C
ARCHIVES 1999 - 2010
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C Universum
C.AARMé Tu puta mi casa
C.AARMé Self-titled
CACAW Get a brain
CACAW Cacaw
CACAW Bat Skin Robes
CAESURA Wallpaper the witness
CAFÉ FLESH Pig on the dancefloor
CAFÉ FLESH I Dumped my wife, I killed my dog
CAFÉ FLESH Lions will no longer be kings
CAFÉ FLESH - HAWKS split 7''
CALVA Cactus costume
CALVA Sacrifice
CALVA / IO MONADE STANCA Split 12''

CAMERA OBSCURA to paint the kettle black
CAMERA OBSCURA to change the shape of an enveloppe
THE CANCER CONSPIRACY s/t
CANDIES leaving our homes
CANNIBALES & VAHINÉS N.O.W.H.E.R.E
CAPILLARY ACTION Fragments
CAPILLARY ACTION So Embarrassing
CARAVELS Floorboards - EP
CARAVELS s/t 7''

CARAVELS - GIFTS FROM ENOLA Well Worn
CARGO CULT / TEXAS BISCUIT BOMBS The Two-Headed Cobra
CARLISLE functions of several variables
CARTOGRAPHER Hats, Capes, Dark Arts
THE CATALYST Swallow Your Teeth
THE CATALYST Voyager
CATERPILLAR TRACKS Scrape the summer
CATERPILLAR TRACKS- ARMS EXPLODING Split 7''

CATHARSIS/NEWBORN split 12''
THE CAVE CANEM Ssoifé ? ou rrache !
CEASE UPON THE CAPITOL Self-titled
CELAN Halo
CELEBRATION Celebration
CELEBRATION The modern tribe
CELESTE Pessimiste(s)
CELESTE Misanthrope(s)
CELLOS Bomb Shelter
CELLOS Bomb Shelter
CERBERUS SHOAL / ALVARIUS B The Vim and Vigour of
CERBERUS SHOAL / GUAPO The Ins and Outs of
CERBERUS SHOAL / HERMAN DÜNE The Whys and hows of
THE CESARIANS I'm with God
CHAMPAGNE KISS dancing in the pockets of thieves
CHARIOTS Congratulations
CHARLOTTEFIELD How long are you staying
CHARLOTTEFIELD What friends are for
CHAUSSE TRAPPE 420m3 37'14''
CHEER-ACCIDENT gumballhead the cat
CHEER-ACCIDENT salad days !!
CHEVAL DE FRISE Fresques sur les parois secrètes du crâne
CHEVAL DE FRISE La lame du mat
CHEVAL DE FRISE / RROSELICOEUR l'agonie dans le jardin no twist at the end
CHEVAL DE FRISE s/t
CHEVREUIL / ROOM 204 s/t
CHEVREUIL Chateauvallon
CHEVREUIL ghetto blaster
CHEVREUIL sport
CHEVREUIL Science
CHICK PEAS self-titled
CHIEN VERT / REGIS BOULARD Radio Dog

CHILD ABUSE s/t

CHILD ABUSE Cut and Run
CHILD BITE Monomania
THE CHINESE STARS A rare sensation
THE CHINESE STARS Listen to your left brain
CHISEL DRILL HAMMER s/t
CHOO CHOO SHOE SHOOT From trees to fences to walls
CHOO CHOO SHOE SHOOT Choose your own romance
CHOO CHOO SHOE SHOOT Playland
THE CHROMATICS Chrome rats vs. Basement ruts
THE CHROMATICS Plaster Hounds
THE CHROME CRANKS Ain't No Lies In Blood
CHROME JACKSON Chrome Forest
CHURCH OF MISERY Houses Of The Unholy
CIRCLE TAKES THE SQUARE As the roots undo
CIRCLE X Heartbreaker / Look at the People 7''
CLARA CLARA AA

CLOCKCLEANER Nevermind
CLOCKCLEANER The hassler
CLOCKCLEANER Babylon rules
CLOCKCLEANER Skinhead Lady - 7''
CLOCKCLEANER Auf-wiedersehen 12''
CLOGS
Stick Music
MICHEL CLOUP M.C single #1 - 7''
MICHEL CLOUP Notre Silence
COLEKO Staywell clinic
COLISEUM True Quiet/Last Wave - 7''

