l'à-propos que ce hardcore de l'apocalypse devient une science exacte. A l'heure où tant de groupes metal/hardcore aseptisent leurs griefs et donnent dans l'ambiant progressif et pompeux, Minsk garde les clés de l'ancienne école et font renaître sans cesse les cendres d'une recette ancestrale d'un album aux codes immuables qui se transmettent de génération en génération. Minsk détruite, vaincue. Mais indestructible et toujours là contre vents et marées. Un condensé d'histoire en un album transcendant.

SKX (05/03/06)
website groupe www.thesoundofminsk.com
website label www.atalossrecordings.com
sounds hfns.mp3

 

Montana Pete
Bass camp - CDEP
Autoproduction 2005

Vous en connaissez, vous, des groupes qui filent leurs disques sur simple demande ? De mémoire, Gag (et ç'en est pas z'un), autre trublion anglo-saxons, faisait ce genre de retape. Et encore, il fallait payer le port (ils sont pas gênés ces rosbifs). Mais là, rien, quedal, même pas un timbre ou un bout d'enveloppe. Vous leur écrivez et ils vous envoient ce disque, le dernier de leur collection, mais aussi tous les précédents, suivant la limite du stock disponible comme dit la pub. Une générosité que l'on doit à internet et tout ça, le peer-to-peer (pire en pire ?), bienvenu dans un monde meilleur. Et en plus, Montana Pete, c'est pas de la daube qu'on essaye de vous refiler sous le manteau. C'est un drôle de putain de bon groupe. Un groupe qui ne se prend pas au sérieux, c'est peut-être ça le problème. Dans une Angleterre toujours en mal de la dernière sensation, Montana Pete fait tâche. Une perfide Albion qui préfère se dandiner le trou de bal qu'ils ont sales (valable aussi pour les Français) sur Franz Ferdinand. Les pauvres. Préfère une musique qui rentre dans une petite case avec toutes les paillettes et les poses à deux balles qui vont avec. Montana Pete, c'est joie de vivre et nouille en salade. Rock incongru plein de rebondissements et d'inventivités. Du sans-gêne de qualité, fauteur de trouble, pince sans rire à l'écriture nickel chrome. Et merde ! Vous n'avez qu'à leur écrire bandes de feignasses. Ou alors l'acheter. C'est aussi autorisé. La vidéo en bonus est en plus pas du luxe. A bientôt dans le bus.

SKX (22/02/06)
website groupe www.montanapete.co.uk

Maninkari
Psychoide / participation mystic - CD
Conspiracy 2007

Les frères Charlot sous les feux de la rampe. Olivier et Frédéric de leurs prénoms. Basé à Paris, ce duo fait son cinéma avec un premier maxi au scénario intriguant. Si je vous parle référence cinématographique, ce n'est pas seulement pour placer un jeu de mot vaseux sur leur patronyme. Ces types là ont l'habitude de composer des musiques de films, ont même sorti deux albums sous le nom de Bathyscaphe et l'écoute de leur musique emmène vos neurones en ballade vous faire un film tout personnel. Dans le monde des Charlot, ce sont des tas d'univers qui se croisent pour deux pièces uniques de huit et seize minutes. C'est la tradition et la technologie moderne au coude à coude. Le cymbalom et le santoor, ces instruments d'un autre âge, des trucs à cordes sur lesquelles on tape, en provenance de l'Europe de l'est et du Moyen-Orient défiant les synthés dernier cri, des samplers froids comme un escalator de chez Virgin et au milieu de tout ça, un violon omniprésent et des percussions détonantes. C'est le post-rock cher à tellement de monde qu'on ne sait plus à quoi ça ressemble. Des envolées qui ne montent pas comme chez Godspeed you black emperor mais je sens qu'on ne peut couper à ce cliché. Le minimalisme d'un Phillip Glass. Vu que c'est le seul artiste que je connaisse dans ce domaine musical, je le ressors mais c'est peut-être pas le mieux placé. Des samples envoûtants et inquiétants avec le staccato d'un violon proche des morceaux les plus ambiants et troubles d'un Bästard. Bref, le silence a autant sa place que la densité rythmique. Les cordes, toutes sortes de cordes, aussi présentes qu'effacées. Ca vous laisse tour à tour tout frénétique ou rêveur. Des mantras où miraculeusement, tout se met en place. Je dis pas que c'est la révolution du siècle. Encore moins la musique de l'année. Mais ya matière à quelquechose. Une chaleur, une vibration qui font de ce Maninkari autre chose qu'un énième groupe ambiant-post-je sais pas quoi chiant comme la mort.
Et ce n'est pas fini. Sur proposition du label belge Conspiracy, Robin Rimbaud (Scanner) et Justin Broadrick (Jesu, Godflesh, etc…) ont remixé chacun leur morceau. Je n'y vois pas trop l'intérêt. Les originaux se suffisent à eux-mêmes. Mais si cela peut attirer un peu plus l'attention sur Maninkari… Il est sûr qu'une telle musique se prête à ce genre d'exercice. Rimbaud ajoute à Psychose une dimension symphonique entièrement virtuelle pas dégueulasse alors qu'avec Broadrick, je coince. Je crois que je fais un blocage depuis qu'il se prend pour Jesu. Je ne crois pas à un seul des miracles qu'on semble prêter à son nouveau projet. Sur ce remix de Participation mystic, il vous colle un semblant de groove de mauvais goût, enlevant toute la beauté et le mystère de l'original pour un résultat aussi fade que son Jesu. L'album est prévu pour novembre. Le diable avec ses chevaux est son nom. Je piaffe d'impatience.

SKX (23/09/2007)
website groupe
www.myspace.com/maninkari
website label www.conspiracyrecords.com

Maninkari
Art Des Poussières - LP
Conspiracy 2008

Grosse sensation 2007 à forte valeur ajoutée en matière d'émotions musicales, Maninkari revient cette fois avec un vinyl limité à 400 exemplaires, toujours sur le label Conspiracy. Après la mise en bouche doublée d'une bonne surprise constituée par le quatre titres Psychoide/Participation Mystic et après l'excellence atteinte avec le double CD Le Diable Avec Ses Chevaux, le duo parisien propose sept titres exactement dans la même veine que ses enregistrements précédents. Dès Flatus Vocis I, le premier titre, les dès semblent jetés et bien jetés : mêmes tourbillons de violon, même polyrythmie angoissante des percussions. An Ecstatic Sleep State (deuxième titre) aborde lui le côté ambient de la musique de Maninkari, celui où tout se passe dans les profondeurs, comme ces nuits silencieuses où chaque bruit résonne de mille échos avant de s'évanouir dans la multitude nocturne, puis le titre évolue vers une sorte de tension dramatique bien qu'irréelle. J'apprécie La certitude Avant De L'Attendre est le premier bouche trou du disque, l'instrumentation y est floue, délétère mais pas désagréable et prépare idéalement le terrain à Flatus Vocis II qui reprend la même formule que sa première partie : tourneries de violon maléfique et rythmes tels de multiples piqûres d'insectes avant un final en faux plat et en clair-obscur.
Face B. Fantasiaque est une courte introduction chargée en dramaturgie, roulements de percussions et textures sonores assombries. Dommage que La Douceur Est Lutte n'aille pas plus loin qu'une utilisation d'apparence ludique d'instruments étranges déjà dénichés par Maninkari pour ses disques précédents (qu'est ce que c'est ? encore du cymbalum ? du santoor ?), même lorsque on est sous le charme de ces sonorités inhabituelles on peut trouver le temps un peu long. Phantasms Of The Living est le dernier (long) titre de Art Des Poussières et il renoue avec la magie du groupe, celle qui convoque les sens dans un tourbillon rythmique, mélancolique et dissonant réussissant à faire le lien entre Tony Conrad/Angus MacLise et un Bästard intelligemment ethnique.
Sur les 400 exemplaires de ce disque 75 sont de couleur dorée mais honnêtement le rendu est plus proche de l'urine de troll que du miel des Alpes. Aucun regret à avoir puisque cette version est totalement épuisée mais il reste la version en vinyl noir et accompagnée d'un coupon permettant également de télécharger l'intégralité d'Art Des Poussières en mp3, une pratique que Conspiracy semble vouloir généraliser (tirage limité + format numérique).

