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ARCHIVES 1999 - 2008
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TAIPAN 1002 a rock odyssey
TALIBAM ! Buns and gutter
THE TALL SHIPS Paint lines on your glasses look up at the stars and play them as notes
TANG This quietness booms about on the walls like birds in panic
TANG Another thousand days, out of this world
TANTRUM The frontier bursts into view
TAYLOR s/t
TELEMARK s/t
TELEMARK Viva Suicide
TEN GRAND this is the way to rule
TEN VOLT SHOCK Ten volt shock
TEN VOLT SHOCK the incident 7"
TEN VOLT SHOCK " s/t "
TETSUO/BRASS KNUCKLES FOR TOUGH GUYS stunt
THAT FUCKING TANK A document of the first set - EP
THAT FUCKING TANK The day of death by bono adrenalin shock
THERAMIN We were gladiators
THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT s/t
THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT / VANILLA Our dreams walking their way - chapter 2
THESE ARMS ARE SNAKE Oxeneers or the lion sleeps when its antelope go home
THESE ARMS ARE SNAKE This Is Meant To Hurt You
THEY SHOOT HORSES DON'T THEY ? Boo hoo hoo boo
THIRD POLE/SLAM 3ème sous-sol / subculture
THIS BRIGHT APOCALYPSE Motion and Rest
THIS MOMENT IN BLACK HISTORY It takes a nation of assholes to hold us back
THREE PENNY OPERA ....countless trips from here to there
THREE SECOND KISS Long Distance
TIGON s/t EP
TIM The room
TIMES NEW VIKING Paisley Reich / Dig Yourself
TIM GARRIGAN to be and not to be
TIME TO BURN Is.Land

TODAY IS THE DAY / METATRON the descent
TODAY IS THE DAY in the eyes of god
TODAY IS THE DAY Kiss the pig
TODD Comes to your house
TODD / PART CHIMP Split 7''
TONE structure
TONE Solidarity | Ambient | Metals | Structure | Sustain | Build
TORCHE In return
TORCHE Neanderthal
TORNAVALANCHE No money, no problems
TOTAL SHUTDOWN Reflections
TOTHETEETH/TOTHEHILT Sound Logic
TOUGH GUY FANTASY / ARTIC BOYS Thank Gods It's Friday - Louisiana Purchase
TOURETTES LAUTREC red all
TRANSISTOR TRANSISTOR Erase all name & likeness
TRANSISTOR TRANSISTOR / WOLVES split album
TRANSISTOR TRANSISTORYoung Vampires of New Hampshire/White Knives
TRAPDOOR FUCKING EXIT s/t
TRAPDOOR FUCKING EXIT Be Not Content
TREASURE CHEST AT THE END OF THE RAINBOW / MUTINY ON THE BOUNTY Split CD
TRUE NORTH we speak in code
TRUMANS WATER The singles 1992 - 1997
TRUMANS WATER / ROSOLINA MAR Rosolina Mar meets Trumans Water
T-TAURI Infinite Motion
TURING MACHINE a new machine for living
TURING MACHINE Zwei
TVESLA / EYSTON Split 7''
TWELVE HOUR TURN perfect progress, perfect destruction
TWELVE HOUR TURN bend break spill

TWENTY-ONE CROWS Whatever will become of us…


TANG
" This quietness booms about on the walls like birds in panic " - CD
Emolution 03
J'ai beau ne pas apprécié du tout le nom du groupe, j'avoue avoir été comme berné par ce premier album. Une agréable surprise qui débarque sans prévenir. Pas que ce disque révolutionne quoique ce soit. Seulement il possède ce charme immédiat qui vous prend à la gorge. Ce truc à fleur de peau qui égratigne la boite à chagrin. Les titres défilent et l'impression de connaître cet album par cœur dès les premières écoutes. Non pas à cause d'un air de déjà entendu mais tout simplement, chaque mélodie sonne juste, chaque compo a cette évidence qui s'impose à vous, sans fioritures. Ce groupe lillois tire sa richesse de groupes " emo-noise " (l'étiquette est large, c'est fait exprès, car leur musique dépasse ce genre de conneries) comme 400 Hundred Years pour aller jusqu'à Unwound dans le dynamisme de certains titres. L'atout majeur reste ces deux voix, s'emmêlent, se complètent. Voix rageuse, possédée. Voix posée, mélancolique. Ca vous met sur les rotules. Ajoutez une production pleine et puissante mais pas gros bras, où chaque instrument trouve l'impact idéal et vous avez huit titres percutants, plein de bruit et de fureur, d'innocence et de conviction. Et si l'ensemble a tendance à se ressembler sur la longueur, le tour de force est suffisamment convaincant et rageur pour vous faire oublier ce petit pêcher de jeunesse. Un jet continu qu'il faut boire d'une traite. Pour une fois, je recommanderais à quiconque de consommer du Tang sans modération.
SKX (03/07/2003)

TANTRUM
" The frontier bursts into view " - CD
Supine 03
Tantrum voit rouge. La cote sud aux environs de Montpellier connaît une brusque montée de chaleur. Dans une région sinistrée pour toute musique extrême dans le hardcore-noise moderne, Tantrum n'en a cure et rajoute même une couche dans le degré de brutalité. Ce trio n'a jamais été connu pour sa tendresse. De là à imaginer leur rock lourdingue se transformer en un hardcore résolument tourné vers l'avenir, aux cotés de groupes du calibre de Knut ou (feu) Botch, c'était tirer des plans sur la comète. Quitte à se faire passer définitivement pour des extra-terrestres auprès de leurs voisins, Tantrum persévère et offre un splendide condensé de musique diaboliquement compacte, torturée à faire plier une porte de prison. Produit par Serge Morattel (les premiers Brazen, Knut justement), cet album est une plongée en abîme. On reconnaît ce son hyper dense, solide et ample en bouche. Ce magma sur lequel vient de poser des compos tout en rythmes. Des voix, de vrais crève-cœur. La boule se forme en silence, à l'ombre des frustrations, et explose à la tronche. Une machinerie infernale pour un truc sombre qui n'est pas là pour vous faire croire au père Noël. Ca se prend de face et si parfois, on aimerait quelques respirations un poil plus mélodique, histoire de souffler un peu, force est de reconnaître que Tantrum n'a rien à envier aux groupes dont ils s'inspirent. Au sud, la terre tremble.
SKX (02/09/2003)
TAYLOR
" s/t " - CD
Brand Abrasive Sound Structure 97
A manipuler avec précautions. Les bords sont tranchant. Une pochette scalpel. Plaques de métaux grises, lavis en son centre. La caisse à outil n'est pas fourni avec. Passé le choc de la pochette, on revient sur terre. On devient presque circonspect : groupe de Chicago, production Albini, ça sent le réchauffé. Les chemins naguère les mieux banalisés sont devenus infréquentables. D'inexplicables déviations en cours de route. Le mur se lézarde.... Et Taylor nous mène en bateau. Certes, leurs 8 titres ne peuvent provenir que de Chicago, mais Taylor, riche en idées, travaille les guitares, se concentre sur les mélodies et rajoute une couche de subtilités sans donner dans le noise sombre et convulsif systématique. A l'image de leur packaging, Taylor est fin et tranchant et se trouve même une place au soleil!
SKX (26/11/1999)

TELEMARK
" s/t " - 12"
Bombshell 02
L'air est rare. L'esprit belliqueux. Telemark est allemand et descend, tout schuss, vous asséner une bonne calotte derrière les rotules. Telemark ignore les règles de bonne conduite. Une avalanche de première fraîcheur. Vous vous ferez bien une petite ligne ? Au chapitre des comparaisons inutiles, Telemark slalome entre les bornes incontournables que sont leurs compatriotes Kurt, Dawnbreed et Eniac. Vous rajoutez par là-dessus quelques portes où s'engouffre une bonne pincée d'esprit punk sautillant qui cherche la baston mais pas méchant dans le fond, voir une touche de Fugazi particulièrement sensible sur " separation " et vous aurez à l'arrivée six titres fumants, prêts à remonter le niveau de la mer. Le chant se partage entre l'Allemand et la langue de Shakespeare mais c'est pas pour faire de la poésie. Telemark sont chaussés pour l'hiver. Leur printemps s'annonce chaud et cette première production, une belle petite trouvaille à marquer d'une croix blanche.
SKX (12/03/2003)
TEN GRAND
" this is the way to rule " - CD
Southern 02
Cette chronique (même tardive) aurait pu être tout autre. Mais voilà, l'été et son cortège funèbre sont passés par là et l'annonce de la mort en août dernier de Matt Davis, chanteur principal et l'un des deux guitaristes de Ten Grand modifie l'écoute de cet album, l'un des trois, quatre meilleurs trucs qu'il m'ait été donné d'écouter cette année. Entendre cette voix si intense, au timbre unique et vous dire que c'est la dernière fois vous file le bourdon. Quand en plus, vous vous remémorez leur concert à Rennes (unique date française) en mai dernier, leur prestation qui vous explose les tripes et vous rend joyeux jusqu'à l'hiver prochain et que des dizaines d'images de ces deux jours en leur compagnie vous reviennent instinctivement quand vous enclenchez ce CD dans votre machine, la musique de Ten Grand prend alors une dimension singulière. Après avoir débuté sous le nom The Vida Blue, nos quatre lascars de Iowa City changèrent pour éviter un procès avec un gros groupe ringard du même nom et cet album, le deuxième, sous leur nouveau patronyme, marque aussi comme une seconde naissance. Un palier franchi qui fait passer leur très honnête premier album pour un tir encore mal ajusté, qui ne sort pas du lot, vers une musique fortement émotionnelle et personnelle. On ne va pas chercher à catégoriser. Ten Grand se situe entre et au-delà de tous courants. Rock. Toute l'urgence et la finesse. Toute la candeur et la chaleur. Ses coups de butoirs et ses coups de gueules (" i will seriously pay you to shut up "). Sa ballade monstrueuse qui vous arrache à vous-même (" wedding song "). Son apparente complexité et sa fulgurante efficacité. Dix morceaux, dix personnalités, toute une vie qui défile. Et toujours cette voix qui revient, cette voix de black américain, au grain si incandescent, qui donne aux compos de Ten Grand une aura et une profondeur de champ unique en son genre. L'histoire de quatre gars tout simple du Midwest américain qui mettent dans leur musique tout leur cœur et leurs tripes, exutoire de frustration et de colère. Un disque qui hante votre étagère, rangé parmi ceux dont on ne se séparera jamais, même au plus profond de la dépression. " This isn't heaven, this sucks " écrivait-il. C'est bien connu, c'est toujours les meilleurs qui partent en premier. A nous, il reste que du bonheur et ce passage, si court fut-il, valait vraiment le coup. Merci pour tout.
SKX (15/12/2003)
TETSUO/BRASS KNUCKLES FOR TOUGH GUYS
" stunt " - CD
Class-B records 99
Vous connaissez la rengaine des groupes américains qui splittent plus vite que leur ombre ! Un gâchis énorme quand on ose imaginer que dans leurs tiroirs restent à jamais enfouies des compositions qui ne demandaient qu'à voir le jour ! On restait avec Tetsuo sur un magnifique 45 trs. On s'en prend pour 9 de plus (7 en fait puisque 2 titres du 45 figurent déjà sur cette compil). Et Tetsuo de montrer tout son savoir-faire, à l'avance, dans la décomposition math-rock à haute énergie. Avec en bonus 4 inédits de BKFTG devant paraître à l'origine, avant le grand big-bang final, sur un split Lp avec Managra (ce groupe parti mangé les pissenlits par les racines d'ailleurs aussi !). Un grand merci à Andrei Cabanban, guitariste de American Heritage et boss de Class-B records d'avoir déterré ces quelques misérables joyaux !
SKX (12/07/1999)

THIRD POLE/SLAM
" 3ème sous-sol / subculture " - split 12
La Galette Intégriste 01
On va dérouiller sévère. Se mordre la queue, la perdre, la tête avec. La logique s'abstenir. Le sens du rythme se porter pâle. La Galette Intégriste, nouvelle arme incendiaire de feu le magasin de sk(e)uds rennais Cyborg Station, rebrousse le poil et distille sa nouvelle grenade avec deux groupes locaux triés sur le volet. Third Pole. Duo mixte avec basse acoustique et chant féminin contre mixer de l'enfer et beat machines frapadingues. Une formule qu'elle est pas courante! Rythmes décalés, qui montent tout en douceur, arrêt-marche-arrêt. La voix arrive, au loin, couverte par le beat qui part dans tous les sens avant que la mélodie, insidieuse et hypnotique, ne s'installe définitivement. Les rythmes-machines tournent autour, cassent tout, reconstruisent, sèment le trouble chez l'auditeur autant que cette mélodie décidément bien perverse. Ca n'arrête pas de me rappeler Pain Teens de par ce climat onirique et inquiétant. Pain Teens au pays de l'électronique. Avec Slam, un seul homme derrière les machines. Le climat s'installe également sur la durée. L'après cataclysme, bienvenue aux drones électroniques, aux fréquences sidérales, le futur à ta porte. Et l'ennemi jamais loin qui attaque subitement. Break noise-core électro ou drum and bass de guérilla urbaine. Qui peu à peu se dissout sous les bombardements et fini en grésillements perpétuels. Brouillage des ondes irréversible. Je ne suis pas la personne la plus approprié pour parler de et apprécier ce style de musique. Mais pour tous les fans accros d'électronique extrême, en quête du nouveau et du contre rythme, de bruits tordus, cette galette n'a d'intégriste que le nom et est ouvert à toutes les sensibilités....
SKX (20/11/2001)
THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT
" s/t " - CD
Grok Plastique 00
A l'est, toujours du nouveau avec une nouvelle étoile au nom pas possible (hommage aux Smiths?) en provenance du Japon. Le chaînon manquant entre Envy et Nine Days Wonder. La passion et la chaleur débordante des premiers nommés sans la production flamboyante. Des seconds, le format emo-core à haute énergie, la simplicité et l'efficacité des mélodies. Ca rigole des genoux. Ca file droit et sans cliché. Un duo de voix qui enflamme les pistes. Dont une très attachante, juvénile et qui part dans les aiguës, mettant le feu aux poudres lors de refrains suicidaires. 7 titres parfaits de justesse et finement désossés. Parfum entêtetant. L'île au bonheur.
SKX (10/04/2001)

THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT/VANILLA
" Our dreams walking their way - chapter 2 " - CD
Waiting for an angel 02
Chapitre deux. On garde une ligne directrice identique pour le graphisme et la présentation. Sauf la couleur. Force rose contre force verte ! Après leur excellent premier album sept titres, beaucoup d'espoirs étaient placés dans TIALTNGO (désolé pour l'abréviation, elle-même plus longue que de nombreux autres noms de groupes !!). Pas de jugement dernier, on attendra l'album en 2003 pour se faire une idée plus définitive, mais ces deux inédits n'augurent rien d'enivrant… La musique quitte les sentiers emo-hardcore écorchés pour passer dans une zone floue de rock-emo-indé de facture relativement classique. Et surtout, le chanteur est une vraie catastrophe. Les apprentis stars des reality-shows lobotomisant feraient preuve de ténors à coté ! Il ferait hurler à la mort une meute de lévriers afghans tellement il chante faux. Du coup je zappe et débarque directement chez les parisiens de Vanilla. On respire. Là au moins, ça chante juste ! Trois morceaux, mécanique de précision, rock posé et à émotions diffuses. Vanilla maîtrise et déroule son savoir-faire. Pas de folie contagieuse mais du travail bienfait. Un chapitre deux en dessous du premier, bancal et pas très complémentaire. On attends néanmoins la suite avec impatience (Kulara / Rroselicoeur, 9 Days Wonder / Amanda Woodward, etc…).
SKX (08/11/2002)
10 VOLT SHOCK
" the incident " - 7"
X-Mist 02
10 Volt Shock, c'est le projet annexe de Frank, guitariste-chanteur des grandioses Kurt. Alors vous dire que dans 10 Volt Shock, on ne retrouve pas l'influence de Kurt serait vous mentir. Trois titres qui dégagent une haleine identique de post-punk-noise rebelle et bien dégagé derrière les oreilles. Après un mini-CD six titres à la production faiblarde, 10 Volt Shock rehausse le volume et nous font boire la tasse. Encore plus direct et sans fioritures que Kurt, avec cette once de mélodie qui fait toute la différence. Un trio qui ne compte pas ses pulsations à la minute et qui est bien plus qu'un palliatif dans l'attente d'un nouveau Kurt (dont le nouvel album "The Ambush" sort en mars!). Longue vie à ce nouveau projet!
SKX (31/01/2002)
10 VOLT SHOCK
" s/t " - CD
Autoproduction 01
Les temps sont longs et les forêts giboyeuses. En attendant un nouveau disque de KURT, Frank, guitariste-chanteur, s'acoquine avec deux autres larrons et remet l'étincelle avec ce trio 10 Volt Shock. Enregistré et bouclé en une nuit et une journée, autoproduit et juste distribué par X-Mist, ce 6-titres ne traîne pas en route. Ca sonne comme une démo de Kurt, droit au but, l'urgence aux fesses mais sans le volume et l'ampleur de Kurt. Vous me pardonnerez ce rappel sans cesse à Kurt, mais le parallèle est trop facile. Cependant, la copie n'a rien de pâle. Les compos sont là. Des morceaux comme "the vexed" ou "superflexx" tiennent debout tout seul, sans l'aide d'une comparaison quelconque. C'est sec et sauvage, bien punk et minimal, les doigts dans la prise. Juste parfait, point trop n'en faut!
SKX (09/10/2001)
THREE PENNY OPERA
" ....countless trips from here to there " - Lp
Spectra Sonic Sound records 98
Voilà le groupe type formaté pour les singles, vous apporter chroniquement son lot de hits, de bonheur simple et dynamité en 3mn chronos. Le temps de les passer en boucles avant la livraison prochaine. Alors quand on vous en refourgue un album chargé jusqu'aux dents du fond, on peut craindre l'overdose ! Plus d'un de ces mirobolants groupes à 45trs se sont cassés les crocs sur la longueur. Fait pour la vitesse. La dynamique d'album, c'est autre chose ! Et là, ma foi, les canadiens de 3 Penny Opera ont franchi le cap sans trop de casse. En coupant habilement leur emo-rock à la Shotmaker (dont on retrouve un membre - entier et en pleine forme, merci pour lui !) par des bidouillages enfantins, qui n'ont l'air de rien, mais qui permettent d'aérer leurs hymnes juvéniles, sautillants et qu'une écoute non-avertie pourrait rendre similaires sur la longueur... A boire d'une traite. En attendant la prochaine livraison !
SKX (20/04/1999)

TIM GARRIGAN
" to be and not to be " - CD
Nihilist records 99
Ou. Il ne se pose pas la question du " être ou ne pas être ". Il est et il n'est pas. Tout en même temps, dans un mouvement identique, tout à la fois, sans distinction. Loufoque et sérieux dans son délire. Le roi de la bricole qui prend soin de sa cohérence. Tim Garrigan, curieux lonesome singer, harpie de la guitare désaccordée, surtout acoustique dans sa complainte et ridiculement joué. En toute bonne conscience. Minimaliste pour sûr, lo-fi qui fait passer Beck pour un pro du 48 pistes, folk-garage bouseux à accent de crooner usé, blues de clown, pop déglinguée et fatiguée, enregistrement live de fond de jardin. Plus d'un scout prendrait ses jambes à son cou devant ces chansons boiteuses de feu de camp. Tim Garrigan, on accroche et on n'accroche pas. On en rigole, bienveillant, on zappe la minute d'après. On écoute dilettante et pas tous les jours. Tim Garrigan existe et n'existe pas.
SKX (19/07/1999)
TODAY IS THE DAY/METATRON
" the descent " - CDEP
This Dark Reign 01
Steve Austin, maître absolu et prince des ténèbres de Today is the Day sort de sa grotte nous donner de ses nouvelles. Renouvelant encore une fois sa petite entreprise qui connaît régulièrement la crise, un énième batteur et bassiste (Marshall Hilpatrick et Chris Debari) tenteront de persister et de passer l'hiver. La pochette concours toujours au prix du plus beau pâté de l'année. Mégalomaniaque. Mais l'essentiel reste la musique. Trois inédits pour TITD dont deux ("the descent" et "the mailing") se retrouveront sur leur prochain album "sadness will prevail" dans des versions retouchées. Et c'est un grand cru. Ils reviennent à moins de trash et de metal pour toujours autant de puissance mais bien imprégné dans le monde de l'étrange et qui suinte le malsain. L'organe vocale d'Austin respire la forme. Il tire de sa guitare de l'acier trempé et des riffs écorchés. La section rythmique n'a beau ne pas avoir la folie de la section canal historique, ces "the descent" et "tabula rasa" ont de quoi réconcilier tous les fans de TITD, toutes périodes confondues. Seul le 3ème titre "the mailing" reste anecdotique. Un message subliminal à essence satanique assurément qui nous pollue l'air. On enchaîne avec Metatron, les invités de Steve Austin, qui a tout chapeauté, de l'enregistrement à la masterisation. Metatron, un duo basse-batterie avec du chant. Niveau ambiance, on ne sort pas de la grotte. C'est lugubre, très infra-basses et lourd. Chaque riff de basse vous résonne dans la tête des heures durant. C'est tour à tour lent et pesant ou lancé à pleine course comme une avancée de chars. Comme le chant, bien possédé ou simplement narré et inquiétant. Entre Melvins et Neurosis, ya de la place et Metatron s'active à la chercher. Encore un effort. Un split CD pour vos messes noires.
SKX (20/11/2001)
TODAY IS THE DAY
" in the eyes of god " - Lp
Relapse 99
La bête est de retour. Et elle est très énervée! La rage au ventre plus que jamais. Steve Austin, seul pieu d'origine, la joue satanique à fond. On en rigolerait presque. Rouge sang de circonstance, paroles ridicules, c'est sûr, on aimera ce 5ème opus seulement pour sa musique. Et là, TITD repousse les limites de l'attaque frontale. 20 titres expulsés avec la force du cyclone, déflagration constante, TITD nous avait habitué à flirter avec l'extrême, mais là, il se surpasse. Et balaie d'une rafale de caisse claire la déception de leur précédent album d'un groupe que l'on croyait mort et enterré. A force de traîner et produire des groupes hardcore / metal, Steve Austin a mis du viagra dans sa noise psychédélique, joue les apprentis sorciers et ce mixage à la nitroglycérine se moule dans une vision apocalyptique. Le nouveau batteur (ex Kiss It Goodbye) a su dynamiter, propulser et donner une nouvelle dimension à la bête. Sûr que plus d'un vont prendre leurs jambes à leur cou et renier ce nouvel album. Jugé trop trash, trop metal, trop je ne sais quoi! Alors que c'est justement ce mélange incroyable qui rend cet objet unique, cette violence brutale, primaire jusqu'à l'étouffement. L'univers de TITD reste omniprésent (notamment les samples entre les morceaux) mais sublimé, repoussé dans ses derniers retranchements. Dépasser ses premières impressions et rester admiratif devant un tel déchaînement. Et découvrir toutes les finesses qui se cachent derrière ces cris en vrille. Toutes les structures bien trop torturées pour se confiner à une étiquette bien précise. L'album du renouveau. Dans les yeux de dieu and deep in your ass!!
SKX (10/10/1999)


TONE
" structure " - CD
Dischord 00
"Si c'est ennuyeux après deux minutes, passe à quatre. Si c'est toujours ennuyeux, passe à huit. 16. 32. Et ainsi de suite. Quelqu'un finira éventuellement par trouver que ce n'est pas du tout ennuyeux mais très intéressant". Ainsi parlait John Cage, paraphrasant lui-même un concept bouddhique, repris à son compte par ce mystérieux orchestre à géométrie variable et qui s'auto-soustitre "The Expanded Ensemble". Mais là où ce groupe se trompe, c'est d'appliquer cette phrase à sa musique. Pas besoin d'attendre les deux minutes pour se retrouver embarquer par leurs morceaux. Le nirvana, c'est tout de suite. L'idée de répétition des rythmes ou des mélodies est palpable mais on reste loin de la répétition estampillée Glenn Branca. Les guitaristes sont nombreux. On en dénombre six. Auxquels on ajoute un batteur et un bassiste. Et le cas échéant, pimenter tout ça de divers cuivres et d'un violoncelle. L'ensemble est riche et ne repose pas sur un rythme qu'on déroule à tout rompre, qui évolue très lentement à s'en décrocher la mâchoire dans un long bâillement d'ennui. La mélodie est centrale, les accroches multiples. Si le morceau est généralement long, l'évolution se suit s'en perdre le fil de l'histoire. Les rythmes se cassent sans nous les briser, les cuivres interviennent pour faire décoller la bête, les guitares tissent leur toile avec entrain sans garantir pour autant le mur du son, vu le nombre. L'ensemble est symphonique et léger. Du soleil de chambre. Conceptuel certes mais avec le sourire et de brillantes idées. Bizarre que de retrouver ce groupe sur Dischord. A cent lieues du style maison habituel. Un bon coup de torchon ne fait pas de mal. Godspeed you the black emperor les jours impairs. Tone les jours pairs.
SKX (18/09/2001)
TOTAL SHUTDOWN
" Reflections " - CD
Thin The Herd 02
Dans la série "toujours plus fort". Je ne suis pas au courant de toutes les dernières avancées technologiques et si ça se trouve, Total Shutdown ne sont pas les premiers malins à utiliser ce stratagème. Mais moi, ça me troue le fondement. Tout est histoire de prendre le bon sillon. Ou comment mettre deux disques sur la même face... Si vous chopez le bon sillon, Total Shutdown vous contera ses malheurs. On y arrive. Mais si vous mettez le doigt dans le sillon caché, vous avez le droit à une partie de l'album blanc des Beatles! Et tout ça exactement sur la même face! Dingue non?! Quant à l'autre face, quelquechose qu'on pourrait qualifier de dessin y est gravé. Une oeuvre bien dans l'esprit trash-arty du groupe. Quatre types de San Francisco complètement décalqués. Un Flying Luttenbachers sales et boueux, du free-punk (?) avec l'esprit du MC5. Des clarinettes, sortez hautbois, résonnez trompettes, boostées par une batterie sauvage, des guitares vicieuses et une douce voix gutturale soutenant épisodiquement les habituels cris d'aliénés du chanteur Bob Linder (à qui on doit les fameux dessins niveau maternel attardé). Pauvre garçon! Totale destruction avec Total Shutdown. Ils ne prennent pas de gants, vont droit à la truelle, ne s'attardent pas sur les arrangements. Direct et primaire. Les intentions sont louables. Mais on attendra la cure d'amincissement. Un objet à manipuler avec précaution.
SKX (17/09/2002)
TOURETTES LAUTREC
" red all " - Lp
Swami 00
Les sirènes hurlantes, dans le bordel des villes, mais quel vent emporte Tourettes Lautrec?! De ce nom si facile à prononcer pour le Français moyen, Tourettes Lautrec nous offre une peinture moderne du rock, une toile ciselée au scalpel trempé dans une boite à malice. Energie revigorante, des rythmes virevoltants, un farfisa discret mais en sous-couche bien présente, une voix féminine soutenue parfois d'un chant mâle, le décor sent bon le printemps et les bourgeons prêts à péter. A l'instar de Melt-Banana, ce nouveau groupe américain transgresse la surf music et les standards du rock. Ils génèrent sur leur passage une pagaille bienheureuse, fraîcheur et vitalité, des comptines vives et vicieuses avec l'appui entendu de Birthay Party. Un rock chaotique et sautillant. Une voix qui fait dresser le poil des testicules. Une saveur de miel dans l'arrière-gorge. Avec Tourettes Lautrec, on se sent pousser des jambes, tout ragaillardi, l'envie déguingandée de danser et se rouler par terre. Onze morceaux où l'ennui est banni, une façon bien personnelle de jeter des ponts entre différents courants musicaux et de provoquer un mini raz de marée unique en son genre. Tout rouge de bonheur.
SKX (01/10/2002)