COLOSSAMITE economy of motion
COLLAPSAR Integers
COMMAND MODULE Maps, new units, and scenarios
COMBAT WOUNDED VETERAN Duck down for the torso
COMMODOR Driving out of focus
COMPLETE All systems go
CONDOMINIUM Barricade - 7'' |Pupils - 7'' |Hello Tomorrow - 7''
CONDOMINIUM Gag - 7''
CONDOMINIUM Warm Home
CONDOR Do it everywhere
CONELRAD A final dissolution
CONEY NOISE ensuing and preceding
THE CONFORMISTS Three hundred - two hundred
THE CONFORMISTS Three Hundred
THE CONFORMISTS None Hundred
CONGER ! CONGER ! At The Corner Of The World

CONVERGE jane doe
CONVERGE You fail me
CONVERGE No heroes
CONVERGE / HELLCHILD deeper the wound
THE CONVOCATION OF... s/t
THE CONVOCATION OF... pyramid technology
THE CONVOCATION - CHRISSAKES Split LP
COPTIC LIGHT Self-titled
CORNFLAKES HEROES Dear Mr painkillers
CORNUCOPIA s/t
CORTEZ - PLEBEIAN GRANDSTAND I.W.W.O.Y.T.W.Y.W.O.M / A.F.D.N.T.E.D.E.V.L.S - split 10''
COUGAR Pillow Talk
THE COUGHS Fright makes right
COUNTDOWN TO PUSH handbook for planetary progress
COUNTDOWN TO PUTSH ideas for the living and willing to act
COUNTDOWN TO PUTSCH Interventions in Hegemony
COVE Threes
COVE Show me your nature
CRAVING the European Trick
CRAW bodies for strontium 90
CRAW / SICBAY space is the place / challenger
CREAM ABDUL BABAR the catalyst to ruins
CREAM ABDUL BABAR Covering the track marks
THE CREEPING NOBODIES Sound of joy
THE CREEPING NOBODIES Augurs & Auspices
THE CREEPING NOBODIES / MIRANDA Split
THE CREEPING NOBODIES / ANAGRAM Split 12''
THE CREEPING NOBODIES / THESE ARE POWERS Split 7''
CREEPS ON CANDY wonders of giardia
CRESTFALLEN s/t
CRËVECOEUR II
CRIPPLE AND CASINO Self-titled
CRIPPLED OLD FARTS 7 songs 7''
CRIPPLED OLD FARTS / UNLOGISTIC Split CD

CULT OF LUNA the beyond
CULT OF LUNA Salvation
CURSED The Last Session - 7''
CURSE OF THE BIRTHMARK 7''
CURSE OF THE BIRTHMARK Welcome to hard times... you're late
THE CURTAINS Vehicles of Travel
THE CUTTHROATS 9 anger management
THE CUTTHROATS 9 s/t
CZAPSKI s/t