Haz (23/11/2008)
website groupe www.myspace.com/maninkari
website label www.conspiracyrecords.com

Maninkari
Le Diable Avec Ses Chevaux - 2xCDs
Conspiracy 2007

C'est la fin de mon mois d'essai chez Perte et Fracas : vais-je pouvoir rester à mon poste, vais-je devoir rempiler pour une nouvelle période d'essai d'un mois (avec toutes les humiliations que cela suppose…) ou bien vais-je moi aussi me faire virer comme un malpropre et sans aucune indemnité ? Dernier test avant de passer à la casserole dans le bureau des ressources humaines, le patron qui m'envoie ce message laconique : tiens, tu vas nous faire un truc sur l'album de Maninkari, moi je trouve ça beaucoup trop long mais toi je suis sûr que ça va te plaire, c'est de la musique de hippies, tout à fait ton style. Mon style ? Ça sentait le piège à plein nez : ou bien j'avouais que j'aimais ce disque et je prenais la porte (la Bretagne n'est pas la Lozère) ou je prétendais détester ce double CD rempli jusqu'à la gueule de musique en provenance directe du Patchoulistan. J'ai choisi en mon âme et conscience.
J'ai donc préparé mes arguments à l'avance, oui ce disque est trop long, écouter le deuxième CD ne sert à rien puisque c'est exactement la même chose que sur le premier mais en moins bien, etc. J'allais prétendre aussi qu'écouter les 120 minutes du Diable Avec Ses Chevaux d'affilée n'était possible que sous certaines conditions. Par exemple, tu as une femme, deux gosses, un chien, c'est dimanche, la télé est en panne, il pleut c'est dégueulasse et pour occuper tout le monde tu as organisé une partie de Scrabble. M.A.N.I.N.K.A.R.I. Avec le K sur lettre compte double, la dernière lettre qui atterrit sur mot compte triple et toutes les lettres de placées au final cela te fait un total de 137 points. Pas mal quand même. Pour la définition on verra plus tard mais ce sera genre : rituel chamanique d'expiation transcendantale consécutif à une trop grande inhalation de résidus d'hallux valgus râpé de moine tibétain. J'étais fier de moi et plus que certain de pouvoir définitivement installer mon bureau dans un petit coin du P&F building. L'ascension sociale, la fortune, la gloire, l'eau courante et les toilettes à l'étage -tout désormais allait pouvoir me réussir.
J'ai quand même eu l'idée d'écouter ce disque. Et depuis je n'écoute plus que ça, ou presque (d'ailleurs j'en ai un peu marre de jouer au Scrabble). La longueur est précisément l'imposante qualité du Diable Avec Ses Chevaux dont les ambiances sont tenaces et presque définitives. Il faut aimer la répétitivité des motifs, les mesures incomptables, les rythmes polymorphes (et pervers) d'apparence inorganisés -mais d'apparence seulement- et il ne faut pas avoir peur de ce que le premier tâcheron rimbaldien traumatisé par ses cours de français en classe de seconde qualifierait d'invitation au voyage. Mais un voyage vers nulle part, je veux dire vers aucun territoire connu et balisé. On peut reconnaître par endroit quelques touches de punk-noise folklorique européen ou des atmosphères bâtardes s'élargissant sur un état froidement contemplatif. On peut se dire qu'il y a du violon, des drôles d'instruments moitié à cordes, moitié percussifs, qu'il y a des samples, des synthés, des effets troublants d'un écho à la fois caverneux et aérien. Que le piano fantomatique laisse un drôle de goût dans la bouche (un goût que j'ai aimé) et que si chacun des onze titres de ce Diable Avec Ses Chevaux se ressemblent, preuve que Maninkari a parfaitement su se créer une personnalité forte, ils ont tous quelque chose de particulier et d'unique, preuve que le duo a également su gérer son identité. Cette musique ne peut tout bonnement pas s'expliquer, ni être réduite à un quelconque schéma. J'imagine qu'elle peut facilement être détestable, si tant est que l'on déteste tout ce que je viens de décrire au dessus. Personnellement, je l'adore.

Haz (11/11/2007)
website groupe http://www.myspace.com/maninkari
website label http://www.conspiracyrecords.com

Man vs. Nature
Mould = mouth - CD
Saftkuger 2007

Man vs. Nature m'a pas l'air du tout fiable. C'est la grande foire là-dedans et le fait qu'ils soient Allemands ne les excuse en rien. Responsable d'un premier album en 2003 qui témoignait déjà d'un bel esprit de synthèse dans le n'importe quoi, Man vs. Nature revient quatre ans plus tard armé des mêmes intentions. Complètement contre-nature. Sous les dehors très propre sur soi de leur digipack à la pochette en carton comme Shellac, les dessous, une fois les jupes relevées, ne se trouvent pas dans les boutiques avec pignon sur rue. Ces anciens Hifi-Killers, Stones Voices et Goldstar accordent autant d'importance à l'esprit qu'à l'exécution. L'esprit punk lubrique à la God Bullies (dont ils reprennent très librement I want to kill you paru sur l'album War on everybody en 1991 sur Amrep), la déjante à la Cows versus tout ce qui suce, la new-wave la plus cheap, la froideur d'une fin de fête, un death-rock qui bouge encore et une bonne grosse dose de second degré. Des synthés de chez Prisunic, un saxophone de la mort, des rythmiques qui cognent ou qui ne cognent pas du tout. Des chants débiles à la Quintron, des roucoulades qui ne font pas toujours marrer et treize morceaux qui mélangent allégrement tout ça, sans souci d'ordre et de discipline, à suivre ou en même temps. L'album débute pas mal pourtant, dans le genre Devo-rock d'outre-Rhin mais après tout se perd un peu. J'avoue ne pas avoir tout compris. J'ai pas vraiment cherché non plus. De l'homme contre la nature, je ne sais pas qui reprendra ces droits mais à défaut d'une réponse valable, nos quatre de Cologne font preuve d'un univers très particulier dont ils nous laissent qu'épisodiquement la clef pour souscrire à leur hallucination collective.