TRAPDOOR FUCKING EXIT
" s/t " - CD
No Idea (cd) / Bridge (lp) 02
L'armée des ombres qui débarque des grands frimas suédois pour nous décongeler les vertèbres. Avec des ex-membres de Last Mach et, comme le dit avec humour la feuille promo de No Idea, sans ex-membres de Refused! Le groupe le plus populaire de Suède ces dernières années a laissé dans son sillage de nombreux confrères très virulents. Un tas de groupes, toutes mouvances confondues, brisent la glace pour étaler leur furie à l'internationale. Tellement que le label de Floride, No Idea, a fondu sous le charme et a décidé de sortir la version CD. Rien d'étonnant que de retrouver ce groupe sur ce label aux cotés de 12 Hour Turn, Small Brown Bike ou Hot Water Music. Leur approche du hardcore est similaire. Viril, direct avec son lot d'accroches mélodiques. Une voix rêche qui racle les fonds de casseroles. Mais il faut également lorgner vers Drive Like Jehu et JR Ewing. Basique mais point trop n'en faut. Sous leur aspect rude, ces solides gaillards sont des torturés et étalent leurs griefs sur plusieurs strates. Ils cherchent en vain la putain de sortie, se cognent dans un labyrinthe de rythmes et de guitares tour à tour maîtresses d'elles-mêmes ou crapoteuses. Les armes sont connues mais ces huit titres possèdent un réel savoir-faire, autant d'hymnes en puissance, ça force le respect. De la graine de champion!
SKX (13/05/2002)
TRUE NORTH
" we speak in code " - CD
No Idea 00
Je déteste les binious. Ca tombe bien, yen a pas chez True North! Rien que du solide et du concret, pas l'ombre d'une excentricité, un iota d'exotisme. La composition de base qui colle à l'asphalte, la guitare rutilante, les rythmes qui défilent et assèchent le gosier. Du hardcore from La Floride, énergique, passionnée, armé pour les longs trajets. Avec des membres de 12 Hour Turn, Palatka, Strikeforce Diablo et Asshole Parade, c'est du calibré qui vous attend, du cousu main. Pas de fées qui se penchent sur leur berceau mais des trouvailles mélodiques qui sortent trois, quatre morceaux du lot, des rythmes qui font contre-pied. Ce truc là, c'est pas le joyau de la couronne mais ça vous fera jamais faux bond et toujours vous soutiendra dans les moments de faiblesse!
SKX (30/03/2001)
TRUMANS WATER
" The singles 1992 - 1997 " - CD
No Sides 02
10 ans et des brouettes de carrière et Trumans Water traîne toujours ses guêtres. " Carrière " est d'ailleurs un bien grand mot tant la vie de ce quatuor américain est erratique. Des membres qui se font la malle puis réapparaissent. Des signes de vie clairsemés puis un nouvel album qui surgit de nul part, une tournée à la clef. Tout ça dans un anonymat relativement complet. Et pourtant, à l'aube des années 90, Trumans Water avait déboulé comme un vrai vent de panique, amenant un truc unique et ébouriffant. Dans le sillage de Sonic Youth et aux cotés de Pavement ou Sebadoh, Trumans Water aurait pu casser la baraque. Mais loin de ces considérations bassement terrestres, ils sont, à l'image de leurs compostions, incontrôlables, imprévisibles et bordéliques au niveau des neurones. Et alors qu'ils continuent leur petit bonhomme de chemin avec un nouvel album sur Delboy records, le label de Chicago, No Sides records, ressort, sous forme de compilation, 27 titres égarés sur des 45 tours entre 92 et 97. Fidèle à leurs habitudes, Trumans Water est très avare de notes de pochette et d'explications sur l'origine de ces singles. Avec un disque, encore là, comme d'habitude, bourré jusqu'à la gueule, où l'anecdotique le partage au summum. Ecoutez un morceau comme " long end of a firearm ", " floodjacker " ou la version live de " disindependance " et vous aurez saisi toute la quintessence de Trumans Water. Je serais bien curieux, au passage, de connaître le nombre de morceaux que ces boulimiques ont pu écrire tout au long de leur vie mouvementée… Et combien de groupes actuels ils ont pu influencer dans leur sillage ! Alors que le meilleur d'eux-mêmes est derrière, cette compilation, malgré ces hauts et ces bas, est une occasion rêvée pour se replonger dans la discographie invraisemblable de ces gentils fêlés.
SKX (05/08/2003)
TURING MACHINE
" a new machine for living " - CD
Jade Tree 00
Un terrain de jeu immense se présente. Un terrain où trois musiciens new-yorkais ont mis toute l'expérience de leur précédente formation, Pitchblende, pour pousser le bouchon un peu plus loin dans leur quête de recherche sonore. Un précédent (et excellent) groupe qui lui même s'inspirait des travaux de Sonic Youth pour proposer sa propre gamme déjà vouée aux nouvelles sonorités. Avec Turing Machine, exit le chant. On se concentre sur l'instrumentation de base (batterie-basse-guitare) et on envoie le tout sous une étiquette fourre-tout, le post-rock. Un post-rock, contrairement à de nombreux groupes qui naviguent à vue sous ce mouvement et qui sous des prétextes novateurs, vous filent tout et n'importe quoi, pire que des somnifères, expérimentateurs de malheur sans relief. Ce post-rock donc, dévoile du ressort, du tonus, le feu d'artifice à chaque coin de rue. Des rythmiques torrides qui tracent de longues lignes droites solides, à la manière de Laddio Bolocko, une basse mélodique, souple, complément idéal de la guitare qui tourne autour comme un chien sur son os, tiraille dans tous les sens, s'éclipse puis pète de mille feux. Une musique dynamique, inspirée. Un terrain sans limite, du cœur à l'ouvrage, une architecture où on respire le grand air frais pour un premier album très très impressionnant. A la prendre la machine en route que elle se casse pas trop tard !
SKX (05/10/2000)

TWELVE HOUR TURN
" perfect progress, perfect destruction " - CD
No Idea 02
Twelve Hour Turn se remet à l'ouvrage. Après un précédent et récent maxi, ce groupe, originaire de Floride, vogue à son second album. Sans grand génie mais humblement et avec sincérité, 12 Hour Turn continue inlassablement de labourer ses terres emo-rock fortement marquées par Fugazi, Hoover et toute une pléiade de groupes à jamais résignés... A ce jeu là, 12 Hour Turn s'est toujours défendu avec les honneurs. Rien ne leur échappe. Concentrés, ils ont le verbe et le geste juste. Ce nouvel opus se déplace insensiblement, si imperceptible mouvement que la sensation de surplace est aiguë. Le chant est toujours aussi convaincant, tout est en place, tout tombe pile là où on l'attend... Comprenez que cet album est aussi bon que son prédécesseur mais un désagréable sentiment de déjà entendu, d'immobilisme m'assaille. Cet album ne décolle pas. L'ampleur des compositions est resté étouffer sous le chaud soleil de Floride. Un manque cruel de personnalité. 12 Hour Turn ronronne des partitions apprises par cœur. Cet album n'a rien de honteux, l'écoute n'est pas vilaine mais il a toutes ses chances pour retomber dans l'anonymat complet la dernière note jouée...
SKX (17/09/2002)

TWELVE HOUR TURN
" bend break spill " - CD
No Idea 01
Au rayon emo-rock, 12 Hour Turn est en passe de prendre la tête de gondole. Très inspiré et bien vu par les cieux, ce maxi quatre titres enchaînent sans crier gare après leur somptueux album "the victory of flight". L'art d'enfoncer le clou. La danse du sioux autour du totem de 400 years et sur les cendres de Hoover. Quatre titres encore plus léchés et travaillés le pied sur le frein que leur album. 12 Hour Turn déroule peinard. Leurs quelques concerts en France étaient apparemment grandioses. Bref, 12 Hour Turn, c'est du cousu main. Du grand savoir-faire avec un brin de classe.
SKX (19/06/2001)

T-Tauri
Infinite Motion - CD
Strictly Amateur Films 2004

Nous revoilà replonger dans les années 90 avec une nouveauté qui n'en ait pas une. Mais qui sonne pareil. Groupe du Colorado émigré à Los Angeles, T-Tauri est ce genre de trio mort sur le bitume dans l'indifférence. Un de ses innombrables soldats du rock qui vivent de peu, un succès d'estime accroché à leur van pour seule essence. Six années durant avec un split single ave The VSS (leur heure de gloire), un premier et unique album (" Ending deconstruction ") sur le naissant GSL records en 1997 et puis retour aux études. Un seul des membres reprendra du service au sein de Black Dice. Strictly Amateur Films, une maison de disques malgré le nom, nous déterre la hache de guerre et ses trésors enfouis d'une ultime session en 1999 avant l'explosion du groupe. T-Tauri aime marcher dans le sombre, dans le chaos contrôlé, tracer une route chargée de pavés, remuer la terre, la malaxer, la charrier d'immenses complaintes, s'enfouir la tête de mauvaises pensées. Très axées sur une basse assourdissante, une batterie qui aime heurter ses toms basses et une guitare qui ferraille dans les profondeurs, les compositions de T-Tauri nous enfonce la tête dans l'eau. Ca sonne grave. C'est le déclin. Sept longs titres à la rage contenue, qui noyautent de l'intérieur, en eaux profondes et sans espoir de retour. La basse a beau tenter de faire diversion avec de somptueuses lignes mélodiques et mélancoliques, le cœur tremble a chaque attaque, on est plus sûr de rien, ya plus qu'à partir. Et ce ne sont pas les violons du titre de fin qui vont vous réconcilier avec le printemps. " Infinite motion " me nous la gorge. Splendide vieillerie qui sonne comme du neuf. Morts-vivants.

SKX (29/01/2005)
website label www.strictlyamateurfilms.com
sounds Revelation1.mp3

Theramin
We were gladiators - CD
Psychotica 2004

Originaire de Catane en Sicile, partageant une scène commune avec Uzeda/Bellini, ce nouveau trio risque d'être catalogué rapidement. Ca serait aller vite en besogne. Si il est vrai qu'ils doivent posséder quelques disques en commun, Theramin a su voir un peu plus loin que les influences de Shellac que l'on peut entendre en tendant bien l'oreille. La rythmique tient un rôle essentiel mais est suffisamment variée pour ne pas s'enfermer dans un style. Et en prenant soin d'inviter une chanteuse sur " In my place ", en sortant le violon sur le mélancolique " to be away " ou en n'hésitant pas à carrément se foutre à poil sur l'intimiste " Near by the S.Leonard River ", juste une guitare acoustique et un sermon, Theramin varie les plaisirs, malin comme un singe. Un rock dissonant, des harmonies rutilantes, des structures complexes juste ce qu'il faut mais pas trop, nerveux et dosé, ce premier disque est une nouvelle pièce réussie à apporter au rock italien qui n'arrête pas en ce moment de nous sortir des jeunes pousses prometteuses. Les nouveaux gladiateurs.

SKX (14/11/2004)
website label www.psychoticarecords.com
sounds track04.mp3

These Arms Are Snake
This Is Meant To Hurt You - CDEP
Jade Tree 03
(10" sur King of the Monsters records)

En voilà un disque dont l'angle d'approche ne va pas être facile à aborder! Alors autant commencer par le personnel qui y loge. Brian Cook, l'ancien bassiste de Botch, ça de quoi déjà allécher. Vous rajoutez d'anciens Killsadie dont on ne compte à ce jour le nombre qu' avec inexactitude et vous aurez une petite idée de quoi il se trame derrière ce nouveau groupe. Et en même temps pas du tout, car ça ne ressemble pas à leurs précédents projets. Nous voilà bien avancer! Musicalement, c'est riche de plein de choses mais ça n'a rien de hardcore ou emo machin truc, ne s'apparente à aucun mouvement à la mode. Disons que c'est rock, c'est bruyant, des structures qui n'empruntent pas la facilité, les mélodies ne font pas défaut, sinueuses et pleine de rebondissements, variétés de rythmes et d'ambiances. Rajoutez une pincée de triturations de sons (merci les keyboards), d'effets sur la voix et vous avez là cinq titres des plus appétissants. Alors trêve de bavardage. Les mots ont leurs limites et procurez vous ce disque d'un groupe qui a de beaux jours devant lui. Le Snake frappe fort d'entrée de jeu.

