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ARCHIVES 1999 - 2010
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DACTYL / BACON WAGON Split 7''
DAEMIEN FROST
Corpus daemo
DAEMIEN FROST / MONTANA PETE jiminationalism / in league with the amazons
DAÏTRO Des cendres, je me consume
DALEK Gutter Tactics
DANIEL STRIPED TIGER No Difference
DANISCO (FOR BEAUTY) IV
DANISHMENDT Un Passe Aride

DAN SARTAIN Join Dan Sartain
DATURAH Reverie

DAUGHTERS canada songs
DAUGHTERS Hell songs
DAUGHTERS Self-titled
DAS SIMPLE Self-titled
DAWNBREED robot
THE DAYS END s/t
DDD ep - 10''
DEAD AND GONE s/t
DEAD ELEPHANT Sing the separation
DEAD ELEPHANT Lowest shared descent
DEAD ELEPHANT Thanatology

DEAD FOR A MINUTE diegese
DEAD MEAT The King 7''
DEAD RIDER The Raw Dents
THE DEAD SCIENCE Bird Bones in the Bughouse
THE DEAD SCIENCE Submariner
THE DEAD SCIENCE Frost giant
THE DEAD SCIENCE Villainaire
THE DEAF This Bunny Bites
DEAF WISH Deaf news - 7''
DEAF WISH Reality & Visions
DEAF WISH Self-titled
DEAF WISH Mercy

DEATH FROM ABOVE 1979 You're a woman, i'm a machine
DEATH OF LONDON Here is the death of London
DEATH SENTENCE : PANDA ! Puppy kitty or both - 10''
DEATH SENTENCE : PANDA ! / THE DREAMS Split 10''
DEATH TO PIGS Carnal carnival
DEATH TO PIGS La Horse
DEATH TO PIGS / GU GUAI XING QIU Split LP
DEBORAH KANT Self-titled
DEBORAH KANT Marcel Hell / Day Dee

DEEP DARK UNITED Fools !
DEEP DARK UNITED Ancient (Block recording club)
DEERHOOF reveille
DEERHOOF Milkman
DEERHOOF Green Cosmos
DEERHOOF The runner's four
DEER HUNTER Turn it up faggot
DEITY GUNS A Recollection
DE KIFT koper
DE KIFT Vlaskoorts
DE KIFT Vier Voor Vier
DE KIFT 7
DE KIFT Hoofdkaas
DESALVO Mood Poisoner

DESERT CITY SOUND TRACK Funeral Car
DESERT CITY SOUND TRACK Perfect addiction
DETECTIVE INSTINCT present G.W. Sok #3 7''
DETI DESTE Love and piss
DETONATOR dans ton coeur / simply beautiful
DEVEROVA CHYBA Do stran
DEVOLA playing the game of revenge and winning every time
DIANOGAH Qhnnnl
DIAL Infraction / Distance runner / 168k
DIAL Self-titled
THE DICTAPHONE Self-titled - 7''
THE DICTAPHONE Self-titled
DIE! DIE! DIE! s/t / Locust weeks
DIE MONITR BATS Youth controllerzzz
DIE MONITR BATSS Girls of War
DIE PRINCESS DIE Self-titled
DIE PRINCESS DIE Lions eat lions
DIE PRINCESS DIE Lions eat lions deluxe
DIET COKEHEADS Oral - 7'' |Nasal - 7''

DIET COKEHEADS Ocular 7''
DIET COKEHEADS / NEON BLUD Compact Heat split 7''
THE DILLINGER ESCAPE PLAN calculating infinity
THE DILLINGER ESCAPE PLAN Miss Machine
DILUTE Grape blueprints pour spinach olive grape
THE DISCORD OF A FORGOTTEN SKETCH s/t
DIVORCE self-titled 10''
DIVORCE Love Attack / Meating 7''
DIVORCE Wet bandit - 7''
DIVORCE PARTY Astrocongertion Oporium
DMONSTRATIONS Self-titled EP
DMONSTRATIONS Night trrrors. Shock !
DO MAKE SAY THINK and yet and yet
DO MAKE SAY THINK You, you're a history in rust
DOLOM Self-titled
DOLORES poison apple / heartless
DOMINIC Self-titled
DON CABALLERO World class listening problem
DON VITO Self titled - 10''
DON VITO IV
DON VITO & ABRAXAS APPARATUS Split 10''

DOPPLER s/t
DOPPLER Si Nihil Aliud
DOPPLER Songs to defy
DOPPLER / MARVIN 12 salopards vol. 2 - split 10''
DRAIN PUMP BOOSTER s/t
THE DREAMS Morbido
THE DRIFT Memory drawings
DRILL FOR ABSENTEE circle music
DRIVE WITH A DEAD GIRL Fives
DRUMS ARE FOR PARADES Sacrificial Artificial Darkness in The Temple of The Damned - Master
DRUNKDRIVER
Fire sale / It Never happened - 7''

DRUNKDRIVER Born Pregnant
DRUNKDRIVER Self-titled
DRUNK HANDS Blinds
DRY-ROT Philistine
DUB TRIO Another sound is dying
DURE-MERE Sangre
DYSE s/t
DYSRHYTHMIA Psychic maps


DAEMIEN FROST
" Corpus daemo " - CD
Alpha Relish 02
Daemien Frost est un drôle de jeune groupe irlandais. Trois gamins qui ne savent pas à quel saint se vouer. Leur credo, se faire plaisir par n'importe quel moyen. Alors difficile de trouver une cohérence sur ce premier album. Ca tire dans tous les sens. Ils se sont fait remarquer récemment par un split single avec les stars japonaises Melt-Banana. Mais on les situe surtout aux cotés de cette nouvelle scène irlandaise avec The Redneck Manifesto ou Four Connect Orchestra. Le noise-rock, le post-rock, l'indie-rock, toutes les germes sont bonnes à semer. A la volée de préférence. Et instrumental uniquement. Daemien Frost représente sans doute la frange la plus dure et bruyante de ces nouveaux groupes. N'hésitant pas à inviter accordéoniste, clarinettiste et saxophoniste pour parties fines et jambes en l'air. A s'hypnotiser tout leur soûl sur de purs moments de transe noise-rock. Ca fourrage sévère (" duck gait parade ") pour aussitôt recadrer les choses (" the song breaking up "), grande plainte monotone qui tente bien de brouiller les pistes vers le milieu mais qui reste en dedans finalement. Un album quand même bien énervé dans l'ensemble, tout en variant les effets. Beaucoup de complémentarité entre ces gaillards qui traînent leurs guêtres ensemble depuis un baille. On reste malgré tout sur notre faim, faute de morceaux qui font vraiment décoller la bête. Trop d'idées, trop brouillon, une énergie mal canalisée, le jouet leur échappe. Vous aurez peut-être eu la chance de les voir en France ce printemps ci. Ce groupe a assurément toute l'énergie pour des représentations de haute tenue. De la discipline. De la di-sci-pline. Mais à couilles rabattues. L'avenir leur appartient nom d'un chien !
SKX (30/04/2003)

MONTANA PETE/DAEMIEN FROST
" jiminationalism / in league with the amazons " - split 7"
Alpha Relish / Coin-Operated 01
Montana Pete continue d'enchaîner les petits formats. Limité à 300 exemplaires, vous risquez de passer à coté de deux groupes anglais qui promettent beaucoup! Montana Pete a cette légèreté, qui malgré la précision et le bruit de leurs instruments, les rend attachant. Pour parler d'eux, on évoque souvent des groupes comme Wire, Gang of Four, Trumans Water, Albini sans que tout ça soit très conforme à la réalité non plus.... Ce nouveau morceau n'est pas leur plus saisissant. Leur fougue est intériorisée, le rythme de batterie sommes toutes classique mais la fin du morceau et cette voix sombre voix qui arrive ranime la flamme un instant vacillante. Daemien Frost débarque dans le paysage. Et d'entrée de jeu, un morceau de choix. Tout de suite plus noise, malgré un début tout en touché de symbales. Ca s'excite, accélère peu à peu, les guitares partent en vrille et tout dérape avec un truc hypnotique derrière tout ce raffut qui capte bien l'attention. Surveillez ces noms du coin de l'œil!
SKX (21/02/2002)
DAWNBREED
" ROBOT " - 7"
ROBOT 00
La nouvelle est tombée depuis un certain nombre de mois. Dawnbreed n'existe plus au bout de 7 années d'activisme, suite à un problème de santé d'un des membres. Alors cette posthume galette, leur cinquième, est une heureuse surprise. Même si aucun inédit transparaît.... "Astronauts" figurait déjà sur un single sur Stickfigure records et "Apollo Raumklang", sur un merveilleux split 7" avec The World Inferno Friendship Society. Un titre énorme de Dawnbreed, mais beaucoup mieux sur la version initiale. 2 titres remixés pour les fans. Et pour les retardataires, s'il ne vous fallait qu'un seul de leur bijoux : l'album "Aroma" et vous comprendrez ce que post-hardcore moderne signifie....
SKX (02/06/2000)
DE KIFT
" koper " - CD
autoproduction / V2 records 01
Toute chronique de De Kift qui se respecte commence par l'emballage. Un des rares groupes où tout le monde se demande d'abord à quoi ressemble la pochette avant de se demander comment est la musique. Pour ce cinquième album, la couleur dominante est au cuivré ("koper" en français signifie cuivre), avec rabat et intérieur velours. Manque plus que la climatisation et le volant en moumoute. Et dedans, toute une série de photos cartonnées et pliées en accordéon pour fêter leur 12ème anniversaire. Et 12 ans de vie commune, c'est forcément les noces de cuivre. Logique. Et à défaut d'être aussi spectaculaire que les emballages précédents, la vraie originalité vient du livre qui accompagne ce CD. Un livre uniquement trouvable lors de leurs concerts (ou alors prenez votre plus belle plume, même virtuelle, et écrivez leur) dans lequel vous pourrez coller les photos du cd. Vous restera plus qu'à vous caler dans un fauteuil pour feuilleter l'album de famille, la boite à cigare "Krankenhaus" à portée de main, un œil sur le livre "Gaaphonger" posé sur la cheminée au dessus de laquelle trône le cadre "Vlaskoorts"! Avec le clan De Kift, le rapport est intimiste. Difficile d'expliquer l'effet de leur musique si personnelle et à nul autre pareil. Cette charge émotionnelle qui fédère autour d'eux autant de personnes aux horizons musicaux très différents. "Koper" nous prend encore une fois au piège. 17 titres qui nous laissent songeur. La face "chanson" accentuée. L'ensemble est calme. Mais inutile de crier pour se faire remarquer. De Kift sait vous capter par des mélodies subtiles, un air de cuivre - l'instrument - céleste, une ligne rythmique nonchalante que vous suivez les yeux fermés. Ces airs de fin de fête tristounette et mélancolique, ces relents de vie, ces choeurs alambiqués plus travaillés que jamais et qui vous poussent à la chansonnette sous la douche. Des guitares acoustiques maigrelettes, épaulées d'une contrebasse rondelette. Recueillement. Prise de pouvoir. Des morceaux incontournables, tubes intimistes en puissance. Et quelques bizarreries échappées du bestiaire, portées par l'accent hollandais rugueux. Le Batave a la peau dure et brille, à l'instar de leurs potes The Ex, sur la durée. Ca illumine de l'intérieur. 12 ans et toutes leurs dents.
SKX (05/12/2001)
DE KIFT
" Vlaskoorts " - CD
PIAS Benelux 99
Le cadeau. Traduction française de DE KIFT. Un cadeau à plus d'un titre. Par la rareté de leurs sorties. 4ème album en 10 ans, faut être patient! Par la présentation recherchée et toujours plus fort. Après la boite à cigares, le livre-disque, voici le premier CD-cadre à accrocher au dessus de la cheminée! Idéal pour épatez vos amis. Et si vous en avez pas (de cheminée, pas les amis), peut servir également de magnifique dessous de plat. Avec le livret de circonstances accompagnateurs de pensées, en version hollandaise et anglaise. Et le cadeau tout simplement qu'ils nous font à chaque nouvelle livraison de leur musique, du bonheur plein les oreilles, des gentlemen hollandais enchanteurs. Un monde unique, au caractère théâtral, une fanfare déglinguée, l'humour, la tristesse, la dérision, ya tout ça dans l'univers si personnel de DE KIFT. Si vous attendiez guitares plombés et rythmes explosifs, la déception est au bout du chemin. Ici, on prend le temps de narrer des petites histoires de la vie quotidienne, les chanter en choeur avec les potes quand nécessaire, des voix somptueuses qui s'envolent, et là, pour un peu, c'est vous qui reprendriez à l'unisson avec eux. C'est de la mélancolie avec trois fois rien, de l'intensité dans sa plus simple expression. Une trompette, une voix grave et quelques cordes au fond. Avec pour cette fois ci, un thème musical qui vous revient toutes les 2, 3 chansons, un p'tit air qui s'accroche à vous, en version cuivrée, en version guitare, des arrangements toujours différents. Et ça continue avec l'accordéon, le piano électrique, le tuba, les congas, l'optigan, la liste est longue. Un monde musical épuré qui vous prend aux tripes plus d'une fois. Pas d'effets, pas de tricherie, c'est lent et poignant, orchestre en fin de soirée, ivresse et fatigue tout mêlée, un rythme de salsa bancal, autant chanson à texte que folklore fauché. La musique de DE KIFT est universelle. Elle est vague roulante, coule, s'infiltre dans les plus infimes recoins de votre être. Etreinte calme qui paralyse. 16 titres flamboyants. On peut se jeter sur cet objet, le tourner dans tous les sens, le passer en boucles, le meurtrir. On n'obtient rien, ni de sa magie, ni de ses mystères. Les choses m'échappent. Et on revient à son insurmontable solitude....
SKX (21/12/1999)

DEAD AND GONE
" s/t " - 2x7"
Gold Standard Laboratories 00
Bon, alors là, ça mérite quelques explications. Je sais bien que, en gros, vous en avez rien à foutre, mais si, si, j'y tiens. Au début était Dead and Gone, groupe laborieux dans le genre hardcore mi-rock mi-bâtard. Le chanteur se fait la malle. Là-dessus, personne le pleure. Mais les autres musiciens persistent et, sous le nom de Creeps on Candy, sortent un album époustouflant, que tout le monde ignore, entre Steel Pole Bath Tub et Jesus Lizard. On en revient pas et on se l'écoute en boucles. Et puis silence radio. Et là, peinard, notre chanteur revient (parti pourquoi, revenu pour quelles raisons, on n'en sait rien !) et c'est reparti comme en 14, bras d'ssus, bras d'ssous, avec ses anciens acolytes, on reprend le nom de Dead and Gone, on oublie tout et comme cadeau de réconciliation, on s'offre un double 45. On se demande forcément ce que va apporter le retour de l'enfant prodige sur des musiciens dorénavant inspirés par les dieux. On retient son souffle et là, bonheur, Creeps on Candy n'a fait que changer de nom, la musique est restée. Tout au plus une dimension rock'n'roll-noise crade en fine pellicule. Ca boulime et ça pétarade toujours autant. Disque de loosers hargneux, d'ivrognes chahuteurs, d'une voix qui sème la tempête et récolte 4 titres rageurs. L'histoire est chaotique mais ça vaut la peine de la suivre.
SKX (02/10/2000)
DEAD FOR A MINUTE
" diegese " - 10''
Abstr.act / Shynia / Shogun 02
L'épreuve du déchaînement. A peine cinq morceaux mais la première impression est le choc, une violence intérieure qui nous explose à la gueule. Ce groupe originaire de l'est de la France tire son nom d'un morceau de Botch sur " American Nervoso " (ou simplement le fruit du hasard ?!). N'empêche, vous savez tout de suite où vous situez, même si à priori, on tire surtout du coté de Converge. Voir les deux sévèrement secoués. Un Converge passé au karsher. Mais ce mini-album se distingue surtout par sa production. Une épaisseur à transpercer. Chaque instrument subit le même traitement, aucun ne prédomine, tout est mené de front, vous happe, vous malaxe, nids d'insectes grouillants. Une sensation bordélique du son, dans le sens positif du terme, tel un lierre qui s'enroule autour de vos perceptions, vous lace, vous broie avant que l'absorption ne commence. Vous ressortez de là, hacher menu menu. Je connais peu de groupes en France capable de vous aligner une telle furie. Je me demande comment tout ça peut sonner sur scène, comment une telle anarchie sonore est retranscrite dans le chaos d'un concert. En attendant, ce disque, triplement labellisé, est une révélation !
SKX (01/02/2003)
DEEP DARK UNITED
" Fools ! " - CDEP
Kosher Rock 02
Deep Dark United est canadien et Alex Lukashevsky est le meneur de la bande. Le nom de son propre label, Kosher Rock records, résume assez bien la situation. Un mélange de musique traditionnelle juive et folk largement transpercées par des pointes rock, un souffle jazzy et une bonne secousse païenne à faire retourner dans leurs tombes ses aïeuls. Avec ces cinq acolytes (piano, saxo et le classique batterie-basse-guitare), il pourfend les traditions et offre une procession mouvementée et enlevée. Construit autour d'une ritournelle qui revient régulièrement hantée ces sept compositions, ce " Fools " est un exercice de libre expression où, derrière l'apparent foutoir ambiant, se dégage une ligne directrice bien claire, basée sur la répétition qui va de l'avant, avec une multitude de petits riens, d'arrangements qui viennent, disparaissent, jouent les trublions de service. Pour couronner le tout, la voix de Lukashevsky qui semble toujours à bout de souffle, prête à se briser, un rien désespérée et qui est pour beaucoup dans le charme de cette musique. Musique d'avant-garde qui n'oublie pas ses racines, savant mélange que l'on pourrait situer proche d'un Kletka Red sans les guitares enfiévrées. Avant ce " Fools ", Deep Dark United avait déjà sorti un album, " Zettel ". Un disque gorgé de 15 titres avec Lukashevsky pratiquement seul de bout en bout, sa guitare et pas mal de bricolages maison. Ca part dans tous les sens, bordélique et avec les moyens du bord, sorte de Tom Waits sous acide. Heureusement, il a su depuis s'entourer de personnes compétentes, son répertoire sérieusement s'enrichir et Deep Dark United de devenir un vrai groupe à découvrir absolument.
SKX (17/04/2003)
DEERHOOF
" reveille " - CD
5 rue Christine / Kill Rock Stars 02
Groupe insaisissable tournant autour du noyau dur Greg Saunier - Satomi Matsuzaki, Deerhoof sort son cinquième album. Au moins car pas facile de suivre la cadence. Un couple fatale qui ne cesse d'accueillir en leur foyer d'innombrables rejetons pour faire du bruit en famille. Cette fois-ci, c'est John Dietrich (Gorge Trio et ex-Colossamite) qui prend le balai à six cordes. Pour ce nouvel album, ces sabots de cerfs (traduction littérale de Deerhoof) posent les pieds dans un plat similaire à "Holdypaws" leur précédent opus. Deerhoof œuvre dans la continuité. Ca n'a pas toujours été le cas. Mais après des débuts très noise bordélique, pop-noise famélique, la théorie du tout et n'importe quoi avec trois bouts de ficelle, Deerhoof semble, je dis bien semble, s'assagir et poser ses valises dans un environnement pop (très) décalé. La constance reste cet esprit dérangé, cette volonté de rompre avec les structures, de présenter 16 piécettes en trente minutes avec l'entrain d'une bande de gosses laissés seuls dans une pièce remplie de jouets. Pour faire pro, nous parlerons ici d'avant-gardisme et d'expérimentations de troisième decan. Et le pire, c'est que tout ça est foutrement intéressant! Chaque morceau possède son gimmick intriguant, son effet retors, ses mélodies en équilibre qui font mouche, ses bouts de guitares qui pendouillent. Un travail sur les guitares d'ailleurs remarquable d'esprit aventureux. Sans compter sur le charme de Satomi Matsuzaki dont l'origine asiatique n'est pas le seul point commun avec la chanteuse-bassiste de Blonde Redhead. Timbre haut perchée, enfant de la balle aux pays du larsen, Satomi conduit ses troupes, l'esprit enfantin mais la main ferme. Blonde Redhead reste en tout cas le point de repère le plus évident. "Reveille" possède ce charme acidulé qui attire irrésistiblement et en même temps trompe son monde. Cette fausse pop déglinguée aux éclats à double-tranchant. Des comptines pour grandes personnes. C'est touche-pipi dans les toilettes des grands. Un bon petit vent vicieux à consommer avec délectation en se léchant bien le bout des doigts.
SKX (11/07/2002)
DETONATOR
" dans ton coeur / simply beautiful " - 7"
Suggestion 00
Mine anti-personnelle à l'horizon. Le genre de petite grenade sur laquelle on aimerait se faire sauter plus souvent. Derrière ce Detonator se cache un ensemble hétéroclite. Ashley Davies (Headbutt, Chemical Plant, Project Dark), Matt Scott, Jimi Papatzanatores et une voix magique provenant d'une certaine Isa Suarez, basque d'origine et nous élevant des lourdeurs terrestres par un chant sensuel dans la langue de Molière! La potion finale est assez incroyable. Hormis les expérimentations doucement bruitistes pour mettre en bouche et servir de dessert, les deux morceaux principaux captent l'imaginaire. Un ange passe. Comment dire.... Difficile de ne pas penser à l'aspect visuel de cette musique, la bande son d'un film d'un monde enchanteur. Ou d'établir un lien avec l'ambiance des Bästard, notamment ce riff de basse sur "dans ton cœur". Un mélange réussi de futurisme et de rétro (l'accordéon sur "simply wonderful"), d'expérimentations dans un cadre que l'on nommera "pop". Une fois appuyé sur ce Detonator, impossible de faire marche arrière, la machine est en route. A écouter en boucles.
SKX (27/11/2001)

DEVOLA
" playing the game of revenge and winning every time " - CD
Mountain Cooperative 98
Quinze morceaux en 18 minutes, c'est pas l'épreuve d'endurance, plutôt sprint incisif à la The Locust, droit dans le mur, à ne rien comprendre encore une fois. Qu'on se rassure toutefois (toutes proportions gardées!), Devola reste les pieds sur terre, gère la vitesse sans la folie hystérique des Locust. Plus carré dans l'approche, racines hardcore palpables, fait pour l'immolation à feu doux, voix d'eunuque à la recherche d'une société meilleure avec son lot de trouvailles rythmiques attirantes, ces pointes de mélodies qu'on aimerait prolongées. On ressort de ce disque partagé et frustré, certain que sur la distance, l'épreuve n'en serait que plus intense. A quand le marathon ?!!
SKX (27/12/1999)

DIE MONITR BATS
" Youth controllerzzz " - CD
Dimmak 03
Un point sur le nom à géométrie variable. Rajoutez un deuxième " O " à Monitr, entre le " t " et le " r " de préférence. Multipliez les " s " à la fin de Bats. Mélangez comme bon vous semble mais tout ça, c'est du pareil au même. Bon ça c'est fait. Car pour le reste, " Youth controllerzzz " n'est pas du genre à bégayer son latin et encore moins à zozoter sa partition. Punk-no-wave frondeur, la demoiselle au chant ne se laisse pas compter fleurette et le saxo, qui n'est pas du genre à souffler droit, apporte une vrai vent de fraîcheur, un zzzeste de folie, bref un bon coup dans les bronches. Entre God is my Co-pilot et Ex Models, ce neuf titres, à la vie courte , est plein de vie et de danger. Des ritournelles pour adultes finement enlevées. " Spread your legs, release the bats ", titre phare, mélodica à l'appui, toujours le souci de la mélodie, même cachée dans le fracas des rythmes répétitifs. Notes en boucles. Tout s'enchaîne, morceau suivant. Putain de gosses de riches qui saccagent tout et le pire, c'est qu'on tend l'autre joue.
SKX (10/11/2003)
THE DILLINGER ESCAPE PLAN
" calculating infinity " - Lp
Relapse 99
Les routes sont devenues impraticables. On y rencontre de ces bandes armées. Nouvelle sensation outre-Atlantique chez les allumés de service de Relapse records. DEP, à l'image de Converge, transcende l'impossible et présente un échafaud de bonnes valeurs où metal, noise et hard-core vous lubrifie la raison. Nantis d'un dextérité technique insolente, DEP cite volontiers Mr Bungle, Kiss It Goodbye et Dazzling Killmen pour repères et s'édifie une cathédrale de sons gigantesque, associant de purs moments de dislocations, coups de butoirs dévastateurs et rythmiques hautes en couleurs, presque jungle sur ".... ". Toute la richesse et l'originalité de ce 1er album est là. Créer une musique violente est à la portée de n'importe quel groupe bas du front. Apporter cette violence au delà du seuil de l'unique plaisir de la puissance pour la puissance, c'est une autre paire de manches que DEP manie à la perfection. Grâce à une technique impressionnante mais jamais démonstrative, DEP crée un univers unique à ce jour, fait de déflagrations ultra-noise, passages rythmiques de félins, engrenages infernales d'arpèges esthétiques ou ultra-speed, liés par des samples comme autant de pauses respiratoires. Seul la voix taillé dans l'urgence reste identifiable. 30 minutes de pures folies, du bonheur plein les oreilles. On vous rend à vous même méconnaissable.
SKX (19/10/1999)