SKX (10/05/2007)
website groupe www.myspace.com/manvsnature
website label www.saftkugler.eu

Marnie Stern
In advance of the broken arm - CD
Kill Rock Stars 2007

Les blagues foireuses et machistes sur les blondes vont en prendre un sacré coup. Parce que Marnie Stern est blonde, du genre mignonne et qu'elle tâte de la guitare plutôt vachement bien. Tout en tapping, cette technique que l'on pensait réserver aux seuls mâles désireux d'épater la galerie (blonde de préférence la galerie). Les deux mains sur le manche de la guitare à balader et taper le bout de ses dix doigts sur les six cordes. En plus, elle fait tout. Elle joue également du synthé, chante, compose et produit l'intégralité de son premier album. Ou presque tout. Zach Hill, le batteur de Hella (autre groupe où le guitariste est adepte du tapping) fait ce qu'il sait faire de mieux, jouer de la batterie (faut suivre un peu !) et un certain John-Reed Thompson l'a aidé pour des plans basse et pour l'enregistrement.
Donc tout ça m'a bien l'air d'un album solo d'une new-yorkaise qui n'a pas froid aux yeux. Et avec cette technique de guitare et Zach Hill dans les rangs, la comparaison va pas tarder à débouler. Certes, ça ressemble à du Hella, mais Marnie Stern propose une lecture différente. Déjà, ce n'est pas un disque instrumental puisqu'elle chante et plutôt pas mal. D'une voix bien claire, audible, un rien enfantine, un peu comme la chanteuse de Deerhoof, les japonaiseries en moins. Tiens, Deerhoof, autre point d'encrage au monde bruyant mais ludique de Marnie Stern. Car sa musique n'est pas une affaire de gros bras et de démonstration technique stérile. Autre point différent de Hella, c'est Zach Hill lui-même ! Marnie Stern doit avoir un pouvoir de persuasion énorme pour empêcher Hill d'en foutre partout comme à son habitude, pour tempérer ses ardeurs et le faire rentrer dans le rang. Sa tachycardie le reprend certes de temps en temps mais pour le reste, l'homme-pieuvre est amadoué. C'est pas plus mal. Résumons-nous. Marnie Stern fait donc une musique complexe mais pas trop, enthousiaste mais pas niaise, transformant sa technique au-dessus de la moyenne dans des morceaux que l'on pourrait presque qualifié de pop-songs. Elle rajoute quelques bidouillages maisons et autres effets de studio et tout ça débouche sur un album plaisant mais trop long. Car ce disque a les défauts de ses qualités comme on dit au comptoir. Trop de tapping tue le tapping (même si elle ne fait pas que ça hein) et sa voix peut devenir agaçante sur la longueur. Longueur d'un album préjudiciable (comme souvent avec les premières oeuvres), la fraîcheur et l'effet de surprise se diluant doucement mais sûrement dans les méandres de ses compostions à tiroirs. Mais la demoiselle qui aurait pu faire doublure dans Abba est désormais bien là, posant un premier pied dans un paysage musical qui surveillera ses prochains enregistrements.

SKX (29/01/2008)
website groupe www.myspace.com/marniestern1
website label www.killrockstars.com

Marvin
s/t - CD
Autoproduction 2007

Marvin, c'est la bise du sud qui vient vous talocher par derrière. C'est tout le soleil de Montpellier qui vient cogner l'arrière de la caboche. Pris d'un vertige à la vue de l'étonnante photo de leur pochette, Marvin en tout petit en bas pour mieux vous exploser à la tronche quand vous vous retrouvez sur le plancher des vaches, à les regardez dans les quatre yeux. Ou les six. Un trio incongru où on pourrait se demander ce que vient foutre, au milieu du duo guitare-batterie, ce synthé aux bruits tout bizarre sinon qu'il donne justement la touche décalée, le petit truc en plus et en plume à un duo qui ne serait que l'énième de service sans son service. Le rock olympique donc de la doublette, cogneur mais pas trop, complexe mais pas franchement, dansant mais presque, un rock tout en muscle et en souplesse, dont tout le monde se plait à vanter le sourire qui va avec et la contagion qu'il diffuse. Et ce clavier (un Korg pour les spécialistes) qui se glisse dans le moindre recoin, ce dérèglement intempestif qui sait se faire mélodique, impulser le rythme, prendre les devants pour mieux retourner dans son coin et avec lequel je préfère penser Kraftwerk plutôt que Trans Am (mais expliquez moi comment on peut aimer une telle merdasse hahaha !). Des morceaux qui mettent le feu direct à la piste (Discudanse, Vocomurder, Discose). Une guitare avec quelquechose de Oxes (sauf qu'elle est au nombre de 1) sur Jardiland, de franches saignées rock et noise et l'enregistrement de Lionel Darenne (un disciple d'Albini) pour donner le bon ton à l'ensemble. On a connu pire comme premier disque. Malgré une baisse de régime sur les deux derniers morceaux et une touche psychédélique parfois dont ils pourraient s'abstenir, Marvin frappe juste, sans arrière-pensée, ravi d'être là, prêt à dégainer et se met d'entrée de jeu sur de bons rails.

SKX (05/05/2007)
website groupe www.myspace.com/marvinband

Mattress
Heavy duty - CD
Reluctant 2008

Mattress a tout de l'extra-terrestre. Un type bien à part qui n'est certes pas le premier à se produire tout seul avec ses machines mais dont l'univers particulier a le don d'interpeller. Notre bonhomme répondant au nom de Rex Marshall nous vient de Portland et répand de funestes sons électroniques dans d'anarchiques mélodies vocales. Pollution, le titre d'ouverture, est un intriguant mélange de Xiu Xiu et Joy Division. De part sa voix caverneuse ressortant le cadavre de Ian Curtis et de part la mélodie noire rappelant furieusement un morceau de la division de la joie. Et comme Pollution rime avec Transmission ou Isolation, l'amalgame est permis. Sauf que le morceau comme le reste de l'album est trop foutraque et sent suffisamment le second degré pour que l'on ait pas affaire à un nouveau corbeau noir. Il faut plutôt chercher du coté du monde loufoque et décalé de Mr. Quintron. Des synthés bon marchés, un bon vieux magnéto à cassettes pour lancer des samples, une boite à rythme qui semble avoir fait la guerre, des effets spéciaux sonores digne des plus grands nanars et de temps à autre une guitare qui ne doit pas comporter plus de deux cordes. Le traitement musical est rude, parfait pour créer une ambiance new-waveuse minimaliste et faussement tragique. Mais une musique qui aurait bien du mal à survivre sans les parties vocales à faire criser un jury de Starac. Rex Marshall ne chante pas juste et il s'en tape, se prenant tout à tour pour un chanteur d'opéra façon Jamie Stewart, Tex Avery, un crooner gominé, descendant dans les graves comme on creuse sa tombe, mettant des effets débiles dans ses cordes vocales qui ne vont pas bien du tout. Un bout de musique qui ne brille pas par son génie mais passablement détraqué et plaisant pour dépasser le stade de l'anecdote.