SKX (24/03/04)
website groupe www.thesearmsaresnakes.com
website label
www.jadetree.com
sounds
These Arms Are Snakes.mp3

These Arms are Snakes
Oxeneers or the lion sleeps when its antelope go home - CD
Jade Tree 2004

La bousculade fut subite. Le Snake est dans la place. Mordant et méfiant, il se tortille pour mieux vous empêchez de l'attraper, bien trop malin pour se laisser enfermer dans quelconque nacelle. Suite au très prometteur maxi " This is meant to hurt you " et après un hommage anecdotique à Madonna avec le split " like a virgin " avec les métalleux de Harkonen, le groupe de Seattle sort le grand jeu. La ménagerie ouvre grand les bras, accueille aussi bien les fauves que les antilopes, se nourrit de hardcore, sa face rock en avant, le synthé en bandoulière pour partir à la chasse du plus grand nombre. These Arms are Snakes sait désormais où il va, ne s'éparpille plus et malgré la diversité des ambiances, assène une machine maléfique et tendue. Les crocs se plantent à des profondeurs différentes mais le venin coule sans cesse. TAAS explore un hardcore résolument moderne, le détruit de l'intérieur, expérimente de nouveaux poisons. Ils sont autant les héritiers de The VSS, Song of Zarathustra que Botch sans jamais verser dans le riff metal. Le chant est particulièrement convaincant. Collant au plus près de l'intensité de la musique, il offre une gamme d'émotions appréciable, mettant continuellement la pression. Un groupe en symbiose où le synthé et sa touche si particulière se mélange parfaitement au paysage, aux riffs ultra précis, au rythme tour à tour groovant ou spartiate. These Arms are Snakes est une drôle de arche, accueillant en son sein de surprenants antagonismes mais les conjuguant de façon quasi divine. La messe est dite. Le serpent aura la vie sauve.

SKX (19/12/2004)
website groupe www.thesearmsaresnakes.com
website label www.jadetree.com
sounds Big_News.mp3

This Bright Apocalypse
Motion and Rest - CD
54' 40° or Fight 2003

En voilà un disque fin, racé et ambitieux! Ou comment transcender les genres et offrir sous un toit identique de la place, aussi bien pour l'école Dischord/Hoover que June of 44 tout en portant sa croix personnelle. De l'emo-core qui voit grand, qui aime les complications et les grands espaces. Et qui fait tout par deux. La paire de guitares. La batterie et les percussions africaines. Et surtout les chants. Ici on l'ouvre à plusieurs et on ne se contente pas de l'habituelle plainte plus ou moins harmonieuse. Non, un vrai chant, mélodieux à souhait, qui module ses émotions, éructant bien de temps à autre pour mieux apaiser par la suite. Je ne sais pas si vous vous rappelez de ce vieux groupe de Dischord, Shudder to Think et son chant si particulier, à la limite de la préciosité, mais on navigue pas loin avec This Bright Apocalypse. Sans oublier la trompette sur deux morceaux et des passages à la guitare acoustique. Une musique et un chant qui ont les défauts de leurs qualités. Riche et original mais qui parfois se perdent en chemin et qui en font un peu trop. Ca n'en reste pas moins un disque intéressant, tout en fragilité, aérien, des rythmiques recherchées et plusieurs niveau d'écoute. This Bright Apocalypse essaye d'aller un peu plus loin que les codes habituels du genre proposent. Pas de tous les instants mais la grande classe tout de même.

SKX (01/05/04)
website label www.fiftyfourfortyorfight.com
sounds www.fiftyfourfortyorfight.com -> section "merchandise"

Tim
The room - CD
Les Disques du Hangar 221 - 2004

Tim revient après cinq ans d'absence. Comme il ne m'avait jamais été donné l'occasion d'écouter ce groupe havrais, ce premier album après un si long silence est comme un second départ. Cinq années qui passent mais qui vous renvoient indubitablement cinq années en arrière. Epoque Prohibition. Album " 14 ups and downs ". Héritage emo-core, quelques accents durs distillés avec finesse, pour aiguiser une ambiance générale douce-amère et jazzy, sortez saxo et trompette. C'est aussi du coté de June of 44 qu'il faut chercher un souffle post-rock, tout en rythmique souple et ronde. Le son donne de l'espace et de l'ampleur. Le cadre est sobre. On a le temps de voir le train passer. Car Tim ne se presse pas. Treize titres mélancoliques, qui avancent au pas mesuré, toujours le même, dans la retenue, qui font de ce voyage intérieure, une ballade un rien ennuyeuse. Tim reste en dedans. Emotions froides. Ca manque de nerf et d'acier. Papier glacé sur lequel on glisse. " The Room " est une pièce travaillée avec un agencement pensé dans les moindres détails. Reste maintenant à y mettre plus de vie, renverser les meubles, laisser la poussière s'entasser, se vider sans convenance pour que cet intéressant feu de paille sorte de la torpeur.

SKX (18/12/2004)
website groupe www.timroom.com
website label perso.wanadoo.fr/lehangar221
sounds www.timroom.com - rubrique disco

Today is the Day
Kiss the pig - CD
Relapse2004

Onze ans mine de rien que ce megalo-maniaque Steve Austin nous pourrit les tympans de sa musique super viciée! Et bon gré mal gré, ce détraqué tient la barre relativement stable à défaut d'être toujours haute. Ce 7ème album le situe en gros dans la moyenne supérieure! Il revient dans la mesure. Exit les excessives extrémités expérimentales du précédent double " sadness will prevail ". Ca tape plus dans le style " willpower " et l'album d'après auto titré. Les rythmes continuent de tomber en rafale, les guitares de cisailler les premiers rangs, les voix de vomir leur haine mais un certain souci de la mélodie, des structures qui retombent sur leurs pattes. Une pression d'enfer mais constructive. Le rouleau compresseur avec toutes ces voix qui se superposent, se répondent, j'explose. Entre celle que je qualifierais d'outre-tombe au mieux, de death et pénible au pire, qui vient un poil gâcher (faudra me donner l'adresse de ses choristes!), en plus de celle toujours affolante du père Austin qui n'a pas fini sa rage de dents, qu'il dédouble pour mieux achever. Sensation de malaise. Le maître de l'ambiance oppressante. Avec ces samples récurrents d'armes automatiques. D'ailleurs l'album commence par un flingue qu'on recharge. Et si vous allez jeter un œil sur leur site, à la rubrique " shit we dig " (la merde qui nous botte !), de belles photos de Steve Austin qui s'éclate comme un gamin avec des armes à arrêter un troupeau de mammouths en plein vol s'étalent sur votre écran.… L'apologie des armes? Pas à une contradiction près quand en même temps on baptise un de ses chansons " this machine kills fascists ". Il se la pastiche Woody Guthrie mais pas sûr que la machine soit la même… Voilà, c'est toujours la même histoire avec Today is the day. Entre le premier degré et l'autodérision. Cette musique qui nous vrille la tête, ce plaisir masochiste, ses excès, ses défauts que l'on aime. Son inspiration inespérée comme ce dernier morceau de 12 minutes " birthright " où tout le style TITD est résumé : schizophrénie aiguë. Tout est là. Des sirènes hurlantes à l'acoustique finale. Steve, ne change rien, t'es devenu indécrottable, c'est comme ça qu'on t'aime. Et embrasses le cochon de ma part s'il te plait.

SKX (01/10/2004)
website groupe www.todayistheday.org
website label www.relapse.com
sounds this_machine_kills.mp3 | mothers_ruin.mp3

Transistor Transistor / Wolves
split album - CD
Level Plane 03

La Nouvelle-Angleterre à l'honneur. Deux groupes qui n'ont cesse de hanter les clubs de la cote Est, d'enchaîner des milliers de kilomètres sur tout le continent américain et plus récemment en Europe pour une tournée (semi) commune. Et ces forçats de la route n'ont pas que le nombre de kilomètres au compteur en commun. Une approche du hardcore tout en finesse, chaud de la couenne, viscéralement rock'n'roll. Transistor Transistor (si vous êtes de la branchouille, dites Trany), remportent le pompon du déhanchement le plus sexe. Ultra-classe avec ce qui faut de crasse sous les baskets dans le sillage de Yage et JR Ewing et autres survoltés du rock moderne. Mention spéciale à "I'm the goddamn devil", à la poursuite du morceau parfait. Avec Wolves (ex-Orchid), la rythmique s'intensifie, ça souffle en cascade, cette même aisance à sortir la mélodie dans la tourmente. si c'était de la boxe, elle serait française. L'art de bastonner tout en restant aérien. Quatre titres chacun. Un vrai plaisir de philistin.

SKX (24/02/2004)
website groupe
wolves.hampshire.edu
website label
www.level-plane.com
sounds
www.hxcmp3.com/bands/1636 - wolves.hampshire.edu/mp3s/transistor_split/wolves_-_transistor_split_12_inch_-_18.mp3

Trapdoor Fucking Exit
Be Not Content - CD
No Idea 2003

Ouvrez donc en grand cette putain de porte! Que (re)viennent à nous nos Suédois préférés, échoués sous le soleil de Floride, à l'ombre du label No Idea records. Leur deuxième album est une perle de punk-rock. Il va falloir que ça se sache. " Be not content " commence direct par le tube " everything is windig down ". Et cette vista ne les quittera pas de l'album. Onze putain de morceaux beaux comme un camion de pompiers, le moteur d'une sportive, la classe d'une berline anglaise et la robustesse d'une allemande. Trapdoor Fucking Exit crée du cousu main, compositeurs hors pair, l'art de rendre limpide et évident tout un tas de parties mélodiques imbriquées, d'apporter un brin d'acoustique, voir un piano comme sur le somptueux " here are the ghosts ". Une ténébreuse affaire où rien n'est gratuit, ça vient des tripes, la voix de Henke Anderson écorche du fond de son râle, Trapdoor Fucking Exit a tout compris au punk-rock, ce mélange de rage et de cœur, le truc qui s'impose de lui-même, sûr de sa force et fragile sur les bords. Aux cotés de vos Leatherface , Jawbreaker, Hot Snakes et JR Ewing, faites une place de choix à Trapdoor Fucking Exit.

SKX (17/07/04)
website groupe www.trapdoorfuckingexit.com
website label www.noidearecords.com
sounds everythingiswinding.mp3

Turing Machine
Zwei - CD
Frenchkiss 2004

C'est une machine qui tourne à toute vitesse. Hyperbolique. Cinq morceaux sur les sept défient le temps et s'extasient au-delà des huitièmes minutes. L'hypnose des grands fonds, la lumière aveuglante des illusions fumantes. Le rythme, toujours le rythme, le corps de la machine, le nerf de la guerre. Un duel batterie-basse qui avance sans se retourner. Machine implacable et infatigable. Celle qui rend attractive le propos de ce deuxième album du trio new-yorkais. Car pour ce qui est du troisième élément, la guitare, c'est autre chose. Bavarde également, multipliant les effets de toutes sortes, c'est Justin Chearno qui s'y colle. L'ex-Pitchblende comme ces deux acolytes mais aussi bassiste chez The Panthers dont le second album, mauvais comme la peste, a semble-t-il infiltré la machine tournante. Le virus est encore faiblard et se contente de mordiller les bords. Cependant, tout n'est pas de la meilleure inspiration. Des relents seventies remontent à la surface. Des parties de guitares encombrantes mettent des bâtons dans le déroulement de l'histoire. Un psychédélisme latent. " Zwei " a une aura kraut-rock survitaminée dont l'effet hypnotique peut écoeurer sur la longueur. Il manque les cassures si finement amener sur le précédent album. Des changements de directions soudains qui viendraient briser la routine de l'enfer du rythme. Si vous mettez le doigt dans le bon engrenage dès le début, vous pouvez aller loin. Vous pouvez également allez droit dans le mur dans le cas contraire. Pour les plus endurants d'entre vous.

SKX (04/12/2004)
website label www.frenchkissrecords.com
sounds dont_mind_if_i_dont.mp3

Tvesla / Eyston
Split 7''
Christopher's records 2004

C'est pas tous les jours qu'on chronique des groupes luxembourgeois. Ces deux là sont tout frais sortis du moule et présentent au monde leurs premiers balbutiements. Tvesla donne dans l'instrumental à variations multiples. On pourrait vaguement les greffer à toute la scène math-rock, un peu noise, un peu free, un son de guitare encore léger, une construction un brin aléatoire mais on sent toute une fraîcheur et un potentiel qui, avec les concerts et l'expérience, se forgeront sûrement un caractère bien trempé. Eyston présente deux titres. Sur le premier, le chant est pénible et les chœurs sonnent faux. Leur emo-rock est foutraque, ça sonne comme une démo sortie à tort sur un 45. Avec le 2ème titre, le visage se fait plus hargneux mais c'est encore très passe partout et pas au point du tout. Un bout de galette bien pubère mais pas dénuée d'intérêt, essentiellement pour la face Tvesla.

SKX (13/09/2004)
website groupe http://tvesla.vjz.biz
http://www.eyston.cjb.net
website label www.christophersrecords.com
sounds roboter.mp3 | gabytrans.mp3

Ten Volt Shock
Ten volt shock - LP
X-Mist / Christopher 2004

Les Allemands de Ten Volt Shock étale leur premier album de toute leur splendeur. Et leur rudesse aussi. Ten Volt Shock remet à sa place le mot " punk-rock ". Celui qui n'a pas besoin de synthés ou de rythmes pseudo-dansants pour faire moderne. De l'énergie noire à trépigner par terre, tout se dit et se déverse en deux trois minutes maximum. Le trio de Freiburg, c'est le canal historique qui va de l'avant. Une basse qui gondole les tuyaux, ça vibre de partout, impossible de passer à coté. Rythmique compétente et percutante, le contraire de l'arithmétique sans la simplicité bonasse. On court. Et Frank Oto, le chanteur-guitariste également de son autre projet, Kurt, bien loin de se contenter d'une doublure, jette ses tripes et tout le reste, il ne sait faire que ça et c'est tant mieux. Pas de temps morts, des résultats et haut la main en plus. Quatorze titres qui n'ont pas besoin de longs discours. Courez j'vous dis, courez ! Pour info, une compilation de leurs premiers enregistrements, single et split single est également parue. Un groupe comme ça, ça vous rassure son homme !