DO MAKE SAY THINK
" and yet and yet " - CD
Constellation 02
Le troisième album de do Make Say Think me laisse perplexe. Autant le précédent avait emballé la mise, tout en recherche sonore, en prise de risque, en dérapages plus ou moins contrôlés, autant ce nouvel arrivage brosse le poil dans le sens d'une caresse bienveillante. Ce collectif, spécialité Constellation records, et plus que proche des incontournables Godspeed You Black Emperor, a choisi cette fois-ci de ne pas brusquer l'auditeur. Ce tout instrumentale génère un plaisir qui dépend de l'humeur du moment. Tout ou rien. Le béatitude solaire au mieux. Le sommeil de plomb au pire. La musique d'ascenseur qui concurrence Tortoise sur son propre terrain dans le genre platitude où rien ne se passe. Ou l'amour des grands espaces. Non, franchement, circonspect je suis et d'une borne négative à positive je passe. De magnifiques mélodies jalonnent pourtant ces sept titres comme sur "white light of". Des rythmes qui poussent à l'hypnotique éveillent l'attention. Des trompettes qui sonnent l'espoir. L'ensemble ne manque pas d'intérêt. Mais trop de langueurs monotones, de boucles sans fin, de facilité, des moments où on attend désespérément quelquechose, une aspérité à laquelle s'accrocher. Je décroche. Je reviens dans la partie. Des promesses non tenues. Des éclairs qu'on attendait plus. A ce rythme là, du verre à moitié plein ou à moitié vide, on a facile d'aller boire un coup chez le voisin (proverbe polonais). Chacun sa barrique. Chacun sa peine.
SKX (21/06/2002)
DOLORES
" poison apple / heartless " - 7
Renaissance 99/00
On lui caresserait bien les fesses à Dolores, sauf que sa tête de mort en haut de ce corps avantageux dessiné sur la pochette calme les ardeurs les plus téméraires et que ce doux patronyme n'est que le mot de passe d'un monde où le hardcore-metal moderne et bruitiste est à l'honneur. Sur Renaissance, très proche des conspirateurs de Crimeth Inc., Dolores sort une 1ère salve qui fera date. Déjà étonnant de maturité, autant pour la production (gigantesque avec un son de gratte strident et précis comme un scalpel) que pour les compos (torturées et éclatantes), ce premier single " Poison Apple " porte le souffre sur les éruptions de Converge et Today is the Day. Ca défonce les portes à coups d'épaule, trace des angles droits, tire en rafales et achève les blessés par des samples discrets. Très très impressionnant !! Sur leur 2ème single , "Heartless", Dolores a toujours le goût de sang dans la bouche. La face sombre et lourde de Neurosis se dévoile un peu plus. Comme cette face "2" qui se consume sous son propre poids avant de s'envoler vers des arpèges célestes. On se recroqueville sur nous-mêmes, boules durcies, prêts à gicler, n'offrant pas de prise favorable. La hard-core américain, avec le nouveau millénaire, devient de plus en plus angoissant. Le pire, c'est qu'on en redemande ! Le repos n'est pas permis....
SKX (25/07/2000)
DOPPLER
" s/t " - CDEP
S.K. records 01
Il doit exister un je ne sais quoi de tordu qui flotte au-dessus de Lyon. Une atmosphère viciée porteur d'une germe qui infecte ces groupes de façon commune : on citera les malades les plus connus : Deity Guns / Bastard, Condense. DOPPLER, trio lyonnais né en 1997, porte en lui cette identité musicale, se nourrit de ces gênes pour à leur tour, la muter tout en gardant l'esprit maison, la transformer tout en apportant une nouvelle pierre à un édifice écorché. A la manière de Washington DC dans un tout autre style. Le présent délit est un quatre titres entièrement dévoués au saint dogme du Do It Yourself par le label également du sérail S.K. records (dont Doppler est activement membres). On reste en famille. Et le deuxième disque de Doppler. Je ne vous parlerai pas de l'évolution par rapport au premier vu que mes tympans n'ont jamais eu la chance de l'écouter mais je m'en mords les doigts d'avance. Ce nouvel EP a fait l'effet d'une bombe dès la première écoute! Une maîtrise totale du son, massif mais où tous les instruments (guitare, basse, batterie, voix, la base quoi!) s'expriment clairement, mixage sans peur sans reproche et un rôle prépondérant des samples. Un instrument à part entière, s'intégrant par la grande porte et qui rajoute au climat oppressant ambiant, sans être dénoués d'humour (les samples, à condition de l'avoir pervers et noir, le sens de l'humour). Voix torturées, guitares tendues et criantes, lignes de basses obsédantes, saines attaques soniques ou ambiances sombres et envoûtantes à la Deity Guns comme sur le 3ème morceau. Ces 4 titres (pour 26 minutes de bruits fortifiants et en comptant les trois minutes de bruits de vaisselle à la fin) sont en tout point réussis. Un beau pavé dans la mare noise française comme on en avait pas entendu depuis longtemps. (La version 10"" vinyl d'ici quelques mois).
SKX (02/05/2001)
DRAIN PUMP BOOSTER
" s/t " - mini-Lp
Kerosene 00
A l'est de la France, la noise froide, chirurgicale et maladif draine les corps. On sent ce nouveau trio de Nancy élevé au White Noise urbain et tendu où dans un même élan syncopé, Cop Shoot Cop et Jesus Lizard ont planté des graines, pourries jusqu'au noyau. Ca de l'allure, du volume, sans emballement excessif. On aurait aimé plus de folie comme ce quatrième morceau avec son cuivre qui sème le bordel et une musique qui mériterait une production plus empreinte de sauvagerie, moins propre sur elle. Quitte à faire mal, autant ne pas laisser de blessés. Il reste une belle impression qui ne demande qu'à s'enfler, une bête encore sage qui a tout plein de grands espaces devant elle pour semer espoir et cataclysme.
SKX (26/09/2000)


DRILL FOR ABSENTEE
" circle music " - CD
Mindwalk records 99
Une histoire de cercles. Dans le packaging, sobre et éclairant. Dans le titre de ce mini-album. Une façon esthétique de suggérer l'éternel cercle infernal du recyclage de la musique ? S'inspirer du passé pour encore aller de l'avant.... A ce petit jeu là, DFA ne déroge pas à la règle. Pour unique point de repère à titre de comparaison toujours réductrice, June of 44. Et une certaine touche emo. Pour le reste, DFA, en élèves doués, ne s'appesantissent pas et tissent leurs propres univers, sobre et lumineux à l'instar de la pochette. Avec pour bien commencer, "circle", le titre de loin le plus nerveux, hymne fédérateur, refrain imparable. La couleur est annoncée, la route va être bonne, parcourue avec une certaine nonchalance, jamais très loin de la tension. Notions de grands espaces. Aériens. Le ciel est bas et l'orage toujours menaçant. Dosage parfait, finesse et force des compos, une vraie réussite !
SKX (04/08/1999)

Daïtro
Des cendres, je me consume - CD
Alchimia 2004

Coup sur coup, le label lyonnais Alchimia nous sort deux productions éminemment recommandables. Après Mihaï Edrisch, c'est au tour d'autres lyonnais d'adoption de sortir comme un grand son premier album. Les similitudes avec leurs compagnons d'écurie sont nombreuses (en plus de partager un même membre !) mais si vous aimez ce hardcore passionné et hautement émotionnel tout en étant prêt à tout défoncer sur leur passage, un détour par Daïtro est inévitable. Pour autant, Daïtro appose sa marque et pose le rythme. Foncièrement moins hystérique, ils explorent également une approche un poil plus rock'n'roll à la JR Ewing, n'hésitant pas à diluer leur énergie juvénile dans des plages de fausse tranquillité. Roulette russe d'un nouvel âge où tout peut arriver, torrent d'adrénaline distribué avec doigté, apôtres d'un style musical qui connaît déjà de nombreux disciples, Daïtro n'est pas le groupe de trop et frappe juste d'entrée.

SKX (26/06/2004)
website groupe www.daitro.fr.st
website label alchimia.inc.free.fr
sounds mon_corps.mp3

Daughters
canada songs - CD
Robotic Empire 03

Nul besoin de s'appeler Jean-Claude Van Damme pour savoir que "daughters" signifie "filles". Mais les filles de qui? Les filles de The Locust pardi! Une famille peu fréquentable, il va sans dire. Démoulé chaud, Daughters taille dans le vif et torche dix morceaux en pratiquement autant de minutes. Une musique qui respire la grande santé psychique. Des bâtards américains qui ne rêvent que de sauter vos petites sœurs. Avec des titres aussi évocateurs que "nurse would you please prep the patient for sexual doctor", "i don't give a fuck about wood, i'm not a chemist" et le fin du fin " pants meet shit". Pour autant, par rapport à leurs (faux) frères les Locust, Daughters rallonge (un poil) le tir, garde une cohérence de bon aloi dans la construction de leurs morceaux avec (plus ou moins) un début et une fin, un fil conducteur auquel se raccrocher. Point de claviers à l'horizon, que du vrai du brut. Melt-Banana pour hommes, salement punk, un beau glaviot à la face des convenances. C'est du rapide et c'est tant mieux. Au-delà, ça n'aurait plus sa raison de vivre.

SKX (16/02/2004)
website groupe
http://www.wearedaughters.com
website label http://www.roboticempire.com
sounds
http://www.hxcmp3.com/bands/1606/

The Dead Science
Submariner - CD
Absolutely Kosher 2003

Gant de velours. Une main nous enveloppe et nous montre un horizon sans limite. The Dead Science nous invite à prendre la route. De longues routes sinueuses entre chien et loup sur un asphalte humide. Trio américain avec deux membres émancipés de l'ovni Xiu Xiu pour jouer leur propre partition. Et créer un monde tout aussi à part, loin des foules, loin des modes. Une batterie, une guitare, une contrebasse pour quelque chose de minimaliste et étrangement luxuriant. Cette chaleur qui émane de la voix, sensuelle et aérienne. Cette notion de maudit blues cher à Nick Cave coulé dans une atmosphère de club jazzy enfumé, avec ses pointes chaotiques et le son d'un cuivre du fin fond du sous-sol. Un Morphine version sombre, la loose, toujours la loose, rien à faire que de se traîner. Submariner est leur premier album. On atteint là un sommet, triste et beau, extrêmement musical, d'une indolence trompeuse, des morceaux qui vous arrachent des lambeaux, la désolation sans le vide. Non, de la sale noirceur, consistante, humaine, avec sa part de rêve même si on sait que c'est couru d'avance, la fin sera loin des clichés hollywoodiens. Se laisser couler et envahir par un album foncièrement différent et unique. Qu'importe votre chapelle, une écoute s'impose.

SKX (03/03/2004)
website groupe www.thedeadscience.com
website label www.absolutelykosher.com - www.woodsonlateral.com (LP)

The Dead Science
Bird Bones in the Bughouse - CDEP
Absolutely Kosher 2004

Consistance vaporeuse. La lumière arrive par quelques petits trous qui transpercent cet écran de fumée. The Dead Science aime la quiétude malsaine, une ambiance trompeuse. L'engourdissement, un déhanchement coupable. Cinq nouveaux titres pour faire suite au somptueux Submariner. Pratiquement un album avec sa durée dépassant les vingt-cinq minutes. On a connu de véritables soi-disant albums plus courts. C'est que ce trio établit à Seattle ne se presse en rien. Autour du noyau indécrottable des Bischoff (Jherek et Korum) et Sam Mickens, des invités pour souffler dans un cuivre ou tâter de l'instrument à corde comme la surprenante reprise du tube de Terence Trent D'Arby " sign your name " où on croirait entendre de la harpe…. Avec le temps, le trio semble se volatiliser encore plus, plus immatériel que jamais, la voix, réincarnation de Jeff Buckley, ces accords taillés pour la route et les échappées nocturnes, je fond, je me liquéfie, la classe, la vraie, sensuelle et si consistante. The Dead Science vous berce et vous cingle, planante et terrible. On y rentre comme en religion ou on reste à la porte. Pour ma part, je m'y engage les yeux fermés. La musique se charge de les ouvrir dans l'obscurité.

SKX (04/12/2004)
website groupe www.thedeadscience.com
website label www.absolutelykosher.com
sounds Knife.mp3

Death from Above 1979
You're a woman, i'm a machine - CD
Vice 2004

Sous ce nom à coucher dehors se cache deux canadiens. Sebastien Grainger à la batterie et au chant, et Jesse F. Keeler (ex-Black Cat 13 et solo man dans son excellent projet Femme Fatale) à la basse et occasionnellement synthés. Deux précédents disques (un six titres " Heads Up ! " et un autre 12'' " Romantic Rights ") pour nous faire saliver. Il était permis de rêver. A croire que ce label, Vice records, est maudit. On les avait laissé tout crade et mal élevé. Ils nous reviennent avec les gros sabots, faussement méchants et en voie de formatage pour jeunes gens branchés en mal de sensations fortes. Il reste de la crasse sur les lignes de basse mais imaginez Godheadsilo (mythique duo noise sur Kill Rock Stars puis Sub Pop qui a donné ses lettres de noblesse à la formule) faisant désormais du Led Zeppelin ?! DFA 1979 a de l'énergie à partager, des coupes de cheveux pas réglementaires mais pourquoi sortir le gros attirail et les accroches faciles ?! L'approche de DFA 1979 a toujours été assez binaire. Rock-noise fiévreux pour pistes du samedi soir en chaleur dans un trou perdu. Là, ils ont poussé le bouchon encore plus loin, logique commerciale, refrains faciles, voix de hard-rockeur à peine distordue, " sexy results " pour finir péniblement cet album, le pompon est décroché, sexy comme un travelo russe de 50 balais, c'est pas du cuir, c'est du skaï et les taches de graisse restent plus facilement. Ya de quoi se secouer le cocotier mais restons vigilants, ça sent le racolage et le mauvais goût.

SKX (04/12/2004)
website groupe www.deathfromabove1979.com
website label www.vice-recordings.com
sounds LittleGirlEwma

Deerhoof
Milkman - CD
5 Rue Christine 2004

Deerhoof enchaîne les perles. Alors que l'on a encore bien en tête leurs deux précédentes œuvres " Reveille " et " Apple O ", le très prolifique groupe de San Francisco, Deerhoof, nous apporte une nouvelle fraîcheur avec " Milkman ", un album narrant les malheurs d'un livreur de lait. C'est sur un plateau que Deerhoof nous sert cette dernière livraison. Indéniablement plus accessible, il en reste pas moins un juteux compromis entre leur facette expérimentale/bricoleuse de toujours et une mise en avant de leur talent mélodique. " Milkman " est un vrai disque de pop exigeant. Mélodies immédiatement identifiables. Structure d'album plus classique (plus de chansons, moins d'interludes et de bidouillages). Deerhoof enfile les tubes en puissance comme " giga dance " et " milking " sans facilité. Et pour les esprits chagrins, à écouter de plus près, les arrangements maison foisonnent. L'abstraction de leur musique et les distorsions sont toujours présentes mais se diluent dans le paysage au profit de réelles compostions qui affichent explosivité et légèreté. Au baroque de leur pop, ils ont su rajouter l'efficacité, se dispersant moins à tous vents, se concentrant sur le nerf. A l'image de leur pochette (un dessin avec un personnage au trait enfantin qui perversifie son innocence avec une banane plantée sous l'aisselle et l'autre… dans l'anus !), Deerhoof continue de presser le fruit du pêché, d'en tirer toute la sève, les pépins avec, juste au cas ou vous pensiez avaler cet album comme du petit lait. Quand vous avez devant vous un groupe aussi ambitieux musicalement et capable en même temps de toucher le cœur du plus grand nombre sans se défroquer, j'appelle ça du grand art.

SKX (28/08/04)
website groupe deerhoof.killrockstars.com
website label www.5rc.com
sounds Milking.mp3

Dmonstrations
Self-titled EP
Strictly Amateur Films 2004

Dmonstrations est un trio de la cote ouest composé au tiers d'ex-Dosage and Usage, un groupe qui n'a jamais défrayé la chronique, je vous l'accorde. Un jeune groupe qui s'inscrit dans la mouvance no-wave, le truc où est n'est plus sûr de rien, où tout est misé avant tout sur l'énergie et l'anarchie plutôt que sur l'émotion. Le genre de groupe fâché avec les structures même si ils n'ont pas complètement lâché l'affaire. C'est du coté des Ex-Models, Popular Shapes et surtout Brainiac qu'il faut voir une quelconque inspiration. Dialogue de sourd entre instruments pour effets mineurs. Le son de gratte est relativement squelettique, vaguement garage-rock mais Tetsunori Tawaraya, le chanteur-guitariste a bouffé trop de piments et son larynx crie au secours, décalottant toutes idées d'une bonne société retrouvée. L'envie d'en découdre est présente mais il reste encore du boulot sur la planche.

SKX (04/12/2004)
website groupe www.dmonstrations.com
website label www.strictlyamateurfilms.com
sounds flyingsaucer.mp3

Desert City Soundtrack
Funeral Car - CD
Deep Elm 2003

La vie n'est-elle pas un long fleuve tranquille?! Alors rien de tel qu'un p'tit air de piano pour commencer les hostilités. Desert City Soundtrack est américain, a signé sur le label très connoté "emo" Deep Elm mais c'est plutôt du coté de Black Heart Procession qu'il faut chercher une quelconque influence. Ce piano qui ouvre le bal n'est pas un caprice mais un instrument à part entière, voir centrale, et la ressemblance avec la bande à Pal Jenkins est assez frappante. Mais c'est un Black Heart qui aurait la procession mouvementée, un Black Heart qui s'est mis au rock et qui n'hésite pas à traverser ses monstrueuses ballades par des flèches explosives. Comme si Black Heart faisait du 400 Years ou Engine Down! Autant vous dire que ya de la mélodie dans le fourbis, ça s'envole et ça pète de toutes les couleurs. De la mélancolie mais pas d'ennui. De la trompette pour mieux boucher les coins, des cris qui déchirent, des plaintes qui s'élèvent pour revenir au repos du guerrier, de la vie et plein de sentiments contradictoires qui dans les mains de Desert City Soundtrack sonnent juste. Un très bel oasis.

SKX (19/03/04)
website groupe www.desertcitysoundtrack.com
website label www.deepelm.com

DEVEROVA CHYBA
Do stran - CD
Free Dimension 03

L'entrée en matière est martiale. Roulements de batterie, une basse puis une autre, la terre s'ouvre, la voix d'envahisseur des steppes de l'Est, sonorités gutturales. Deverova Chyba est un trio tchèque (Tabor exactement, la même ville que le label Free Dimension et où réside le fameux duo Sabot, lui aussi adepte du basse-batterie). Mais alors que Sabot s'engage dans des chemins rythmiques alambiqués, Deverova Chyba n'a pas le complexe de la mélodie. Car No Means No fait parti de leur père spirituel. Alors ça tangue, ça valse, ça groove, tout n'est pas que froideur et uppercut dans le foix. L'une des basse est forcément plus chantante alors que l'autre fait le boulot pour lequel elle a été initialement crée. La complémentarité est excellente. La batterie manquerait presque d'esprit d'initiative face à ces deux prétendantes qui tiennent la baraque. Direct et sans fioriture. La souffrance se fait sentir, sait ou pousser ses pointes. Dans l'arsenal de Deverova Chyba, rien de superflus. On se tend parfois à l'écoute de la voix dont la tonalité générale un rien gueularde jure un peu dans le paysage. Un deuxième album, bien assis, sûr de sa force, à qui il manque un brin de légèreté et de folie pour un envol définitif.

SKX (13/01/2004)
website groupe www.freedimension.cz/devchyba/indexeng.php
website label
www.freedimension.cz
sounds
www.freedimension.cz/audio/indexeng.php

Die Princess Die
Self-titled CD
Cut Lips 2004

Se tirer une balle dans le pied. Ca ne se négocie pas. Un son qui vous trucide. Plein d'une basse sur le nerf, de guitares qui font le mur, d'une voix transpirant une colère non feinte. Pour sûr, Die Princess Die. Aux dernières nouvelles, un ancien Camera Obscura (31G records) officierait dans le lot. L'oppression, le souci du bruit, les grands coups dans la tronche, scander, saturer, trafiquer. Et finalement rendre harmonieux l'impossible, apprivoiser toutes les pulsions les plus primaires pour un rendu digeste. La vieille équation bruit + mélodie, résultat maîtrisé de haut-vol, du fin fond du larsen jaillit la lumière. Deux remixes en prime. Utile pour une fois car ne sacrifie en rien à l'équilibre du tout. Le bruit se conjugue à toutes les sauces. Froideur, effusions multiples, ce premier album vit dangereusement, puits à émotions qui t'enveloppe comme une bonne douche d'eau chaude/froide, te fouette le sang puis le glace. Ca se prend d'un seul souffle. Impressionnant.

SKX (24/09/2204)
website groupe www.dieprincessdie.com
website label www.cutlips.com
sounds SHAKES.mp3 | hunting.mp3

The Dillinger Escape Plan
Miss Machine - CD
Relapse 2004

Je n'attendais rien de spécial de ce disque. Je n'ai pas été déçu. Cinq années ont passé depuis leur fantastique premier album " Calculating Infinity ". Changement de chanteur. Pas mal de supputations. Après tout ce temps, on peut presque dire que ce n'est plus le même groupe. On retrouve cette folie de breaks, cette maestria technique, cette violence metal-hardcore. Mais ce n'est qu'une infime partie de la donne. Car même dans ces cas là, c'est du Dillinger Escape Plan sans surprise, sans inspiration, qui se contente de répéter ses gammes sues par cœur à l'infini. Alors quand en plus, vous rajoutez un nouveau chanteur qui, quand il ne se contente pas de hurler comme le précédent, singe Mike Patton avec des accents de hard-rocker en plus, ça devient pitoyable. Vous pimentez avec des passages ultra-mélodiques risible et putassier censés attirer un public dont je ne veux même pas savoir le nom. Des éléments ambiants en digne fans de Nine Inch Nails qu'ils sont mais qui n'ont aucun intérêt sinon de remplir le vide. C' est marrant comment un groupe qui était devenu une référence pour tout un tas d'autres groupes n'arrive même plus à leur cheville. D'ailleurs ils ont complètement changé de cheville ! Sûr que leur public de la première heure va tirer la gueule. Ils ont intégré le grand cirque metal/hard-rock calibré pour fans de MTV. Je leur en souhaite des biens bonnes et des meilleures.

SKX (29/08/04)
website groupe www.dillingerescapeplan.com
website label www.relapse.com
sounds Baby's First Coffin.mp3 | Panasonic Youth.mp3

Dilute
Grape blueprints pour spinach olive grape - CD
54' 40° or Fight 2003

Dilute part d'un point mais on ne sait jamais où ça va se terminer. Ni comment ni pourquoi. On ne comprend pas grand chose d'ailleurs. Sauf que ya du guitariste! Deux beaux spécimens qui tricotent sévère, tournent en boucle et en bourrique des mélodies qui ont eu le malheur de passer par là. Dilute est un groupe américain à part dans le paysage. A la frontière du math-rock de part sa complexité mais pas assez tourné vers l'aspect rythmique du style. Subtile et suggestive, leur musique pourrait évoquer un climat pop et tranquille mais leurs structures sont bien loin des clichés du genre. La voix, aussi discrète fut elle, est plaintive et décalée. Non, définitivement, ce groupe est à part. Un climat bien à eux, tout en pastel et en pointillé et ne croyez pas que ça manque de consistance. Ces musiciens sont très doués pour faire évoluer des structures par petites touches, des virtuoses du contre-pied, provoquer des ruptures totalement inattendues. Un talent certain pour rendre une narration fluide alors qu'à y regarder de plus prêt, on se rend bien compte que c'est pas à la portée du premier venu. Un je ne sais quoi de Gastr Del Sol dans les guitares, dans cette approche non conventionnelle du rock tout en gardant un minimum d'esprit cartésien. Ou pour faire plus prêt de chez nous, Cheval de Frise en version quatuor. Alors qu'importe la destination finale et le pourquoi de la chose tant que le voyage aura été surprenant et original. Du haut vol.

SKX (08/03/04)
website groupe www.fiftyfourfortyorfight.com
website label www.fiftyfourfortyorfight.com
sounds
www.fiftyfourfortyorfight.com -> section "merchandise"

The Discord of a Forgotten Sketch
s/t - CDEP
New Romance for Kids 2004

Il existe des moments de grands égarements. Des moments où on ne souhaite plus être soi-même. Non content des dangers extérieurs, on en vient à en susciter nous-mêmes. Les uns envers les autres. L'impitoyable, le plaisir de la souffrance. On en viendrait presque à trouver The Discord of a Forgotten Sketch absolument nécessaire. En cinq titres implacables, ce jeune groupe de Montréal fait une entrée fracassante dans le monde du hardcore qui est bien plus que du hardcore. Ils éclatent les genres, comme bien d'autres avant eux me direz vous, mais à ce point, est-ce bien raisonnable ? Alliant technique de haut-vol et sens du désordre organisé élevé au grade le plus haut, porter par une fougue et un esprit retords, ces Canadiens mettent à leurs pieds tous les groupes screamo-hardcore de pacotille tout en côtoyant Dillinger Escape Plan avec la vista d'un Kulara. Ebouriffant, c'est comme un grand pain dans la tronche, les genoux sciés, que l'on reçoit leur charge au vitriol. Dans ce grouillement, tout est simple. L'angoisse en marge. Se laisser porter par le flux et le ressac. Mais qu'ont-ils à se démener de la sorte ? Bienvenue dans un monde meilleur !

SKX (20/06/2004)
website label www.newromanceforkids.cjb.net
sounds objectarestupidyouareone.mp3

Doppler
Si Nihil Aliud - CD
Aere Alieno 2004

Je viens d'écouter pour la énième fois ce nouvel album des Lyonnais de Doppler et je mets encore une fois un bon moment pour reprendre mon souffle. Après deux maxi sur SK records, Doppler passe la vitesse supérieure. Que six morceaux mais la durée d'un vrai album. C'est qu'ils prennent leur temps pour vous achever! Comme tout bon groupe de Lyon qui se respecte, les Deity Guns ont bercé leur jeunesse, tout comme la scène noise-rock américaine au début des années 90. C'est indéniable et ils ne cherchent pas à s'en cacher d'ailleurs. Mais derrière tout ça, on sent un vrai amour pour cette musique dense, frénétique, malsaine et furieusement dissonante. Une vraie passion pour le bruit, ce putain de bruit qui sort saignant des guitares, ces rythmiques lourdes, le nerf de la batterie, ces voix trafiquées. Ce bruit maladif qu'ils maîtrisent si parfaitement car il faut souligner ici la production impressionnante qui met parfaitement en valeur la furie de la bête. Ca faisait bien longtemps que je n'avais entendu guitare sonner aussi purement, vous péter à la tronche comme si elle faisait partie de vous! En plus, Doppler a l'intelligence d'aménager quelques temps de repos, de salutaires et sombres passages atmosphériques où l'effet de leur machinerie hypnotique ne prend que plus d'ampleur. Ca vibre de partout. Un album habité, de chair et de sang, saisit en pleine transe, en plein sabbat noise comme on n'en fait plus. Grandiose.

SKX (08/03/04)
sounds skmagazine.free.fr/mp3/DOPPLeR_chausson24.mp3

The Dead Science
Frost giant - CD
Absolutely kosher 2005

The Dead Science dans un souffle, une respiration avant de passer dans l'autre monde. A moins qu'ils y soient déjà. Une complainte éthérée portée par le vent du soir. Effluves mélancoliques, Dead Science va finir par s'évaporer. Musique fantomatique, elle n'est pas vide, elle effleure. Ce n'est pas un de ces énièmes groupes post-rock qui masquent leur manque d'inspiration sous des silences coupables et de faux prétextes artistiques. Chez Dead Science, ça joue. Mais tout est en pointillé, en suspend. A commencer par cette damnée voix. Sam Mickens déclare avoir beaucoup écouté Prince et Mickael Jackson ces dernières années… Son chant s'en inspire qu'il dit ! Elle fait surtout toujours penser à celle de Jeff Buckley, peut-être l'on-t-il croiser dans l'au-delà. Le reste suit au diapason, imperceptible durcissement du rythme, le fardeau sous le poids d'une longue marche, la contrebasse surmonte et rassure tandis que la guitare égrène comme dans un dernier cortège un tombeau de notes sur lesquelles on se laisse glisser, happer, vers des contrées mystérieuses où il est tentant de s'y établir. Frost giant est un disque de contemplatif, pour ceux qui aiment prendre leurs temps, se laisser porter. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il faut les sens tourmentés. Un disque qui n'est pas de tout repos au risque de devenir définitif.