SKX (25/07/2008)
website groupe www.mattressmusic.com
website label reluctantrecordings.com
sounds pollution.mp3 | down_that_way.mp3

Melt-Banana
Bambi's dilemma - CD
A-Zap 2007

Treize ans que Melt-Banana nous pompe le dard comme des malades. Huit albums à fond la caisse, dix fois plus de singles et une accoutumance qui commençait à donner des signes de faiblesse. Il était temps de tenter de nouvelles positions, d'oser des pirouettes originales et c'est bien là la première qualité de Bambi's dilemma. L'évolution mon cher Richter et sur ton échelle, nos japonais et naises adorés étaient rendus tout en haut. Melt-Banana essaye donc de faire du neuf avec du vieux. On le sentait venir avec Cell-scape, précédent album où la mélodie et la structure se faisaient plus évidentes. Bambi enfonce le clou, je vous dirai pas où mais il passe sans guère de difficulté. Ca reste du court et du nerveux. Dix-huit morceaux en 35 minutes, ça débite sec. Avec un clin d'œil au passé lorsque Melt-Banana enchaîne cinq morceaux corsés de moins d'une minute chacun, comme au temps de Speak squeak creak, le premier album en 1994 où ça mouillait pour un rien. Quand en plus, ils vous collent deux morceaux new-age (rébarbatifs, cela va de soi hein) de quatre et cinq minutes, ça vous laisse guère de place pour le reste. Le shikansen lancé à toute vapeur. Le tempo Melt-Banana est connu mais nos bananes moites et glissantes n'ont plus peur de s'épancher sur les mélodies, d'apporter une dimension pop à leur guerre éclair routinière, une légèreté aguicheuse. A vrai dire, ya pas grand-chose de changer quand on écoute de plus près. Yakuso et sa voix qui vous picotent. Le sampler du guitariste qui trashent les cordes. C'est du Melt-Banana, reconnaissable entre mille, ya pas photo. Sauf que la pilule vous ait donnée avec le sourire, qu'elle fond sous la langue alors qu'avant il fallait faire l'effort de croquer et il faut faire vite car elle fond précocement. Un album sucré-acide, rapide, ensoleillé mais qui ne passera pas l'hiver.

SKX (01/10/2007)
website groupe www.a-zap.com
website label www1.parkcity.ne.jp/mltbanan

Membrane
A story of blood and violence
Basement Apes industries 2007

La membrane est solide. Le trio de Vesoul a voulu voir et il a vu. Il a appris, il a payé et maintenant il est assez grand pour voler de ses propres ailes. Le socle noise-rock est désormais posé, les fondations sont à toute épreuve. La reprise d'Unsane (Sick) en fin de piste, ultime morceau en guise de clin d'œil aux aînés sur un deuxième album qui suinte cette même rage insidieuse mais à leur manière, définitivement. Le gros changement vient surtout de la production. Exit Serge Morattel. Bonjour Nicolas Dick. Le chanteur-guitariste de Kill The Thrill est de plus en plus sollicité pour passer de l'autre coté de la barrière et ça lui réussit bien. Il n'a pas son pareil pour donner de la légèreté à un groupe fait pour le combat, donner de l'ampleur à une musique faite pour vous bétonner au sol, rendre chaleureux le propos le plus sombre. Les sept nouveaux morceaux (+ la reprise donc) font corps. L'univers de Membrane reste homogène, cette boule noire qui se débat dans sa propre folie, c'est autant un compliment qu'un reproche. Ce ou ces quelques morceaux qui ouvriraient la porte vers quequechose d'autres de surprenant, se démarquer toujours et encore, sortir des schémas tout en gardant l'esprit, varier l'approche de compos qui tirent toutes dans le même sens. Mais après tout c'est une histoire de sang et de violence alors ça se débat entre ces quatre mêmes putain de murs, une histoire virile qui crache cette frustration connue. L'enregistrement a su donner ce surplus de plénitude tout en décelant les fissures dans la masse grondante. Membrane perpétue de belle façon le canal historique avec tabassage en règle et un peu de sentiments au milieu.

SKX (26/04/2007)
website label http://www.basementapesind.com
sounds snakeeye.mp3

MGR (Mustard gas & roses)
Wavering on the Cresting Heft - CD
Conspiracy 2007

Mustard gas & roses (ou MGR pour les intimes), c'est d'abord une référence à Kurt Vonnegut et à sa femme puisque c'est ainsi qu'elle décrivait l'haleine de son mari le matin après avoir picolé toute la nuit. On savait s'amuser chez les Vonnegut. C'est surtout le projet solo de Mike Gallagher, le guitariste de Isis et c'est bien son trois ou quatrième album. J'ai raté les épisodes précédents mais je ne crois pas que je vais le regretter. Il ne va pas être question d'haleine fétide ici. C'est ambiance tisane et au lit. De la guitare, uniquement de la guitare, plusieurs en général, voir en quartet comme sur Allusions, le morceau d'ouverture. Un chouïa de basse même, un brouillon d'interférences électroniques parfois dans le fond, des arrangements vagues et c'est tout. Si tu aimes l'arpège et la boucle, tu vas être servi. Six titres qui prennent le temps du développement sauf que ça revient un peu, beaucoup, toujours à la même chose. Les fluctuations ne sont pas énormes d'un morceau à l'autre. Les ambiances, déjà pas folles à l'origine, sont quasi identiques. Ne cherchez pas de tension sous-jacente ou de montée en intensité. Tout est au même niveau. Celui du calme plat. Disque méditatif où l'on reconnaît par moment le son et la patte de son travail dans Isis. C'est cristallin, c'est lent, propice à la rêverie et dépressif à souhait. Ca, c'est pour la version diplomatique. Parce que personnellement, je trouve ça chiant comme la mort et utile comme un somnifère!

SKX (04/12/2007)
website groupe mgrsounds.com
website label www.conspiracyrecords.com
sounds www.conspiracyrecords.com/store/store_detail.php?id=5893

Microfilm
Stereodrama - CD
Rejuvenation - Paranoid 2007

Microfilm s'offre une deuxième séance. Et histoire d'être en phase avec leur concept qui est de mélanger musique instrumentale et samples de films en guise de chant, Microfilm travaille l'image et propose une pochette en 3D et une vidéo en plus des huit titres, elle aussi en 3D avec lunettes adéquates pour apprécier tout ça à sa juste valeur. Hélas, le pack promo ne comportait ni lunettes 3D, ni pochette spéciale. Je ne pourrais donc vous en dire plus. Recentrons nous sur la musique. On sait désormais comment se déroule le scénario et l'histoire ne change guère. Tout réside dans la capacité à savoir raconter cette histoire dont les éléments sont connus de tout le monde. On retrouve ces samples de vieux films pour férus de cinoche. Samples qui n'apportent pas grand-chose finalement à la musique, ce qui est dommage me direz-vous vu que c'est le concept de base. La musique se suffirait à elle-même. Suffisamment de présence et de force pour installer des ambiances qui n'ont pas besoin d'artifices pour appuyer le trait là où il n'en faut pas. Perturbant plus qu'autre chose. On retrouve également ces montées de guitares, ces arpèges qui cinglent, cette batterie qui n'hésite pas à appuyer un rythme toujours soutenu, la musique de Microfilm dépassant ainsi le simple post-rock de base même si c'est cette famille à laquelle on rapproche le plus le groupe. Tout est là donc mais l'histoire gagne en intensité. Les moments dramatiques le sont juste un peu plus. Les moments d'accalmie calment un peu moins. Les structures mieux charpentées. Tour à tours fluides et enlevées. Mais je n'arrive pas à rentrer complètement dans leur histoire. J'ai toujours la désagréable sensation qu'il manque l'image qui va avec. Et j'ai beau fermer les yeux et faire marcher l'imagination, cette musique ne m'évoque rien. L'impression que cette musique cinématographique souffre de son concept et que quitte à aller jusqu'au bout de son idée, il faudrait carrément proposer un film, un vrai, avec la musique du groupe poitevin poser dessus. Ce n'est pas mon genre de film préféré (j'ai toujours tendance à décrocher au bout d'un moment) mais en attendant, tout ça est fait avec classe.