SKX (14/05/2005)
website label www.x-mist.de

That Fucking Tank
A document of the first set - EP
Jealous 2004

Quand Kill Yourself est en congé de son guitariste-chanteur Giles Bailey, les deux autres compères tuent le temps avec That Fucking Tank (mention spéciale pour leurs noms de groupes, calibrés tout exprès pour un grand succès commercial). Enregistrés dans des conditions live, ces cinq titres gardent l'approche rock et angulaire de Kill Yourself mais l'esprit prend une tangente improvisée, le fil du dialogue entre la batterie de James Islip et la basse-qui-sonne-comme-une-guitare de Andy Abbott est très apparent, la complicité évidente, chacun à l'affût du moindre geste de son acolyte. Tu ralentis, je ralenti. Tu accélères, j'accélère. Pas de surenchères. De lumineuses constructions toute en finesse persuasive ou la basse-guitare apporte toute la créativité face à une batterie solide qui frappe à bon escient, contrairement à de nombreux batteurs du genre adepte du pot belge. C'est un document de leur premier concert et tout ça s'annonce radieux. N'arrête pas ton char!

SKX (20/06/2005)
website groupe www.thatfuckingtank.tk
website label www.jealousrecords.com

Tough Guy Fantasy / Arctic Boys
Thank Gods It's Friday - Louisiana Purchase
Frenetic 2004

L'équation est finalement simple. Un double CD. Deux noms de groupes. Trois types, les mêmes, à chaque fois. Pourquoi tant de mystère ? Bonne question ! Sous cette embrouille à deux balles se cache l'incontournable Zach Hill, le batteur de Hella (si un jour on vous demande " qui est le batteur de ce groupe ? ", répondez " Zach Hill ", une chance sur deux pour que ce soit ça !), boulimique de la baguette multipliant les projets tout azimut (la quantité le remportant sur la qualité pour l'instant), Carson McWhirter (Crime in Choir) et un certain Justin. Le 1er CD s'intitule " Thank Gods It's Friday ". Je vous déconseille d'écouter ça avant de partir en week-end! Vous connaissez le jeu de Hill. Mis à part quelques variantes, ça reste de la batterie qui semble enregistrée à la mauvaise vitesse. Le type aux milles bras se déchaîne toujours autant. Les guitares sont tout autant généreuses. On frôle parfois une version très free de Hella. Une voix dans le fond qui n'arrête pas de jacasser. Déréglage sans concession. Dans l'ensemble, une logorrhée de rythmes, de notes de guitares qui vous vrillent les neurones et qui hurlent à la mort. Chacun semble jouer dans son coin comme un autiste. Avec la deuxième mouture de leur projet nommé Arctic Boys et le CD "Louisiana Purchase ", le fond du problème reste basiquement le même. Seul le traitement diffère. Ils prennent soin de nos tympans en nous infligeant une version plus acoustique et alléger de leurs délires. La batterie semble lointaine. Les guitares chantent des mélopées parfois audibles, au mieux reposantes. Les structures s'envolent en volutes avant que quelqu'un se décide de rebrancher le karcher. Après l'attaque du premier CD, celui-ci semble presque bon ! J'aimerais pouvoir vous dire que ce projet mérite une multitude d'écoutes avant d'être apprécié à sa juste valeur. Que ça s'adresse à un public exigeant. Certes, tout n'est pas à jeter mais notez que la pochette est une représentation du Rubik's Cube. J'ai toujours été inapte à résoudre ce casse-tête. Ce cauchemar me poursuit et ce disque est au final tout autant casse-couille.

SKX (14/02/2005)
website label www.freneticrecords.com
sounds toughguy_thankgod.mp3 | arctic_quanah.mp3

Transistor Transistor
Erase all name & likeness - 2xLPs
Level Plane 2005

Après une tournée harassante qui les a vu écumer les clubs européens en 2004, les américains de Transistor Transistor ont perdu deux membres en route. C'est que partager un van et l'odeur de chaussettes pourries pendant cinq semaines vous calme son homme. Peu importe. Leurs connections sont nombreuses et les deux restants recrutent dans les rangs de Wolves/Orchid/Bucket Full of Teeth, une même et grande famille, Brad Wallace et James Moller (aucun lien de parenté avec Plesset). Enfermés dans leur cave pendant sept mois, ils ressortent, blafards certes mais surtout avec un double album sous le bras. Et comme Kurt Ballou n'avait justement rien à faire ce jour là, ils sont partis dans son fameux studio God City boire des coups. Tx2 (ça veut Transistor fois 2) en a profité pour revoir sa copie et épaissir sa palette rock'n'roll. Tx2 (bien pratique cette abréviation) garde tout son amour pour les guitares complexes, sa verve de jeunes chiens fous, c'est même encore pire qu'avant et c'est un compliment. Sauf que Tx2 (yen a pas deux comme eux) savent aussi calmer leurs ardeurs. Les guitares continuent leur travail (et elles sont prépondérantes sur cet album), génèrent de la tension et c'est l'ensemble du morceau qui se ramasse sur lui-même comme sur le très beau Empathy ou le plus contrasté Straight to Hell, sa prenante ligne de guitare et son cri qui n'a rien de factice. Tx2 (ou T puissance 2) a compris que l'émotion et la violence se retranscrivent sur plusieurs modes. Ya du Ten Grand là-dedans, cette façon d'être sur la corde raide, de vous titiller le nerf sans l'attaquer de face avec cette bonne vieille mélancolie qui guette au coin de rue. Mais que dire du morceau final. Treize minutes d'endurance qui ne voit pas le temps passer, le démon intérieur qui ronge son frein, un long break de guitares, un ange passe et l'enterrement de première classe comme Unwound était capable de le faire à leur meilleure époque. Tx2 (ou T pi 14 divisé par 12) a su se remettre en cause, dépasser les clichés et diversifier ses compos. Beaucoup de groupes screamo-hardcore à la base devraient s'en inspirer. Le coup de la cave, ya que ça de vrai ! TnT.

SKX (27/06/2005)
website groupe www.transistortransistor.com
website label www.level-plane.com
sounds powerchord_academy.mp3 | sweetwilliams.mp3 | blackcat.mp3

Taipan
1002 a rock odyssey
Supernova 2006

Le Taipan est un serpent de couleur orangé. Il est grand, puissant et très menaçant. Le genre de bestiole que Steve Austin a tatoué sur son dos et collé sur la pochette de Supernova, le premier album de Today is the day. Ca tombe bien, Supernova records, c'est le nouveau projet du fêlé Austin, attendez vous à saigner des tympans et sa première sortie, c'est un truc à lui, Taipan, sa cour de récréation comme il le définit lui-même. Formule trio toujours avec son acolyte de TITD Chris Debari à la basse et Pat Kennedy (batteur de Iron Boss). Une idée germée dans leurs cerveaux fatigués dans un bus en pleine tournée en Europe de l'Est. Une envie de retourner aux sources, vers un rock direct, débarrassé de toutes complexités. Les amoureux de la première heure de Today is the Day peuvent lever un sourcil. Rien de metal, encore moins de trash, les pleureuses peuvent rabouler leurs petites fesses. C'est époque Willpower/Supernova. Mais ne vous agitez pas non plus. Taipan n'atteint pas la cheville de ces chef-d'œuvres. Ca n'a même pas grand-chose à voir. Juste que le Steve Austin retrouve ce goût pour la mélodie identifiable de suite avec un traitement noise-rock comme au beau vieux temps et un second degré dont on ne l'imaginait pas capable. Le goût de la ballade poignante qui fait froid dans le dos (Epiphany et Teardrop), un Lost Rhodes qu'on pourrait croire échapper des sessions de Supernova. Des morceaux courts et efficaces (dont le triptyque du début et le délicat my big dick in your mouth), bien tendus comme il faut avec les éructations légendaires de Steve Austin à faire fuir un troupeau de gnus mais également un chant capable d'apaisement. Ce psychopathe se pose quand même là en matière d'écriture. Le bougre est fort. Si cet album n'avait pas été conçu comme un échappatoire récréatif avec des morceaux juste là pour se marrer (un bon vieux rock-boogie sur Angel Dust, une sucrerie toute enjouée avec Baby loves daddy et une reprise copié collé sur I wanna be your dog), on aurait là carrément un des meilleurs albums de Today is the day ! Mais la bande a voulu se faire plaisir, se détendre le gland avant de se replonger la tête dans le chaudron maléfique TITD et autant en profiter avec eux. On tient là quand même sept huit titres qui vont en faire frissonner plus d'un.

SKX (30/07/2006)
website groupe www.todayistheday.org
sounds myspace.com/taipanrocks

The Tall Ships
Paint lines on your glasses look up at the stars and play them as notes - CD
Minority 2006

Un titre d'album beau comme un camion que l'on doit à Steven Wright, acteur et humoriste américain qui ne fait pas recette par ici. Le ton est donné. Tall Ships, c'est long, c'est beau mais ennuyeux à la fin. Avec Steve Kuhn (à qui l'on doit le groupe Glendale et un 45 tours que je ne revendrai pour rien au monde sur Art Monk Construction en 1994), Darren Zentek (ex-Kerosene 454), et deux batteurs pour un seul strapontin, Tall Ships construit son spleen en douceur et sans se presser. On y retrouve une certaine émotion à la Hoover et autres groupes de chez Dischord records, de manière rampante avec une pointe de June of 44 sous effet Codeine. La dynamique est tournée vers l'intérieur. Je vous laisse imaginer ce que ça peut donner mais pour s'y accrocher, il faut de l'attention, surveiller le détail qui tue, l'arrangement qui fait la différence. Kuhn et Zentek ont écrit avant tout un album pour guitare et basse. Le dialogue est finement ciselé, ça se renvoie la balle entre gentlemen et laisse dans son sillage des joutes joliment enchevêtrées. Ca tourne en boucles, c'est mélancolique à souhait, ça peut même monter crescendo mais sur la durée, la fadeur se fait sentir. On est toujours à se dire que tout ça est bien agréable, ya pas de lézard mais c'est trop convenable et gentil, mou du genou, dans un nuage cotonneux que la batterie a bien du mal à transpercer malgré quelques mid-tempo bien soutenus. Un ou deux morceaux suffisent amplement à mon vague à l'âme quotidien. J'ai pas envie de sombrer dans la dépression gratuite, aussi élégante qu'elle soit.

SKX (24/06/2006)
website groupe www.thetallships.com
website label www.minorityrecords.com
sounds bird.mp3 | radio.mp3

Tang
Another thousand days, out of this world - CD
Emolution 2006

La seconde livraison de Tang s'est fait attendre. Il faut dire que haute la barre ils avaient placé et le quatuor lillois au tournant étaient attendu. Verdict après trois années de gestation et un nouveau guitariste : le Tang n'a que peu évolué mais ils font tout en mieux. Tang se donne les moyens de ses ambitions, peaufine la production, éclaircit le son, donne de l'ampleur et de l'air à ses compositions tout en gardant le nerf de sa jeunesse, part mixer en terrain nordique chez une pointure suédoise et revient en terres du Nord asseoir son mélange toujours aussi séduisant de musique bruyante et émotive. Tout y est plus efficace. Tout y est plus beau. Tang accentue les contrastes au sein de ses compositions. L'influence des japonais d'Envy pointe son nez. Les montées en arpèges viennent du soleil levant, les passages post-rock se font plus nombreux et les explosions sont virulentes et parfaites de maîtrise. Du travail d'orfèvre et appliqué qu'un excès de mauvaise langue pourrait taxer de convenu mais quand c'est aussi bien fait, on passera outre ce genre de détail.

SKX (22/07/2006)
website groupe www.tangtangtang.net
website label www.emolution.net

Telemark
Viva Suicide - LP
X-Mist 2006

Quatre années de disette à cueillir les pâquerettes entre leur premier effort et cet album. Le Telemark est du genre à se la couler douce. Mais ces quatre années n'ont pas altéré leur goût de la baston. Virulents allemands. Telemark se réjouit donc du suicide et c'est sur le mode marche forcée qu'ils vous conduisent au bûcher. Telemark envoie tout le monde se faire pendre ailleurs avec un punk-rock brut et direct, celui que leurs compatriotes de Kurt, et plus sûrement Ten Volt Shock, distillent avec persuasion et une efficacité toute teutonne. Ne cherchez pas d'effets de manche et d'atermoiements. Une ligne rythmique qui ne connaît que la vitesse sur de longues lignes droites remplit de dos d'ânes. Une guitare qui tente d'amener un brin d'humanité et neuf titres qui vous laissent le souffle court. Ce n'est pas le grand bol d'air qui vous aère les neurones sur de nouveaux horizons mais une plongée en apnée à la durée idéale pour vous filer un bon coup de jus. Vers le suicide, Telemark file heureux.

SKX (02/06/06)
website label www.x-mist.de

That Fucking Tank
The day of death by bono adrenalin shock - CD
Jealous / Obscene Baby Auction 2006

Ce putain de tank revient à la charge pour signer un premier album jovialement rock. Du rock, de la sueur, du qui racle et qui cogne et beaucoup de second degré. Messieurs les Anglais, dégainés les premiers. Avec une guitare et une batterie, on peut dire pas mal de choses et surtout des conneries. L'histoire du rock adore ces couples maléfiques et ce dernier n'est pas le plus effrayant. La bio les compare très généreusement à Lightning Bolt et Oxes. On doit pas avoir les mêmes disques. Certes bruyant et revêche mais comme tant d'autres et pas spécialement comme les précédents susnommés. Ca n'en reste pas moins une solide joute couillue. Entre deux morceaux ludiques et récréatifs qui donnent de l'air à l'ensemble, le duo assène avec méthode un dialogue bien huilé et cadencé. Son lot de breaks, de cavalcades effrénées, d'accroches, de jus de chaussettes pour va-nu-pieds prêt à jouer dans n'importe quel taudis. Car leur truc à eux avant tout, c'est trois choses : les concerts, les concerts et les concerts. Et c'est ce qui manque à ce disque. De la folie et de l'ampleur. Tout ça est bien mené mais les compos manquent d'un élément incontrôlable que seule une scène peut donner. Un disque plaisant mais on était en droit d'attendre mieux.