SKX (09/12/2005)
website groupe www.thedeadscience.com
website label www.absolutelykosher.com
sounds DrrrtyMagneto.mp3

Death Sentence : Panda !
Puppy kitty or both - 10''
Upset the Rhythm 2005

A coucher dehors les soirs de pleine lune. Non-sens perpétuel. Trio sortie de sa baie, celle de San Francisco et libéré conditionnellement de leurs autres projets (Crack: We Are Rock, Murder Murder et Total Shutdown). Punk dérisoire, maître de la cacophonie, la mise en forme dramatique du bruit. Un flûtiau (et faut se lever de bonne heure pour me faire apprécier la flûte), clarinette, batterie malmenée et demoiselle énervée au chant. De Deerhoof, ils prennent le sens du baroque. Du reste, ils gardent beaucoup, des trucs à gauche, à droite, des musiques de partout, rien à voir avec le rock mais tout l'esprit DIY, la malice d'un Experimental Dental School, un bon coup dans les bronches, Melt-Banana sans la vitesse. Ce premier EP 8 titres agrandit les horizons. Une fessée des plus agréables.

SKX (27/04/2005)
website groupe www.deathsentencepanda.com
website label www.upsettherhythm.co.uk

Deerhoof
Green Cosmos - CDEP
Menlo Park 2005

Les fanfarons de Deerhoof sont de grands enfants, c'est bien connu. Et une source inépuisable à disque. Un nouveau sept titres où Deerhoof teste. Je sais pas trop quoi mais ils testent, cherchent, s'aventurent, font du Deerhoof mais des trucs bizarres aussi comme ce Spiral golden town. On croirait écouter la musique de film des Sous Doués revue par Michel Legrand et Cheb Mami !! Entre un ou deux morceaux qui font chutes de studio, Deerhoof nous délecte quand même d'un Koneko Kitten, berceuse perverse comme ils en ont le secret et Byun qui devrait ravir le marché Thaïlandais et les fans d'Abba. Vous l'aurez compris, ce disque de Deerhoof est un amuse-gueule pour le grand enfant qui sommeille en vous. Je ne sais pas si il faut prendre ça au premier degré mais leur esprit frivole atteint des sommets. Leur habituel pop rococo bidouillé maison de l'an 2000 prend une tournure bizarre que le futur nous affirmera. Ou pas.

SKX (20/07/2005)
website groupe deerhoof.killrockstars.com
website label www.menloparkrecordings.com

Deer Hunter
Turn it up faggot - LP
Stickfigure 2005

Deer Hunter débarque d'Atlanta, les deux pieds dans le plat. Funky noisy, leur démarche est souple et volontaire. Une rythmique faussement dansante à la Chinese Stars, des guitares bien tranchantes, tombant en épluchure dense, cristallisant les timidités, un fond de casserole années 80, un groove pernicieux, hypnotique, un système répétitif qui fait monter la sauce, The Fall pourquoi pas, des tas d'échardes et le pansement qui va avec, Deer Hunter ne sont pas vaches non plus. Des mots, autant de refrains, juste un, scandé jusqu'à l'épuisement, l'enfoncer, t'es sûr d'avoir bien compris, envolées et larsens dans le retour. Et le chaos final, " death drag ", le rythme bruitiste, la machine de fer, une pelleté de friture sur la ligne, le soldat qui monte au front, inconscient, parce que tu vois, on est des professionnels, sous le déluge et la toupille qui renvoie l'image sourde et fracassante d'un premier album aux pôles contradictoires et fort prometteur.

SKX (29/04/2005)
website groupe dieslaughterhausrecords.com/deerhunter
website label stickfiguredistro.com/stickfigurerecords
sounds stick018v.mp3

Deerhoof
The runner's four - CD
5RC / kill Rock Stars 2005

La tournure bizarre entreprise avec leur précédente production Green cosmos ne laissait pas présager d'un tel disque. On les attendait encore plus barré, définitivement parti sur les routes de Katmandou où le baroque le disputait à l'étrangeté. Mais c'est vers un univers pop et rock bercé par les sixties et emprunt de classicisme que le groupe de San Francisco se tourne. On a bien toujours des petits trucs singuliers dans les arrangements, une touche définitivement Deerhoof qui les poursuit mais le caractère est très houla hoop et caresse dans le sens du poil. La voix enfantine de Satomi Matsuzaki se fait régulièrement secondée par ses acolytes masculins. Les mélodies sont généralement abondamment sucrées. Quelques sauts d'humeurs passagers (Scream team ou Midnight bicycle mystery) qu'on aurait souhaiter plus nombreux qui n'enlèvent pas cet arrière goût de trop plein, ce sirop trop riche qui finit par vous couler sur les poignets et qui agace. Même les petites perles calibrées pour faire tilt dans le juke-box finissent par écoeurer. Pourtant, les compositions, sous leur apparente simplicité, bénéficient de nombreuses trouvailles, de riffs malins de John Dietrich à la guitare, de rythmes appuyés par l'habituel grand échalas tout en rire nerveux de Greg Saunier, d'une multitude de petits trucs qui prouvent que Deerhoof a toujours de l'imagination et a tenté d'amener sa barque un peu plus loin que d'habitude. Mais tout ça est trop beau et propre sur soi, un monde merveilleux, rose et bleu, moi aussi je m'aime, 20 morceaux pour presque une heure de musique, ça devient rapidement crispant. Deerhoof, un groupe surprenant à plus d'un titre, qui ne finit pas de dérouter. Mais pour cette fois, je passe mon tour.

SKX (08/12/2005)
website groupe deerhoof.killrockstars.com
website label www.5rc.com
sounds WrongTimeCapsule.mp3

De Kift
Vier Voor Vier - CD
2003

Comme Perte & Fracas aime coller au plus juste avec l'actualité, cet album est chroniqué pratiquement 2 ans après sa sortie. Il était moins deux. Normal pour un concept album qui répond à " quatre heures moins quatre ", en français dans le texte ou le charme inaltérable des traductions made in De Kift. Un sixième album sous la forme d'un opéra basé sur la pièce de théâtre de Elisabeth Bam et écrit en 1928 par l'écrivain russe Daniel Charms. Autant vous dire que ce sont des noms qui nous parlent ici. "Vier Voor Vier est un CD pour tous ceux qui aiment l'opéra mais ne le savent pas encore " dixit la troupe hollandaise. On pourrait dire aussi que tous ceux qui aiment l'opéra n'aimeront pas ce CD. L'opéra vu par De Kift sort forcément des sentiers battus et les puristes prennent un coup dans la tronche. On a beau y retrouver une multitude de chants, de chorales, de voix tantôt féminines, tantôt masculines ou tous ensemble, tous ensemble (ouais), ce n'est pas l'image que j'avais d'un opéra. C'est comme souvent avec De Kift, mélancolique. Cette mélancolie qui vous donne le sourire, ces histoires de mondes qui s'écroulent mais qui, de part leur interprétation toute personnelle, n'arrive pas à vous plomber le morale. Cette musique servant de support à un texte, elle est par la force des choses très narrative. Très peu de batterie, beaucoup de cuivres et de chants, quelques cordes, les 26 morceaux s'enchâssent, se succèdent, ne forment plus qu'un. Il manque les images pour la pleine mesure de la musique. Un disque à part dans leur discographie. On ne saurait être complet sans parler de l'emballage. Comme d'habitude, De Kift a soigné la présentation. Livre-CD qui s'ouvre sur un découpage audacieux accompagné de deux livrets (partitions et textes en hollandais de la pièce). Depuis, Les Têtes Raides sont passés par là, leur ont offert premières parties et fenêtre plus large sur le public français, d'où une compilation sortie cette année avec des morceaux tirés de Koper et Vlaaskorts. Et pour être complet et réparer le retard de cette modeste chronique, un DVD de Vier Voor Vier vient de sortir. La musique n'a plus d'excuses, elle. On va pouvoir vérifier si l'appui des images lui donne effectivement sa pleine mesure. Et le temps que je me procure un DVD, vous attendrez encore bien deux ans pour la chronique.

SKX (16/10/2005)
website groupe www.dekift.nl
sounds Bier_en_Erwten.mp3 | Guldentje_Maar.mp3
Ouverture.mp3

Die Monitr Batss
Girls of War - CD
Troubleman 2004

Die Monitr Batss reprend ses fringues d'une autre décade pour tenter de lui redonner un coup de jeune. Avec le guitariste de The Gossip, un autre mec de Sleetmute Nightmute, un saxophoniste et occasionnellement un femme aux vocalises, Die Monitr Batss jouent aux punks d'origine avec cette manière convulsive et nombriliste, non je ne danserais pas, tout maigre et blanc. Un deuxième album bien dans la continuité de leur " Youth controllerzzz " sorti sur Dimmak avec un son plus conséquent, des mélodies, aussi courtes fussent-elles, mais primordiales, un saxo dérangé pour la touche chaos et cette voix atonale. Douche froide. Die Monitr Batss est minimaliste dans la forme, avare de sentiments mais réussissent plus d'une fois à nous embarquer dans leur Punk-no-wave entraînant aux hymnes tout simples et cinglants (" Gore appeal ", " XXETS ", " Girls of war "). Dommage qu'ils n'aient pas trouvé la recette sur la longueur. Morceaux anecdotiques. Forcément, on ne peut s'empêcher à Wire, voir un brin de Sonic Youth du début et surtout le premier groupe de Lydia Lunch, Teenage Jesus and the Jerks. Troubleman eux-mêmes disent que si on les mettait à l'affiche d'un concert en 1978 avec Teenage Jesus and the Jerks, on ne ferait pas la différence. Si Troubleman le dit… ! En tout cas, à cet âge, je jouais encore aux billes. New-York, je n'y ai jamais mis les pieds. Alors moi, ce disque, en 2005, me va tout à fait.

SKX (20/02/2005)
website label www.troublemanunlimited.com
sounds girls_of_war.mp3

Marvin / Doppler
12 salopards vol. 2 - split 10''
SK 2005

Après un premier volume qui m'a échappé, passons directement au second volet des 12 salopards, qui, comme tout le monde le sait, sont de Lyon. Le label de la ville a décidé de nationaliser les justiciers américains pour se venger de nos guignols à nous. Jean-Michel Jarre (le Charlie Oleg du 3ème millénaire) et l'abbé Pierre (oh non putain pas l'abbé Pierre!). La face Jarre, c'est pour les Montpelliérains de Marvin. Sans doute à cause du clavier ! Un trio instrumental guitare, batterie et un modeste clavier bourré d'électronique qui à lui tout seul (ou plutôt à elle toute seule puisque c'est une demoiselle qui office derrière la machine) fait plus d'étincelles que toute la panoplie hightech de notre JMJ international. Ca me rappelle d'ailleurs le son des poitevins de Loisirs. Un son singulier qui donne une fraîcheur et de la personnalité au rock explosif de Marvin. Ca virevolte, c'est vaguement dansant (pour ceux qui ne savent pas danser), ça envoie du larsen et c'est bruyant quand il faut, innocent et malin à la fois. On pourrait citer des tonnes de références sans que cela définisse parfaitement Marvin. Plutôt bon signe non ? Deux titres qui promettent un bel avenir tant qu'ils ne se poseront pas de question ! La face pieuse est confiée à la sagacité des Lyonnais de Doppler. De petits pervers qui ont nommé leur unique morceau de plus de dix minutes Etude d'une jeune fille de dix-huit ans. Pourvu que cela ne parvienne pas aux oreilles du saint Abbé. Leur pièce sent bon la décadence, patiemment construite, la mélodie qui tourne, le sample du malin, le piano répétitif avant une courte décharge, s'en aller en courant et finir par une lente agonie sur l'acoustique d'une guitare toute tremblante que même notre abbé pourrait apprécier. Doppler s'affirme continuellement, ose une architecture de haute volée, jouant plus sur les volumes que sur le volume. Le pluriel est d'importance. Les justiciers ont frappé. Les salopards sont en fuite. Très beau combat.

SKX (19/07/2005)
website groupe dopplernet.free.fr | marvinsound.free.fr
website label http://www.skrecords.org
sounds http://www.myspace.com/marvinband

Desert City Soundtrack
Perfect addiction - CD
Deep Elm 2005


Le piano plus que jamais solidement arrimé, Desert City Sountrack repart battre la campagne. Nouveaux membres à l'horizon, formule réduite au trio sous un pas toujours mélancolique. Horizon profil bas, ciel chargé avec en point de mire sans cesse Black Heart Procession. Mais exit le coté le plus rock de leur premier album Funeral Car, un grand morceau de bravoure. Cette fois-ci, c'est ballade sur ballade. Et à la longue, ça lasse sévère. Quand ils daignent s'énerver, comme sur No Signals, leur bourdon se transforme en une colère salvatrice et ça va beaucoup mieux en le disant. Moment rare. Au mieux, ce sont des ballades aux rythmes soutenus mais qui manquent d'un brin de caractère. Au pire, c'est doucereux et ennuyeux. Du Yes version indé. Rigolez pas. Desert City Soundtrack n'a jamais prêté à la gaudriole. C'était du sombre et le mal était profond. Là, c'est la gougoutte au nez, version commerciale et aseptisée de ses sombres desseins, le Engine Down sur la fin. Perfect addiction n'est pas vraiment le terme.

SKX (12/12/2005)
website groupe www.desertcitysoundtrack.com
website label www.deepelm.com
sounds sur deep elm en cliquant sur la rubrique Bands

Daughters
Hell songs - CD
Hydrahead 2006

Daughters, ces fils de pute, s'en prennent directement à l'enfer après avoir mis à sac le Canada. Un terrain à leur mesure. Pour ça, il a fallu revoir le tir et sa portée. Augmenter la dose de chaos tout en essayant de surprendre l'adversaire. Après en avoir eu marre de d'être pris pour les clones de The Locust (qu'ils n'ont jamais été mais les comparaisons ont la vie dure), Daughters ajuste sa mire, reprend les cisailles de Arab on Radar en guise de guitares, prennent de plein fouet les territoires noise et se permettent même un morceau de six minutes. Impensable. C'est un rock éminemment déjanté, des boulets de salves vertes et purulentes en direction du Malin, n'oubliant pas d'où il vient (le hardcore, le metal et tout ça) mais tentant de l'apporter vers des sphères extrêmes et incompréhensibles par le fan de base (qui comme tout fan est un connard) de Hydrahead et ces groupes ambiants neo-seventies. On a oublié de préciser au batteur qu'il ne joue plus dans un groupe de grind. Le chanteur ne met pas ses vocalises à la hauteur que nécessite cette folie. Mais pour le reste, ça tourne sévère. Les deux guitaristes sont des tortionnaires avisés. Dix titres qui percutent, offrant sa ration suffisante de défoulement quotidien. Hell songs, c'est pas encore le paradis. C'est pas non plus l'enfer annoncé. On se contentera sans problème de ce purgatoire, pauvres mécréants que nous sommes.

SKX (20/11/2006)
website groupe www.hellsongsfromdaughters.com
website label www.hydrahead.com
sounds Fiery.mp3

Dead Elephant
Sing the separation - CDEP
Autoproduction 2006

L'éléphant mort est né d'Elephant Man. Elephant Man n'est plus et n'a pas accouché d'une souris mais d'un trio fort prometteur. De sa morne ville du nord de l'Italie, Dead Elephant parle autant au physique qu'au cérébral. Différentes approches du rock et de son bruit. Et sombre, très sombre. Le physique d'abord. Entrée dans le vif du sujet avec cette attaque noise puriste et tendue qu'un autre groupe italien hélas méconnu, White Tornado, délivrait avec passion et urgence. Ca enchaîne sur un Black Coffee at breakfast aussi digne, Colossamite, Unsane, un riff de guitare qui vous donne l'envie d'y revenir encore et encore avant que ce café noir tourne en mare ensorceleuse. C'est le cérébral qui parle. Après 3 minutes intenses, c'est déviance en eaux troubles. La face expérimentale, celle qu'on attendait pas. Une ambiance à couper au couteau avant une remontée par palier à la surface. Abyss of my heart ne réchauffe pas l'atmosphère. De longues minutes de torture, d'échardes électroniques du fin fond de l'espace et de voix samplées qui tentent un retour désespéré à la surface des vivants. Clopixol clot les débats sur un rythme lent, un climat chargé en nuage bas que des arpèges tentent d'éclairer, tranchant avec la vivacité du début. Dead Elephant, en quatre morceaux variés, créent une alchimie qui tient la route, un univers personnel conçu comme un film avec des scènes qui prises séparément n'ont pas grand-chose en commun mais qui mises bout à bout prennent tout leur sens. Du grand art !
Ce présent objet sortira officiellement (agrémenté d'un titre supplémentaire) sur le label américain Unfortunate Miracle pour le CD et sur deux labels français pour le vinyl, Gaffer et Desertion records.

SKX (19/03/06)
website groupe www.deadelephantband.com
website label www.unfortunatemiracle.com | www.gafferrecords.com | http://desertion.free.fr
sounds http://www.deadelephantband.com/index.php?mod=9

Deep Dark United
Ancient (Block recording club) - CD
Blocks Blocks Blocks 2005

La musique de Deep Dark United est une caravane avançant toute brinquebalante. Muante selon les saisons. Un tas de bagages hétéroclites sur le toit. Et si le chien n'aboit pas sur son passage, c'est parce que cet orchestre ouvre le dialogue, le cœur, les bras, tout et le reste à une musique généreuse et chaleureuse. D'odédience jazzy, la troupe emmenée par Alex Lukashevsky ne s'arrête pas là. A coup sûr, tous les férus de jazz vous bombarderont de références. Mais voilà, je ne suis pas un spécialiste de jazz et on s'en tape (non pas le fait que je ne suis pas spécialiste de la chose (mais j'en connais un rayon sur les rhododendrons) mais qu'il n'y a pas besoin d'être féru de jazz pour apprécier le bidule). Car après tout, c'est juste de la musique qui s'envoie en l'air et ça, tout le monde connaît (à moins d'être moine ou membre de l'UMP). La seule référence qui me vient en tête, c'est le Charlie Haden de l'album Liberation Music Orchestra. Pas des moindres. Cet élan communicatif, cet humanité qui transpire, tous ses cuivres (dont celui de Brodie West, légende du jazz. Je l'ai pas trouvé tout seul. Je viens de vous dire que je suis pas spécialiste mais je sais lire une bio (et les livres sur les rhododendrons)), ses rythmes qui débarquent de partout, s'entrechoquent, virevoltent, transportés par la prenante voix de la tête pensante Lukashevsky. Tout y est léger, enveloppé d'une mélancolie rassurante avant que l'orchestre ne reparte sur les routes faire swinguer les foules. Populaire et primesautier, ce troisième album à la jambe leste et le geste gracieux, encerclant d'un mouvement continu les De Kift et autres musiques hors du temps. Le chien est content, il remue de la queue (et le rhododendron passera l'hiver).

SKX (25/02/06)
website groupe www.deepdarkunited.com
website label www.blocksblocksblocks.com
sounds soul-athlete.mp3 | nun-or-a-bawd.mp3

Dmonstrations
Night trrrors. Shock !
GSL 2006

C'est l'histoire d'un mec qui fait des cauchemars pas possible et qui ferait n'importe quoi pour ne pas sombrer dans le sommeil. Concept fumeux qui explique (enfin presque) ce titre étrange Night trrrors. Shock ! Les trois " r ", le point au milieu et l'exclamation à la fin sont compris dedans. Moins surprenant quand on sait que le japonais Tetsunori Tawaraya du duo 2up est compris dans le lot. Un trio avec deux autres américains qui serait comme une extension de 2up mais avec une basse en plus et quelques minutes supplémentaires à chaque morceau. Et c'est dingue comment ça peut faire la différence. Après un maxi peu convaincant en 2004, Dmonstrations a profité de ses très nombreuses tournées pour peaufiner la formule et sa folie de kids qui n'ont peur de rien. On ère ici dans le domaine sans camisoles des Mae Shi, Kid Commando, Arab on Radar avec une certaine fraîcheur à la Rapider than horsepower. La voix de Tawaraya joue toujours autant les yo-yo mais arrive par je ne sais quel miracle à tempérer ses ardeurs pour coller au plus fin avec une musique pleine de vie et rebondissement. Avec un ex-Makara et Ruhaeda à la basse qui s'intercale à merveille dans le jeu enflammé du guitariste nippon qui a la particularité de mélanger cordes de guitares et de basses sur sa gratte et un batteur (ex-Dosage and usage) tour à tour économe et cogneur, ces dix titres arrivent à faire passer la pilule sans broncher. Dans la grande tradition des agités du bocal mais qui savent se tenir, Dmonstrations écrit un disque de rock moderne, malin et fonceur. Le gars n'est pas prêt de trouver le sommeil avec un truc pareil.

SKX (21/09/2006)
website groupe www.myspace.com/dmonstrations
website label www.goldstandardlabs.com

Dominic
Self-titled CD
Great Northern / Dead Letter 2006

Dominic est très commun. Ca pourrait venir de n'importe où. C'est international mais c'est pas la lutte finale. C'est banal mais pas bancal. Dominic, jeune groupe norvégien, sonne comme des dizaines d'autres groupes du grand nord mais ça fait toujours autant du bien. C'est du hardcore qui prend aux tripes, fait avec les poings et les larmes. C'est du JR Ewing comme au bon vieux temps, des intonations vocales (voir un peu plus) à la Lack, du Yaphet Kotto avec un batteur qui aime la baston. Dix compostions ultra chiadés, on en deviendrait vulgaire tellement ça l'air écoeurant de facilité, comme un deuxième peau pour accoucher de ce hardcore même pas chaotique. Juste une redoutable efficacité pour allier cette indémodable équation de la fureur et de la mélodie. Au nord, toujours rien de nouveau. Mais faut avouer que quand on a cette qualité au rendez-vous, on ne peut pas passer à coté. La nordique touch dans toute sa splendeur.

SKX (26/11/2006)
website groupe www.dominictheband.com
website label www.deadletterrecords.net | www.greatnorthernrecords.com
sounds 70a3411f

Don Caballero
World class listening problem - CD
Relapse 2006

En ces temps de reformation tout azimut, pour le meilleur et (surtout) pour le pire, il ne faudrait plus s'étonner de rien. Et pourtant à chaque fois, ça vous fait bizarre. Don Caballero, six ans après l'extinction des feux, remet donc le couvercle. C'est avec des pincettes (monumentales) que j'attendais les premières notes. Vu l'album avec lequel ils nous avaient laissé, le pâle American Don, on pouvait craindre le pire. Que fallait-il encore espérer avec le totem Damon Che derrière ses fûts, la seule mémoire du groupe et sa force de frappe phénoménale ? Après ses déboires (au propre surtout comme au figuré) avec Bellini, ses plumes perdues avec son projet The Speaking Canaries, le Che décide de remonter la machine, recrute trois mecs qui sortaient déjà des disques sous le nom de Irwin et Creta Bourzia (c'est celui qui le dit qui l'est - dont Jason Jouver, bassiste qui tenait la gratte dans l'obscure et néanmoins excellent groupe Jumbo et qui participe aussi depuis peu à Microwaves) et signe sur Relapse, cela va de soit (!). Et oh surprise, cet album sonne comme une réussite. Je veux dire, comparé au dernier de ya six ans. A s'attendre au pire, on s'extasie devant le passable. On est presque heureux de retrouver le Don Cab en aussi bonne forme. Les deux guitaristes s'en sortent plutôt bien. Avec toute la meilleure volonté du monde, je ne voulais pas les comparer avec les guitaristes historiques Banfield et Williams mais c'est trop tard. Leur tenue de manche et gratouillements en tout genre ne mettent pas en folie les six cordes comme la paire suscitée. L'originalité peut dormir sur ses deux oreilles. Mais ils arrivent à insuffler suffisamment de dynamisme et d'entrelacs pour faire croire au retour. Damon Che reste fidèle à lui-même. Je laisse aux spécialistes pinailleurs de la cymbale gauche et autres enculeurs de mouches deviser sur l'évolution et la richesse ou non de son jeu mais de loin, ça reste cogneur et souple. Le bûcheron pris dans la tourmente. En fait, cet album renvoie au tout premier, à For Respect, des titres saignants, efficaces, relativement courts, sans divergences soniques. Bref c'est le Che qui commande et non plus Ian Williams (parti expérimenté avec Battles). Des morceaux comme Mmmmm acting et And and and… nous feraient presque croire à un retour treize ans en arrière. Mais vous avez aussi des compos laborieuses, des guitaristes en manque d'inspiration où on attend désespérément qu'il se passe quelquechose, des mélodies guillerettes qu'on se demande ce qu'elles foutent là et plusieurs plans bien casse gueule.
L'autre problème également, c'est qu'en six ans, des groupes comme eux (et qui doivent beaucoup à Don Cab d'ailleurs) yen a des tonnes. Et si Don Cab débarque pour ne faire qu'une copie de Don Cab, eux les initiateurs d'un style, on fait forcément grise mine. On s'attend à qu'ils continuent d'explorer la voie (on est bien naïfs parfois) et on se retrouve avec un groupe de plus dans le délire math-rock instrumental. Bien sûr, ya la touche Don Cab, inimitable mais tout ça sonne comme du déjà entendu. Avec toujours cette putain de bonne volonté, je n'aimerais pas comparer cet album avec les trois premiers du groupe mais c'est encore raté. Et là, forcément, ce World class listening problem ne tient pas la distance. Et n'allez pas y voir un quelconque snobisme (encore heureux !). J'eus aimé que cet album m'explosasse la gueule. Merde, c'est Don Caballero quand même. Mais ce n'est pas le cas. Simple constat. Mais pour un retour qui allait forcément déchaîner les comparaisons en tout genre, pour un groupe qui avait tout le poids de l'histoire sur ces épaules (même aussi massives que celles de Damon Che), le (re)nouveau Don Caballero tient la route. Rien d'exceptionnel. Il ne fallait pas s'attendre à des miracles. Le Don Caballero des années glorieuses est mort et enterré. Mais après un tel passif, le retour est acceptable, s'écoute avec nostalgie, arrive presque de temps à autre à nous faire croire que le présent est doré tout en laissant dubitatif sur le futur.