SKX (20/05/2007)
website groupe www.microfilm.tv
website label www.rejuvenationrecords.com
sounds la_fille_qui_en_savait_trop.mp3

Made in Mexico - Microwaves
Split 7''
Rampage 2006

Système M. Made in Mexico commence par un air de danse du ventre au ralenti, vite frelatée par un rythme vaudou. Ca s'annonce tribale avec la voix de Rebecca Mitchell qui prend possession de votre corps. La guitare sonne tout ce que vous voulez sauf une guitare. L'ex guitariste de Arab on Radar (le brun) continue d'aborder son engin par le coté. Charleston, c'est le nom du morceau, n'a rien d'une danse aux mouvements bien ordonnés. Une chorégraphie lugubre, une incantation qui glace. Made in Mexico continue de développer un univers bien particulier entre les grondements d'un Of Cabbages and Kings et toutes les déviances sonores largement cultivées par Providence. Excellent morceau. M comme Microwaves. Avant de sortir un troisième album, le groupe de Pittsburgh s'est fait les dents avec ses deux flèches bien acérées House of regurgitation et Song X. Tout un programme. Alors que le groupe était sur le hiatus, il revient plus énervé que jamais. Il laisse tomber un peu les machines au profit d'une attaque noise-rock en bonne et due et forme. Ya du Swob là-dedans. Ce mélange de rythmes inventifs et nerveux avec un duel basse-batterie qui remplit on ne peut mieux l'espace. Riffs maniaques, bordel trash et ordure. Deux petites bombes très déterminées et impeccables.
M comme merdique, sûrement pas !
SKX (28/01/2007)
website groupe www.myspace.com/microwaves | madeinmexico.lotsofnoise.com
website label www.myspace.com/rampagerecordings
sounds www.myspace.com/zodiaczoo

Microwaves
Contagion heuristic - CD
Crucial Blast 2006

Microwaves sort sa troisième galette du four. Après un System 2 prometteur, un Attack Decay Sustain Release essentiel, il serait temps de se rendre contre d'une évidence. Microwaves, c'est le haut du panier dans la catégorie noise-rock. Du solide, brassant de multiples influences pour accoucher d'un univers impitoyable et bien à eux. Mais la vie de Microwaves n'a jamais été un long fleuve tranquille. Plusieurs fois au bord de la rupture, le duo original Dr. David Kuszy (guitare/voix) et John Roman (ex-The 1985) a galéré pour maintenir le Microwaves au chaud. Après un intermède de Jason Jouver (reparti depuis se taper le Damon Che avec Don Caballero), l'ex-Creation is Crucifixion et Conelrad Adam McGregor s'adjoint la basse et seconde le chant. Pittsburgh a toujours été maîtres dans l'exploration du bruit et Microwaves en sont de dignes rejetons. Contagion heuristic se fait plus animal. On est mal, c'est sûr car quand le trio laisse au second plan les machines (sans complètement les abandonner), leur noise-rock est encore plus compact, étouffant. Ils avaient laissé entrevoir cette option sur leur split avec Made in Mexico (dont on retrouve le morceau Song X) et confirment toute leur violence latente. Les sons électroniques ne servent plus qu'à remplir les maigres espaces, appuyer les climats inquiétants comme sur les cinq minutes du lent et très bon instrumental Ruin the night. Et encore, l'électronique a bon dos. Ces bruits bizarres, ces flatulences au grand vent (la fin de Eye Removal), ce trafic incessant pourrait très bien venir du nouveau bassiste dont on s'inquiète tout d'un coup de la santé mental. Musique malsaine, groove répétitif, c'est du lourd, de l'inconvenant et non conventionnel. Microwaves aurait très bien pu tomber dans une mare expérimentale obscure. Ce qui les sauve, c'est leurs compos résolument tournées vers le rock et son énergie, une intensité bien placée en bas du ventre. Dans la lignée des Swob, Glazed Baby et plus proche de nous, Arab on Radar, Microwaves sort une nouvelle fois les grands plats. Contagion heuristic est un incontournable.

SKX (17/12/2007)
website groupe http://www.myspace.com/microwaves
website label http://www.crucialblast.net

Mission of Burma
The obliterati - CD
Matador 2006

Ma première rencontre avec Mission of Burma fut That's when I reach for my revolver. C'était par un beau jour d'été 2004. Et ça faisait dans les 23 ans que ce putain de morceau avait été écrit. Je l'ai écouté un paquet de fois, ça tournait en boucle et moi en bourrique. Comment j'avais pu passé à coté d'un tel chef d'œuvre ! Une composition ultra classique couplet-refrain-couplet mais un refrain à tomber, une mélodie à se damner et le pont musical comme on dit qui intervient à deux minutes et vingt deux secondes très excatement avec une ligne de basse comme il ne m'a jamais été donné d'entendre. A se rouler par terre. Tiré d'un EP Signals, calls and marches sorti en 1981, le groupe splitta deux ans plus tard. Puis, silence radio. Les trois membres se diluent dans des formations aussi dignes d'intérêt que la reformation des Sex Pistols, excepté le batteur Peter Prescott au sein de Volcano Suns. Mission of Burma, un groupe météorite qui en un seul album et une poignée de singles aura fait la jonction entre le punk mélodique des Ramones et des Buzzcocks et tout le rock indépendant américain, de Superchunk à Tar en passant par REM et Hüsker Dü. La symbiose magique d'un rock frais, mélodique et d'un bruit angulaire et chaotique. C'est en 2004 que Mission of Burma reprend du service. Mais pas le genre de reformation pour garnir uniquement les comptes en banque avec des remixes remasterisés en duo avec la star du moment mais des nouveaux morceaux, des vrais, des solides, pas du moisi de fond de bouteille. Ca a repris de belle manière avec l'album OnoffOn. Ca se poursuit à fond la gomme avec The Obliterati. Depuis le temps, le son s'est épaissi. Le gros à lunettes de Shellac a pris les commandes du studio et accomplit ici un travail d'orfèvres. Limpide tout en étant suffisamment crade. Etincellant tout en grésillant. Le travail mélodique en évidence tout en jouant sur les dissonances. Ce sont quatorze morceaux qui vous pètent à la tronche et vous enjôlent en même temps. Pour le reste, le talent de compositeurs du trio qui se partage le boulot fait mouche à tous les coups. La magie de Mission of Burma, ce petit truc bien à eux, indéfinissable, c'est d'écrire de bonnes vielles pop-songs, la pop avec un grand P, un grand O et un grand P, pas le truc chialard et mièvre, des compositions aux structures classiques, That's when I reach for my revolver for ever, roulé dans une certaine rudesse, un son de basse qui latte, du qui va à l'essentiel, direct et rock. Et sur ce double album en vinyl, le trio a mis le paquet, excelle, sort le meilleur du meilleur qu'ils aient pu fourni en 26 ans, pause comprise. Des harmonies vocales, des chants à deux voir à trois à se faire pâmer n'importe quel cœur endurcit, le don du refrain au milieu d'une rythmique qui bastonne. De quoi en retourner à tous les p'tits jeunes, de relégués à l'arrière plan tous les groupes qu'ils ont influencé. Les patrons sont de retour.