SKX (28/07/2006)
website groupe www.thatfuckingtank.tk
website label www.obscenebabyauction.tk | www.jealousrecords.com
sounds myspace.com/obscenebabyauctionrecords

They shoot horses don't they ?
Boo hoo hoo boo - CD
Kill Rock Stars 2006

Drôle de cavalcade en provenance de Vancouver. Ca descend sur un toboggan, ça glisse comme au bon vieux temps, naïf, enfantin, pendant que le reste du monde, celui qui pense, gère et tranche pour notre bien à tous, ajuste sa mire et tire. Au plus juste, bien sur, pour notre plus grand bien encore. Si on achève bien les chevaux, traduction française du film de Sydney Pollack en 1969 que ces Canadiens reprennent à leur compte, l'heure de l'abattoir devrait bientôt sonner pour eux. Une viande bien fraîche qu'un galop incessant et fougueux rend plus tendre. Huit têtes pour animer la bête. De l'acoustique pour être caustique. Le démon du chant à plusieurs, une multitude de petit rien qui arrangent bien des choses. Une section de cuivres pour donner un air de fanfare. Mais ce n'est pas la fête au village pour autant. Il n'y a pas la ligne droite de Longchamp entre eux et nos hollandais de De Kift. Mais ils s'abreuvent et se rattachent à toute cette partie du rock nord américain qui puise sa douce folie dans le Captain Beefheart ou Thinking Fellers Local 242. Des morceaux merveilleusement enlevés, taillés dans le plus fin. Cet aspect folk et roublard. Une envie de danser, de chanter en chœur comme un con, heureux et festif, mais le coté noble, pas les VRP, je vous rassure, une joie communicative avec de vraies mélodies dedans, superbement bien exécutés avec suffisamment de mélancolie pour réfléchir sur les misères du monde. Impossible de ne pas bouger un orteil, et c'est un minimum, sur des perles comme Hiccup ou Three. Un premier galop couronné de succès.

SKX (18/08/2006)
website groupe www.theyshoothorses.org
website label www.killrockstars.com
sounds Emptyhead.mp3

Todd
Comes to your house - CD
Southern 2006

Je me souviens de ce Craig Clouse. C'était pendant la dernière tournée de Hammerhead en Europe. Un Hammerhead en fin de vie qui venait de sortir son ultime album Duh, the big city en 1995 et Paul Sanders, le guitariste-chanteur, venait subitement de retourner à ses études. Pour assurer la tournée, les deux restants (qui forment Vaz maintenant) avaient recruté à la dernière minute cet ex-Crown Roast, qui n'a jamais participé à l'écriture des albums du groupe de Amphetamine Reptile records. Sur la scène des Tontons Flingueurs, j'ai l'image d'un Craig, maigrelet blondinet, tout timide et maladroit. Depuis, le gars s'est soigné et c'est avec l'assurance d'un grand fauve qu'il mène Todd à l'échafaud. Après un premier album Purity Pledge qui ne m'avait pas plus secoué que ça, Todd devient carrément carnassier. Todd se lâche, sort d'un punk-rock-noise très estampillé Amphetamine Reptile et quelque peu besogneux pour heurter de plein fouet le monde fantastique d'une musique noise où tout est permis. Plus de calcul, on lâche la bride sévère. Il n'y a pas de basse mais le mec qui remplace en profite avec son synthé pour redoubler de bordel, envoyer des sons biens stridents, rajouter des strates de bruits par-dessus une guitare qui ne manque pourtant pas de répondant. Trafiquage des voix, rythmique plombée, tout dans le rouge, larsens dans la tronche, avec le beau Eugene d'Oxbow sur The knife whisperer. On retrouve d'ailleurs ce goût commun pour les déflagrations anarchiques, des trames qui suivent la seule volonté et mystère du pouvoir de l'électricité, une boule de feu qui dévaste tout sur son passage. C'est limite bruitiste avec des épisodes instrumentaux où ça éclate dans tous les sens, un grand savoir-faire pour jouer avec le feu, pardon, le bruit, le triturer dans tous les sens et en tirer des morceaux qui suintent, qui font mal aux oreilles, qui jouissent sans entraves. Todd en a cure des convenances. Et ç'est ça qui est bon. Leurs manières de bûcheron, rien à foutre de la technique de leurs contemporains, ce chaos qu'ils insufflent, le truc qui part dans tous les sens. Pas besoin de savoir compter chez Todd. Tout se joue dans les tripes et bordel de merde, l'énergie retranscrite ici est rédemptrice et vachement bonne.

SKX (15/09/2006)
website groupe www.toddranch.co.uk
website label www.southern.net
sounds Black_Skull.mp3

Tone
Solidarity
Neurot 2006
Tone
Ambient Metals

Dischord / Brookland 2003
Tone
Structure

Dischord / Brookland 2000
Tone
Sustain

IPR / Dischord 1996
Tone
Build

IPR / Dischord 1994
 

Tone est cet ensemble un brin mystérieux, crée en 1991 par Norm Veenstra, qui réalise des albums tous les trois, quatre ans, sortant rarement de son Washington DC natal pour faire des concerts (ceci expliquant cela). Malgré deux albums co-réalisés par Dischord records, il aura fallu que Neurot sorte leur cinquième album Solidarity pour que les projecteurs se braquent sur cette singulière troupe.
Un groupe qui mérite un retour en arrière et quelques éclaircissements sur une discographie fortement intéressante. Personnellement, c'est en 2000 avec l'album Structure que Tone (sous-titré The Expanded Ensemble) s'est découvert à mes oreilles. Six guitares, une basse, une batterie, des cuivres. Ca ne passe pas inaperçu. Pourtant, avant et après ça, rien, plus de nouvelles. Un mystère bien gardé.
Les musiciens qui composent Tone ont pourtant un CV qui ne passe pas inaperçu. Des ex-Government Issue, Teen Iddles, Pitchblende, Velocity Girls, Unrest, Wharton Tiers Ensemble, Smart Went Crazy, Strange Boutique et Caligari. Des univers musicaux bigarrés qui se retrouvent à jouer une musique instrumentale inspirée autant par Glenn Branca que John Cage tout en renvoyant à Godspeed You Black Emperor.

Le premier disque est paru en 1994. Un EP exactement. Build. Mais avec sept titres pour presque trente minutes, on va pas chipoter. Pas de cuivres encore. Juste ces guitares. Nombreuses. Et claires. Tone n'est pas cette cavalcade bruyante qu'on entend arriver de loin. Des sons sans distorsions, ou si peu. Des effets de boucles mais avec quelques choses de pop à l'intérieur. Des structures qui s'amusent à se répéter mais sans effet crescendo majeur, une production poli. Le cinquième morceau Mr. Authority pourrait presque passer pour une reprise d'un thème de Fugazi. Tone, un groupe bien de Washington DC mais en version instru et symphonique.

Avec Sustain en 1996, on passe à la vitesse supérieure. Enregistrée par l'ex-band of Susans, Robert Poss, la musique diversifie sa palette sonore, ajoute de la consistance à sa légèreté naturelle et si vous vous attendez à un truc ardu et expérimental à écouter, repassez par la case départ. Tone met la mélodie au centre du débat, ne conçoit pas ses longues chevauchées tranquilles et enlevées sans une accroche triturée avec finesse. Toujours portées par un rythme soutenue et relativement simple, les guitares jouent en accord une partition qui ne laisse rien dépasser, répétant inlassablement au sein d'un même morceau un thème qui fini par rentrer tout seul dans la caboche. Un travail de sape dans la douceur. Un travail d'orfèvres.

C'est pour le troisième album que les cuivres débarquent. Toujours enregistré par Robert Poss, Structure continue d'élargir ses émotions. Huit musiciens principaux auxquels vous rajoutez six invités et vous obtenez un ensemble symphonique qui exclue toute lourdeur, lyrique sans grandiloquence, orchestre rock sans nuisance sonore. Le premier grand fait d'arme de Tone.

Trois ans plus tard, Tone ressort de sa tanière avec Ambient Metals. Robert Poss a cédé les manettes à J. Robbins, l'ex-Jawbox. Les cuivres repartent d'où ils sont venus, un second batteur débarque dans le paysage et l'ensemble Tone encore plus fort. La multitude se fait enfin sentir. La puissance gagne du terrain. Densité, férocité accrue des rythmes. Si on peut sortir le mot mathématique, c'est pour la précision et non pas la complexité du machin. Une précision d'horloger et un groupe passé maître dans les structures répétitives auxquelles ils insufflent force éléments mélodiques et rythmiques. Steppe, morceau épique qui vous fait traverser une longue étendue sauvage, un troupeau qui arrive droit sur vous, lentement mais sûrement, une montée d'intensité auquel vous ne pouvez échapper comme une bestiole à la con prisonnière d'une lumière aveuglante.

Une musique aussi bien ambiante que tribale, apaisante et puissante, mélancolique et exalté ne pouvait laisser insensible les plaisantins de Neurosis. Neurot a signé en début d'année le 5ème album du groupe, Solidarity et sa pochette rouge ocre. La formule reste la même. Le Robbins, les deux batteurs, les guitares à foison. En solo, en arpèges ou en attaque frontale à cinq, la guitare mène le bal. Un dialogue de fou, un dialogue limpide, des airs épris de grand large sous la tempête ou marquant la solitude des grands espaces, Tone explore toute sa palette sonore qu'il a si bien su construire depuis 12 ans, la magnifiant dans des compositions originales, créant encore plus de contrastes, répétitions subtiles de boucles qui ne tournent pas en rond, de cassures brutales et de périples dissonants. Car si Tone a tout d'un groupe instrumental de plus, ses huit têtes et seize bras pour autant d'influences et d'inspiration diverses rendent à part ses compostions propres à plaire à un large éventail grâce à une esthétique accessible en apparence mais exigeant à l'intérieur.

SKX (07/09/2006)
website groupe www.tone-dc.com
website label www.dischord.com | www.neurotrecordings.com
sounds http://www.tone-dc.com - rubrique "discography"

Totheteeth/tothehilt
Sound Logic - CDEP
Reluctant 2005

Un nom à coucher dehors pour ce trio canadien. Dans le grand nord, on s'amuse comme on peut. Totheteeth/tothehilt, c'est un groupe qui puise sa source chez Mission of Burma (ils reprennent d'ailleurs le morceau Mica sur l'album Vs., disponible uniquement sur leur page myspace). Une preuve de bon goût. On pourrait rajouter, et pas seulement pour la nationalité, The Plan et ses cousins germains North of America. Cette même fraîcheur et intensité juvénile. Cette même simplicité apparente à construire des airs entêtants et angulaires. Un rock immédiat qui surgit de chaque instrument, agile, limpide, urgent et enrobé par les trois membres qui donnent à tour de rôle et tous en même temps de la voix. Cinq titres qui suffisent à votre bonheur. L'année précédente, le trio avait sorti un premier album avec les moyens du bord (Spell aviation, spell hope). Un trio à deux guitares qui a évolué depuis en bon vieux guitare-basse-batterie, donnant à l'époque encore plus de singularité aux structures et au son de Totheteeth/tothehilt. Un album qui souffre d'un déficit de moyen d'enregistrement mais les compos sont là, doucement décalés et surprenantes pour un premier effort largement recommandable. On ne vous en tiendra pas rigueur si vous ne retenez pas le nom mais ce serait une erreur de négliger leur musique.

SKX (27/08/2006)
website groupe www.myspace.com/tothehilt
website label reluctantrecordings.com

Treasure chest at the end of the rainbow / Mutiny on the bounty
Split CD
New Romance For Kids / The Schallot Collective 2005

Direction le Luxembourg avec deux groupes qui partagent des membres en commun, ou qui ont joué précédemment dans un même groupe ou qui étaient super potes avec le van de leurs futurs nouveaux groupes, je sais plus trop, bref, une histoire commune qui se répète inlassablement. D'ailleurs, à l'heure où j'écris ces lignes, Treasure Chest n'existe déjà plus. Il n'y a pas que des membres en commun. Le ciment musical sur lequel ces deux jeunes groupes pose leur fondation prend prise dans une bétonnière similaire où une tonne de références se mélange. Et de prime abord, pas évident de distinguer les deux groupes. Vous avez dans ces huit morceaux (4 chacun), beaucoup de complexité, un hardcore qui a largement dépassé ses racines pour s'en prendre plein la tronche de changement de rythmes, des déluges de notes, des chants tour à tour hurlés ou chantés, de brusques parties emo ou qu'on sent venir. Mutiny se distingue par une exécution plus rapide et un sens du chaos plus prononcé alors que Treasure Chest a le refrain plus accrocheur, flirtant avec tout un pan du punk-rock mélodique que je n'ai jamais voulu connaître. En fait, ces deux groupes ne se ressemblent pas simplement qu'entre eux. Leur histoire, leurs influences, leur motivation, leurs déhanchements sont ceux de milliers de groupes bien dans l'air du temps. Et bien qu'honnête, leur musique a toutes les qualités pour être noyée dans la masse car ici, rien ne sort du lot.