SKX (11/09/2006)
website groupe www.myspace.com/doncaballeropgh | www.geocities.com/brikelly/doncab (fan site)
website label www.relapse.com

Dactyl / Bacon Wagon
Split 7''
Hit Dat 2006

C'est une single qui date de 2006 mais comme tous trésors qui se respectent, c'est encore meilleur quand ils mettent du temps à arriver jusqu'à vous et se révéler dans toute sa splendide crasse. Parce que là, sur ce bout de vinyl tout noir, vous avez votre pesant en concombre de distorsions et de saturations. L'aiguille dans le rouge est un art que ces deux groupes maîtrisent à la perfection. Commençons par les Suédois. Bacon Wagon est un trio des plus classiques dans sa composition et sa musique suit ce même chemin balisé. Et alors ?! Tant qu'un groupe me servira une ligne de basse aussi brutalement prenante et pour laquelle il faudrait inventer un terme plus fort que distordu, ça me va comme mon premier album de Hammerhead. L'amour consanguin d'un punk-noise droit dans ses bottes. Trois titres expédiés en deux minutes avec tout ce qu'il faut dedans pour s'envoyer en l'air. Le bonheur assuré.
Autre face, ça ne baisse pas de tension. Dactyl, dans son Baltimore natal, ya de quoi se jeter contre les murs de la ville. Quand un groupe cite comme influences Slug, Glazed Baby, Hammerhead (encore eux), Unsane parmi d'autres, ça donne envie d'y glisser une oreille. Ce sont les deux tympans qui saignent à l'arrivée. Rien de tout ces illustres aînés ne transpire mais l'école du bruit est là. Les guitares qui prennent tout, la caisse claire qui transperce le mur du son, la voix, que dis-je, les voix surnageant dans la mêlée, le tout à fond dans lequel apparaît une réelle maîtrise de l'écorchure, il y aurait presque du premier single de Blunderbuss dans cet enregistrement. Deux titres (I'm pretty sure i'm dead et The next wave of who cares) apocalyptiquement bons. Avec une mention particulière pour le dernier nommé et son final en boucle qui rend dingue. Un 45 à l'ancienne qui n'a pas pris une ride.

Bacon Wagon est rentré en studio en novembre pour un premier album espéré en 2009. Quand à Dactyl, qui ont l'air aussi alertes que leurs potes suédois, un split 12'' avec Gunna Vahm doit être sorti cette année en attendant d'autres réalisations qui resteront aussi mondialement distribuées que les précédentes. Vous pouvez par contre vous procurez plus facilement leur album Teething (très bon également) sorti sur Reptilian records alors que ce présent split 7'' est à commander d'urgence chez X-Mist records !

SKX (19/12/2008)
website groupe www.dactyldactyl.com | www.myspace.com/dactyl | www.myspace.com/baconwagon
website label www.myspace.com/hitdatrecords

Dan Sartain
Join Dan Sartain - CD
One Little Indian 2006

Ca remonte bientôt à trois printemps, la première rencontre avec le kid de l'Alabama, égaré loin de son Mississipi sur les bords de Loire, jouant devant quelques curieux en attendant les Hot Snakes. Curieux que Dan Sartain avait mis dans sa poche en trois coups de reins efficaces. Tout ça était depuis resté lettre morte, je ne sais pas pourquoi. Croire bêtement que cette musique anachronique fonctionnait mieux sur scène que sur disque et mieux valait rester sur une bonne impression… Sont-ce les premiers rayons de soleil réchauffant ma vieille couenne rouillée qui m'ont fait retourner vers Dan Sartain ? Join Dan Sartain est son quatrième album et que ce soit en public ou en sillon (Simone), Dan Sartain est tout aussi charmeur. Ce fut donc une erreur. Après trois albums plus ou moins sortis sous le coude - Dan Sartain and the crimson guard, Romance in stereo et Dan Sartain vs. serpientes (bien aidé par Swami records quand même)- le gominé tout droit sorti d'un film de série Z des années 50 passe la barre supérieure (sans passer par la mère). Avec des termes aussi modernes que rockabilly, surf music, garage, rock des années 60, western et mariachi, ce freluquet de 25 berges (celles du Mississippi bien sûr) arrivent à vous foutre la banane en plus de celle qu'il a sur le crâne. Du haut de son mètre soixante les bras en l'air, il a de quoi impressionner plus d'un White Stripes et The Hives pour qui il a fait les premières parties dernièrement sur des tournées européennes. Oh toi jeune branleur avec ton pantalon slim qui te serre tes petites couilles, vient prendre ta fessée. Tonton Dan va te montrer comment avec des trucs aussi ringards, on peut sonner plus vrai que nature, plus original que les suiveurs, que le rock'n'roll n'est pas une histoire de têtes de mort en bandouillère sur ton sac de hipster. Le rock, il ne l'a pas trouvé au détour d'un magazine à la con. Il le vit, le parle, le bouffe, le consume comme une seconde peau. Sartain balance des merveilles de rock songs, bien raides et entraînantes, dit tout ce qu'il a à dire en deux minutes cinglantes, parle trahison et jalousie, de youngs girls so stupid mais après lesquelles il ne peut s'empêcher de courir, d'idiots ressemblant à de jeunes républicains, a le sens du riff, convoque Hank Williams, Buddy Holly et Jonathan Richman sur le même autel dépravé du rock avec la morve d'un jeune punk. Et pour faire la cour a la belle, rien ne vaut quelques airs de trompette, planquer sa banane sous un chapeau mexicain, reprendre Besa me mucho, qui ne veut pas dire baise moi beaucoup mais vous invite à tendre l'autre joue quand même. Tour à tour acoustique ou électrique, ces riffs de guitares font mouche. La batterie non présente lors de cette tournée en solo avec les Hot Snakes rajoute du nerf. Gun vs. knife et Drama queens sont des petits chefs d'œuvre rutilants. En plus, Dan Sartain possède une magnifique voix, prête à faire pâmer n'importe quel cœur et rendre les maris jaloux. Sur la pochette de Sartain vs. serpenties, il se pend. Sur Join Dan Sartain, il se tire une balle dans la tronche. A ce rythme là, c'est en enfer qu'on va le rejoindre. Mais pas avant d'avoir brûler le bitume et de vouer sa vie au culte du rock'n'roll. Le vrai, le flambant, l'historique tout en étant foutrement ancré dans la dure réalité de la modernité.

SKX (23/04/2008)
website groupe www.myspace.com/dansartain
website label
www.indian.co.uk

Daturah
Reverie - CD
Golden Antenna 2008

Vous aimez le post rock ? Moi non plus. De moins en moins. Et ce n'est pas cet album de Daturah qui va me faire changer d'avis. Il faut bien avouer que le quintet allemand a mis toutes les chances de son côté : riffage spatialisé, envolées lyrico-atmosphériques, rythmique étoilée, samples venus de nulle part, synthés nébuleux. Et oui, pour continuer dans la mauvaise métaphore, avec Daturah on a la tête dans les nuages, le groupe voudrait bien nous emmener au septième ciel, celui où règnent les dieux Godpseed et Mogwai, celui où les guitares, pas méchantes pour deux sous, alignent des plans tellement niais que même Red Sparowes n'ose pas les utiliser. Le disque s'intitule Reverie et on est forcément obligé de sourire à tant de naïveté.
Ce qui évite à Daturah un aller simple direct pour le vide-ordures c'est un certain dynamisme de la rythmique, le batteur se fatiguant un peu plus que la moyenne des batteurs du genre. Ecoutez donc Hybrisma (en mp3 ci dessous) ou le début de Deep Flat B pour vous en convaincre. Du coup le disque devient plaisant sinon agréable à écouter (testez-le sur vos enfants ou sur votre chien si nous n'avez pas d'enfants, c'est sans aucun danger) et efficace pour meubler l'ennui d'un apéritif dînatoire entre amis -au menu sushis de saumon et tofu baignant dans sa crème de crevette, cela va de soi. Vivement que cette mode stupide de la musique instrumentale option larme à l'œil et petit cœur bleu en bandoulière s'achève.
A noter que ce disque, disponible en CD ou en double LP, est la deuxième référence du jeune label Golden Antenna. La première n'était autre que le fantastique Inventions For The New Season de Maserati, l'un des meilleurs albums publiés au cours de l'année 2007. On est donc en droit d'être extrêmement déçu par cette suite donnée aux évènements. Une suite qui ne plaira qu'aux amateurs du (sous) genre post rock tout en faisant ricaner les autres. Je ricane.

Haz (14/04/2008)
website groupe www.daturah.de
website label www.goldenantenna.com
sounds hybrisma.mp3

The Days End
s/t - CD
One : cell 2005

Dans le lot tentaculaire et grouillant, il y a en a toujours qui se débrouille pour passer à travers les mailles du filet. The Days End a sorti son premier album en 2005 mais son écho n'arrive que maintenant. Et on aurait tort de l'ignorer. Un trio américain qui œuvre sans basse mais avec deux guitares et un batteur infaillible. Autant vous dire de suite que ya de la guitare et qu'ils ne sont pas manchots. On se prend tout se suite à penser à Drive Like Jehu avec un art de la concision à la Shotmaker et The Plan. L'art de développer des émotions brutes qui percutent de suite, d'écrire de petites perles d'emo-noise qui rockent juste et fort. D'entrée de jeu, The Days End vous balance un Not fast enough et U.O.A. de deux minutes de moyenne avec des riffs incisifs, des voix qui se mélangent, une dynamique rutilante, que la bave sort déjà. Ensuite, le groupe montre qu'il sait s'épancher sur la longueur, instaurer des ambiances dont la tension monte progressivement à la manière d'un June of 44. Ce dialogue de guitares/batterie tour à tour ferme et en douceur, jusqu'à carrément claquer de magnifiques arpèges sur un magnifique Drown qui vous explosent inévitablement à la tronche avant que le morceau ne s'achève ou d'un Mute qui ne semble jamais vouloir partir. The Days End n'a pas l'air du groupe pressé d'en découdre, font tout pour être discret mais semble prêt à remettre le couvercle pour un nouvel album cette année… En attendant, profitez de ces huit morceaux tout simples et tout beaux.

SKX (05/07/2007)
website groupe www.myspace.com/thedaysend
website label www.onecellrecords.com
sounds NotFastEnough.mp3 | HeartAttack.mp3

Dead Elephant
Lowest shared descent - CD
Robot Radio / Donnabavosa 2007

C'est en toute hâte que j'ai déballé ce superbe digipack de la part de Robot Radio records, un label italien coutumier du fait. Leur début avec le CDEP Sing the separation avait marqué mon faible esprit et la suite était attendue avec impatience. Miséricorde ! Un coup d'œil sur la liste des morceaux. Les quatre morceaux du EP figurent sur ce nouvel album. Et ils vont s'avérer exactement dans la même version, ou pratiquement, on va pas chipoter non plus. Ils vont jusqu' à mettre trois d'entre eux dans le même ordre, changeant légèrement le nom des titres. Ca nous fait donc plus que quatre inédits. L'éléphant accouche d'une souris. Et encore heureux que je ne me suis pas procuré le représsage de ce maxi par le label américain en 2006, Unfortunate Miracle, puisque un cinquième titre bonus avait été rajouté, The worst and the best, que l'on retrouve également sur cet album. Cela fait donc que trois vrais inédits. Dead Elephant ne s'est pas foulé le poignet et on se demande pourquoi ils nous ressortent quasiment les mêmes plats à un an d'intervalle… Bref, rabattons nous sur la viande fraîche. Pour notre salut, ils ont privilégié leur face noise-rock saignante. Outre donc Another fuckin' word to say we miss you qui comportait à l'origine les trois mots Death is just en début de titre, soit 2 minutes 20 de pure jouissance noise-rock urgente qui a tout pour devenir un classique, les trois italiens de Dead Elephant invite Luca Mei, le saxo de Zu, sur l'instrumental Post Crucifixion (morceau qu'ils jouent live mais sans le saxo). Là encore, deux minutes bien frappées et déstructurées juste ce qu'il faut. Autre invité de marque, Eugene Robinson, chanteur de Oxbow et roi de la collaboration (en plus de la baston). The Same Breath est du même souffle qu'un excellent Oxbow. Du pain béni pour Eugene et surtout pour nous. Enfin, les titres d'ouverture et de clôture sont d'excellents exutoires pleins de fiel et de rage, dans une lignée Unsane en plus boueux et pervers. Si tout l'album avait été ainsi, The Dead Elephant aurait été sanctifié sur le champ. Hélas, la mauvaise idée, c'était de refourguer en plein milieu de l'album les trois morceaux du EP où l'ambiance compte plus que l'action. Si sur le maxi, ça fonctionnait bien, sur l'album, ça casse toute la machine infernale. Passe encore les dix minutes de Black coffee breakfast (qui a perdu son at en passant avant le breakfast) et son long passage trop ambiant puisque l'intro est bien cinglante et que le final réveillerait un mort. Mais Abyss (of my) heart et Clopixol apparaissent bien mornes et comme ces trois morceaux représentent vingt-deux minutes de l'album, soit plus de la moitié du disque, ça vous donne un drôle de goût amer. Espérons que pour le futur, les Italiens privilégient la face énergique de leur double personnalité car pour ça, ce sont des bêtes.

SKX (26/01/2008)
website groupe www.deadelephantband.com
website label www.robotradiorecords.com | www.donnabavosa.com
sounds www.myspace.com/thedeadelephant

The Dead Science
Villainaire - CD
Constellation 2008

Troisième album pour le trio de Seattle et changement de crèmerie avec la signature sur le plus exposé label Constellation. Ce qui devrait faire du bien à ce groupe qui mérite plus que la confidentialité dans laquelle il zonait jusqu'ici. Mais la première chose qui frappe quand on ouvre ce beau digipack, c'est la dédicace au Wu-Tang Clan (groupe de rap américain). Pas la petite ligne dans un coin en bas du livret intérieur à la suite des crédits habituels. Le bel et grand hommage avec la photo des membres et écrit en gros et en lettres d'or : It's yours. C'est beau, c'est sans ambiguïté et ça ne veut surtout pas dire que Dead Science a viré sa cuti. Ils n'ont pas tronqué leur contrebasse contre des platines et leurs costumes de dandy contre des survêtements de racaille avec breloques en or autour du cou. Le Wu-Tang a été avant tout une grande source d'inspiration pour cet album, par la manière sans compromis qu'ils ont mené leur carrière, par les multiples pistes musicales semées dans leurs compositions et par la dualité entre aspect sauvage de leur attitude et pensée réfléchie de leur propos. Fin de la théorie.
Tu oublies tout ça et tu te contentes de cette douce harpe ouvrant les hostilités. A ce moment là, le Wu-Tang Clan est loin, très très loin. Sauf que comme eux, The Dead Science ne se laisse pas facilement apprivoiser. Ca part rapidement dans un rock trouble car varié et singulièrement plus énervé que leurs précédents opus. C'est pas encore aujourd'hui qu'on pogotera comme des lourds sur Dead Science mais le trio a mis du nerf dans sa vision contemplative, du réel dans son monde en suspend. On commence à comprendre l'allusion au Wu-Tang. Le cérébral laisse du terrain sur la bête qui sommeille en eux. Une batterie donnant dans le frénétique sur The Dancing destroyer, le violon fougueux sur l'éclaté Monster island czars, la harpe de Throne of blood disparaissant rapidement derrière un rythme pressé d'en découdre. Ils se permettent même de construire leur petit tube à eux, alors que ce n'est vraiment pas le groupe fait pour, Make mine marvel et son refrain déboulant sans crier gare. Une section de cuivres, des invités à la pelle dont Katrina Ford (Celebration et surtout ex-Jaks) et Craig Werden, ex-Shudder to Think (vieux groupe de Dischord) dont l'organe vocale n'est pas sans rappeler celle de Sam Mickens. Une voix qui ne laisse pas indifférent, on aime ou on déteste, principal point de discorde de Dead Science, avec son trémolo naturel et cette manière de chanter que certains pourraient juger comme affecté. Une voix originale, en parfaite adéquation avec la musique même si j'avoue que, parfois, je lui botterais bien les fesses pour qu'il en sorte autre chose que cette plainte d'enfant de chœur pervers. Il faut attendre le cinquième titre, Lamentable, pour voir renouer le groupe avec ses démons antérieurs avant de les voir repartir sur des envolées dont on ne les savait pas capable. Tout en conservant cette pointe de mélancolie et cette image d'étudiants en beaux-arts branchouilles qui peut irriter, ils ont réussi à ne pas se liquéfier dans le brouillard et évoluer vers de nouveaux horizons. The Dead Science flirte entre la pop sophistiquée de 31Knots, le folk tendu d'un Violent Femmes, les bizarreries d'un ancien camarade de tournée (Xiu Xiu), des atmosphères jazzy et faussement feutrées pour terminer sur un baroque et brillant Clemency. Mais The Dead Science est surtout unique, ne se refuse rien, donne du clinquant au catalogue de Constellation en quête de changement et signe tout simplement son meilleur album. Du grand art.

SKX (19/09/2008)
website groupe www.thedeadscience.com
website label www.cstrecords.com

Death of London
Here is the death of London - CDEP
Unlabel 2008

Quand les Anglais décident de faire du bordel, ils font rarement le déplacement pour rien. The Death of London débarque de sa province (les Midlands de l'est - Leicester) pour foutre le feu à la capitale. Les ploucs chez les snobs. Ca sent le souffre. Ca sent surtout Part Chimp, des londoniens. Rude combat en perspective. Dès Sex for dinner, death for breakfast, ça crunche. Une bonne dizaine d'années auparavant et on les aurait bien vu sur Wiiija records faire les gueux aux cotés de Sun Carriage et Loveblobs. C'est sûr le méconnu label Unlabel qu'ils échouent, un label très DIY qui ne cesse de découvrir de jeunes pousses et on peut une nouvelle fois les remercier de nous avoir dégoté Death of London. Cinq titres qui passent à la vitesse du vent. Si ils abordent un son identique à Part Chimp, lourd, bien vibrant et sale sous les ongles, une basse à rendre sourd, ces quatre jeunes anglais ne diluent pas leur énergie en cavalcade à rallonge. Quatre titres en moins de deux minutes. Des caisses claires en rafale, des riffs puncheurs, ce groupe a quelquechose de basique et hypnotique en même temps. Impossible de rester impassible face à une telle efficacité. Seul le dernier morceau s'aventure au-delà des deux minutes et c'est encore meilleur. Keys of the zoo, avec son sample à la fin de voix d'anges tombés du ciel, est une petite pépite qui donne envie de remettre inlassablement le couvercle. Un split single (avec Dobermann) vient de sortir sur Field records. Un autre split ne vas pas tarder. Longue vie à Death of London !

SKX (24/11/2008)
website groupe deathoflondon.co.uk
website label www.unlabel.net | www.field-records.com

Death to pigs
Carnal carnival - LP
Gaffer / Down Boy 2007

Le cochon bouge à nouveau et pointe le groin de son premier album. Death to pigs, combo nancéen, ou assimilé comme tel, quatre bombes explosives qui font saigner le cochon en alignant seize morceaux à la queue leu leu, accrochez vous, l'agitation est sévère. Premier constat, Death to pigs a décidé de faire danser le cochon qui sommeille en vous. J'avoue avoir été surpris, pour ne pas dire déçu, par l'option prise. La basse est mise en avant pour un rendu évoquant Arab on radar/ Chinese Stars, influences assumées mais qui me titille et pas dans le bon sens. La guitare passe au second plan et c'est bien dommage car j'aime son sens de l'accroche tour à tour concise et bordélique. Une certaine façon de rentrer dans le rang à laquelle on se fait peu à peu mais qui m'empêche définitivement de me sentir avaler tout cru par cet album. Pour enfoncer le clou de leur intention, ils reprennent Dance, un titre de ESG (groupe new-yorkais de art-danse-punk au tout début des années 80 avec les trois frangines Scroggins) suivi d'une reprise de Birthday Party, Smoke my liban. Mais c'est moi qui me méprend, c'est juste un pompage en bonne et due forme d'une autre grosse influence des Nancéens, groupe dont la basse avait elle aussi un rôle primordial. Ca cogne, ça couine, ça enchaîne, la rythmique fait un gros et bon boulot, c'est nerveux et ça fourmille d'une multitude d'étincelles à la guitare pendant que le chant varié débile et schizo colle parfaitement avec la chaleur moite de l'ensemble. Les titres aux noms douteux de série Z comme on aime affolent les compteurs. Pris dans un tourbillon. J'avoue que parfois je décroche. Leurs salves passent trop vite au-dessus de mes neurones qui ne se régénèrent plus. Pas le temps de s'accrocher à un riff qu'ils passent déjà au morceau suivant. Maudite cadence infernale. Je les préfère quand ils prennent soin de délier leurs idées, de prolonger le plaisir comme sur It's alive, Priapism holocaust ou le plus sournois dernier morceau Carnal carnival. C'est quand Death to pigs prend le temps de respirer qu'ils deviennent le plus dangereux. Mais quand l'humeur est à tout balancer, ce disque se révèle un excellent défouloir. La rencontre exacerbé de la no-wave, du post-punk et d'un rock'n'roll vicelard, danse petite, danse pour moi, d'une maîtrise qui reste au-dessus de la moyenne pour rendre ce foutoir audible, salement entraînant, tant bien même que cet album ne surprenne pas plus que ça.

SKX (23/12/2007)
website groupe www.myspace.com/deathtopigs
website label www.gafferrecords.com
sounds Gspot.mp3

Death to Pigs / Gu Guai Xing Qiu
Split LP
213 / Acide Folik / Ben le millionnaire /
Down Boy / Gaffer 2006

La vie en rose. Un split qui taille dans le lard. Du lard français - achetez français - qui tape le boeuf dans l'est précisément. La vie en rose bien vive, qui vire dangereusement au rouge sanguinolent. La grande orgie, le monumental mélange des genres où les apparences sont trompeuses. Le cochon n'a pas toujours été un cochon et si les entrailles sont définitivement punk, l'habillage emprunte des peaux qui muent à tour de bras. C'est bien connu, ya plus de saison. Prenez l'exemple de Gu Guai Xing Qiu. Tout porte à croire que c'est du chinois mais manque de bol, c'est du lorrain. Avec un nom pareil, ils peuvent tout se permettre et effectivement, ils font tout et n'importe quoi. D'une voix death lourdingue pour débuter qui promet le pire et un grind atypique, on passe à un plan…. je sais pas comment on peut nommer et décrire ce genre de putain de plan mais ça n'a plus grand-chose à voir, c'est presque ambiant, la voix part dans les aigues, le lourdingue à la voix death (qui la ramènera définitivement trop tout au long de ces neuf morceaux (même si c'est du second degré, ça me fait jamais marrer longtemps)) repasse par là avant de se faire doubler par une voix de castafiore. Bref, à vu de nez, c'est du grind mais du grind comme ça, le fan de base n'en voudrait pas. C'est sang de poulet direct pour conjurer le sort. Vous rajouterez un solo de cuivre à la fin de Crazy train, des tonnes de voix débiles, des samples, une bonne grosse dose d'expérimentation tout azimut et des attaques régulières et speedés et vous avez là de quoi rendre fou tout un car de Locust, un train de Naked City (version kitsch) et achever définitivement toute une région sinistrée. Ereintant, intraduisible, on s'y perd mais quelques bonnes baffes au passage.
Avec Death to Pigs, ça passe aussi du coq à l'âne mais le fil conducteur est ici bien visible. L'électricité tout autour fait des étincelles, s'échappent, incontrôlables mais le fil tient bon, toujours là pour vous rattraper au moment le plus improbable. Epileptiques, morceaux ramassés sur eux-mêmes, au point d'avoir la sensation d'en avoir qu'un seul. Une longue course poursuite de dix minutes toujours dans le rouge mais suffisamment aérée dans sa folie suicidaire pour ne pas suffoquer. C'est furieux, viscéralement rock'n'roll, vicieux, poisseux mais aussi ultra-direct, précis et tranchant quand le temps est à l'orage. Des groupes comme ça, qui maîtrise l'art du punk angulaire, du bruit anarchique, de la no-wave sexe, yen a pas des tonnes. Dans le sillage des XBXRX, Arab on Radar et autres tendus du slip, on tient là avec Death to Pigs, le haut du panier. Mort aux vaches. Vive les cochons.

SKX (15/03/2007)
website groupe www.guguaixingqiu.fr.st | www.myspace.com/deathtopigs
website label www.213records.fr.st | www.gafferrecords.com

Deborah Kant
Self-titled - CD
Autoproduction 2008

C'est l'histoire d'une chronique qui sait pas trop si elle parle d'une démo ou d'un véritable premier album, encore moins de quand ça date puisqu'il est stipulé blanc sur noir que l'enregistrement date de 2006 alors que l'objet vient d'échoir dans la boite aux lettres au début de cette année. Par contre, ce qui est sûr et certain, c'est la provenance de ce disque. Lyon, sans hésitation possible. Dès les premiers accords déchirants, dès les premières installations d'ambiances sombres et tendues, dès que l'électricité s'échappe de ces deux guitares, on est en territoire lyonnais. Celui où Deity Guns et donc Sonic Youth ont répandu à jamais un drôle d'air contagieux. Celui repris par une ribambelle de groupes locaux, Doppler en tête (tiens qu'est ce qu'ils deviennent eux ??). Un album sentant bon le pur esprit DIY mais bizarrement, le son ne s'en ressent pas (trop) et Deborah Kant balance neuf morceaux très aguichants. Comme toutes les premières œuvres (ils le disent eux-mêmes), les morceaux sont trop longs, la musique s'éparpille dans des digressions inutiles, le propos perd de sa virulence mais ces parenthèses ne sont jamais bien longtemps ouvertes. Le chanteur place sa voix à merveille avec un timbre accrocheur (Aldéa style), notamment sur le début de Tendre et Loin. Les structures sont déliées tout en gardant de l'impact, naviguant entre explosions contrôlées et tension sous-jacente, passant du bruitiste et bien nommé Aspro au rythme entraînant de I want to dead, titre enregistré dans leur local de répétition et dont la mélodie me rappelle un morceau connu, je l'ai sur le bout de la langue, bordel, impossible de mettre un nom dessus (mais mon petit doigt me dit qu'en cherchant dans ces vieux Sonic Youth, on trouverait la réponse). Ces quatre jeunes lyonnais ont déjà beaucoup pigé à l'équation bruit/mélodie. En personnalisant l'affaire et en bénéficiant de moyens d'enregistrements plus adéquats, on pourra dire que Lyon a encore accoucher d'un groupe qui n'a pas fini de hanter vos platines.