SKX (01/01/2007)
website groupe www.missionofburma.com
website label www.matadorrecords.com
sounds donna_sumeria.mp3 | 2wice.mp3

The Mock Heroic
Dignified Exits - CD
Super-Fi 2007

The Mock Heroic est une jeune déferlante anglaise. En onze titres et vingt-trois minutes, ils vous assènent un cours de musique en vitesse accélérée. La complexité d'un math-rock où la technique le dispute à la dextérité. L'élan punk-hardcore dans lequel tout ça est envoyé. La touche screamo avec le chant continuellement braillé et typé qui pourrait lasser sur la longueur mais au final, il s'avère assez discret et passe sans avoir besoin de crisper le sphincter. Une bastonnade tout en sons clairs de guitares marchant sur les plates-bandes d'un noise-rock sous amphétamines. Tout ça est joué très serré, acéré sans avoir le temps de macéré dans son jus. En moyenne, deux minutes suffisent pour balancer leurs flèches. Chacun abordera et entendra ce disque différemment selon sa chapelle mais ce qui risque surtout de se passer, c'est de faire l'unanimité ! Ca joue donc vite, bien, les cassures et changements de rythmes s'enchaînent tellement à toute berzingue que l'impression de fluidité prédomine, ils ne s'épargnent pas quelques pics mélodiques et le son tout sec et sans esbroufes accentue cette sensation de rapidité avec un poil de dureté autour pour faire plus viril. Et si tout les titres tendent à se ressembler, la courte durée permet de faire passe la pilule sans cligner des yeux. Un début très prometteur.

SKX (19/02/2008)
website label www.superfirecords.co.uk
sounds Despair_Epidemic.mp3

Monosourcil
s/t - LP
Gaffer / Dawn Boy / Steak au zoo 2007

Monosourcil comme monomaniaque et monoface. Terroristes du bruit gravant leurs méfaits auditifs sur le seul coté d'un vinyl, bourrant jusqu'à la glotte la pochette avec un CD gravé lui aussi à la main et des inserts qui ne se collent pas. Nancy ne va pas bien. Une haute dose de groupuscules post-punk débitant des grenades à la minute. Le plaisir du bruit dans l'instant, on pensera aux conséquences plus tard. On retrouve la vista et l'hystérie de Death to Pigs avec qui Monosourcil partage le même guitariste et le même foie. Malade et shooté au poppers. On hésite sur la sexualité de la voix avant de pencher vers une version féminine (mais aux dernières nouvelles, la chanteuse est pourvue d'un attribut tout ce qu'il y a de plus mâle, on ne peut plus se fier à rien dans ce bas monde). Monosourcil, c'est une idée, un morceau et on passe au suivant. Pas la peine de s'alanguir. Un riff cinglant, un rythme néanderthalien joué à toute vitesse, un jappement continu, une certaine idée de la nausée et du ras le bol. Monosourcil vomit sur vos tombes une sale noise furibonde en onze morceaux et treize minutes à peine avec quelques titres bien fumeux comme Balkan erotic epic. Melt-Banana en version lorraine. C'est forcément moins rigolo mais ça fait son effet. Ca raffûte, ça tacle, du premier degré qui manie l'humour d'un Arab on radar, toujours là dans les bons coups mais n'essayer pas de danser. Monosourcil est mononoise. Musique (mais vous pouvez appeler ça autrement, ça ne gêne pas) calibrée pour une durée idéale. Au-delà, ça perdrait toute sa raison d'être.

SKX (23/12/2007)
website groupe www.myspace.com/monosourcil
website label www.gafferrecords.com | www.myspace.com/downboyrecords | www.myspace.com/steakauzoo
sounds balkan_erotic_epic.mp3

Andy Moor
Marker - CD
Unsounds 2007

Qui a envie d'écouter un disque de solo de guitare électrique ? J'ai dû me dire la même chose pour L'Ocelle Mare. Mais quand c'est Andy Moor, le guitariste de The Ex qui s'y colle, on a quelques raisons d'espérer. L'espoir de ne pas subir des soli à tour de bras, de la masturbation de manche à s'en filer des ampoules, de l'air guitare avec une guitare (??). On peut craindre par contre une certaine âpreté, voir austérité, voir, soyons fous, de l'incompréhension totale face à un jeu qui n'est pas réputé par son académisme. L'Anglais (né à Londres en 1962) a beau mettre de la mélodie dans The Ex (ou encore Dog Faced Hermans dans une autre vie), ces autres projets (Kletka Red) et collaborations avec toute une clique d'improvisateurs ne sont pas là pour rassurer le tympan en quête de repos.
Bizarrement, c'est son premier album en solo, un recueil de compositions allant de 2000 à 2006, écrit au gré des voyages et rencontres, selon l'inspiration du moment, son repas du midi et le temps qu'il faisait. Et à écouter ce Marker, le soleil n'a pas dû souvent briller sur la route de Andy Moor. Avant de parler technique et outillage, c'est d'humeur qu'on va causer. Et l'humeur est à la mélancolie. Andy Moor n'est pas là pour tailler la bavette à s'arracher les cordes de la guitare qui en a vu d'autres dans la maltraitance et la joie de vivre (ce n'est pas incompatible). La guitare n'est qu'un vulgaire instrument, une machine à sortir des sons et Andy Moor l'a toujours envisagé sous cet angle. Ne pas cherchez à la respecter, l'expérimenter sous toutes les coutures possibles, lui faire pleurer sa mère et en sortir quelque chose de plus original que les sempiternels soli de guitare rock'n'roll vus et rabattus.
Sauf que pour ce coup ci, il choisi la carte de la sobriété. Il continue de frapper, pincer, étirer ses cordes, les désaccordent tout en jouant, leur faire connaître autre chose qu'un diapason ou le bout de ses doigts mais sans son sens débordant habituel. Quasi austère le père Moor. Plusieurs morceaux m'évoquent le théâtre No (les huit minutes de 3am et Stadium par exemple), allez savoir pourquoi, je m'y connais autant qu'en claquettes. Un je ne sais quoi en tout cas de parfum asiatique, des compos épurées, du calme qui tombe et le silence qui s'installe entre les notes. D'autres morceaux tendent également vers l'abstraction et la face improvisée du personnage, sont issus à la base d'ébauches de compos pour des films ou des spectacles de danse pendant que d'autres titres sont tout simplement de belles ballades mélodiques qui aurait pu servir de trame à The Ex (Alex et Truth in Numbers). Andy Moor ne se donne pas de limites, passe allègrement de morceaux intimistes avec sa seule et fidèle guitare à des compos plus orchestrées. La guitare se dédouble, se triple et avec son art de sortir des sons de nul part, on ne sait pas toujours bien si ce qu'on entend provient de ses six cordes ou d'un quelconque objet instrumental non identifié (oini) ! Une collection automne-hiver à l'image des instantanés parsemant le livret de la pochette. Impressions fugaces de destinations tour à tour rebutantes ou plaisantes. Soit on part dans son sillage, soit on reste sur le tarmac. Dans l'ensemble, le voyage vaut le détour.