CAMERA OBSCURA
" to paint the kettle black " - 7"
Three One G 01
La Camera Obscura éteint définitivement les lumières et ne tournera plus que les ténèbres! Le single de la fin pour ce groupe à l'unique mais vivement recommandable album sur Troubleman records. Ce deux titres restent dans la lignée. On peut même dire qu'ils nous gâtent. "To paint the kettle black", face A, est un grand cru. Une mélodie qui tape dans l'œil, sous un feu de dieu, un synthé expert qui sonne comme une pédale d'effet pour guitare, cet irrésistible touche rétro noisy-pop, cette énergie hardcore. Rien à redire. La face B est plus surprenante mais tout aussi jubilante. Un rythme étrange, des effets incongrus, la vie est ainsi faite. Ca me fatigue de vous décrire ça. Vous n'avez qu'à vous le procurer! A l'origine disponible sur un 45 d'Insound 'Tour support series #13", Three One G a bien fait de represser ça au plus grand nombre. Une sortie par la grande porte. Depuis la moitié du groupe est parti formé The Champagn Kiss. Que ça coule à flot!
SKX (20/11/2001)
CAMERA OBSCURA
" to change the shape of an enveloppe " - CD
Troubleman Unlimited 00
On est plongé, sans round d'observation, immergé jusqu'au cou dans ce premier album. Un plat de résistance qui se prend pour un hors d'oeuvre et qui vous propose un aperçu conséquent du menu à venir en huit minutes. Une longue mise en bouche qui met en appétit. Une bonne louchée de synthé, pour la touche rétro type The VSS, très tendance dans les cuisines américaines actuellement et une franche rasade d'énergie emo, comme sait si bien en déverser Milemarker, sous un fin tapis noisy. Rajouter une voix passée au shaker, garder une cadence gaillarde et la crème prend avec bonheur. Avec des cerises sur le gâteau, comme le tubuesque "twenty five diamonds" et le franc du collier "saratosa". Laisser reposer de temps en temps avec un très noisy-pop "cinematheque" où la claviériste pousse la ritournelle sous un épais brouillard et le très bel instrumental "Sound" à faire sombrer plus d'un coeur tendre. Et quand yen a plus, yen a encore : "song de la luna" ou quand la batterie de cuisine prend sa revenge et s'acoquine avec un canard agonisant au fond de sa marmite bouillonnante pour faire peur à la ménagère. Un album parfaitement dosé, riche en goût et qui flatte le palais. On connaît les ingrédients de Camera Obscura, le contenu n'est pas nouveau mais ce groupe américain tente d'innover avec de nouvelles combinaisons et un assaisonnement original. Un plat très recommandé.
SKX (18/10/2000)
THE CANCER CONSPIRACY
" s/t " - CDEP
SoGoodMusic 01
Las des fracas de leur jeunesse à secouer leurs carcasses aux sonorités metal et hardcore, ce trio recomposé d'anciens Drowningman et Non Compos découvre les vertus d'une musique moins assourdissante et s'adonne aux joies de la musique instrumentale. Trois titres, seulement oserais-je avancer, dont un live, qui ne donnent pas pour autant dans le cliché instrumental math-rock. Ici, le coté mélodique et plus linéaire est mis en avant. Une énergie centrifugeuse, une forte cohésion et complémentarité dans la formule choc guitare-basse-batterie (avec détour du batteur par le sax sur "october days club"). Une dynamique galopante, des feedbacks envoûtants, l'art de suggérer dans les silences, de balancer des harmonies fines tout en maintenant la pression. C'est un tout et c'est rien mais c'est drôlement rafraîchissant et captivant de bout en bout. Une conspiration qui mérite d'être dévoilée au grand jour.
SKX (05/12/2001)