SKX (31/03/2008)
website groupe deborahkant.free.fr

De Kift
7 - CD
V2 records 2006
Range Ta Chambre - Anticraft 2007

Vous m'accorderez bien cette danse ? C'est reparti pour un pas de deux dont le chiffre sept brille au milieu de la piste. Sept comme le nombre d'albums sortis par l'orchestre hollandais en 17 années d'existence. Chiffre dont on vante la perfection et la plénitude spirituelle… C'est pour l'instant le chiffre d'une première. Depuis le temps que la troupe fait ses représentations sous les chapiteaux français et développe de fortes amitiés, cet album sort en deux versions. La version originale. C'était pour 2006. Et la version française toute fraîche dont l'association rennaise Range ta Chambre est l'initiatrice. Les 15 morceaux traduits dans la langue de Molière pour des textes à l'origine russes pour la plupart. Un beau tour de passe-passe où ces poèmes russes plus que centenaires pour certains retrouvent une seconde jeunesse, collant à merveille au monde mélancolique de De Kift. La musique reste cet assemblage de cuivres, de cordes en tout genre et de générosité dans le chant, cette fanfare débraillée tour à tour poignante ou valsante. Entre polka de fin de nuit, espagnolade démembrée, Tom Waits dépouillé et minimalisme débonnaire. On a vu de vieux couples s'enlacer pour moins que ça. Fini le baroque du précédent album Vier voor vier. Cet album fait corps, sans haut, sans bas, cohérent d'un morceau à l'autre. Un certain retour à un De Kift classique, sans exubérance (à l'image de la pochette / emballage qui pour une fois n'a rien de dingue même si ça reste au-desus de la moyenne), nécessitant un paquet d'écoutes pour que les compositions prennent vie et que, comme d'habitude, la magie opère. On peut regretter cette petite pointe de folie, des morceaux qui sortiraient du lot, cette retenue que la famille hollandaise, du père chanteur Ferry Heyne et principal instigateur de toutes les musiques au grand-père trompettiste en passant par le tonton batteur, à laquelle elle ne nous avait jamais habituée. Quid de cette version française… Les échos de leur dernière venue à Rennes n'étaient guère favorables à ce chant en français trop présent. Ce qu'on aime chez De Kift par ici, c'est aussi ces consonances gutturales, ce chant batave qui fait parti intégrante du folklore de nos hollandais, cette pointe d'exotisme à laquelle on ne pige rien mais amplement suffisante pour s'immerger dans leur musique. Ce chant français n'a rien de mauvais. Une pointe d'accent bien sûr mais rien de gênant. Sauf que pour nous, pauvres français, cela donne tout de suite une touche chanson française entre Têtes Raides au pire (leurs parrains français) et Jacques Brel pour le meilleur. On perd de l'originalité dans l'affaire. Il faudrait en fait demander à un hollandais, un anglais ou un chinois, bref, un étranger, comment il ressent ce chant en français. L'exotisme, c'est pour eux même si il n'y a rien de rédhibitoire à l'écouter par chez nous. Après tout, si De Kift veux faire une percée plus conséquente en France, cette version va grandement aider et ce, sans vendre leur âme. De Kift, en VO ou en VF, reste De Kift et vaut largement mieux de toute façon que tous les groupes de baltringues qu'on se traîne chez nous. 7 est définitivement un très bon chiffre.

SKX (28/10/2007)
website groupe www.dekift.nl
website label www.myspace.com/rangetachambre | www.myspace.com/anticraft

Deti Deste
Love and piss – CD
Silver rocket 2008

Séquence nostalgie. Back to 2003 et la première tournée de Moller-Plesset en territoire tchèque. Deti Deste fut l’autre groupe à l’affiche ce soir là, pour la toute première date, à Cheb la mythique (ville qui fournira plus tard le titre d’une chanson des Mollard-Passec) et une soirée mémorable qui se finira chez ce jeune groupe. Ce soir là, ce fut le premier concert de Deti Deste. Rien de particulièrement transcendant mais deux ans plus tard, quand les Rennais et les Praguois croisèrent le fer à nouveau dans un club à Prague, on put noter tous les progrès du groupe.
Il aura fallu attendre à nouveau trois années pour que Deti Deste sorte enfin un disque. Le tchèque aime prendre son temps (à l’image de Gnu) et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont bien fait. Une lente maturation qui les montre, dix ans après leurs débuts et quelques changements de personnel, sous leur meilleur jour. Deti Deste, dont je vous épargne les accents circonflexes inversés sur les E (le 1er et le dernier) et S pour cause de clavier inadapté, signifie les enfants de la pluie et ce qui nous tombe sur le coin de la tronche, ce ne sont pas des enfants par milliers mais une bonne grêle bien cinglante. La chape d’un hardcore-noise hirsute, implacable et étouffant. On se prend tout de suite la déflagration de Odprostit, morceau sur lequel ils ont eu le bon goût d’amener deux invités pour des percussions industrielles et un piano fou du plus bel effet. On regretterait presque que ces invités ne soient pas permanent. Mais cette impression de ferraille perdure. Hardcore abrasif, rugueux, qui ne joue pas sur la complexité et la virtuosité technique. Méthode marteau-pilon, par couches superposées de coups de butoir. Accumulation de noirceur, machine à broyer méthodique, la répétition qui met la pression. Un disque de puncheur. On n'est pas loin d'une certaine manière de la propre logique destructrice d'un Unsane. Ca n'a pas le groove des New-Yorkais, le riff assassin d'un Spencer mais l'esprit nihiliste demeure et la basse fait des dégâts. Et au milieu de ce puit sans fond, Deti Deste a compris que cet album ne serait pas vivable sans un minimum d'ouverture. Le synthé se fraye tant bien que mal un chemin dans cette forêt noire par de bonnes trouvailles sonores. Quelques riffs illuminent la mêlée. La deuxième guitare trouve une ligne de conduite permettant de respirer. Hormis un ou deux moments de lassitude, ce premier album tant attendu impressionne. Il n'est pas question d'en faire un mont et merveille mais on peut mesurer tout le chemin parcouru depuis ce fameux premier concert. Love and Piss (le Tchèque a le sens de l'humour) est un album très consistant et fortement conseillé pour tout ceux et celles qui aiment se mettre la tête dans le sac.

SKX (02/12/2008)
website groupe detideste.freemusic.cz | www.myspace.com/detideste
website label www.silver-rocket.org


Dial
Infraction - CD
Cede 1997

Dial
Distance runner - CD
Cede 2000

Dial
168k - CD
Cede 2007


Dans l'article consacré à UT, la dernière phrase vous promettait de reparler de Dial, cet obscur groupe avec Jacqui Ham, ancienne membre de UT. Dont acte. Alors que je galérais comme un fou pour trouver leur nouvel et troisième album 168k, c'est l'album qui est venu à moi. La classe. Un des membres de Dial habite en France, dans le 17 comme il dit, et ayant eu vent de cet article, a tout simplement contacté ce modeste site et a envoyé la totale, à savoir les trois albums que Dial a composé entre 1997 et 2007. Plus aucunes excuses pour ne pas parler de Dial et faire découvrir ce groupe certes pas facile d'accès, qui ne fait rien pour être connu, que ce soit en terme artistique ou de promotion/distribution mais qui mérite que l'on s'y attarde longuement.

Les cendres de UT sont déjà bien froides quand Dial sort son premier album Infraction en 1997. Six années durant lesquelles on a que très peu de nouvelles de Jacqui Ham. Mais il ne faut pas réduire Dial à sa seule présence. L'autre entité s'appelle Rob Smith (le gars du 17) à la guitare et la programmation de la boite à rythme, qui a passé deux années au sein du groupe anglais GOD et qui a rencontré Jacqui Ham à la fin de l'existence de UT, lors d'un concert, aux débuts des années 90. Pour compléter ce noyau, Dom Weeks à la basse, un ex-Furious Pig et Het. Ce trio enregistre Infraction en 1997 sur cassette et le sort sur sa propre structure, Cede records. Et qui dit enregistrement sur cassette en 97 dit musique sans compromis. Musique qui vous prend à la gorge. Sensation d'étouffement. Le son est lo-fi. Pas dans le sens bricolage à la maison et son à deux balles. Un son brut de décoffrage, sans fioriture, sculpter à même les mains pleines de terre. Dial ne cherche pas embellir. C'est livré avec les larsens, les grésillements, les imperfections et en première prise. Une constance dans la douleur que l'on retrouvera sur l'ensemble des trois albums. Une boite à rythme minimale qui vomit des rythmes rachitiques dans une cadence régulièrement épileptique. Les guitares de Ham et Smith en fusion, écorchent, tombantes, vrillantes pendant que la voix de Ham tente de se faire entendre par-dessus le bouillonnement. Impression d'assister à une jam en direct. Enregistré sur le fait. Vous vous imaginez dans leur local de répétition, tout petit dans un coin, s'en prenant plein la tronche, le son allant et venant, niveaux sonores fluctuant comme sur Little eye. Ham psalmodie des textes incompréhensibles. Malade imaginaire ou bien réelle. Les guitares improvisent, dessinent des abstractions inquiétantes, voir brumeuses. L'acouphène guette. Les saturations prennent le pouvoir. Le rythme ralenti, disparaît, laissant place à de troubles atmosphères, ballades sombres qui grattent l'épiderme. On ne sort pas indemne de ce voyage introspectif de plus d'une heure. On peut même parfois démissionner. Mais on y retourne, irrémédiablement, intrigué devant une musique addictive, cette transe de bruit blanc, orgasme sonore qui n'en finit pas de délivrer ses peines. C'est tout l'esprit no-wave qui vous rejaillit à la gueule, ces dissonances primitives poussées à l'extrême, le vrai esprit de la no-wave, celui qui cherche, expérimente, brosse à contresens du poil. Pas ces ersatz de groupes fashion à la mode avec leurs rythmes pseudo-dansants. Dial n'attend personne et ne compte pas sur plus de monde.

Quatre ans plus tard et toujours par ses propres moyens, Dial sort son deuxième album. Distance runner avec les trois mêmes pilotes agrémentés de Gary Jeff à la basse sur deux morceaux et Alex Brandau, toujours à la basse mais aussi au sampler sur cinq morceaux. Un album qui se ballade entre Londres, Barcelone et plusieurs villes françaises (Bordeaux, Paris et MarseilleS avec un S, les anglo-saxons ont toujours été fâchés avec la géographie) pour l'enregistrement. Le son est encore une fois a coupé à la machette. L'album s'ouvre sur un bruit de moteur encrassé qui tournerait en boucle (Fragment) avec la voix de Ham noyé dans le mix. Ce même bruit cyclique qui revient lors de Without size, le second morceau avec l'aide d'un violon, celui de Jacqui Ham dont elle sait en tirer toutes les stridences. Cet album est moins frontal que Infraction. Les paysages sculptés n'en sont que plus dangereux. De drôles de ballades, si tant est que sortir sous le son d'un marteau-piqueur pendant qu'une guitare acoustique égrène une mélancolique mélodie est une ballade (le morceau Electronic), remplit de drones, d'un fatras de cordes électriques, d'une voix fantomatique, de samples industriels et de rythmes désertiques. Le rock de Dial sent l'improvisation, le hasard, le cut-up, des atmosphères poisseuses et des éclats noise-rock qui rentrent dans la chair. Ca fusionne, ça malaxe, ça broie des sentiments bien noirs mais ça n'explose jamais vraiment. Après toute cette description optimiste et engageante, le tour de force de Dial est d'avoir réussi à créer une sombre attirance pendant plus d'une heure, donner consistance et profondeur à un style musical où nombres de groupes actuels se mordent la queue et s'avèrent ennuyeux. Cette musique ne ressemble pas à un coup de foudre. De multiples écoutes sont nécessaires et comme pour Infraction, on y revient inlassablement, découvrir sans cesse de nouvelles cavités où se fourvoyer.

Cet album ne les aura en tout cas pas mis sous les feux de la rampe. Dial reste très obscur et il faudra attendre cette année pour s'apercevoir qu'ils existent toujours. Le nouvel album s'appelle 168k, sort une nouvelle fois sur Cede records et semble pour la première fois attirer un plus grand nombre. Les chroniques fleurissent un peu partout, les retours sont positifs. Pourtant, la musique de Dial n'a pas fait de compromis. Sept ans plus tard, Dial reste cet agglomérat de sons bruts qui ne se laisse pas facilement apprivoiser. Le noyau central est plus que jamais Ham et Smith. Dom Weeks apparaît seulement sur deux titres. La grande nouveauté est la présence d'un vrai batteur sur trois morceaux. Son nom, Lou Ciccotelli, un vieil ami de Jacqui Ham, qui a toujours joué en concert avec Dial, excepté lors de la tournée en France et l'enregistrement de Distance Runner. Il a aussi joué avec Rob Smith au sein de God pendant une période beaucoup plus longue.
La pochette est un amas plus ou moins non identifié de ce qui ressemble à du papier coupé, broyé, haché menu. Rarement pochette n'a aussi bien définie la musique du groupe qu'elle représente. Dès le morceau d'ouverture, le bien nommé Psychotrance, on s'enfonce dans un territoire qui vous prend à la gorge. Dans une salle de machine où pistons grinçants et guitares ferrailleuses s'entrechoquent. Un étourdissant fourmillement de sons, une densité au centimètre carré dont la pression ne cesse de s'accentuer au fil de sept minutes de vaudou noise. La voix de Ham surnage, vous enveloppe et enfin, je mets un nom sur cet autre groupe auquel Dial me fait penser depuis le début. Les texans de Pain Teens. Cette faculté à évoquer le rêve au-delà du bruit chauffé à blanc.
Si le son de Dial reste brut et sans fard, ils ont réussi à l'amener à un autre niveau. De la masse, de l'ampleur, de la puissance surtout quand Ciccotelli se ramène avec sa batterie. Hi Fi, second morceau à trois, morceau sentant l'improvisation pendant huit minutes d'un free-rock libéré de toutes attaches terrestres. Et quand Ciccotelli se lâche sur la fin, on en redemande. C'est là aussi une des clés du regain d'intérêt pour Dial. Tout en maniant le terme avec des pincettes, 168k est plus rock. Plus rythmé et moins autiste, Dial fait moins peur, on ose s'approcher de la bête. Après trois titres à suivre avec la batterie, Dial nous replonge la tête dans le sac avec Hey Condition. Seulement deux guitares et la voix de Jacqui Ham. Je ne sais pas quels effets ils utilisent mais le son des guitares est une nouvelle fois étonnant. Sensation de scie à métaux. Les larsens sont compris dans le prix. Notion de ballades, de ces chères et spéciales ballades, propres à Dial. Dirt Jungle mérite son nom avec la programmation épileptique de la boite à rythme et des vers qui vous rongent les intestins en guise de tapis sonore. Rope fait tourner en boucle un riff efficace et lisible auquel Dial ne nous avait pas habitué. Psychédélisme malsain. Field achève les hostilités avec cette maudite boite à rythme dont Smith arrive à faire sortir des sons déconcertants et dont on peut saluer au passage la programmation originale depuis les débuts de Dial. Une boucle bruyante qu'on ne peut pas imaginer provenir d'une guitare, un fond de sample angélique et la magie opère une nouvelle fois.
Un disque singulier pour une musique sonique et fracturée, prouvant que l'on peut toujours expérimenter tout en restant intense et rock. Atmosphérique sans être post-rock. Avant-gardiste sans être barbant. Faire dans le drone et être crédible. Tout dévaster et être créatif.

Dial reprend vie après sept années de silence et se porte mieux que jamais. Des concerts à deux pour commencer puis au complet, sont prévus pour l'année prochaine. Ca répète dans le 17. On en reparle plus tard…

SKX (26/11/2007)

Dianogah
Qhnnnl - CD
Southern 2008

Je croyais ce groupe définitivement rangé des bagnoles. Et pour cause, six ans de silence. Brusque réapparition avec un quatrième album au nom qui compte triple au scrabble. Une formation inchangée en 13 années d'existence avec un fameux trois mats composé d'un batteur et deux bassistes. Dont un qui chante. Ca peut paraître anecdotique mais pour un groupe qui passe pour être instrumental, c'est une belle performance que de chanter sur une majorité de morceaux. Mais pas une nouveauté. Le passé les a déjà montré friand de lignes de chant. Eparses, certes mais présentes. Dianogah a débuté en 1995 et fait parti de ces enfants de Slint. La deuxième génération tellement amoureuse du concept qu'ils ont essayé tant bien que mal de le reproduire. Mais Slint ayant tout dit, l'histoire a vite été court-circuitée et Dianogah s'est inscrit dans la longue liste des groupes inspirés par le Maître en essayant tant bien que mal de se faire entendre dans la masse laborieuse. Et si le Spiderland de Slint avait fait plus de mal que de bien ? Parce que depuis, des groupes semi-instrumentaux vite classés dans l'étiquette bâtarde post-rock, on en a soupé et à l'arrivée, très peu d'élus peuvent bomber le torse. Et Dianogah, malgré un premier album As Seen from above sur Ohio Gold records en 1997 plus qu'honorable, ne peut prétendre à jouer les cadors. La suite a été très poussive et les voir disparaître de la circulation n'était qu'une fin logique et annoncée.
On remet le courant. Dès les premières notes, je me rappelle pourquoi aucun albums de Dianogah ne traînent sur les étagères. Oui, on peut rapidement se faire chier avec un disque de Dianogah. Le trio incarne l'idée affreuse du post-rock, la face mou du caisson, l'instrumental sans vie de bons petits étudiants sans révolte, trop appliqués à réciter sagement leurs gammes et faire partager leur spleen. Malgré ce portrait au vitriol, ce nouvel album de Dianogah n'est pas totalement rédhibitoire. On retrouve les tics du passé, ces parties instrumentales qui se mordent la queue et qui n'ont rien à dire de plus qu'il y a six ans. Ce coté gentillet, limite niais, qui agace. Mais Dianogah a compris que le créneau est depuis surchargé, qu'une pelletée de nouveaux groupes le fait aussi bien qu'eux, voir mieux. Leur salut passera donc par une palette d'émotions plus variée. Ils n'ont pas hésité à inviter à tour de bras. Stephanie Morris pour du chant sur trois titres (les plus pénibles en fait, la sauce ne prend pas), le violon de Andrew Bird, un brin de guitare et de claviers et encore du chant de la part de deux autres invités dont la connaissance du nom n'est pas d'une grande utilité. Une remise en question des vieux réflexes. Le chant prend ainsi plus d'ampleur, les ambiances se diversifient. Se durcissent même sur un surprenant Qhnnnl - le morceau - digne des groupes noise-rock virulents qui ont fait la réputation de leur ville Chicago (avec comme un cuivre dans le fond mais vu que personne n'est crédité de cet instrument, ça doit être un mirage à l'instar de ce morceau). Dégaine de petits durs qui revient pour Snowpants et un son bien distordu, le nerveux Puma ou le très court mais bon Song you hate. Quand Dianogah se fait violence, il peut devenir un putain de bon groupe, quittant ses oripeaux post-rock et surtout le post pour être tout simplement rock. Et il faut bien l'avouer, même si tout le disque n'est pas habité de cette fièvre salvatrice, il n'en reste pas moins traversé d'un second souffle. Un renouveau qui donne de la consistance au propos d'un Dianogah dont on n'attendait plus rien, déjouant les clichés tout en restant de fiers représentants d'une certaine tradition musicale.

SKX (17/09/2008)
website groupe www.myspace.com/dianogahband
website label www.southern.com

Die! Die! Die!
s/t - CD
O.K. Relax 2005
  Die! Die! Die!
Locust weeks - CDEP
Tardus 2007

Une entorse à l'Australie avec un détour en Nouvelle-Zélande. C'est pas Tora ! Tora ! Tora ! Ce n'est pas encore une histoire de Pearl Harbor, c'est Die! Die! Die! On en crèvera tous. Cri de guerre de ce nouveau combo avec déjà deux enregistrements à leur actif. Un cri suffisamment persuasif pour que Albini, qui n'est pas encore sourd comme un pot, l'entende et enregistre leur premier album l'année dernière. Mais on est loin du cri de l'agonie, du chant final avant extinction de la race. Comme tout bon résident de la Nouvelle-Zélande qui se respecte, ce trio aime la mélodie et une idée de la pop toute personnelle à cette île du bout du monde. Moulé à la louche d'Albini, ça devient un groupe noise-rock-pop naviguant entre Miniwatt et McLusky. Une collection de neuf titres alertes, dissonants, dépassant à peine les deux minutes, tous enclin à devenir de petits hymnes indés, à consommer vite et sans modération.
C'est un label maison, à Auckland, qui a le privilège de sortir le nouvel EP Locust weeks de Die! Die! Die! Le trio s'est fixé une ligne de conduite et n'y déroge pas. On ne change pas les recettes qui gagnent. Ligne de basse jouée avec un seul doigt, esprit très post-punk, énergie juvénile et voix qui va avec, rythmique entraînante. Quatre titres parfaits pour faire la vaisselle. Ces jeunes pousses, accros aux tournées inter-planétaires, savent comment vous rendre dépendant immédiatement. Reste à savoir si l'addiction va durer mais en attendant de connaître la réponse à cette question primordiale, ne restez pas dans votre coin et faites vous plaisir ! C'est la nouvelle coqueluche en provenance des antipodes dont le label américain Strictly Amateur Films a ressorti le premier album en CD en 2006, tout comme le label écossais Pet Piranha avec en bonus le EP. Tout ça bien sûr pour le plaisir du plus grand nombre.

SKX (01/07/2007)
website groupe www.myspace.com/diediedienz
website label belowpardistribution.com/OKRELAX/index.html
www.safrecords.com | www.tardusmusic.co.nz | www.petpiranha.com

Die Princess Die
Lions eat lions - CD
GSL 2006

La princesse n'est toujours pas morte. Deux ans après un premier album fort aguicheur, elle revient et elle est très très énervée. Elle était déjà très vénère mais là, c'est devient carrément viril. Le lion bouffe du lion. Tout y passe. De la crinière à la queue. Ne recrache qu'une bile verdâtre, expulsé avec la force d'un glaviot bien serré dans le sens du vent. La princesse en rajoute une couche. Une féroce. Ca débute au cordeau. Deux morceaux qui font le lien avec les débuts. L'agression sonore. Du primaire qui tente dans un second sursaut d'arrondir les angles. Et puis ce troisième titre, The racer, qui interpelle, son gimmick d'un synthé qui s'ignore tout droit tiré d'une défonce techno. Etrange sensation, ne sais plus trop où on met les pieds, transe noise moitié dansante, moitié bâtarde, pas mal brutale. La princesse s'adresse aux foules, les malmène, bafoue les traditions et à défaut de les convaincre, s'encanaille. Puis la guitare reprend son droit, la mélodie s'associe au bruit et à la fureur, Die Princess Die au plus fort avant qu'un Lights of the nights se la joue harsh-techno, avec vrai rythme de batterie dedans, tout bizarre. Ca dure que 1 mn 28 mais ça casse l'ambiance. Le morceau d'après défile à la même vitesse sauf que la base est foncièrement rock et que la basse est énorme. La batterie tout du long, c'est basique et violent, le mec frappe comme un sourd, sans chercher à comprendre. Le chant, scandé, incompréhensible. Tout participe à l'effraction. Saccages et carnages. Un groupe qui cherche la castagne, réputé pour leur prestation scénique autodestructrice (surtout en matos avec un peu de sang sur les bords). C'est une machine à bourriner, un truc à frapper sans compter mais avec la manière. Faire danser le bétail pour mieux le faucher. L'aguicher vulgairement, des airs de sales putes maquillées à la truelle mais qui recèle en son sein qu'elle a énorme des atours fignolés avec la grâce du grand fauve. Die princess die est devenue ultra direct, efficacité maximale, dynamique et puissance omniprésente avec une sensibilité mélodique qui intervient à chaque pic de brutalité, qui s'insinue sur tous les titres pour rendre la queue du lion digeste. Les bijoux de la princesse volent en éclat mais garde leur brillant.

SKX (14/01/2007)
website groupe www.dieprincessdie.com
website label www.goldstandardlabs.com
sounds www.rococorecords.com

Do make say think
You, you're a history in rust - CD
Constellation 2006

Trois années que la troupe canadienne n'avait pas donné de nouvelles. Trois années où rien n'a changé. Do make say think, entité aux membres changeant (avec Alex Lukashevsky, la tête pensante de Deep Dark United en invité d'honneur), sort un cinquième album où la diversité est toujours d'actualité. Une question d'humeur. Une question de lieu d'enregistrement. Quatre endroits. De la maison de campagne à la grange familiale, retour en ville, le local de répétition, le studio agrée. Tout ça entre avril 2005 et mars 2006. Pas étonnant après que cette musique sente le voyage, le perpétuel mouvement. Une bande-son pour la route. Des routes encadrées par de vastes contrées inhabitées. Le spleen des grandes étendues qui vont avec. Car ce voyage n'a rien d'un road movie à la Thelma et Louise. C'est tranquille au rythme du vent que DMST promène sa large palette sonore, sort les violons, le marimba, pousse même la chansonnette (une première) dans un aphone A with living. Diversité des ambiances mais grosse mélancolie toujours (pour pas dire grosse fatigue parfois). Ambiances cartes postales qui sentent bon la campagne, le grand air, la nature, c'est bien joli mais c'est lassant ! On aurait aimé aussi qu'ils marchent dedans, qu'ils se prennent une fiente de zoiseaux sur le coin de la tronche et que tout ce petit monde s'énerve. Ca arrive par deux fois seulement. The universe ! avec son amas de guitares cinglantes, cuivres chaleureux et batterie martiale. Et surtout les huit minutes de Executioner blues. Magnifique morceau évolutif où on sent que quelque chose se passe vraiment, se cognant entre apaisement sur le qui-vive et mur de guitares qui s'éteint tout doucement. Inutile de préciser que c'est comme ça que je l'aime ce groupe. Quand le moteur interne se met en route, qu'il bouscule ses instruments tout en étant très musical, qu'il se laisse déborder par ses sentiments. Hélas, trop souvent, cet album se laisse aller à la rêverie et fini par nous endormir. Reste quelques beaux sursauts.

SKX (24/01/2007)
website label http://www.cstrecords.com

Don Vito
Self titled - 10'' + CDr
Gaffer records 2007

Encore un disque qui justifierait sans problème la création d'une rubrique spéciale : les vinyles les plus rigolos sont les plus beaux. Surtout lorsqu'il s'agit d'un 25 cm. Une pochette pleine de couleurs qui se déplie, un autocollant, des inserts, un CDr contenant exactement la même chose que le vinyle et une feuille à découper soi-même offrant la possibilité de confectionner une pochette pour le dit CD. Au moins chez Don Vito on ne se fout pas de la gueule du client, surtout lorsque celui-ci aime également jouer comme un gosse. Et franchement, ça tombe bien. Côté musique, on ne peut pas dire non plus que l'on s'ennuie. Ces allemands tranchent furieusement avec la proverbiale rigueur d'outre-rhin en pratiquant un noise rock décomplexé et tubesque (Electric Mayhem) voire, euh, dansant (Noisette) qui ravage profondément les tympans et marque durablement les esprits, c'est la teutonique des claques. Pas besoin d'en rajouter beaucoup plus dans cette chronique, un disque aussi immédiat et jouissif se passe de commentaires. Encore une très bonne sortie du label lyonnais Gaffer records qui décidément poursuit sur son excellente lancée… Je crois d'ailleurs que les prochaines parutions ne seront pas mal non plus.

Et puis aussi : Don Vito en tournée en France au mois de février, le 10 à Lilles, le 11 à Paris, le 12 à Tours, le 13 à Lyon, le 15 à Nancy et peut être même un peu plus si affinités. Qu'on se le dise.