SKX (16/04/2008)
website groupe www.myspace.com/andymoortheex
website label www.unsounds.com
sounds Alex.mp3 | UgandaFly.mp3 | Stadium.mp3


Morkobot
Morto - CD
Supernaturalcat 2008

Morkobot
Mostro
- CD
Supernaturalcat 2006

Morkobot
Morkobot

Supernaturalcat 2005

Ca tombe bien que Morkobot sorte un nouveau disque car les chroniques de leurs deux précédents albums étaient sur le feu. En plus, et je le découvre à l'instant, Morto clôt une trilogie entamée en 2005. La vie est belle, reprenons tout depuis le bédut. Morkobot est un trio instrumental italien composé de deux basses et une batterie, se surnomme Lin, Lan et Len et comme aucun n'est tombé à l'eau, ça nous donne un premier chapitre se nommant comme le nom du groupe. Une saga qui tourne autour d'un délire d'une planète lointaine qui a envoyé ces trois messagers pour des expérimentations soniques que les humains appellent musique (on en fume de la bonne de l'autre coté des Alpes). Une approche second degré tranchant avec la rigueur et la rugosité de la musique. On ne peut pas parler non plus d'expérimentations soniques (ça sera pour plus tard). Pour l'instant, nos trois petits hommes verts prennent leur marque sur la Terre et l'approche est encore timide. Leurs cousins se nomment Noxagt, Sabot ou Zu mais ils sont arrivés depuis bien plus longtemps pour qu'on les mette sur un même pied d'estale. Ils ont beau possédé le bon gros son de basses à défriser un mouton, des relents de prog-rock et des pédales wah-wah sont trop présents pour les accueillir à bras ouverts. Morkobot tente de nous secouer sur des rythmes plus groove (Morkobot faces the 7th mirror), de se camoufler derrière de nombreuses fausses pistes rythmiques, de semer le trouble en jouant plus sur les ambiances sidérales (à défaut d'être sidérantes) que les joutes rythmiques à tout va, mais on sent bien qu'ils en gardent sous la soucoupe volante. On frôle même parfois le trou noir comme sur les sept minutes de A nightwalk on no ground et le long, très long (15 minutes !) Modulock. Un premier volet qui n'a rien d'extra-terrestre.

C'est en fait avec le deuxième chapitre, Mostro, que le monde de Morkobot s'est infiltré par ici. Et c'est tout simplement le meilleur. Morkobot a les pieds bien sur terre et la tête dans les amplis. Le groupe se lâche, la balance rythme/expérimentation trouve son équilibre et ça défouraille sévère. Les titres semblent venir de la même planète que Magma (Tobokrom, Zorgongollac, Kakaiplus, etc…) mais tout ce qui pouvait avoir de traces seventies prog-rock mes couilles y est resté. Le terrien peut serrer les fesses car Morkobot montre son vrai visage d'envahisseur et ses trois messagers n'ont pas l'intention de faire des prisonniers. C'est pesant, inquiétant, âpre, du noise-rock granuleux qui n'a cesse de chercher de nouvelles voies dans la galaxie d'un petit monde musical trop souvent sclérosé. Dommage que cette deuxième soucoupe soit ternie par un dernier titre qui n'en finit pas. Un pêché d'orgueil qui frôle les vingt-quatre minutes (Poldon). Seul le début fait illusion et fait corps avec le reste des cinq titres précédents avant de partir sur des expérimentations soniques se mordant la queue et celle-ci n'est pas une comète.
(Si vous croisez la version vinyle, n'hésitez pas une seconde : superbe objet sérigraphié en format 10'' avec spirale et nombreuses illustrations).

Si la simple évocation de Morto me donne envie de saucisses, savoir que c'est aussi le concept d'un seul et long morceau me rétrécit le sphincter. Pour être exact, un morceau découpé en trois parties de onze, dix et dix-huit minutes pour un death concept et une vague histoire de renaissance, j'avoue ne pas avoir tout saisi et je m'en tape pas mal. Mes vieux réflexes punks ne me poussent pas à la réjouissance et les albums conceptuels sont de sombres images du passé qu'il n'est pas bon de déterrer. Mais dans la bouche de Morkobot qui se déclare venir d'une autre planète, ce genre de concept ne peut que être foireux. Death to death concept ! Il ne faut pas s'arrêter au découpage de cet album et y voir une multitude de titres enchaînés les uns aux autres. Le trio réussit à maintenir pression et cohésion. On retrouve toujours la même gamme de sonorités. Abrupt, machinerie rugueuse, proche parfois d'un chaos industriel avec ses no man's land inquiétants, la technicité d'un groupe instrumental prenant de moins en moins de place par rapport à la mise en place d'ambiances intimidantes, même dans ces moments les plus coulant. C'est par une approche similaire que le Guapo de 2001, celui du fantastique album Great sage, equal of heaven (pas le funeste grand guignol qu'ils nous servent désormais) nous avait scotché. Morto est une masse sombre et écrasante, meurtrie par des paysages sonores accidentés, à grands coups de basses dans la gueule, dont les cordes sont aussi bien frappées que triturées dans tous les sens avec une belle galerie de pédales d'effets. Et comme il est dit que Morkobot ne sait pas finir ses albums, c'est avec huit minutes de trop qu'ils nous achèvent, huit minutes d'un bruit inutile. Mais cela ne saurait masquer la bravoure précédente, essuyer la sueur sur le front d'une trilogie qui termine bien mieux qu'elle n'avait débuté.

SKX (10/11/2008)
website groupe www.myspace.com/morkobot
website label www.supernaturalcat.com

Mouthus
Saw A Halo - CD
Load records 2007

Encore une nouvelle signature pour Load, le label qui aime bien nous casser les oreilles. Mouthus n'est pas pour autant une formation inconnue puisque ce groupe a déjà publié une grosse poignée d'albums sur des labels non moins irritants tels que Ecstatic Peace!, Troubleman Unlimited, Important records, No Fun Productions, Bottrop-boy… des habitués donc. Si on ajoute à tout cela le fait que Brian Sullivan -Guitare, voix, électronique- est également membre de Death Unit (avec entre autres Chris Corsano, un gars de Hair Police, etc) et jouait auparavant avec Richard Hoffman (de Sightings), on peut avoir une petite idée de la musique de ce duo basé à Brooklyn. Une petite idée seulement.
Le titre d'ouverture, et le seul donné en pâture sur le site du label, est des plus trompeurs. On y navigue en plein mantra folk psychédélique, option que l'on retrouvera parfois en filigrane au long de l'album avec ce paroxysme répétitif atteint sur la dernière plage, The Gift Of Sighs et son krishna beat qui donnerait presque des envies de meurtre s'il n'était contrebalancé par un chant léthargique pour cause d'inhalation excessive de limaille de fer, un final à la guitare frisant le grand n'importe quoi noisy et quelques percussions et bruitages pour faire peur. Entre les deux, il y a l'indus tribal de Armies Between qui renvoie directement au meilleur de Missing Foundation (notamment au niveau de la voix), référence récurrente de ce Saw A Halo. Beaches Sleep Here offre a nouveau un visage plus apaisé, Death In June -tendance néo folk- perturbé par quelques échos métalliques. Wave Through a lui un doux parfum de Thobbing Gristle, avec cette ambiance de menace latente.
Moins agressif et ludique que certains autres enregistrements de Mouthus, Saw A Halo peut à l'occasion se révéler étrangement mélodique, du moins comportant quelque chose à quoi on peut facilement se raccrocher, et reste (attention : lieu commun) l'enregistrement le plus accessible du groupe à ce jour. Il n'y a pourtant aucune chanson sur ce disque qui devrait donc ravir les amateurs des groupes cités ci-dessus et, de manière générale, les groupes estampillés Load records. Mais pas que.