CANDIES
" leaving our homes " - CD
ee:lettro 01
Une sucrerie qui risque de gâter plus d'une dent. Candies, groupe italien, sort, cinq ans après leurs débuts, son premier album. Sous ses allures de gentil groupe à guitares noisy, ce trio révèle une personnalité beaucoup plus trouble et joue la carte de l'alternance. Un coup je te balance une bonne branlée noise et brutale, avec ce qu'il faut de mélodies, de guitares massives et de rythmes explosifs. La fois d'après, c'est instrumentale (la plupart du temps) que la partition s'écrit. La mélodie s'alourdit, le timbre se pose. Candies explore d'autres facettes musicales, soigne les arpèges. C'est à ce moment là que les invités de marque débarquent avec des membres de Calexico (John Convertino et Volker Zander). Etoffement de la palette d'instruments avec trompette, violon et good vibes au menu. A peine le temps de se reboutonner qu'on repart en campagne dans le pays de la distorsion et de l'indie noise. Sans oublier un autre invité de luxe, Kevin Bransletter (Trumans Water) venu pousser la gueulante sur "to connect". Et parfois, ils poussent le vice à tout mélanger dans le même morceau. Candies a une playlist énorme. De Unwound à June of 44, de Sonic Youth à Slint, ils connaissent leurs classiques sur le bout des doigts. De tout ça, ils vous font une mayonnaise remarquable de dosage. Le discours est connu mais le ballotage est favorable.
SKX (21/06/2002)
CARLISLE
" functions of several variables " - 7"
Boxcar 00
Le début est déroutant ! Imaginez un canard dont la queue s'est coincée dans une porte et criant toute la douleur du monde dans un duo touchant avec une voix somme toute normale !! Une voix supra-aïgue et criarde que c'est pas permis, qui fait sourire plus qu'autre chose et rappel Spirit Of Versailles ou Saetia. Derrière, la musique suit ces deux précédentes références, reste classique, dans une lignée emo-core à peine énervée, production sans grande envergure. Un petit 45trs 4 titres juvénile avec les moyens du bord. Le canard a encore des plumes à perdre s'il veut pas finir à la casserole !
SKX (02/06/2000)
CATHARSIS/NEWBORN
" split 12 " - 12
Scorched Earth Policy 01
Une partie de franche rigolade qui nous attend là! Catharsis, depuis leur matraquant album "Passion" n'avait donné signe de vie. Avec eux et leur style de vie très en marge, on ne peut jurer de rien! Et là, ils reviennent avec de la bombe sous le pied! Un seul titre mais dix minutes de ravage. Ils nous font la totale, se lâchent, explosent, infiltrent toutes les émotions possibles. De l'atmosphère Neurosis avec le piano en intro sur fond de manifs à la cavalcade effrénée purement asphyxiante, ce morceau, c'est la tuerie. Une montagne avec des descentes vertigineuses et une montée finale qui n'en finit pas par l'intensité imposée. Catharsis repoussent ses limites. Ce "arsonist's prayer" exauce toutes les prières, aussi sombres soient elles. Avec Newborn, on atterrit en Hongrie. La famille musicale est similaire mais Newborn s'y dirige sans détour. Quatre titres d'un hardcore pure et rugueux, à l'imagination et l'intensité moins débordante. Classique, bien foutu mais prévisible et limite à certains moments. Et tellement périlleux quand vous venez de vous en prendre plein la tronche avec Catharsis et que leur mélopée funeste et anarchique résonne en vous encore comme un bon vieux souffle de révolte!!
SKX (27/11/2001)
CHAMPAGNE KISS
" dancing in the pockets of thieves " - CD
Troubleman 01
Camera Obscura étant arriver en bout de bande, deux d'entre eux se reconvertissent dans le spiritueux, s'accompagnent d'un ex-Johnny Angel et reprennent le bout de la lorgnette, là où la Camera avait tout laissé tomber. Epuration au passage. Par la porte le batteur, bonjour la boite aux rythmes. Le clavier bien en phase avec son époque, une demoiselle fièrement debout derrière. Deux solides gaillards pour la six et la quatre cordes, sévèrement tatoués. Le bouchon peut péter. Le champagne couler à flot. Gloire à ce nouveau cru ou année creuse? La robe à première vue reste la même. Toujours cette arrière goût d'années 80, cet aspect délicieusement noisy qui enveloppe les mélodies. Et des nerfs trempés dans le hardcore pour l'accompagnement, ce curieux mélange décalé entre une certaine froideur et une haute énergie, ce mélange de cris et de voix féminines. La cuvée est bonne, ça passe bien en bouche. Les ingrédients sont connus et les vignerons connaissent leur boulot. Mais une fois les premières gorgées descendues, il reste comme un goût de déjà entendu. Des bulles avariées qui remontent à la surface et qui ne surprennent plus. Depuis the VSS, la cuvée a du mal à décoller et manque de piquant. Champagne Kiss en est toujours à se torcher la même bouteille. Ils ont beau s'essayer à une approche plus expérimentale et bidouilles sur certains morceaux, il va falloir nous attacher pieds et poing liés pour nous faire avaler ça cul sec sans sourciller. Champagne Kiss, appellation contrôlée et dégustable tout de suite. En passe de se transformer en clairette si surexposition et sans recherche de nouvelles terres fertiles.