Haz (28/01/2008)
website groupe www.donvitodonvito.de/#
website label www.gafferrecords.com/
sounds electricmayhem.mp3 | 13.mp3 | frisbeeloser.mp3 - achtung.mp3

Doppler
Songs to defy - CD
SK records 2008

Rien de tel qu'un disque qui reste accroché à la platine, un disque dont vous ne démordez pas. Vous avez trois tonnes de musique à écouter, du neuf, de l'ancien, du coté, de l'inconnu peu propice au grand saut mais c'est ce disque qu'il vous faut et pas un autre. Là, en ce moment même, cette sensation précise et tout le reste peut aller se faire voir. Le second album des lyonnais de Doppler est de la catégorie super glue, celle qui colle aux tympans et ne vous lâche plus. Doppler aura mis quatre ans pour donner suite à Si Nihil Aliud. Une longue gestation pour s'affranchir de l'ombre des Deity Guns et autres mastodontes-ès-noise des années 90 afin de développer sa propre théorie du bruit sans renier les bases. Sept morceaux - seulement répondrez vous, ça fait peu du kilo à l'année - mais tout est travaillé, pensé dans ses moindres détails et Doppler, comme à son habitude, aime tailler sur la longueur des mouvements s'épanchant au-delà des cinq minutes pour se fracasser jusqu' à dix. Et ça, tu l'accouches pas en deux jours. Compositions tour à tour éclatées et ramassées sur elles, déliées et explosives avec une paire basse-batterie toujours aussi colossale, tant dans la précision que la force de frappe, nous gratifiant de joutes rythmiques à se damner. L'effet samba en plein milieu de We are not sick… me rend malade de bonheur. Aucun doutes, c'est deux là sont complémentaires. Quant au guitariste, il se met au niveau, n'hésitant pas à se faire encore plus mélodique que par le passé et avec cette voix légèrement trafiquée, distillée avec parcimonie et toujours à cran, ça vous donne de sacré morceaux épiques. My Third Millenium !! est un long sprint sauvage qui met à genoux pendant que 6 centimetres les met profond et en relief. Car Doppler n'hésite plus à se mettre à nu, ne plus uniquement se cacher derrière les décibels, aller au bout de son idée mélodique et donne à plusieurs reprises dans le lyrisme, un truc brutal et bouillonnant qui retourne les tripes. Les passages plus calmes n'ont rien de l'habituel cliché post-rock. De la vraie mise sous tension, pas là pour simplement faire joli et ménager l'auditeur. Maintenir la pression avec une recherche aiguë du contraste, enchevêtrée dans le tumulte, pour un vrai sens de la noirceur. Les samples continuent de se faire discret, servant l'atmosphère sans la polluer. Doppler a dépassé le stade de simple groupe noise pour partir à la conquête de territoires plus ambitieux. S'attarder sur l'écriture, aller au-delà de la simple énergie physique, toujours présente bien sûr, mais sublimée dans des jeux de construction élaborés au Black Box d'Angers avec Peter Deimel, un souhait de longue date. The Coming Out, final étendu avec une pointe de violon et de stridences, tout en retenu, progression sur la corde raide. Preuve ultime qu'un nouveau palier vient d'être passer. Doppler a élargit sa palette et provoque un sentiment de malaise comme à chaque fois que vous tombez sur un grand disque.

SKX (15/09/2008)
website groupe
dopplernet.free.fr
website label
www.skrecords.org

The Drift
Memory drawings - CD
Temporary Residence 2008

Le label new-yorkais Temporary Residence est fameux pour son image post-rock et les groupes qui vont avec, mais là, ils ont tiré le gros lot. The Drift signe son deuxième album depuis leurs débuts en 2005 qui me sont inconnus. Ce groupe de San Francisco (avec Danny Grody, un membre de Tarentel) a carrément rayé le mot rock de son vocabulaire et si le suffixe post subsiste, ça doit être pour post-mortem. Une musique instrumentale, il va de soit sauf si on prend la trompette omniprésente comme une voix intérieure, donnant le ton d'une coloration jazzy avec le bémol. Jazz pour soirées feutrées, niches obscures et velours rouge sur tous les sièges. La basse a cet accent légèrement dub, ronde et bienveillante, arrondissant un groove très lancinant (Uncanny Valley). Ce n'est pas de trop pour nous tenir éveillé. Le post quelquechose de The Drift n'a pas grand-chose à voir avec leur compagnon d'écurie Explosion in the Sky avec qui ils partagent souvent la scène. Point de contrastes, point d'explosions. Tout baigne dans un halo léthargique, sur une même ligne de flottaison, de longues longues plages sans relief, aux légères fluctuations tout en finesse. Bien trop fin pour moi. On sent bien une dynamique en place, un travail dans le moindre détail orchestré par le producteur Jay Pellicci (membre de 31Knots), une batterie qui essaye de temps à autre d'insuffler un peu de nerf mais ça retombe à plat rapidement. On sait jamais, on pourrait réveiller quelqu'un. Les airs traînants de trompette finissent par tous se ressembler, il va se la manger dans pas longtemps, c'est sûr, pratiquement une heure à ce rythme, c'est trop. Pour les accrocs au somnifère, la version vinyle comporte un morceau en plus.

SKX (22/03/2008)
website groupe www.thedriftmusic.com
website label www.temporaryresidence.com

Drunk hands
Blinds - LP
Faux fetus 2006

A Melbourne, le poids de la vie est éreintant également. Ou bien c'est le soleil. Ca brille, ça tape. On tire sur quelques surfers pour passer le temps mais tout ça c'est des efforts et de la concentration. Ca picole à plus savoir quoi foutre. Malade de ses cadences infernales. Un âge déjà mort pétrifié. Duncan Blachford aime s'enfermer dans une pièce prête à la démolition, s'entourer d'un seul micro, autant par économie de moyens que par souci de minimalisme. Au coude à coude. Seul avec ses démons. Ses machines rouillées, ses cordes mal graissées comme seules amies. Une boite à rythme qui traîne, absente des débats pour surgir, plus martiale. Notions de répétitivité. Jusqu'à l'énervement. Drones, drones, drones, l'écho se perd, variations minimales. Danse pour squelette (Skeletal slow dance), sur la piste à moitié mort. Ou ivre. Pas sûr de toujours savoir où il se dirige. Suit la balise au loin. A vu de nez. On tombe, on zappe. Mais il y a comme un je ne sais quoi d'attachant. Un brin de lose qui transpire. Une atmosphère moite et terrible qui vous fait comme un poids immense sur les épaules et dont vous n'avez pas envie de vous débarrasser. Ivresse des bas-fonds. Des airs de guitares qui titillent. Une lourdeur lo-fi avec une réminiscence d'un vieux Suicide. Le groupe. Pas l'envie qui lui manque mais ça serait pas pareil. Une heure quinze, dans ce dédale, c'est long mais c'est bon aussi. Parfois. Disque à l'aveugle pour ceux qui ne veulent plus voir.

SKX (01/07/2007)
website groupe www.myspace.com/drunkhands
website label www.fauxfetus.net
sounds www.fauxfetus.net/blinds.zip (album entièrement téléchargeable gratuitement)

Dub Trio
Another sound is dying - CD
Ipecac 2008

Je déteste le dub. Ca me file de l'urticaire. Avec le reggae, je deviens teigneux, limite mauvais. Alors quand on me propose le CD d'un groupe nommé Dub Trio, je commence par l'envoyer valdinguer contre le mur. Comme ça, j'aurais une bonne excuse pour pas l'écouter. Mais il tient le choc le con. Faut dire qu'un chat retombe toujours sur ses pattes et ceux là m'ont l'air particulièrement affûtés. Et des disques de dub avec des pochettes pareil, ça cache quelquechose. Dub Trio est un trio new-yorkais voulant appliquer les principes du dub au punk-rock ou plus précisement au rock bien bien heavy. La belle affaire. Not for nothing est un morceau d'ouverture où le gros riff est de sortie. D'ailleurs tout est gros. Le son, le rythme et la basse donc comme le veut la tradition dub. Mais un morceau comme ça casserait n'importe quel trip et c'est plutôt du coté des groupes rock instrumentaux bien lourds qu'il faut chercher une affiliation. Idem pour le deuxième, Jog on, et si on a le droit à quelques échos sur la caisse claire, King Tubby en ferait dans son froc. C'est du bon gros rock-metal de blancs becs dont seul le trio de leur nom résonne à propos. Il faut attendre le 3ème titre (Bay vs. Leonard) pour comprendre l'allusion au dub. Un plan typiquement reggae dub tombe comme un cheveu sur la soupe au bout de trente secondes d'un riff bien carré. Car le trio new-yorkais ne cherche pas à mélanger les genres, à entremêler dub et metal. Ils juxtaposent, subitement, coupent dans le lard de leur metal et plantent une banderille dub dont on se demande ce que ça vient foutre là. Rebelote avec Felicitation où après une intro bien musclée, le morceau part soudainement vers des contrées ambiantes dignes de n'importe quel combo post-rock avant de finir comme cela avait débuté. Mortar Dub présente quant à lui quatre minutes de reggae/dub sans ambiguïté. Je me demande si je vais pas retester la solidité de l'objet contre le mur avant que Regression line nous embarque à nouveau au pays du rock qui tâche. Vous aurez compris. La suite est à l'avenant avec une collaboration avec le boss (Mike Patton) et le décrochage du pompon avec Respite et sa ballade pour camionneur. Dub Trio adore brouiller les pistes. Le problème, c'est que ces pistes nous amène à un Rage against the Machine instrumental déviant, à la puissance propre sur elle et aux riffs convenus court-circuités par un dub qui semble d'où je suis - c'est-à-dire très loin de la planète dub - banal et surtout mal intégré. Malgré quelques plans efficaces, rentre-dedans et clinquants, un dernier titre (Funishment) plus ambitieux, ces multiples coups de griffes tous azimuts ne sont finalement que des attaques de chatons bien dociles sous leurs faux airs de grands fauves sauvages.

SKX (17/03/2008)
website groupe www.dubtrio.com
website label www.ipecac.com

Dÿse
s/t - CD
Exile on mainstream 2007

Dÿse (prononcez Dooze), c'est l'autre projet de Andre Dietrich, guitariste-chanteur de Volt, qui garde ici les mêmes attributs mais en optant pour la formule duo avec le batteur Jari Rebelein. La formule change mais les gênes restent. Une approche toujours très répétitive, des structures qui s'étirent, des rythmes en boucles, des riffs qui insistent sur les mêmes cordes, des explosions qui se font attendre. Ou pas. Sans basse, le rendu est forcément moins lourd et puissant que Volt. Mais on a vraiment l'impression d'entendre le cousin de Volt. Ils auraient dû s'appeler Ampere. Un Volt plus léger, plus rockeur sur les bords, plus ouvert à l'instrumentation comme cette trompette sur Wolke. Un bout de sample et de human beatbox sur Wokkk. Et qui conserve les mêmes défauts de famille. Cet effet de répétition qui lasse sur la longueur. L'hypnose recherchée, le travail sur le rythme, toujours en remettre une couche. Tour à tour plaisant et agaçant. Une méthode que l'on applique à tous les morceaux. Ce qui n'empêche pas l'inspiration. Des riffs vifs et tranchants. Un réel entrain qui vous fait régulièrement taper du pied. Un album aux mœurs plus légères se laissant déguster avec plaisir.

SKX (17/05/2007)
website groupe www.dyse.info
website label www.mainstreamrecords.de

Dälek
Gutter Tactics - CD
Ipecac recordings 2009

L'électro, le hip-hop en général et Dälek en particulier n'étant pas réellement le genre de la maison, profitons-en pour nous pencher sur le cas de ce duo ultra hype chez les porteurs d'anorak et de bonnet péruvien. Juste quelques repères spacio-temporels avant : un premier album il y a dix ans, inachevé mais suffisamment étrange pour attirer l'attention (Negro, Necro, Nekros), le coup de pouce de Techno Animal le temps d'un maxi d'anthologie chez Matador, deux albums (Filthy Tongues Of Gods And Griots en 2002 puis Absence en 2004) histoire de redéfinir le hip-hop moderne en y insufflant quelques éléments extérieurs -terreur industrielle sur fond de tribalisme écrasant ou guitares avec cheveux dans les yeux- éléments pas forcément nouveaux mais, fait marquant, évitant tout risque d'indigestion et de répulsion, bien loin des clichés de toutes formes de fusion, genre (?) qui de Urban Dance Squad à Gengis Tron en passant par Faith No More, Fishbones, Asian Dub Foundation ou je ne sais quelle bande de guignols marxistes en chambre, n'a que le mérite de faire rire avant de contraindre définitivement l'auditeur à appuyer sur le bouton d'arrêt.
Non, la musique de Dälek est aussi osée que le funk déviant de Gang Of Four ou Liquid Liquid, aussi lourde que celle de Godflesh, aussi perturbée que celle d'Einsturzende Neubauten, aussi vindicative que celle de Public Enemy, que des groupes n'ayant jamais confondu innovation et hybridation intempestivement artificielle. Dälek est tout cela. Ou du moins était parce que l'avant dernier album (Abandoned Language) en voulant éclaircir le propos l'a sérieusement édulcoré. Encore une chose, derrière Dälek se cache une bande d'architectes du son incapables de la moindre prouesse scénique : Dälek (parce qu'il s'agit également du nom du MC en chef, on est jamais aussi bien servi que par soi même) a un charisme proche de celui d'un nain de jardin et Oktopus, l'homme aux machines, a souvent du mal à ne pas s'endormir du sommeil lysergique du juste entre deux poussages de boutons ou deux réglages de potentiomètres. Quant à Still, le DJ fou, il a depuis longtemps été viré du groupe pour alcoolisme chronique. Dälek est un groupe de studio, point barre. De toutes façons les voir en concert avec cracheurs de feu ou danseurs et chorégraphie à l'appui aurait été d'un rare comique.
Qu'y a-t-il donc derrière l'artwork d'un mauvais goût assez total de Gutter Tactics, cinquième album du groupe ? Déjà, Dälek remonte une partie la pente dévalé par le prédécesseur Abandoned Language même si ça et là quelques pochades ternissent l'ensemble -2012 (The Pillage) ou A Collection Of Miserable Thoughts Laced With Wit. Quelques idées efficaces rebande tout ça (le ralentissement sur l'effroyable Who Medgar Ever Was…, les déflagrations industrielles de Los Macheros/Spear Of A Nation, les guitares heavy sur Gutter Tactics) mais dans son ensemble le disque est déséquilibré, bancal, l'ennuyeux y côtoie le captivant. Côté voix, Dälek perd de plus en plus de sa superbe et de son arrogance inquiétante, mouvement déjà entamé sur Abandoned Language. Ce qui en fait sauve le disque ce sont tous les détails et toutes les trouvailles sonores (cette impression de carillon sur Street Diction par exemple) et lorsque l'ensemble de ces trouvailles arrivent à former un titre du début à la fin on est bien content.
Dälek reste Dälek, le groupe n'évolue plus vraiment et se contente de décliner sa formule. L'impression de manque vient sûrement de là, de ce côté déjà trop entendu que l'on sait pardonner à un groupe basique de guitares ou à un jazzman funambule. Avec Dälek, on sait désormais que l'on tient le pendant hip hop des Ramones jouant avec des éléments ultra référencés directement tirés de musiques pour petits blancs. Pour l'instant on évite le phénomène de foire que d'extrême justesse.

Haz (01/02/2009)
website groupe www.deadverse.com
website label www.ipecac.com

ddd
ep - 10''
Hansard 2008

Nouveau duo anglais guitare-guitare-chant qui, avec l'aide de Darryl Woollaston leur boite à rythme, sort son premier EP 3 titres après deux singles deux titres. C'est précis, net et sans bavure comme l'est leur musique. ddd ne laisse pas de place au hasard. Le titre le plus marquant commence la face. Drown, une ligne de guitare obsédante de simplicité ne bougeant pas d'un iota pendant que les autres six cordes font valoir tout leur tranchant dans des interventions robotiques et que d'étranges bruits non identifiés viennent polluer la belle mécanique avant de se transformer sur la fin en touches mélodiques ressemblant à un piano. On pense autant au Chinatown des Bästard qu'à la froide précision d'un Wire et les répétitions de The Fall. Et on ne citera pas Big Black. Ce n'est pas parce qu'un groupe utilise une boite à rythme et un son de guitare aiguisé que ça ressemble au gros noir. Trop facile. Et parce que dans la voix, il y a ce coté anglais repérable entre mille, ce coté froid, distant et ce souci de la mélodie plutôt que le sarcasme craché à la gueule. Morceau suivant, Concentration est plus noisy et bien que ddd n'ait sûrement jamais entendu parlé de ces vieux confrères, j'ai l'impression que Mazey Fade vient d'être déterré ! Dernier titre, Spiral n'est pas un morceau en boucles. Ca n'a pas la classe de Drown. La voix légèrement crasseuse ne cache pas leurs mèches d'Anglais mais la paire s'y connaît suffisamment en accroches et en saturations en tous genres pour ne pas rendre ça trop poli et achever un EP prometteur. Pas la peine de retourner la face. C'est le désert l'autre coté. Complètement lisse. Pas l'ombre du début d'un sillon ou d'un dessin. Pochette imprimée main et à la maison par Hannah Sharpe, avec le noir du recto bavant sur le verso. Un disque limité à 300 copies dont vous n'aurez jamais l'exemplaire n°30.

SKX (02/03/2009)
website groupe www.myspace.com/onehundredrecords
website label www.myspace.com/hansardrecords

The Deaf
This Bunny Bites - CD
Learning Curves 2008

C'est un truc qui doit traîner dans l'air. Ou plus prosaïquement, le son de la scène locale. Cette scène, c'est Minneapolis et je précise, pour ceux qui viendraient de vivre dans un grotte pendant vingt ans ou qui viennent d'avoir 20 ans et ne se rasent pas encore, soulignant par la même occasion, la forte vocation socio-éducative de ce site, Minneapolis = Noise Amphetamine Reptile records, Amrep pour les fins connaisseurs. C'est à dire le label emblématique d'une ville certes mais surtout de toute une génération de rockers en mal de vivre, aimant le punk-rock dégénéré et servant de référence facile à toute une horde de chroniqueurs en mal d'inspiration. Si c'est crade et bruyant, te fatigues pas, glisses un petit Amrep tranquillou et ça éclaire tout de suite ton propos.
The Deaf n'étant pas sourd comme un pot, ils ont tout de suite saisi l'humeur et le son du coin et retranscrive à merveille sur leur premier album les antécédents qui ont fait la gloire, fusse-t-elle de losers, de toute une génération. Génération où on retrouve en tête le Ethereal Killer de Hammerhead. Gros grain distordu qui te râpe la tronche de la paire guitare/basse, le bon vieux grésillement qui empêche de laver plus blanc, des réminiscences de Godheadsilo et Karp, des roulements de batterie à faire gondoler les rotules en alternance avec du direct dans ta face, chant masculin ou féminin ou les deux en même temps et, pierre angulaire donnant du relief à toute oeuvre de destruction massive, l'accroche mélodique pour faire passer la pilule. Et ça, le trio s'y connaît. Dès le titre d'ouverture Into the fire et son refrain tout con avec le chanteur qui se contente de ses Whou-ou bien placés, limite ridicule mais qui mine de rien, marche bien, on sent qu'on ne va pas avoir à faire à des ingrats. Air Raid, Shiv, etc..., autant de mini-tubes en puissance. Des morceaux tout bêtes, un riff, un rythme, une idée qu'on use jusqu'à la moelle mais pas trop. C'est prévisible, ya pas de surprises. Au bout de trente secondes, tu sais déjà comment va finir le morceau. Mais comme ça dépasse rarement les deux minutes, on n'a pas le temps de zapper. Et avec des noms de morceaux où tout est dit dans le titre, vous avez une bonne idée de la philosophie foncièrement punk du groupe : Ready To Die, Motherfucker, Fuck That Shit, Let's Go et son corollaire Going Nowhere, le punk n'étant pas à une contradiction près. Un groupe qui ne cherche pas midi à quatorze heures. Mais avec le sens de la compo sympathiquement basique et le son qui va avec, This Bunny Bites passe tout seul, à condition de ne pas être trop exigeant.

SKX (14/03/2009)
website groupe www.myspace.com/thedeaf
website label
www.learningcurverecords.com

Death to Pigs
La Horse - 10''
Down Boy/213/Bande Noire 2009

Le cochon lorrain revient à la charge dans le format synonyme de classe. 10 pouces ou 25 centimètres dans la version française de vinyl jamais aussi bien placés, avec une imagerie toujours aussi subtilement sulfureuse, surtout quand on retourne l'objet. Death to Pigs aime le trouble. La subtilité, ce n'est pourtant pas le mot qui vient à l'esprit quand on aborde la musique du groupe de Nancy. Violente charge nihiliste et bruyante, L'Arab on Radar en ligne de mire, version horizon bouché et joyaux de la couronne enfoncés bien profond. Je restais sur Carnal Carnival, l'album précédent qui n'était pas le carnaval espéré malgré quelques belles guirlandes démembrées. Un air de basse trop en avant qui m'avait laissé sur ma faim, quelquechose de trop convenu malgré la folie rampante.
Depuis, Death to Pigs n'a pas évolué dans ses mœurs de sauvages et pourtant, c'est mieux. Si on entend toujours bien la basse, le reste s'est mis au niveau. Tout est à fond sur la ligne du front, le mords aux dents avec cette petite étincelle dans le regard qui fait peur. C'est tout pareil qu'avant sauf, et la différence est de taille, que le galop semble plus naturel, moins calculé, une attitude de je m'en foutiste et de branleurs assumés comme on aime. Cinq titres sur une face A passant à brides abattues, avec une mention particulière pour la batterie qui cogne à tout va. Ca arrache, ça crisse, ça parle de bars chinois, de black gestapo, de musulmanes qui rendent dingues et de Santa Klaus Barbie, un jeu de mots qui pourrait faire rire Dieudonné. Rien n'est correct chez Death to Pigs, du verbe à la musique, ça sent le dérapage et la bavure à chaque instant. Un sentiment de non contrôle qui fait que La Horse piétine tout sur son passage. On ne bougera pas d'un pouce de pied pour éviter ce carnage. Excepté pour changer de face. Deux morceaux uniquement. Le court Eggman qui sait comment faire une omelette de rythmes fracassants et le long (it's a) Burning Hell, morceau maléfique des suédois Brainbombs. Une reprise qui semblait n'attendre que eux tant ce titre colle parfaitement à leur répertoire. Visqueux, répétitif, maladif, Death to Pigs ne change rien à l'original qu'on reconnaît au premier riff mais si ce titre avait été accouché de leurs propres mains, on y aurait vu que du feu. Un morceau dont on ne se lasse pas et qui donne à chaque fois l'envie d'aller fouetter des vierges. Et plus si affinités. Comme par exemple remettre le couvercle avec ce disque.

SKX (12/05/2009)
website groupe www.myspace.com/deathtopigs
website label www.myspace.com/downboyrecords | www.213records.com | www.myspace.com/skyrrecords

De Kift
Hoofdkaas - CD
Range Ta Chambre 2008

Hoofdkaas se traduit par fromage de tête. Les Hollandais de De Kift vous invite à partager une tête de porc pour fêter leurs 20 ans de route et offrir un huitième album sur un plateau. On connaît la recette avec De Kift. Les ingrédients n'ont pas changé. Toute une quincaillerie de cuivres, de cordes acoustiques frappées et pincées, une batterie d'instruments qu'on ne rencontre pas tous les jours, des chœurs battus à l'unisson, de la dérision, des chansons à boire, un soupçon de larmes, de la poésie de comptoir, de l'absurde en pied de cochon, une fanfare baltringue tournant autour du pot, une p'tite danse en fin de repas et tout le monde au lit.
De Kift passe et repasse les mêmes plats. L'époque de la candeur n'a plus lieu. Tout le sel de l'aventure réside désormais dans l'art d'accommoder et assaisonner toute cette marchandise hétéroclite. En même temps, il ne faudrait pas faire la fine bouche parce que Hoofdkaas, si il ne surprend pas, reste un album alléchant. Après l'époque du baroque avec l'album Vier voor vier, De Kift opte pour une cuisine traditionnelle, dans la lignée du précédent 7 avec un soupçon de piment en plus, un brin d'inspiration qui relève le tout. Des airs de trompettes entêtants, des envolées discrètes mais réelles comme sur Record, des lignes de guitares aussi maigrelettes qu'attachantes, des parties vocales incroyables qui se croisent et font claquer le palais (Sherry). Vleesmolen et sa fanfare donnant envie de se tailler par le premier bateau venu et se bourrer la tronche dans des ports bien glauques. Le marrant Locomotief ou le plus rock'n'roll Heisa-Ho. Un tas d'amuse-gueule finissant par faire un repas bien complet tout en restant dans le fugace et le bancal. La grosse bouffe et la chair grasse, ce n'est pas le credo de De Kift, ce groupe restant définitivement à part.
Venant du milieu des squats hollandais et punk-anars (Terry le chanteur est un ancien Svätsox, des potes à The Ex qui venaient de la scène de Wormer, au nord d'Amsterdam), De Kift s'est d'abord fait connaître dans le circuit indépendant pour toucher les vieux punk-rockers, les noiseux endurcis, les revenus de tout et les chiens abandonnés avant de brasser un public plus large. De Kift maintenant, ça joue dans les fêtes du village et les salles municipales. Ca collabore avec les Têtes Raides, ça écrit pour le théâtre et les musiques de films et pire, ça pourrait plaire à votre grand-mère !
Mais sous des dehors présentables, De Kift reste hors normes et hors mode. Un truc qui plait à un plus grand monde mais qui jamais n'en touchera beaucoup. On aurait vite fait de les cataloguer dans de la variété acceptable mais même ce public n'éprouve qu'un intérêt poli avant de vite revenir à quelquechose de plus rassurant (j'ai testé, De Kift, ça ne plait que très moyennement). Il n'y a pas de jolies mélodies évidentes chez De Kift. Ca peut éventuellement se danser mais ça ne tourne pas rond longtemps. Le chant batave, ça faire rire cinq minutes mais l'exotisme, ça ne va qu'un temps et en plus, on n'y comprend rien. Et puis trop de trucs bizarres comme les six minutes de Eeuwige Bewonderaar et ces bruits de bagnoles en plein milieu ou les bruits de cuisine et de verres cassés sur le morceau éponyme clôturant l'album. Pas de couplet-refrain-couplet (ou si peu) mais du narratif qui déroute.
On est dans le domaine de la chanson, ce gros mot qui fait peur, mais dans la bouche de De Kift, ça prend une autre saveur. Parce qu'ils ne se contentent pas de recettes faciles. Parce que leur dérision est trop palpable pour qu'on les prenne vraiment au sérieux. Parce qu'ils sont trop orgueilleux pour cracher dans la soupe ou tout simplement trop originaux pour faire comme tout le monde. Parce qu'on sent trop poindre une sourde tristesse là-dedans et que, même quand ils chantent à tue-tête et roulent sous la table, on sent bien qu'il va y avoir un revers à la médaille. Et ça, c'est pas bon pour le moral des ménages.
Alors De Kift, ça continue à me toucher. Ca coule tout seul dans le gosier, sur le coin du zinc, une p'tite bouffée d'air frais hors du temps avant de repartir gagner sa croûte. Une auberge où on se sent bien et où les repas de famille deviendrait presque un moment de bonheur.
Finir une chronique de De Kift sans parler de l'emballage n'en serait pas une. Deux options à la carte. La pochette de luxe sérigraphiée sur du velours. Et la version complète avec vieilles recettes et menu gastronomique à l'intérieur.
Bon appétit !