Haz (25/02/2008)
website label www.loadrecords.com
sounds www.loadrecords.com/sound/mouthus_yourfarchurch.mp3

Mutators
Secret Life - CD
Nominal 2008

Un nouveau groupe canadien en passe d'affoler les compteurs. Après deux singles et un split 12'' avec Shearing Pinx, le trio originaire de Vancouver au patronyme à figurer à l'affiche d'un festival de grind sort une grosse baffe cinglante qui donne envie de tendre l'autre joue. Et c'est pourtant pas le genre de la maison ! Deux mecs à l'origine du raffut. Guitare, batterie, un maximum de dommages. De la brutalité avec un zeste d'accroche, de la tribalité, du concassage de noix, je te vois les cacahuètes quand tu danses comme ça mon gros lapin. Mutators se rapproche de tous ces groupes punks étrangers à toutes idées de structures à l'instar de leurs compagnons de tournées Shearing Pink ou Night Wounds avec qui ils viennent de sortir un split single ou des trucs bien tout fou de chez Load records comme Business Lady. Et si on veut remonter encore plus loin, le mouvement no-wave n'a sûrement pas laissé Mutators insensible. C'est même la base de beaucoup de choses. Mais ce qui fait réellement la différence, c'est le chant de Lief Hall. Une chanteuse incroyable, un p'tit bout de femme d'où sort des cris primaires. Pas le jappement de la japonaise hystérique qu'elle n'est pas du tout de toute façon, pas le truc aigue sans fin qui finit pas peser sur les nerfs et se fracasser dans le vide, bref un truc plus crédible et consistant que tous les Aids Wolf et Pre réunit. Une technique vocale à s'arracher les cordes, on a mal pour elle, ça vient du fond de la gorge et un peu plus bas même encore. Des paroles incompréhensibles qui ne sont souvent que des onomatopées. Ca braille, ça grogne, ça se lamente, c'est un grondement étonnant et heureusement pour elle et sa santé, elle sait parfois se calmer et alterner avec un débit plus normal pour l'humain moyen. Un chant impressionnant, renvoyant Yakuso et ses bananes mélangées à ses études, véritable instrument à part qui donne du relief et de la puissance au bordel de ces deux camarades de jeu. Je ne donne pas cher de ses cordes vocales sur la longueur d'une tournée à hurler comme elle fait. Ou alors elle se dope. Treize titres cruels, drôles, anarchiques, tour à tour furieusement basiques et agités du bocal, avec un peu de trompette pour faire la fête quand tout est vraiment trop tendu du slip. I'm gonna fuck you everywhere scande-t-elle sur Bent Backwards. Pour sûr, on l'a bien profond sur ce premier album très pénétrant !

SKX (29/10/2008)
website groupe www.myspace.com/mutators
website label www.recordsnominal.com

My Disco
Cancer - CD
Stomp / Numerical thief 2006

My Disco se met en phase avec son patronyme. Pas la disco à paillettes pour kékés mais le beat post-punk, frigide comme au début des années 80 avec Wire. Le trio australien quitte donc ses apparats très convaincants de groupe bruyant et émotionnel pour muer dans une approche tendance. Huit morceaux congélo, rythmique minimaliste, avec une basse qui semble toujours jouer la même partition. D'ailleurs tous les morceaux semblent identiques ! Chaque instrument détaché de leur cortex, dans sa bulle, à se cogner inlassablement la tête sur la même tonalité. My Disco a voulu donner de l'air à ses compos, agrandir l'espace. Bizarrement, on a jamais eu autant l'impression d'étouffer. Epurer, sans âme, attendre comme un con que quelque chose se passe. Ce groupe est cliniquement mort.

SKX (22/01/2007)
website groupe www.mydisco.com.au
website label www.stomp.com.au | numericalthief.com
sounds Perfect.Protection.mp3

My Disco
Paradise - CD
Stomp / Numerical thief 2008

Ce groupe semblait parti sur le chemin du non retour, rangé au rayon copieusement garni des groupes ayant réalisé un premier album très intéressant avant de se perdre en route et partir en vrille pour le restant de leurs jours. Nommer un second album Cancer, ça porte malheur alors que Paradise redonne tout de suite le sourire. Le trio australien est sur la voie de la guérison. Pourtant les symptômes sont identiques. Minimalisme, ultra répétitif, sec comme un coup de trique mais là, miracle, ça fonctionne. Serais-ce le bon docteur Albini venu se pencher sur le cas du malade ? Aurait-il trouvé le remède magique ? Car dans cette musique, tout est histoire de détails, trouver, accentuer le subtil changement qui fait toute la différence, la nuance qui tire le morceau vers le haut. Et rien de telle que toute la science d'un Albini pour savoir faire sonner une guitare et une section rythmique comme il sied vu que My Disco pourrait apparaître comme un Shellac en version ultra désossée. Alors que sur le précédent disque, le rendu était cliniquement mort, la guitare prend cette fois-ci suffisamment d'espace pour apporter la chaleur nécessaire (Mosaics), le basse-batterie suffisamment d'ampleur pour que la psychorigidité de My Disco se transforme en un album précis, net, sans bavures et clinquant. Le début de l'album ne porte pourtant pas à l'optimisme. I, c'est une minute quarante d'un seul et même rythme qui se prolonge sur You Came To Me Like A Cancer Lain Dormant Until It Blossomed Like A Rose, vous faisant penser que votre CD est rayé. Vraiment. Liam Andrews (chanteur-bassiste) se contente de répéter You came to, le rythme est rigoureusement le même, répétitif à mort, You came to devient You Came puis You, c'est sûr, il va crever en direct. Cancer semble continuer à faire sa basse besogne. Puis, peu à peu le groupe relève la tête. Le rythme du troisième morceau devient robotiquement dansant, la guitare se répand et Paradise vous est grand ouvert. Même les neuf minutes de An Even sun ne sont pas chiantes ! Là encore, c'est la guitare qui fait le boulot, sur un rythme quasi-immuable (batteur et bassiste chez My Disco est un boulot demandant un réel sens du sacrifice), n'hésitant pas à se lâcher, se triturer les cordes pour tenir en haleine. Avec une formule aussi attirante qu'un train de marchandise, My Disco arrive à capter l'attention, qui n'arrive pas dès les premières écoutes mais fini par vous happer. Méthodiquement. Comme un clou soumis à la logique implacable de cette répétitivité qui est plus forte que vous. En ces temps de crise, la cote de My Disco remonte sérieusement.

SKX (13/10/2008)
website groupe www.mydisco.com.au
website label www.stomp.com.au | numericalthief.com

Myra Lee
2 - CD
Rejuvenation / Théâtre / La Machoire 2007

Myra Lee, c'est tout Poitiers dans votre salon. Prêt à en découdre. Trois ans de gestation, un bon paquet de concerts et les armes qui s'affûtent. Myra Lee n'a pas changé grand-chose mais ils le font encore mieux. Loin des modes, ils continuent de jouer avec leur cœur et toutes de tripes un screamo-hardcore tendu du slip et des titres qui en disent long sur leurs pensées. Fais toi opérer, Vivre et penser comme des bêtes (avec Sam Balin d'Epileptic qui intervient au chant), Pauvre ignorant, La bête sous l'eau (avec un autre invité au chant, Greg Florent, hurleur patenté des inénarrables Cut et boss de Théâtre records), ou autre Mange merde. De la poésie, de la vraie. Et la musique dans tout ça n'est pas là pour vous compter fleurette. Le trio poitevin apporte une dimension noise à son hardcore écorché de base, une virulence bien crade qui enveloppe des compos sans surprises mais bien juteuses. Il y a du 10 Volt Shock dans cette façon d'aller droit à la cible, d'allier une rythmique redoutable à la Hammerhead à des mélodies qui n'ont l'air de rien mais qui font mouche. Un deuxième album à l'image du frêle et sobre digipack sérigraphié dans l'antre du Confort Moderne à Poitiers. Sans esbroufe, percutant, qui ne vous renverse pas à première vue mais dont le travail de sape est très convaincant à la longue.

SKX (19/05/2007)
website groupe loisirsmyralee.free.fr
website label www.rejuvenationrecords.com
sounds vivre_et_penser_comme_des_porcs.mp3 | pauvre_ignorant.mp3


 
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