SKX (23/07/2006)
website groupe www.mutinyonthebounty.lu | myspace.com/tcateotr
website label www.newromanceforkids.com | www.schalltot.lu
sounds Mutinyonth.mp3 | TCATEOTR.mp3

Tornavalanche
No money, no problems - 12''
Level Plane / Init 2006

Avec les trois anciens membres restants de Ten Grand après la mort de Matthew Davis et rejouant pour la première fois ensemble dans un même groupe, Tornavalanche apparaît comme une suite normale. Surtout qu'on reste dans une mouvance musicale très proche. Mais à ce trio, il faut rajouter deux ex-Forstella Ford et savoir que cette formule répétait déjà en tant que groupe à la fin des années 90, soit en pleine période Ten Grand. On tourne la page. Tornavalanche, c'est d'abord une avalanche de batteries. Deux au compteur. Ca ne s'entend pas toujours sur disque mais les concerts doivent être épiques (surtout pour le sonorisateur). C'est aussi deux guitares, une basse et un peu tout le monde qui chante. Pour autant, Tornavalanche n'est pas une avalanche de bruits. Le chaos passe son tour. Les sauveteurs restent à la base. Ca glisse sur la finesse, traçant un sillage dans la retenue. Forte tension, avis de tempête, un nuage passe, quelques éclairs, l'éclaircie. Ca descend tout schuss et avec classe, le riff qui claque, la ligne de basse qui tue, la double batterie qui se fait enfin entendre sur le dernier morceau, le phénoménal Falling back on dat azz. Puissant, racé, accouchant sur la lignée d'arrivée de six titres éclatants. Pas d'argent mais du talent à revendre.

SKX (04/12/2006)
website groupe www.tornavalanche.com
website label www.level-plane.com | www.initrecords.com
sounds mp3.php?id=119

Talibam !
Buns and gutter - CD
Gaffer 2007

Comme il faut bien un repère dans cet océan de fracas, le dénommé Kevin Shea, feu le batteur des Storm and Stress tombe à point nommé. Car pour le reste, bonjour l'ambiance. Il s'était récemment calmé en compagnie des sages Get the people. Il repart comme en 14 avec Talibam !! Un projet de longue date avec pléthore de cdrs au cul et l'improvisation comme seconde peau. Cependant, les choses commencent à rentrer dans l'ordre et cet album est la première véritable réalisation en version CD et c'est un label lyonnais (oui Monsieur) qui s'acquitte de la tâche. Le lyonnais est courageux. Deux titres. Ou plutôt un long, très long, très très long, 34 minutes et des brouettes au compteur et un deuxième, aussi court que l'autre est long, dans le seul but de reprendre ses esprits. Que celui qui a dit que plus c'est long, plus c'est bon se tape ce When the saints go marching in. Il révisera son jugement sur les préliminaires. Issue d'une session de 2004 et enregistré en direct live sans doute, ces saints là vous piétinent la gueule sans rémission mais comme on n'est pas si cons, on se sera cassé bien avant la fin. Total impro-noise-jazzdelamort, comme du Flying Luttenbachers mais sans les clous et la cravache. Un Kevin Shea déchaîné derrière ses fûts, des acolytes aux synthés, bidouillages, saxo dans un grand capharnaüm élastique qui ressemble à du grand n'importe quoi. En tendant bien les esgourdes, on reconnaît le thème de ce gospel (When the saints go marching in, suis un peu) joué à deux doigts sur un snythé bon marché. Ouch. Eprouvant. Pour rester poli. Sur leurs autres enregistrements glanés à gauche et à droite, Talibam ! sait faire généralement plus court et ça leur va bien mieux. Le temps de lire ces lignes que le groupe a sorti deux autres disques : un vinly, le premier, The Excusable earthling sur Pendu Sound recordings et un 2ème cd officiel, Ordination of the Globetrotting Conscripts sur Azul Discografica. Comme maso est mon troisième prénom (Jo étant mon deuxième, ami du rugby, bonjour), j'irais jeter une oreille en espérant les récupérer.

SKX (02/10/2007)
website groupe www.trashfactory.net/talibam
website label www.gafferrecords.com

This Moment in Black History
It takes a nation of assholes to hold us back - LP
X-Mist 2007

Ce ruban jaune canari, façon boutonnière sur fond noir n'est pas la plus engageante des pochettes. A y regarder de plus près, c'est un autocollant posé là comme la banane du Velvet. L'affiliation s'arrête là. This Moment in Black History vient de Cleveland dans l'Ohio et ça sent le rock'n'roll à plein nez. Le genre d'odeur qu'on aime à renifler. Quatorze titres avec des paroles qui montent au combat. Des titres courts, secs, nerveux, sans chichi. Ca sent le rock vindicatif d'un Nation of Ulysses et un fond de hardcore old-school. Ils reprennent d'ailleurs deux groupes obscures de Cleveland des années 80 : Spike in Vain et Easter Monkeys. Dans ce dernier, on retrouvait Jim Jones, un ex-Styrenes qui a aussi collaboré avec Pere Ubu, autre fameux groupe de Cleveland. Toujours une histoire d'affiliation et d'hommage de la nouvelle génération. Dans le lot, faudrait pas oublier Rocket from the crypt, les cuivres en moins. Un deuxième album avec un arrière son de fond de garage et il faut lire les notes blanches sur fond noir du verso de la pochette pour s'apercevoir que Steve Albini a enregistré cet album. Un son qui n'a rien avoir avec sa patte habituelle et c'est beaucoup mieux comme ça. Ce rock au cordeau avec le son de batterie du grand échalas à lunettes, ça ne l'aurait pas fait, mais pas fait du tout. This Moment in Black History ferraille avec le coeur et les tripes, un surplus de blues violenté sur les bords et je dis pas ça à cause des deux blacks qui officient à la section rythmique. Un truc servi bien serré qui s'envoie d'une traite.

SKX (23/09/2007)
website groupe www.myspace.com/thismomentinblackhistory
website label www.x-mist.de

Three Second Kiss
Long Distance - CD
Africantape 2008

Il aura fallu attendre 15 ans pour que le nom de Three Second Kiss franchisse les Alpes ! Un secret bien gardé comptant tout de même trois albums au compteur (For pain relief sur Lollipop en 1996, Everyday everyman (1998, Wide records) et sur le label américain Slowdime, Music out of music en 2003 sans oublier le EP Focal point en 1999). Les dernières cinq années de silence rajoutent au mystère de ce groupe qui ne fait pas grand-chose pour se faire remarquer. Mais l'effort conjoint de Julien Fernandez (batteur de Chevreuil) et Mitch Cheney (guitariste de Rumah Sakit et déjà expert en production avec son autre label Sickroom records), venant de créer leur propre structure au nom intriguant de Africantape, devrait aider à mettre Three Second Kiss sous la lumière d'un jour plus grand. Et vu la qualité de la musique proposée, il ne devrait pas avoir de mal à se faire une belle place au soleil. Un batteur, un guitariste, un bassiste-chanteur, une multitude de possibilités. Celles explorées par TSK cheminent dans une sphère à géométrie souple où se cognent le rock libre de toutes entraves et la dureté d'un rock tirant sur le noise. Les structures relâchées et élastiques d'un US Maple avec la force de frappe d'un Shellac. Ca de quoi vous titiller et effectivement, c'est la valse aux neurones. Albini s'est collé aux manettes et si on peut reprocher à ce disque de trop sonner comme du Shellac - ce son de batterie reconnaissable entre mille - il faut avouer que ça leur va comme un gant, leur donnant une ampleur que n'avait pas leur précédent et pourtant très bon album Music out of music (j'ai depuis essayé de rattraper mon retard...). En même temps, le rock désarticulé des Italiens n'a pas grand (toujours) grand chose à voir avec la (feu) bande à Al Jonhson, excepté quelques plans de guitares tout en glissade, comme sur Deviationism où on s'attend voir débarquer à chaque seconde Al Johnson le magnifique et ses feulements décalés. Quant à Shellac, il ya longtemps que n'importe quel groupe boutonneux sorti de sa cave les dépasse sans forcer le trait de la comparaison. Three Second Kiss n'a besoin de personne pour avancer comme des grands. Ils savent se faire tour à tour félin, percutant, partir à l'ouest et revenir pour quelques fulgurances mélodiques, aussi piquantes que salvatrices. Le trio de Bologne ne s'emmêle jamais les pattes dans des compositions qui dépasseraient leurs compétences. A l'instar de leurs compatriotes Bellini, leur rock subtilement tordu garde la fièvre. Leur chanteur se demande sur I'm a wind si il est une bombe sexuelle (?). C'est bien connu, les Italiens do it better et ne sont pas orgueilleux, mais cette fois-ci, ils peuvent prétendre d'avoir tiré un très gros coup.

SKX (08/04/2008)
website groupe www.threesecondkiss.org
website label africantape.com

Tigon
s/t EP
Self-released 2008

Ne pleurez plus la fin de Playing Enemy, on vient de leur trouver des remplaçants de luxe. Tigon ne sont pas des p'tits cons. Un jeune groupe de San Francisco plein de talent et de promesse. Cinq morceaux enregistrés dans leur coin, sortis par leurs propres moyens. Des p'tits jeunes qui n'en veulent. Et qui l'expriment aussi. Technique, rapide, déstructurée, la rage au ventre, Tigon n'a rien inventé mais a tout compris. On s'y croirait. Botch, Kiss it Goodbye, vous voyez le genre de catégorie dans laquelle Tigon cherche à lutter. Un hardcore-noise torturé et lapidaire. Avec suffisamment de plans rampants, d'animosité rentrée, de cassures, d'un plan de guitare resté bloquer sur la même note aigue à la fin de The Path, pour mieux gérer les explosions qui interviennent à intervalle régulier, sinon en mode continu, au cours de ces treize minutes d'une folle intensité. Tigon frappe fort d'entrée de jeu. La suite. Vite.

SKX (23/11/2008)
website groupe www.myspace.com/tigonsf


Times New Viking
Paisley Reich - CD
Siltbreeze 2006

Times New Viking
Dig Yourself
- CD
Siltbreeze 2005

Siltbreeze records est un label spécialiste de la musique lo-fi, l'anti studio à 24000 € la journée, oeuvrant depuis le tout début des années 90 dans la production d'artistes bricoleurs - de génie ou non, c'est selon la cuvée - le roi du quatre pistes et du chatterton. Leur premier disque fut un single de Halo of Flies (le groupe du futur boss de Amphetamine Reptile) puis toute une ribambelle de production maison dont Sebadoh, Harry Pussy et surtout, une pléthore de groupes néo-zélandais dont ils se sont fait les spécialistes : les légendaires Dead C., Alastair Galbraith, A Handful of Dust et une mine d'autres groupuscules inconnus.
Retrouvez Times New Viking sur le label de Philadelphie est d'une logique implacable. L'enregistrement à la maison a de beaux jours devant lui. Dig yourself creuse le sillon d'un album pop par essence. Sauf que Times New Viking y fout le feu comme un bidon d'eau de vie sur un barbecue. En plus de gâcher ce sain breuvage, ça rend la merguez méconnaissable. Un groupe originaire de l'Ohio avec une chanteuse enregistrée dans le Michigan, un chanteur en Pennsylvanie et le batteur en vacances dans le Texas (révise ta géographie). Le seul qu'on entend, c'est le guitariste, bien appuyé il est vrai dans sa volonté d'en découdre avec le synthé de la chanteuse. Le studio portatif devait lui appartenir. Pavement à coté, c'est les Eagles. Mais bon, c'est la loi du genre et à ce titre, Times New Viking se défend avec les honneurs. On pense à Trumans Water sans le coté fou furieux. The Intelligence pour le son finalement très garage. L'ambition de Adam Elliot, batteur et chanteur du groupe, était de composer des pop-songs à siffler sous la douche mais dans un drudgy dark sound. Résultat, tu ne chanteras rien et tu seras encore plus crade qu'avant. Un penchant noisy noisy noisy comme il est bon d'entendre une fois par an.

Pensez que Dig yourself était une œuvre de jeunesse, que ça leur passerait avec le temps était une erreur. Leur dernier album en date, Paisley Reich, est aussi revêche. Plus exactement, il sonne aussi lo-fi, bric et broc sur un même bateau, douché sous une épaisse vague de turbulences mais tout le monde reste sur le pont. A ce point bordélique, ce n'est plus du hasard mais de la totale maîtrise. Plus du je m'en foutisme mais un acte délibéré. Times New Viking se taille un son noise incroyable, maîtrise ses effets et les larsens. Ou plus exactement, les laisse vivre dans l'état, sans se soucier de corriger le tir. Les dissonances deviennent de dangereuses armes. Le volumètre continuellement dans le rouge. Si la volonté d'écrire des pop song est toujours là, ils abandonnent leur coté chapi-chapo pour embraser les airs d'un Half Japanese convulsif parti sur les traces d'un Velvet Underground sain de corps. Les voix parties dans un état voisin vous reviennent dans la tronche comme un boomerang. Des lustres que je n'avais pas entendus des guitares autant en avant. Un tel tapage, un tel niveau de saturation et de grésillement, un tel degré de crasse ensevelie, c'est respect. D'accord, ça fait mal un peu mais c'est comme la sodomie. Ca fait cligner des yeux au début mais après ça passe tout seul. On peut rester insensible à leur tentative mélodique, à leur entrain et ton enjoué mais rien que pour l'enveloppe, cet album vaut le détour.
Le suivant est déjà accouché. Rip it off est son nom et devrait voir définitivement la lumière du jour début 2008. Saignements garantis.