SKX (01/04/2009)
website groupe www.dekift.nl
website label www.myspace.com/rangetachambre

Die Princess Die
Lions eat lions deluxe - CD
Uproar for Veneration 2009

Une réalisation inattendue mais le groupe de Los Angeles a fait craqué un ch'ti et le label du Nord-Pas-de-Calais s'offre la totale de Die Princess Die, affublé du terme Deluxe pour fêter l'occasion. Deux albums, Cut Lips (2004) et Lions eat lions (sur GSL en 2006) plus le split single avec The Manifolds en 2004, soit 21 morceaux d'un CD bien rempli. Par contre, je ne voudrais pas chipoter mais le label annonce deux inédits et je les cherche encore. Je regarde sous tous les angles, je ne les vois pas sortir. Parce que si il parle des morceaux GW Grenade et Spearhorse 7, ce sont justement les deux titres du split avec Manifolds. J'ai beau sortir mon petit split à la pochette cheap numéroté 13 et comparer attentivement la version vinyl et cette nouvelle version deluxe, c'est tout pareil identique. Ce single étant sorti à 300 exemplaires, on peut comprendre qu'on soit tenter de parler d'inédits mais ce n'est pas le cas non plus. Idem (si jamais c'est de cela qu'on parle) pour les deux morceaux de Cut Lips avec le mot remix entre parenthèses. Sur la version Rococo records et sa belle pochette rose bonbon limitée à 500 exemplaires, ces deux remixes y figuraient déjà. Merde quoi, il faut de la discipline sinon c'est l'anarchie. Je vous demande de vous arrêter. Ces tracasseries de nerd sans lunettes et sans cheveux passées, on peut se taper l'intégrale. Quoique, on ne va pas revoir tout dans le détail. Pas grand-chose de nouveau à dire depuis ces deux chroniques. Le bonheur est à portée de clic, ici et . Mais deux ans après un silence radio, c'est avec toujours beaucoup de plaisir qu'on se remémore ce groupe noise-rock tour à tour frontale et déviant, qui aime autant bourriner que (tenter de) faire danser. On peut surtout se réjouir que leur discographie soit enfin disponible aisément sur autre chose que des séries limitées qui rendent maniaque.

SKX (23/02/2009)
website groupe www.myspace.com/dieprincessdie
website label www.myspace.com/ufvrecords

Dolom
Self-titled - LP
Down Boy 2009

Le genre de disque qu'on n'aime pas chroniquer. La hantise en sillons dont on ne sait par quels bouts les prendre. Le domaine du ressenti, de l'intuitif avec une musique qui évoque tout et son contraire, des sentiments opposés, un tas de références et rien de précis. Bonjour l'embrouille. Quatre longs titres instrumentaux aussi coulés que heurtés, structures à l'apparente complexité mais qui glissent toutes seules. On n'est quitte pour rembarer vite fait son matos mathématique, ses règles et son compas. On tente alors une percée vers un feeling jazzy, leurré qu'on est par le trombone ou le saxophone, ces atmosphères enfumées et tranquilles mais toujours un coup de baguette intempestif pour nous rappeler qu'on est pas là sur un sentier balisé. Quand bien même on a l'impression d'avoir déjà entendu tout ça. Et on continue dans l'impalpable. Le sentiment qu'un bon coup de genou ferait du bien à l'ensemble, leur dire de passer une vitesse supérieure, durcir le ton alors que finalement, c'est ce ton entre deux eaux, ces cuivres dans la mélasse qu'on peine parfois à entendre, qui fait beaucoup au charme de Dolom. Et c'est toujours quand vous pensez vous enfoncer dans le brouillard, vous perdre en pleine terres vosgiennes d'où ce petit monde étrange est issu, que Dolom choisit de remettre le rock au centre des débats. Au final, ce qui est très appréciable chez ce groupe qu'on sent tout de même influencé par toute une frange de groupes noise-rock instru, c'est que jamais, cela devient une histoire de technicité mais avant tout une histoire d'atmosphère. Pas de démonstration gratuite mais le souci d'emmener l'auditeur dans son monde à lui, comme les deux titres de la face B (Piccolo et Zucchini ??), particulièrement troublant et captivant. Faire simple, avec les moyens du bord, en toute décontraction tout en étant fouillé, recherché et tendu, c'est là toute la schizophrénie d'un disque où l'important, au-delà de toutes ces vaines considérations descriptives, c'est le plaisir qui en découle et l'envie de remettre ça dès que le dernier sillon a fini de tourner.

SKX (28/05/09)
website groupe www.myspace.com/dolom
website label
www.myspace.com/downboyrecords
Drunkdriver
Fire sale / It Never happened - 7''
Fashionable Idiots 2009

Nouveau single pour les New-Yorkais Drunkdriver. Leur état alcoolique ne s'arrange pas. J'ai cru tout d'abord que le saphir du tourne disque était encrassé, que plus le 45 tours tournait et plus la poussière s'accumulait. Il a fallu se rendre à l'évidence. C'était la musique, ou appeler ça comme vous voulez si ce terme vous choque, de Drunkdriver, un Fire Sale incandescent, se consumant dans ces propres braises sous le pas de charge d'un rythme qui a vu le diable en personne, ce dernier se manifestant par les cordes vocales du porte micro. On aurait aimé que le titre It Never happened dise vrai. Là encore, il faut se rendre à l'évidence, subir la lourde charge d'un rythme ralenti mais pas reposé pour autant, une guitariste se débattant avec son instrument comme si il lui brûlait les mains,balançant de belles gerbes de larsens, d'un chanteur, ou appeler ça comme vous voulez si ce terme vous choque, possédé et toujours pas reposé avant que le diable en personne achève le boulot dans un final démoniaque. Ce disque fait perdre tous les repères, toutes notions, hypnotise et vous enterre vivant.

SKX (12/12/2009)
website groupe almostdust.blogspot.com
website label www.fashionableidiots.com

Drunkdriver
Born Pregnant - LP
Parts Unknown 2008

La première phrase de Born Pregnant est : I hope it hurts. Oui, ça fait mal. Très très mal. Le reste des paroles doit être à l'avenant mais heureusement pour notre santé mentale, le vomissement qui lui sert de chant masque la poésie des textes. Drunkdriver, trio new-yorkais armé d'une guitariste (Kristy Greene), d'un batteur (Jeremy Villalobos) et donc ce fou chantant Michael Berdan. Formule minimale pour dommages auditifs irrémédiables. On les aurait bien imaginés sur Load records mais c'est Parts Unknown qui a hérité du bâtard. Ca frite les oreilles, ça déborde des amplis, à tel point que l'enregistrement crade, il va de soi, empiète sur le territoire du voisin, que les riffs assassins de la guitariste, maîtresse femme pour asséner la fessée, court-circuite la batterie qui elle même bouffe le chant. Une sorte de mélasse jouissive où tout reste miraculeusement audible. Mais à fond. Rouge cramoisi. Mais c'est bien de rock dont il est question. De l'énergie brute, d'une bête primaire cherchant sans cesse à avancer sur sa proie. Zéro mélodie, tout dans la confrontation mais quel pied. A cette cadence là, ce n'est plus de la no-wave. De vague, ça fait longtemps qu'il n'y en a plus. Fracassée au fond d'une cave, le corps parti avec l'eau du bain. C'est de la no-music avec un dernier titre de douze minutes (Cure For The Common Cold) qui passe comme une lettre à la poste (même en grève). C'est que Drunkdriver, on aimerait ça. Des années d'habitude à rouler bourré sans doute.

SKX (22/10/2009)
website groupe almostdust.blogspot.com
website label
www.partsunknownrecords.com

Dysrhythmia
Psychic maps - CD
Relapse 2009

Déjà le cinquième album depuis 2000 pour le groupe de Philadelphie, relocalisé désormais à New-York. Un groupe dont j'ai suivi l'histoire de loin, un œil sur leur riche discographie (un split 10'' et deux ou trois autres singles en plus à leur actif) mais l'oreille un peu sourde. Ce n'est pourtant pas faute de se taper (et d'apprécier la plupart du temps) des groupes de math-rock dans toutes les diagonales mais Dysrhythmia, en plus d'avoir un nom dont je m'y reprends toujours à trois fois avant de l'écrire correctement, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase de la complexité d'un genre confondant souvent technicité et intensité, démonstration et émotion. Dysrhythmia n'était sans doute pas pire qu'un Aleuthas… non Ahcheula… merdouille Ahleuchatistas ou un Don Caballero sous ecstasy mais allez comprendre, Dysrhythmia, c'était too much.
Pourtant, à réécouter pour l'occasion leur album précédent Barriers and Passages, j'avais bien tort. En 9 ans d'activité, le trio a su apprivoiser ces pulsions, son math-rock de malade est devenu fréquentable et cet album sorti en 2006 sur Relapse aurait mérité meilleure considération. Un must pour ceux qui l'aiment complexe tout en envoyant valser dans les cordes un rock chauffé à blanc. Mais avec ce Psychic Maps, le trio new-yorkais met la barrière encore plus haute et force le passage du math-rock. On rentre carrément dans la sphère de Flying Luttenbachers et moi, dès que j'entends cette autre référence au patronyme propice à l'erreur, le poil se dresse. Dès le titre d'ouverture Festival of popular delisions, je crois entendre le fantôme de Weasel Walter me susurrer dans le creux de l'oreille : tu vas l'avoir ta branlée et tu vas adorer.
Bille en tête et plus direct qu'à l'accoutumée, le nouveau Dysrhythmia vous met une pression d'enfer et ne la relâchera que très rarement. Ils ne sont plus dans la fracture, ils sont cette fois ci dans la ligne droite agitée à fond les gamelles et ça fait toute la différence. Pas pour les neurones et les fragiles du crâne pour qui cette route sera toujours source de crispations irrémédiables mais elle est là cette différence, subtile et appréciable. Alors certes, les équations sont toujours présentes, mais Dysrhythmia est plus disposé à nous filer les réponses. Ou c'est juste qu'on en a plus rien à foutre des réponses. Se laisser emporter par la vague, ne plus se soucier du comment du pourquoi, lâcher les amarres. Ils vous mettent une couche d'intensité, puis une seconde, encore une autre et quand vous pensez que ce n'est pas possible d'aller plus haut, ils trouvent les ressources nécessaires pour jouer encore plus vite, frapper plus fort et finissent pas vous arracher un râle de bonheur. Mieux encore, ils se permettent des harmonies (à défaut de dire des mélodies, faut pas exagérer non plus) éclatantes, des fusées de détresse éclairantes en pleine tourmente comme sur Room of vertigo et c'est un vrai bonheur. Et des bols d'air, ils ont la judicieuse idée d'en placer un certain nombres, de mettre du relief dans un paysage jusque là aride. Neuf années pour le comprendre mais ça valait le coup d'attendre. Comme à chaque fois dans ce genre d'œuvre, on a pour finir droit au péplum. Celui-ci se nomme Lifted by skin avec une montée extraordinaire de vélocité pendant cinq minutes vertigineuse, s'appesantir pendant trois bonnes minutes, là où le corps ne répond plus, quitte à devenir pratiquement silencieux et de subitement retrouver un second souffle et filer un dernier coup de rein qui vous emmène dans le décor. Jouissif à mort. Dysrhythmia est rentré dans le cercle très fermé des groupes qui ont su transcender le math-rock, le piétiner pour mieux le purifier, comprendre que la technicité est juste un moyen pour éclater le rock et lui faire sortir les tripes. Grandiose.

SKX (26/10/2009)
website groupe www.myspace.com/dysrhythmiaband
website label www.relapse.com

Das Simple
Self-titled - CD
Autoproduction 2010

Il faut être sacrément joueur et un brin sarcastique pour se nommer Das Simple quand on fait une musique aussi alambiquée. Joueur à tous les niveaux. Dans l'esprit et dans le corps. Car cet album regorge d'un plaisir évident de jouer, de tirer de son instrument respectif de quoi s'éclater, sans se soucier des limites et des genres. Ca commence par ce chant bizarre, langue inconnue qui n'en rappelle qu'une, celle pratiquée par Le Singe Blanc. Et du Singe Blanc descend de nombreuses similitudes. L'amour du rythme, de la basse sur le devant sauf que chez Das Simple, il n'y en a qu'une mais elle est de taille. Le fait que Julius à la fuzz bass soit le compositeur principal (cinq morceaux sur huit) explique peut-être ce penchant. Il aurait tort de s'en priver. Das Simple aime quand ça groove, quand ça cogne et la basse est clairement l'instrument d'où sont tirées les plus mémorables salves. Das Simple aime aussi les plans progressifs et psychédéliques et mélanger l'improbable, mettre du noise-rock, des plans tordus mais aussi des moments ambiants un poil inquiétant. On sait toujours comment ça commence mais jamais comment ça va finir et encore moins de quoi sera fait le milieu. Et le début du morceau suivant est toujours une surprise. Mais PAS comme Mr Bungle, non pitié, pas ce groupe. Das Simple avance en rang éclaté certes mais ne se disperse pas aux quatre vents, ne joue pas dans le registre loufoquerie boursouflée à grosse production. Le fond de commerce reste rock. Un rock transpercé de rythmes jazzcore qui ne sont pas mon pain quotidien mais qui ont l'avantage d'être aussi droits dans leur botte et percutants, de chants aux intonations très variés, type sampler humain (copyright Kourgane) et d'interventions à la guitare tout aussi diverses, entre le tranchant et le solo qui ne se prend pas au sérieux. Le problème inhérent à ce genre d'album, c'est qu'on s'y perd parfois, on reprend le cours de l'histoire, on décroche, on revient, des hauts et des bas. Le haut, c'est le début du disque (TSLA et Tales of the galactic serpent part 1), très bon dans la baston et les parties plus calmes très bien imbriquées. Le bas, c'est plutôt une lente chute de tension, avec certes quelques soubresauts, mais une énergie qui se dilue, un chant qui disparaît peu à peu, l'intérêt qui s'effiloche avec des compositions manquant de souffle. Rien de rédhibitoire mais ce genre de compositions à tiroirs ne souffrent d'aucune baisse d'intensité sous peine de rapidement perdre un fil qui n'est déjà pas aisé à suivre à la base. Avec un enregistrement signé Nicolas Dick (Kill The Thrill) et un artwork qui interpelle (signé Yasmine Blum), ce premier album de Das Simple, des Marseillais qui n'ont rien d'Allemands (encore une feinte du nom) possède tout de même pas mal d'atouts qui pourraient s'avérer autrement gagnant dans le futur.

SKX (15/09/2010)
website groupe http://dassimple.com

Deaf Wish
Deaf news - 7''
Stained Circles / Idget Child 2008

Encore un nouveau groupe tendu et prometteur en provenance d'Australie. La vague noise-rock à l'autre bout de la planète n'en fini pas de faire des dégâts, dans le sillage de Witch Hats, The Stabs, Scul Hazzards, Snowman et quelques autres pépites bien enfouies dont on ne va pas tarder à vous parler… Sauf que la gueule du sillage a déjà de la bouteille. Deaf Wish a eu le temps en 2007 de sortir un premier album self-titled (un exemplaire est dans une soute en direction de la Bretagne, on en recause également plus tard) et deux autres singles bien cachés dans le bush.
Le dernier en date déjà de 2008. Stained Circles, qui nous avait offert les adieux discographiques de Clockcleaner, permet de sortir la bête de son désert, même si Melbourne est son quartier général à Deaf Wish. Ne me demande pas de répéter. Deaf News attaque la face où tout l'espace lui est répartit. On comprend dès les premières secondes pourquoi tout le monde devient dingue de ce groupe et jouit d'une réputation déjà grande dans son coin (syndrome star du village). Le feu se propage instantanément. La bête est fumante et les sourds encore un peu plus sourds. La première écoute fait aussitôt penser à un autre groupe du bout du monde mais l'autre île en face, la Nouvelle-Zélande, avec les Straitjacket Fits. L'urgence au cul, ce fin wall of noise, cette fuite en avant et une certaine légèreté derrière la dureté du propos. Ou la voix, plus prosaiquement, de doux dingue. Mais avec Deaf Wish, le chaos n'est jamais très loin. Soniquement dérangé. Il suffit de tourner la face et de lire le titre : It's sick. Instrumental qui porte bien son nom avec là encore, l'idée d'une fuite et d'une course effrénée. Guitares malades. Un larsen pour faire la liaison et Broken Eyes clôt les débats avec une rage encore plus folle. Un groupe qui joue sans calcul. Si la vie est bien faite, la soute susdite devrait enfermer également leur nouvel album Reality & Visions. On n'attendra pas deux ans pour en parler.

SKX (07/01/2010)
website groupe www.myspace.com/deafwishstyle
website label www.stainedcircles.com

Deaf Wish
Reality & Visions - LP
Idget Child / Exo 2010

Le deuxième album des Australiens de Deaf Wish était attendu comme le messie. Visions. Tant d'espoir suscités par un malheureux CD et un single, c'est forcément pas bon signe. Des chroniques où il était dit que ce groupe jouait sans calcul. Sans filet. Deaf Wish maintient le cap de sa philosophie sauvage mais ne peut pas gagner à tous les coups. On retrouve ce même sentiment d'urgence et de spontanéité, le chaos qui pointe son nez à chaque riff débordant de dissonances, des morceaux courts balançant rapidement son idée avant de passer au suivant et… et puis c'est tout. On sent à plusieurs reprises que ça jam plus que ça compose. Les idées lumineuses qui éclairaient quasi tous les morceaux de leur premier album ont le filament qui ne brille plus avec la même intensité. On est là, on attend, dans les starting-blocks, prêt à se faire fesser dans les grandes largeurs mais aucun morceaux ne décollent. Frustrant. Enorme frustration. Putain d'énorme frustration. Pas de morceaux killers à la Green Flame ou I trade you. Jamais bon signe quand le meilleur titre est celui du single précédent, Deaf news. Ca fout le bordel, ça raffûte, ils se sont bien marrés pendant deux jours d'avril 2009 à enregistrer tout ce qu'il passait par leurs têtes de jeunes écervelés mais rien. Du bruit sans l'étincelle. Un disque rock de consommation courante, noise, foutraque, juste agréable, des types assurément doués mais trop branleurs pour s'en donner les moyens, faisant dans le rang rentrer Deaf Wish. (Dure) réalité.

SKX (20/02/2010)
website groupe www.myspace.com/deafwishstyle
website label exorecords.net | idgetchild.blogspot.com

Deaf Wish
Self-titled - CD
Unfortunate 2007

Retour sur le premier album des Australiens de Deaf Wish, découvert par le single Deaf News en 2009 et en attendant le nouvel album qui va débarquer incessamment sous peu. Un album qu'on ne s'étonne pas de découvrir avec autant de retard puisque, sous le manteau était sa place préférée. Un pauvre boîtier de plastique, un bout de papier collé de travers avec les titres dessus et un minimum d'infos, un beau vert pétant pour la galette numérique. Débrouilles toi avec ça. Vingt minutes plus tard et dix morceaux balancés au cordeau, on se dit qu'on a bien fait de lui faire traverser les océans à ce minable objet. Si on croit la petite histoire, c'est un album mort-né d'un groupe qui n'aurait jamais dû aller au-delà de ces vingt minutes. On en saisit toute l'urgence et la spontanéité. Des ébauches de morceaux, des compos qui semblent ne pas être finies et participant à ce sentiment de bouillonnement, cette décharge électrique parcourant tout l'album. Une idée par titre mais quels titres ! Des morceaux tout simples mais qui fusillent comme Green Flame et Take what you want, le magnifique I Traded You, Freeze the sound, qui ne met pas moins les tripes à l'envers et Mum gets punched in the face. Sale type. I can kill my radio. Toujours cette impression d'écouter ces vieux groupes néo-zélandais de Flying Nun records dont le sens de la mélodie leur collait comme une seconde peau dans un traitement plus brutal et noisy. La phrase qui percute, pour mieux la reprendre en boucle. Some people try, some people die. Guitares fielleuses, larsens compris dans l'addition, rythme binaire et trépidant, un groupe qui joue comme si c'était la dernière fois et comme c'était sûrement ce sentiment qui les habitait à ce moment précis, le 3 juin 2007, l'enregistrement transpire ce feu au cul. Everybody's gone murmure Sarah, la seule fille de la bande exilée depuis en Angleterre, à la fin du dernier titre White heat/bikini après un long sifflement. Deaf Wish. Merci d'éteindre les lumières. Un disque qui n'a failli que passer et sur lequel vous feriez bien de vous arrêter. La lumière est plus que jamais présente.

SKX (23/01/2010)
website groupe www.myspace.com/deafwishstyle

Death Sentence : Panda ! / The Dreams
Split 10''
Bibimbap 2008

A la lettre D, je veux deux groupes bien barrés. La clarinette, la flûte et les clochettes pour les américains de San Francisco de Death Sentence : Panda ! Le groove de la banquise, le duo improbable synthé vintage + guitare et boite à rythme rachitique pour les Messins de The Dreams. Un moment que j'avais lâché l'affaire pour le panda. Depuis le Puppy Kitty. Les Insects Awaken, l'album premier était bien passé par là, en 2008, la même année que ce split, mais que passer n'avait fait. Une sucette au réglisse, avide dessus mais très vite l'agacement, rigolo deux secondes mais sonnant creux au bout du compte. Sur ce split, Insect Awaken, le morceau sans le S, sur la version CD de l'album mais comme le digital ne passera pas, ça fait comme un inédit au goût de… sucette au réglisse. Ca tourne en bouche mais ça ne gicle pas. La demoiselle aux yeux bridés est bien gentille avec son flûtiau et son chant à petite culotte. Deerhoof est bien aimé dans la contrée mais ça ne suffit pas. Quoique sur la foi d'un seul morceau, leur trip Colchique dans les prés à la recherche du champignon magique, traversé par une flûte euh… comment dire… traversière, garde un air frais en bouche.
The Dreams ne fera rêver personne. Quand tu te commets avec la Grande Triple Alliance Internationale de l'Est, c'est pour en baver. Death Sentence Panda leur a filer leur flûte sur le premier morceau Sud sud est sud avant de vite le laisser tomber sur le bas coté et partir dans leur trip à eux, beaucoup moins glamour. Les années 80, la new-wave de losers, la disco de corbeaux, le bricolage maison, cheap et sans façon, le minimalisme maladif avec des mélodies à trois balles qui ont le don de vous aggriper le peu de neurones qu'ils vous restent. La boite à rythme ressemble souvent à des percussions bien réelles, tribalisme de fin de siècle, flûte récupérée sur le dernier titre Milk by myself, morceaux traînants faisant sentir le souffle passé des usines à charbon. Leur usine à eux est plutôt à gaz, bidouilleurs dilettantes pas encore de génie mais quatre titres au goût délicieusement amer.

SKX (26/03/2010)
website groupe deathsentencepanda.blogspot.com | www.myspace.com/tropicold
website label www.oreille-equitable.org/_philscrotumproduction/rubrique=82.php3

Deborah Kant
Marcel Hell / Day Dee - CDr
Autoproduction 2010

Nouveau disque pour Deborah Kant mais pas réellement un nouvel enregistrement puisque Mars Hell / Day Dee a été enregistré il y a presque deux ans et que le groupe joue régulièrement ce titre en concert depuis longtemps. Estimant sûrement qu'il aurait été vraiment dommage que Mars Hell / Day Dee ne sorte jamais sur format physique, les quatre Deborah Kant ont donc décidé de le faire eux-mêmes, avec les moyens du bord, tout comme ils l'avaient déjà fait pour leur premier album sans titre (jadis chroniqué par le patron). Bien leur en a pris donc puisque Mars Hell / Day Dee (ça sent le jeu de mot foireux à des kilomètres) est l'un des meilleurs titres de Deborah Kant, l'un des plus surprenants aussi, avec son côté country - les paroles parlent d'un pauvre mec des champs qui s'en va à la ville, I Know It Better répète t-il sans cesse, un peu comme Candide qui après avoir éprouvé la philosophie optimiste de Pangloss s'en est retourné chez lui cultiver son jardin sans se soucier du reste du monde. Mars Hell / Day Dee est surtout entrecoupé de déflagrations bruitistes/soniques comme Deborah Kant en a le secret, aux passages chantés succèdent donc des purs moments de chaos, des breaks incroyables pendant lesquels le groupe semble perdu dans le maelstrom qu'il a lui-même crée, mais la maîtrise est bel et bien présente, puis Mars Hell / Day Dee reprend sur la même partie chanté, sur le même rythme presque paresseux et ainsi de suite. Comme d'habitude ou presque avec Deborah Kant on dépasse les dix minutes avec ce titre qui frise l'excellence.
La deuxième partie du disque est encore plus longue. Intitulé Ten Years Of Decay, cette demi-heure collecte des enregistrements de Deborah Kant entre 2000 et 2009 et célèbre donc les dix ans du groupe. Si on ne peut pas à proprement parler qualifier cette plage de composition mais bien de collage, Ten Years Of Decay comporte son lot de bonnes surprises, de passages vraiment intéressants, d'extraits parfois incroyables mais également quelques déchets, bizarreries et fantaisies que ce genre d'exercice ne saurait passer sous silence. Un résumé chaotique et bordélique qui n'a rien de pénible, de fastidieux ou d'inutile. Bon anniversaire.

Haz (13/06/2010)
website groupe deborahkant.free.fr

Deity Guns
A Recollection - 3xCDs
Ici D'Ailleurs 2009

Cette chronique n'était pas prévue au programme. Mais suite aux atermoiements que le Diesel Dead Machine de Zëro a procuré, une irrésistible envie de remonter à la source et d'écouter les Deity Guns s'est pointée. Alors autant profiter de cette occasion pour reparler de A Recollection, compilation trois CDs de l'oeuvre des lyonnais sortie il y a presque un an. Comme on est chaud comme la braise, on complète le tableau dans la rubrique Art of Losing avec Electricity, le live in Italy de 1991 et le 45 tours sorti sur la Bande à Bonnot en 1992, le morceau Extra love on a parallel world étant bizarrement non présent ici alors que l'autre face, Doors of India, y figure.
Comme la porte est ouverte à tous les excès et qu'on nage en pleine nostalgie béate, on en rajoute une dernière couche à une époque où le papier était cool (il l'est toujours d'ailleurs mais on fait avec les moyens du bord) avec une interview de Deity Guns datant de 1993, où il est beaucoup question de Trans-lines appointment, de la France et de sa culture rock et de projets post-Deity Guns dont l'un est définitivement resté dans les cartons. Toujours amusant, après toutes ces années, de revenir sur ces propos et de les lire à la lumière d'aujourd'hui.