SKX (17/12/2007)
website groupe www.myspace.com/timesnewviking
website label www.siltbreeze.com

Time to Burn
Is.Land - CD
Basement Apes Industries 2007

On va encore s'en prendre plein les oreilles. Time to Burn, groupe parisien mais aux origines incontrôlées, débarque avec un deuxième album belliqueux, charriant désordre et émotions contrastées. Time to Burn, c'est la famille hardcore chaotique et métallique, noisy et rock'n'roll. Son flux et reflux d'influences allant de Botch à Breach qui se brise sur un élan qui regarde vers le futur. Le terrain est connu mais le guide s'annonce fin connaisseur. Fin étant une vue de l'esprit. C'est quand même gros coups de basse dans la tronche, cris à s'en décrocher la mâchoire, à vomir ses amygdales sur le plancher, un rien uniforme sur la longueur sauf pour le dernier, Land, où le chant se fait posé ainsi que sur de trop rares autres passages. Une pression continue de tous les acteurs qui jouent de toute leur palette de sentiments. Introspection et sauvagerie. Explosion des masques, densité au mètre carré de riffs écorchés, de cymbales napalmées, d'une caisse claire qui cingle au milieu du bordel, de changement de direction à la dernière minute, de compos qui avancent sur un faux rythme tout en maintenant la tête sous l'eau. Combinaison d'une violence latente et d'une bile craché à la face sans détour. Le groupe est parti une semaine en Suisse enregistré ces dix titres mais ce n'est pas Serge Morattel qui s'y colle. Ca change et c'est pas plus mal. Un certain TVO a fait le boulot et ça sonne parfaitement, gardant un bon équilibre entre puissance de gros bras et ce grain de poussière qui rend humain. Is.Land et son point au milieu est un territoire sombre et revêche, une île déserte où il ne fait pas bon s'y perdre même si ils ne sont pas les premiers à s'y rendre. Sur la carte du metalcore, ça les place en tout cas en très bonne place.

SKX (24/09/2007)
website groupe wearetimetoburn.free.fr
website label www.basementapesind.com
sounds nayeli.mp3


Todd / Part Chimp

Split 7''
Noisestar 2006

Un split avec un vinyl qui pèse deux tonnes entre gens bien élevés qui savent comment faire morfler les enceintes et crier les guitares (!). Part Chimp reprend The Watcher, un morceau de Hawkind, vieux vieux groupe anglais qui a sorti son premier album en 1970 et le dernier en date en 2006. Entre les deux, une trentaine d'albums enregistrés. Et dire que j'en ai jamais écouté un seul. Bon d'accord on en a rien à foutre mais pour la petite histoire, un certain Lemmy y a joué entre 72 et 75 avant de se faire virer, non sans avoir écrit une dernière chanson pour eux répondant d'un doux nom qui fera trembler des murs d'enceintes pendant là aussi de très longues années. Le nom de ce morceau est Motorhead. Tout nous renvoie au volume et si la reprise de Part Chimp se traîne et n'engage en rien à fourrez son nez dans l'original, Todd met le paquet question bordel. On sentait bien sur Comes to your house, leur dernier album en date, que le méchant larsen les tenaillait mais là, c'est carrément la trame principale. Plus de six minutes d'un morceau (Deep grief one to four) découpé en deux parties où tout n'est que vomissure et white trash noise, le chaos primitif à la Merzbow se terminant par un genre de rythme lancinant sur fond de voix samplée et traînante. C'est extrême certes mais ce n'est pas la face préférée de Todd. L'affiche s'annonçait alléchante mais les deux groupes ont débarqué avec le genre de truc qu'on fout sur des 45 tours pour rigoler. Dommage.

SKX (20/01/2008)
website groupe www.myspace.com/toddranch |www.partchimp.com
website label www.noisestar.co.uk

Torche
In return - 10'' + CD
Robotic Empire 2007

Ce disque est une réédition mais qu'importe ? Robotic Empire a eu la très bonne idée de le rendre à nouveau disponible et qui plus est ce joli 25 cm (décidément ce format vinyle est de loin le plus classe) est augmenté d'une rondelle digitale comprenant les mêmes morceaux. Du beau boulot donc qui commence par un art work soigné qui rappellerait une de ces peintures art nouveau -on dirait même le détail d'une oeuvre de Mucha- à condition de ne pas ouvrir la pochette double en gros carton : à l'intérieur c'est plutôt de mauvais goût, même lorsqu'on aime les fleurs.
Le disque est en couleur (il y en a plusieurs de disponibles) et fait partie de ces trucs qui deviennent rapidement addictifs. Les sept titres proposés ici délivrent un rock mi stoner mi sludge point trop métallique et suffisamment hard core dont la lourdeur alliée à la puissance n'aurait rien pour déplaire aux amateurs de grosse noise qui tâche façon Unsane. Ici on a allègrement dépassé le stade anal seventies, il y a peut être des fleurs sur la pochette mais c'est de volée de bois vert dont il est question ; les riffs sont monstrueux, la rythmique laboure bien profond et les compositions comportent toutes au moins une bonne idée ce qui est une moyenne relativement élevée par les temps qui courent.
Mais justement, la vraie bonne idée de ce disque, et d'une manière générale de la musique de Torche, c'est la voix au timbre agréable, un chant clair à la power pop qui contraste avec les moulins à riffs qui s'emballent à l'arrière plan. Pas de braillardises ni de hauts de hurlements, l'effet est spectaculaire et bien vu, rendant ce disque facile à la digestion et éloignant tout risque d'overdose. Du coup Torche peut prétendre sans problème à l'une des premières places sur le podium stoner, exploit dont on attend avec impatience qu'il soit réédité par le groupe puisque un nouvel album est annoncé pour 2008.

Haz (11/01/2008)
website groupe www.torchemusic.com
website label www.roboticempire.com

Torche
Neanderthal - LP
Robotic Empire 2008

Heavy rock. Pop. Seventies. Autant d'appellations contrôlées qui font fuir le patron. Moi aussi d'ailleurs. En général. Mais Torche est encore une exception qui confirme la règle. Suivant In Return, un mini album très apprécié, Neanderthal est donc le troisième disque de ce quatuor partagé entre Atlanta et Miami. Est-ce soleil et l'air marin qui inspire ainsi nos quatre chevelus ? En effet Torche essaie de plus en plus ouvertement de concilier l'union contre nature entre les Beach Boys et Black Sabbath, Ozzy Osbourne encule Brian Wilson et je jouis avec eux.
Neanderthal est une collection de treize titres parfois très courts qui sont autant de perles poppy (oui, poppy, je ne change rien) et catchy en diable qui donneraient le grand frisson extatique du surfer virevoltant sur une vague au milieu d'une armé de requins mangeurs d'hommes même à un maniaco-dépressif en train de se palucher sous une douche brûlante en pensant à la quatorzième implantation mammaire de Pamela Anderson. C'est d'une fraîcheur qui fait regretter tongs, barbecues, bermudas et pastis estival et rappelle courageusement que la vie peut également être gaie, fleurie, enjouée et plaisante. En plus certains titres poutrent littéralement et bastonnent tout sur leur passage, grosses guitares bien grasses et rythmique plombée mais rapide au menu. Du fun, du sucré et du festif : il ne manque que les meufs (je répondrai personnellement à tous les mails d'insultes pour propos macho-sexistes : hazam@orange.fr). Précisons enfin que ce disque est nouvelle preuve indéniable que le vynile c'est beaucoup plus beau et beaucoup plus rigolo que le format CD, ici on a droit à une galette bien épaisse empaquetée dans une pochette en carton joliment illustrée et dépliable en quatre, un bel objet (CD disponible chez Hydra Head).

Haz (09/10/2008)
website groupe www.torchemusic.com
website label www.roboticempire.com

Transistor Transistor
Young Vampires of New Hampshire/White Knives - 7''
Level Plane 2008

Je n'étais même pas inquiet pour Transistor Transistor : un profond silence radio de trois années ou pas loin et je pensais juste que le groupe, comme tant d'autres, s'était séparé, que ses membres avaient déjà remonté d'autres projets que je ne connaissais même pas encore, on ne peut jamais aller aussi vite que la musique. Et puis contre toute attente Level Plane édite un single dont la pochette pue de la gueule. Dessus : deux titres inédits, Young Vampires of New Hampshire et White Knives, annonciateurs d'un nouvel album, Ruined Lives, à paraître au mois de mai. Un disque enregistré chez Kurt Ballou où les petits gars de Transistor Transistor ont croisé Tomas Lindberg (qui y faisait exactement la même chose avec son groupe Disfear) ce qui explique que le barbu suédois est crédité en guest sur la face B. Ça copule sec chez les punks.
Young Vampires of New Hampshire est un titre court et diablement efficace. De la guitare noise'n'roll qui tronçonne des riffs tranchés dans le vif pendant que la voix fédère son petit monde à l'aide d'un refrain accrocheur, un petit break de fin de parcours qui sent bon le savoir-faire et le tour est joué. Tout à fait le genre de titre qui donne des suées en concert. Rien de foncièrement original mais c'est du tout bon. White Knives, hormis les détails techniques déjà mentionnés au début, possède lui une structure autrement plus complexe (il ne faut pas exagérer non plus…) et un climat plus sombrement alourdi, merci Kurt. Pourtant ça commence dans une veine tout à fait similaire à celle déployée sur la première face mais, patatras, au bout d'une minute c'est déjà l'heure de l'appel des guitares inquiétantes et vaguement sinistres, qui se retiennent de tout lâcher mais on sent bien qu'on va s'en prendre plein la gueule et bien oui, éjaculation faciale et coups de boutoir, retour au swing qui donne envie de brailler et d'ailleurs ça braille, formidable. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Level Plane, qui a sorti ce single uniquement pour faire envie, a particulièrement bien réussi son coup.

Haz (30/03/2008)
website groupe www.transistortransistor.com
website label www.level-plane.com

Trumans Water / Rosolina Mar
Rosolina Mar meets Trumans Water - CD
Robotradio 2007

Trumans Water toujours en vie. A l'aube d'une nouvelle tournée européenne en 2008 et d'un énième album (on ne compte plus après 10), les frangins Branstetter remettent le pied à l'étrier en compagnie des Italiens de Rosolina Mar. Un split CD initié par le label non moins italien Robotradio records qui soigne toujours la présentation. Un concept multimédia à chaque fois où musique, vidéo et artwork se bousculent sur un même support. Ca fait longtemps que Trumans Water a tout dit - pensez donc, depuis 1992, on a l'âge de ses artères - et le vent de folie qui a accompagné leur jeunesse sonique et chaotique est bien derrière eux. Mais il y a toujours moyen de se faire plaisir et apporter autre chose qu'un courant d'air désagréable. Pour preuve, leur morceau principal, We fish. Trumans Water est peut-être parti à la pêche ces dernières années mais ils démontrent qu'il y a toujours moyen de ramener dans ses filets de bons petits poissons bien frétillants. Hail sister bottle est du même acabit, dans le genre alerte, court, toutes guitares dehors, chœurs multiples et dynamique entraînante alors que le 3ème inédit Can't taste it et sa trompette débridée est un poil plus anecdotique. Les frangins ont beau être séparé par un océan (Kirk vit à Portland, Kevin en France depuis 95), avoir enrôlé une nouvelle section rythmique, les Trumans gardent leur mot à dire.
Entre chaque morceau de Trumans Water, Rosolina Mar a intercalé trois de ces titres. Leur math-rock guilleret me laisse une nouvelle fois perplexe. Le guitariste en fait moins que sur leur premier album, un morceau comme Zeus Faber reste même plaisant mais ça me rappelle toujours les plages d'Ibiza (que je n'ai jamais fréquentées) et les cocktails mondains en tongs (que je n'ai jamais pratiqués). Mais je suis sûr que ça me ferait le même effet. En fin de CD, chaque groupe propose un remix d'un de ces propres titres. Comme souvent dans ces cas là, ça fait plus remplissage que présenter un intérêt véritable. Ne reste plus qu'à aller se coucher en regardant les dessins étranges de Francesca Ghermandi et les deux vidéos, surréaliste pour Trumans Water, non dénué d'humour pour Rosolina Mar, et on ne regrettera pas sa journée.

SKX (04/12/2007)
website groupe www.trumanswater.com
website label www.rosolinamar.com/eng
sounds www.robotradiorecords.com

Twenty-One Crows
Whatever will become of us… - CDEP
Self-released 2007

Un phare dans la nuit. Des croix à la mer. Le froid et l'œil noir d'un corbeau. I'm just a crow. Eyes black and cruel. You fear my shadow. Jon Griffin n'a rien d'un corbaque aussi avenant qu'une porte de prison. Un Anglais jusqu'au bout de son humour pince sans rire et sa bonhomie contagieuse. En retraite de Planquez, son nouveau projet est pourtant d'un noir profond. D'une mélancolie sans limite. D'un minimalisme curieux au sein d'une formation originale : guitare sèche contre clarinette et accordéon (rangez le hautbois). La guitare et le chant pour sa pomme, le cuivre et le piano du pauvre pour Becca Tann. Fini les décibels de Planquez. Place à un folk intimiste, des mélodies de guitares accrocheuses, un habillage tout en finesse par un accordéon qui n'en a pas l'air et une clarinette tout dans la délicatesse. C'est sec et en même temps, ça vous enveloppe d'une chaleur insoupçonnée. Quatre titres avec un Any Place but here magique, un Just a crow qui donne envie de reprendre le refrain en chœur et Mighty hood, du nom d'un bateau de guerre anglais, hommage étrange à cette fierté nationale disparue et seul morceau non présent sur leur myspace qui renvoie au meilleur d'un Songs Ohia épuré. La voix de Griffin est toujours aussi impénétrable et émouvante. Un disque qui file le bourdon mais bon dieu que c'est bon. On se demande encore pourquoi le duo a été obligé de sortir ce disque par ses propres moyens et à 100 exemplaires. Commandez le votre ou allez vous faire pendre ailleurs.

SKX (17/11/2007)
website groupe www.myspace.com/twentyonecrows


 
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