Deity Guns, c'est essentiellement deux albums. Stroboscopy en 1991 sur Black & Noir, (feu)le label de leur potes des Thugs et Trans-lines Appointment en 1993 sur Big Cat, le label de Jim Thirlwell (Monsieur Foetus). Les Lyonnais avaient mis leur destinée entre de bonnes mains.
Stroboscopy, c'est la genèse, le poids des influences encore palpable. Sonic Youth en première ligne. Ils en ont bouffé de cette comparaison mais ils s'en sortent bien. Une influence essentiellement dans le jeu des deux guitares en mode tronçonneuse stridente alors qu'on se prend des tombereaux de batterie dans la tronche et que la basse ne fait pas dans la figuration elle non plus. Si pour l'étranger averti, ce jeune Deity Guns fougueux n'avait rien de révolutionnaire, le français averti était aux anges. Et les autres hagards. Sonic Youth et des tas de groupes bruyants américains les poussaient au cul certes, mais dans la France du punk alternatif, c'était déjà ça de pris. Deity Guns était parmi les premiers à poser les bases du noise-rock en France. Ou on moins à le faire connaître au-delà d'un petit cercle d'initiés. Presque vingt ans plus tard, c'est toujours avec un plaisir non dissimulé qu'on se prend Kurious... here today, déclenchant les hostilités après le Fire à la fin du sample initial, les lamentations en boucle se demandant How many Circles pour nous faire tourner bourrique ou la décharge d'Optical Burst, mis en boite par Gilles Théolier (à qui on doit le groupe Hydrolic Systems et le brûlant single sur Black & Noir). Au départ prévu pour un simple 45 tours, Deity Guns a fait le forcing auprès des frères Sourice pour sortir un 6 titres qui doit son nom aux nombreux stroboscopes que le groupe utilisait sur scène. Deity Guns entend marquer les esprits. Ca se fera au-delà de toutes leurs espérances.

Pour Trans-lines Appointment, Deity Guns s'exile à New-York, rencontre leurs maîtres (Wharton Tiers et Lee Ranaldo) et passe dans une dimension supérieure. Fini la puissance brute et le bruit de masse. Les Lyonnais élague leur son. Le rythme ralentit, élargit son champ d'action. Deity Guns dompte l'énergie qui bouillonne en eux, la torde, joue avec la tension et l'explose en vagues déferlantes, garde le rock au centre du débat tout en lui faisant subir outrages et sévices. On ne va pas repasser en détail les neuf titres de cet album vu qu'on était même pas censé en parler. Il n'est pas difficile de trouver des commentaires sur de nombreux sites et l'interview ci-dessous en parle déjà pas mal. Juste retenir que Trans-lines Appointment est, sans vouloir en faire des tonnes dans l'exégèse, un disque angulaire de la scène française (on pourrait aller au-delà des frontières mais ça va devenir compliqué), un mélange de l'urgence du rock et d'une approche expérimentale, ne privilégiant jamais l'un au détriment de l'autre mais une musique toujours tendue vers une émotion, quelle qu'elle soit. Cet album est l'aboutissement parfait d'une démarche pour aller sans cesse de l'avant, prendre des risques, transcender ces influences de base pour trouver son propre terrain de jeu. Un album achevé en février 1993 et sorti dans la foulée, le groupe se séparant juste après, en décembre de la même année.

Mais A Recollection ne propose pas que ces deux plats principaux. A la fin de chacun de ces deux albums prenant place sur deux CDs différents, Deity Guns a sorti les trésors de guerre. Deux titres figurant sur des compilations. La fameuse Serial Killers vol. 1 avec l'excellent Vacuum Tubes et la compile Passionnément et le titre qui m'était totalement inconnu jusqu'à ce jour et toujours une histoire de rendez-vous, Appointment in Sète, ou comment cauchemarder au pays de Brassens.
Ils ont également eu la bonne idée de mettre la meilleure reprise du monde (avec le Poptones de P.I.L. par les Dazzling Killmen), j'ai nommé Smile de The Fall, que le zine Abus Dangereux avait sorti mine de rien sur leur petit bout de CD 3 pouces.
Autre mets important de leur courte discographie, le EP 4 titres Loom, qui fait la jonction entre Stroboscopy et Trans-lines Appointment. Des titres qui hésitent encore entre la puissance, la distorsion rougeoyante (The Opposition Act), le noyau mélodique captivant (Shaman) et des ambiances plus tordues mais toutes aussi palpitantes (She loomed).

Le troisième CD est une affaire de concerts. Pas ma tasse de thé préférée, ces moments de sueur collés pour l'éternité sur le froid support numérique. C'est surtout l'occasion de se remémorer des faits anciens, les kilomètres tracés pour voir un paquet de fois les lyonnais sur scène, endroit qu'ils maîtrisaient à merveille, que ce soit à L'Arapaho à Paris avec Unsane ou au festival de Saffré (près de Nantes) devant un public venu voir les Urban Dance Squad. Ou encore dans ce troquet à Janzé, à 30 bornes au sud de Rennes, avec Drive Blind, devant six personnes dont les deux proprios (la Quimperlé connection, ceci expliquant l'incongruité de ce genre de concert dans un tel bled) et une équipe de basket de retour de leur entraînement du vendredi soir et qui avait modérément apprécié les effluves soniques de l'équipe lyonnaise.
A Recollection propose deux concerts. Rome, le 4 avril 1992 et le tout dernier, à la maison, le 3 décembre 1993. Celui de Rome est de loin le plus intéressant. Que ce soit pour la qualité de l'enregistrement ou pour l'inédit offert, le très bon Anyway. Et le Extra love on a // world du 45 tours de la Bande à Bonnot qui est en fait exactement le même morceau, enregistré au même endroit, la version du 45 commençant juste un peu plus tôt avec un faux départ.
Mais à Lyon, on sent poindre, derrière le son médiocre, toute l'intensité et la passion que drainait Deity Guns. Encore plus quand on sait que c'est le tout dernier.
Une heureuse initiative du label d'Ici d'Ailleurs, même si on a déjà tout et qu'on se sent d'un coup encore plus vieux, ne serait-ce que pour le livret intérieur et le texte hommage de Lee Ranaldo / article de presse / photos / posters / affiches d'une autre époque dont l'écho garde toute sa force vingt ans plus tard.

SKX (13/02/2010)
website label www.icidailleurs.com

Desalvo
Mood Poisoner - CD
Rock Action 2008

Plus de dix ans après la fin de Stretchheads, P6 a décidé de sortir de sa loge et faire autre chose que la grande folle. Avec son fidèle batteur Richie Dempsey, le fou chantant aimant se travestir en autre chose qu'une bonne soeur, sort le tablier de boucher, le groin du cochon et remet une couche de cris de goret. Les Stretchheads étaient un groupe bruyant et hystérique mais on ne les attendait pas pour autant sur ce terrain de jeu là. Hardcore et noise. Desalvo, avec Allan Stewart à la guitare et Alex Grant à la basse, durcit le ton, piétine la sainte trilogie fumante Converge/Botch/Playing Enemy, la folie d'un Racebannon (sans le metal suintant) et garde un zeste (le sens du chaos plutôt que l'humour) des Stretchheads pour ne pas sombrer définitivement dans les bras du Malin. Les années n'ont pas de prise, ce n'est pas le moment, ce n'est jamais le moment, de s'assagir. P6 se ridiculise comme jamais pour notre plus grand bonheur, tord les boyaux de ces cordes vocales, rompant ainsi avec le style hardcore/oeillère des chanteurs habituels du genre. Quand à la musique, elle découenne sévère, désosse toutes les parties d'une compo et les hache menu menu. Le morceau de viande le plus dense est Tonguescraper Parts 1 & 2 ou comment faire un morceau avec quatre bouts de chair virulents dont un pont musical jazzy très surprenant. Les neufs autres sont plus directs, toujours saignants, avec quelques (très) brefs passages mélodiques, voir dramatico-héroïques sur Cock Swastika et son synthé lyrique, pour s'aérer le palais et mettre un poil de piment. La viande est battue pour être la plus tendre possible mais si l'odeur du sang et de la baston te font souffrir, Mood Poisoner provoquera une drôle de gastro. Pour tous les autres, régalez-vous !

SKX (23/03/2010)
website groupe www.desalvo.co.uk
website label www.rock-action.co.uk

Dial
Self-titled CDEP
Robotic Empire 2009

Un mythe tombe. Je croyais que de Nouvelle-Zélande ne sortait que des disques pop (sous toutes ces formes) estampillés Flying Nun records ou, à la rigueur, dans sa version expérimentale avec Xpressway records. C'est raté. L'internationale hardcore ou metalcore, appelez ça comme bon vous chante, est partout. Un Playing Enemy qui va droit au but avec des éléments de Page 99 pour le petit coté screamo, mais trois fois rien rassurez vous. Le kiwi s'exporte frappé.
Enregistrés en juillet 2007 pour n'être qu'une démo, le label américain Robotic Empire a décidé de ressortir ces cinq titres l'année passée pour apporter la lumière au jour. L'élément le plus saisissant reste l'humeur de ces titres. Le self-control affiché par ce trio qui n'a rien à voir avec le groupe composé d'une ex-UT. Jamais leur hardcore métallique ne part dans des complexités qu'ils ne maîtriseraient pas, ne s'embarrassent de breaks harassants ou d'une technique au-dessus de la moyenne. Leur moyen de pression est simple, brutal, quasi-martial. Une rythmique enfonçant inexorablement le clou. Le riff carré, répétitif. Pour ce qui devait être qu'une demo, le son est impressionnant de précision et de puissance. On comprend mieux l'emballement du label pour sortir ces compos en cet état. Le seul bémol serait le chant (ça doit être lui l'élément screamo qu'on vous narrait plus haut), trop cliché, dans le genre du type qui connaît tous les malheurs du monde et qui manque de coffre pour le dire. Mais c'est un détail. Ces cinq titres sont alléchants de promesse. Le problème de Dial, c'est que plus personne ne semble répondre au numéro. Dial est en pleine restructuration peut on lire sur leur site. De là à déboucher sur un avis définitif de cessation d'activités que ça n'étonnerait personne.

SKX (21/06/2010)
website groupe www.myspace.com/dialnotmusic
website label www.roboticempire.com

The Dictaphone
Self-titled - 7''
Sweet Rot 2009

Mystérieux single où, à part le nom du projet, du label (canadien) et des six titres, rien ne transparaît. Largement suffisant puisque la musique est magistrale. Mais quand même. En cherchant un peu, le groupe The Dictaphone se résumerait à un projet entièrement solo en provenance de Tours, d'un mec qui zonerait aussi dans les Fingertips et Toddi Wellman. Ca fait beaucoup de conditionnel et surtout une belle jambe. Retour à la musique donc et ce petit bout de vinyl chargé jusqu'à la glotte, tournant en 33 tours pour caser les six compos. The Dictaphone a tout du groupe normal. Guitare, batterie, chant avec pas mal d'effets dessus, une autre guitare, de la bidouille et ce qui semble être une absence de basse. A peine note-t-on un certain minimalisme dans le jeu mais rien qui puisse induire qu'un seul homme est au four et au moulin. Des plans répétitifs, des lignes de guitares simplissimes mais qui sont un vrai régal, un sens inné de la mélodie accouchée sans fard, là sur le carreau, le froid carreau, ces mélodies dénudées, détachées avec ce vieux fond de saleté, de larsens qui traînent, de dissonances, de reverb comme si la froidure d' AH Kraken et le garare rock de The Intelligence s'étaient mis en tête de nous faire craquer. Et on craque. On danse aussi. Rachitique et blanchâtre, sur le grandiose Controlled Meetings, le rythme trépidant, sa ligne de guitare qui tient sur une seule note pendant qu'une deuxième vient égrener des arpèges qui pèlent les nerfs. Ils sont tous comme ça les morceaux. Lumineux derrière leur nuage de fumée, limpide même quand ça gratte, d'une mécanique redoutable. Comme quoi on peut faire de grands disques avec trois rien et une grande idée par morceau. Bluffant.

SKX (16/02/2010)
website groupe www.myspace.com/thedictaphonedictaphone
website label www.myspace.com/sweetrotrecords

The Dictaphone
Self-titled - LP
Kill Shaman 2010

Tout va très vite à Tours, chez le one-man band The Dictaphone. Après quelques morceaux balancés sur son myspace (comme quoi ça sert ce machin) et vite repérés par le label canadien Sweet Rot pour un single, c'est le label californien Kill Shaman, autre grand spécialiste de groupes français, qui repère ce single et propose illico un album.
Des morceaux en stock, Jérémie en a plein. Et des idées aussi. Elles n'ont pas fait mouche tout de suite. Elles n'ont pas cette immédiateté, cet allant séducteur que possédaient les six morceaux du single. Cette fois-ci, c'est taillé pour un album, pour durer, ça s'installe lentement dans votre caboche encrassée puis ça ne vous quitte plus. Lumière blafarde. Les temps sont durs. Beats mécaniques de la boite, essence rock'n'roll de traviole, blues décati dans lequel surnage des mélodies imparables. Minimalisme minimum vu la formule, ça pourrait sonner plus sec, plus rachitique mais ça tremble, ça grésille, ça vie, même si on sent bien le malaise derrière, que la pas de danse est macabre. L'écho de la voix dans le lointain, les effets sur la guitare, malaxe, le cœur de l'automate, j'entends comme du Suicide dans les conduits, version Jon Spencer et Feeling of Love avec un doigt de The Anals. Treize titres qui vont de la perle garage rock vicieuse (Mummmers), ou la perle tout court (Hassle cult) avec sa tendance noise épileptique (Weak patterns), aux bizarreries expérimentales vaudous (Drug Punk), bidouillages intensifs qui font grincer les dents (Mental teeth) mais jamais gratuitement, une ballade sifflante (Wrong soundings) et les champs défrichés d'une industrie ravagée (le final Ants). The Dictaphone, bricoleur solitaire, construction parfaite d'un album pensé comme un tout et non pas une succession de titres uniquement accrocheurs et la confirmation d'un beau talent.

SKX (21/09/2010)
website groupe www.myspace.com/thedictaphonedictaphone
website groupe killshaman.com

Diet Cokeheads
Oral - 7''
Ventriculoperitoneal Sound 2009
Nasal - 7''
Vinyl Rites / Drugged Conscience 2009

Deux singles pour le prix d'un pour une sortie à quelques mois d'intervalle. Nouveau groupe de Floride qui ne nous avait pas habitué à autant de bruit, à inscrire au burin le noise-rock dans la patrie de No Idea records. Ils ont dû en sniffer de la bonne ou rester trop longtemps sous le soleil de Gainesville pour accoucher de tant de désordre. Un mec, deux filles, un max de possibilités, Diet Cokeheads ne se donne aucune limite pour détourner le noise-rock.
Mode Oral d'abord. Jöns par en couille dès le départ avec les dissonances d'une guitare titubante puis la masculine voix trempée dans l'écho d'un Clockleaner, reprise de volée par un chant féminin tout aussi inquiétant, sur un morceau qui ne semble aller nulle part. C'est pour cette raison qu'on les suit sans broncher. Quant à Serpentine, si le rythme de basse évoque Jesus Lizard, le reste est trop flippé, comme involontairement ralenti, une voix traînante puis trituré d'effets et cette guitare qui zigzague dangereusement. Appelons ça du voodoo noise. Il n'y a pas qu'au Texas que les groupes tarés existent.

Mode Nasal maintenant. Diet Cokeheads continue de suivre une ligne blanche qu'ils sont les seuls à voir. Et cette ligne n'a rien d'une droite. Le trio a augmenté la dose, le bordel est encore plus vivifiant. Le chant masculin, tout en contrôle et détaché, apparaît comme un phare au milieu de la tempête qui a pour nom Oedipussy Complex. Un sérieux vent de folie dans leur noise-rock abrasif descendant tout droit de la vague Glazed Baby. Sur l'autre versant, High Country fait pleurer la guitare, les larsens chuintent, Clockcleaner revient titiller l'esprit, le chant féminin prend à nouveau le relais et toujours cette impression que leurs compositions sont imprévisibles, frôlant le grand n'importe quoi tout en gardant une moelle bien saignante. On peut affilier Diet Cokeheads à la lignée des groupes noise-rock mais leur façon de faire très personnel promet monts et merveilles. J'en reprendrai bien un peu avec eux.

SKX (08/07/2010)
website groupe dietcrackheads.blogspot.com
website label ventriculoperitonealsound.blogspot.com | www.vinylrites.net | druggedconscience.com

Don Vito
IV - LP+CD
Tremor Panda / Discorporate / Bar La Muerte 2010

C'est à tous les coups Noël avec Don Vito. Ils nous avaient déjà gâtés avec leur précédent 10''. Ils remettent ça, voir franchisse un cap, que dis-je mette la barre encore plus haute. Pour une fois, cela sert à quelquechose de mettre de la musique uniquement sur une face (toute blanche) et une illustration somptueuse de l'autre coté. Tellement plus conséquent que l'habituel gribouillage pour un travail que l'on doit à Lilas, du coté de Montpellier. La pochette-emballage-poster dépliante est d'un vert pétant remarquable et comme d'habitude avec les Allemands généreux de Don Vito, un CD est glissé dans le plastique.
Vu récemment avec leurs amis de Pneu pour un concert déjanté au Jardin Moderne à Rennes, les trois Don Vito aiment quand ça pète, que ça explose, en foutre plein la vue et les oreilles. Anti-prise de tête, sur la corde raide sans cesse et un maximum de fun, telle est la philosophie de Don Vito. Ce quatrième enregistrement comporte dix titres pour quasi autant de minutes. Noise anarchique, jouissive instantanément, éjaculation précoce de gerbes de bruits mais capable de remettre ça à chaque morceau sans faiblir, chant se résumant à des cris féminins et/ou masculins dans le lointain comme pour mieux marquer le plaisir qu'ils prennent à s'envoyer au charbon. On est loin des critères des Lightning Bolt et autres terroristes instrumentaux du bruit. C'est la peau de banane d'un Melt-Banana glissée sous l'intransigeance du genre, où on pratique la déconstruction pour le simple plaisir de sales gosses qui aiment quand ça tombe, avec quelques épanchements pour danser tout bizarre (Dsdnpolkadianah). Et donc, comme la générosité est une seconde nature pour eux, ils font partager ce bonheur avec vos modestes tympans qui s'accordent parfaitement avec la durée éclair de ce disque. Plus, ça n'aurait pas de sens.

SKX (22/02/2010)
website groupe www.donvitodonvito.de
website label
www.discorporate-records.com | www.barlamuerte.com


Drums Are For Parades
Sacrificial Artificial Darkness in The Temple of The Damned - 10''
Skeleton Ears 2009
Master - CD
Skeleton Ears 2010

C'est l'histoire d'un disque belge. Pour des raisons inexpliquées, ça fait plus d'un an qu'il attend au chaud. Comme son petit frère vient de débarquer, on en profite pour le ressortir et tout refourguer en force. Ou comment encenser un groupe pour mieux le casser ensuite. Drôle d'histoire. Tout commence par un titre à rallonge dans le format roi, le format 10'' avec lettrage doré et grand luxe à l'intérieur. Sacrificial Artificial Darkness in The Temple of The Damned, c'est une longue supplique qui a le mérite d'abroger vos souffrances en allant droit au but. Le chemin de croix est parsemé d'embûches. C'est surtout l'histoire d'un groupe qui n'a pas choisi son bord. On ne va pas s'en plaindre. Pas assez hardcore pour les puristes, pas assez de double pédales pour les métalleux, trop limpide pour les noiseux, pas assez chevelus pour les trashers. Bref, douteux pour tout le monde mais c'est pour ça qu'on l'aime ce premier disque du trio de Gand. Comme un croisement entre les quarantièmes rugissants d'un Part Chimp (voir carrément leur ancêtre Loveblobs) et le rock épais et âpre d'un Black Cobra. Avec un détour par l'esprit belliqueux de leurs compatriotes de Vandal X. Une belle brochette de poètes. Les rythmes filent, le son craque, le chant écorche, ça envoie sévère comme dit le péquin moyen mais ça garde quelquechose d'abordable en son sein, un arrière goût de civilisation dans un plat pays qui se divise de partout.
C'est donc sur cette lancée de six titres juteux qu'on aborde le terrain conquis d'avance du premier album. Et là, c'est le coup du lapin. Premier constat (amer). Comme tant de groupes que l'on va sommairement regrouper sous l'étiquette hardcore/metal, Drums Are For Parades a cédé aux mirages du synthé et de ces vagues écoeurantes tapissant le fond sonore, quand c'est pas le devant de la scène qu'il occupe, à l'instar du morceau The Beast qui peut carrément pousser à des envies de meurtres en masse de belges. Flamands et Wallons compris. Y a-t-il un groupe qui ne soit pas mouton de Panurge dans la salle ? Et on continue avec le traitement sonore. Alors que le 10'' était directement tiré des entrailles de la bête, extrait de la fournaise et servi tel quel, Master (dont je ne serais jamais le servant) est passé chez le coiffeur, la guitare a une allure peroxydée. Ca sonne faux, artificiel, gonflé à l'hélium. Même le grain de haine au fond de la gorge s'est tu. Au premier abord, ça pourrait passer pour la même ivresse mais quelquechose de définitivement altéré s'est insinué. La saleté a été gentiment invitée à aller voir sous le tapis pendant qu'ils ont essayé d'élargir leur spectre musical. On se retrouve avec une sensation identique au 10'', celle d'un groupe à la frontière de plusieurs styles mais cette fois ci, l'effet est celui du boomerang et ça leur revient méchamment dans la tronche. La seule réussite, c'est Opium Den Idiot Check, instrumental où ils ont eu la bonne idée d'inviter un saxophoniste pour une coloration noise donnant un peu de piment et de profondeur à un disque tout ce qu'il ya de plus glissant derrière son faux air de brute épaisse. Et encore, je vous fais grâce de passages frôlant le putassier avec toujours ce maudit synthé théâtral et ces violons en touche ultime qui n'émouvront personne. Ils ont chopé la myxomatose et on ne peut plus rien pour eux.

SKX (17/12/2010)
website groupe www.myspace.com/drumsareforparades
website groupe www.skeletonears.com

Drunkdriver
Self-titled - LP
WTD 2010

Le chauffard ivre-mort de retour. Dernière ballade avant sortie de route définitive. Une sombre histoire de viol dans laquelle est impliqué Jeremy Villalobos, bien des années avant qu'il ne batte pour Drunkdriver, un batteur qui clame son innocence, une rumeur qui enfle sur internet mauvaise mayonnaise, des concerts auxquels ils sont priés de ne plus se présenter, Load records qui se désiste et les deux autres membres du groupe, dans un moment de doute et un grand élan de solidarité, préférant descendre en route et tout arrêter là.
Deuxième album maudit mais qui ne restera pas croupir au fond d'un tiroir. Drunkdriver prend ces deniers et sort la bête devenue incontrôlable. Violence, brutalité, trash et fureur, la réalité américaine avec de la vitesse pour échapper à la pesanteur. Mais sans maîtrise, la puissance n'est rien. Drunkdriver continue, sur cet ultime assaut, de piétiner le nihilisme crasse de son premier album mais avec une indéniable supériorité, une indéniable classe, ça en deviendrait presque lyrique et une bonne odeur de souffre. L'agression permanente, jamais ils ne se reposent. Le genre de groupe à vider une salle aux trois-quarts et en cinq minutes pour peu que l'audience n'était pas au courant de la charge annoncée. Le rouge est encore atteint, le son haché, trop à l'étroit dans cette camisole de démence. Sauf que c'est encore plus fort, plus au point/poing. Le trio ne s'embarrasse pas de complications stylistiques. C'est marche et crève. D'un chanteur vomissant tout ce qu'il peut avec d'infimes variations dans le plaisir, la fuite en avant permanente d'un rythme martelé, écrasé avec une rare conviction, guitare blanche saturée, riffs mortels, accords sauvagement binaires et larsens élevés au rang de sirène de l'enfer. Et dans tout ce déluge et anarchie apparente, une affolante impression de force et de précision, que sous cette masse en fusion, chaque parpaing tombe pile là où il faut.
Si il ne fallait retenir qu'un seul morceau de leur vie de bâtards, ça serait Quality of my life (ils doutent de rien). Cinq minutes vingt d'une certaine idée bien personnel du bonheur sonore, quand tout hurle autour de vous, de cette lente et vertigineuse folie qui s'empare de votre boite crânienne, cette délectable pression qui monte en vous au fur et à mesure que le morceau fonce inéluctablement dans le mur, quand la réponse, à une telle montée d'adrénaline commençant pied au plancher, ne peut être que physique. Comme on préfère laisser la rubrique fait divers au batteur, la seule solution est de remettre ce morceau, ce disque, encore et encore, jusqu'à épuisement. C'est pas près d'arriver.

SKX (06/07/2010)
website groupe almostdust.blogspot.com

Dry-Rot
Philistine - LP
Parts Unknown 2009

Je viens d'écouter une pelleté de fois ce disque et je ne sais toujours pas quel est ce truc que je viens d'entendre. Si on va parler de Ventura, ce n'est pas pour la comparaison avec les Suisses mais pour le bled en Californie d'où sont originaires les deux frangins (Jordan et Drew) de Dry-Rot.
Dans leur entreprise personnelle, de multiples amis sont passés, dont le batteur de Saccharine Trust mais ça ne nous avance pas plus. Sauf si vous connaissez Saccharine Trust, ce vieux groupe de chez SST dans les années 80. Vous êtes donc mis sur la piste d'un hardcore des plus bizarres, de ce genre d'hardcore ou de punk, c'est pareil, où, à l'orée des années 80, tout était permis et où il était même fortement conseillé d'être différent du groupe voisin, de cette époque très créative où le hardcore n'était pas synonyme de mouton de Panurge, de tatouage et de savoir qui avait la plus grosse. Big Boys, Minutemen, Butthole Surfers, Flipper, tout un tas de groupes qui ont ouvert béant des tas de routes et Dry-Rot a sauté sur les bons rails.
Leur mixture propose quatorze titres, tous très courts allant d'un hardcore ultra basique, rudimentaire, crasseux à des éléments jazzy, tordus, au point d'évoquer Plainfield sur Mass Love. Autant dire qu'on est pas dans la merde. Mais ça ne s'arrête pas là. Car Dry-Rot manie à fond le second degré, reprend à son compte une bluette sur Can a game kill time ? (dont l'air est tellement connu qu'il m'est impossible de remettre la main dessus), remet un peu de hardcore pour le fun, s'autorise à faire du bruit gratuit uniquement parce que ça défoule, bricole des morceaux de punks au soli de guitares dangereusement bancals et amusants et diffuse en vingt minutes, un sentiment de chaos largement revigorant tout en essayant de créer leur propre son. On oubliera donc que Dieu est remercié dans les magnifiques insert/poster à l'intérieur, que le baptême par immersion sur la pochette n'est pas, pour le coup, du second degré et que ce groupe apparaîtrait de toute façon comme de drôles de paroissiens pour les croyants. Philistine, un étrange disque pour ceux qui ne croyaient plus au hardcore.

SKX (08/07/2010)
website label www.partsunknownrecords.com


 
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