SKX (17/01/2002)
CHEER-ACCIDENT
" Gumballhead the cat " - CD & Comic
Skin Graft 03
Retour aux sources pour Skin Graft. Le fameux label de Chicago nous ressort comme au toutes premières heures (en gros, ça fait 15 ans) une bande dessinée, l'origine même de Skin Graft (comic zine avant d'être (re)connu comme label) accompagnée d'une bande-son sur CD, composée par Cheer-Accident. L'histoire d'un sale chat de gouttière, Gumballhead, un vrai p'tit dur des banlieues, fumeur de hascisch et bagarreur de première. C'est tout en anglais mais pas la peine d'avoir été fille au pair au fin fond du Kansas pour comprendre cette histoire de truands. Les dessins de Rob Syers (un des deux fondateurs du label avec Mark Fischer) tout en noir et blanc sont suffisamment explicites. Quant à la musique (on est quand même là pour ça), c'est loin d'être aussi évident. En étant poli, je dirais que c'est de la musique improvisée pas facile d'accès. Sauf que ça m'a pas l'air si improvisé que ça. Si je suis de mauvais poil (et faut pas me chercher), je dirais que c'est imbitable et chiant comme un reportage de Chasse et Pêche (je regarde ce que je veux). Et bizarrement (pour une bande-son), l'atmosphère dégagée par cette musique ne colle pas vraiment aux dessins. Des compostions limite joyeuses, voir exotiques, légères alors que le comic est plutôt hémoglobine et pain dans la tronche. Loufoque certes mais bien noir quand même. Cheer-Accident (ou plutôt ce qui ressemble à du Cheer-Accident) s'écoute un peu jouer, trifouille, cafouille, arrive de temps à autre à créer une ambiance un peu singulière et inquiétante, puis replonge dans des travers incompréhensibles et vide de sens. Faut p'tête fumer du hakik comme Gumballhead pour apprécier ce rock débridé mais je garantie pas pour autant le good trip. Et ça serait bien triste ! Pour l'objet.
SKX (29/12/2003)
CHEER-ACCIDENT
" salad days !! " - CD
Skin Graft 00
Pour être franc, Cheer-Accident n'était à ce jour qu'un vague nom entrevu dans quelques fanzines méritant. Il a fallu que leur nouvel album sorte sur Skin Graft records, un label qui compte depuis quelques années, pour que la musique de Cheer-Accident vienne flatter mes oreilles. Au bout de 12 ans et de leur 8ème album (ne pas répéter trop fort). Pourtant, pas des inconnus débarqués par accident. Principal instigateur, Thymme Jones, figure emblématique de la scène de Chicago derrière des projets renommés (Brise-Glace, Gastr Del Sol, Yona-Kit, Illusion of Safety) et Dylan Posa (The Flying Luttenbachers, Tony Conrad). Et un(im)mortel, Phil Bonnet, l'âme du groupe disparu un jour avant le début de l'enregistrement de cet album qui a bien failli rester au fond du tiroir. Mais la flamme persévère et à défaut de vous narrer les précédents épisodes et de vous faire des essais comparatifs avec le reste de leur œuvre, je vous convie à un bon bol d'une salade rafraîchissante. Pour planter le décor et faciliter l'approche, on pourrait dire que la musique de Cheer-Accident est un résumé et une extension de tous leurs projets parallèles. Avec cette continuelle envie d'expérimenter et d'aller de l'avant en leitmotiv commun. Cinq morceaux qui cuttent au bout de 53 secondes ou s'étirent au delà du quart d'heure. Un groupe de non-pop, une façon bien à eux de poser des mélodies décalées, de répéter les structures, de pénétrer par la petite porte de l'étrange, de diffuser des airs entêtants un rien malsain et sombre. Pas d'overdose de bruits mais une instrumentation à coup de casio, harmonica, trompettes, de bandes enregistrées autour de guitares minimalistes et inventives et de rythmes à trois pattes. Un songwritting subtil, tout en dissonances légères. Une musique atypique, mixé par l'incontournable Albini qui abandonne un instant ses gros sabots. Ca s'écoute sur la longueur, par couches successives. Ca donne furieusement envie de rattraper le temps perdu, temps qu'on perdra encore plus dans la recherche de leur impossible et obscurs premiers albums....
SKX (23/01/2001)
CHEVAL DE FRISE
" Fresques sur les parois secrètes du crâne " - CD
Ruminance 03
La suite des évènements a été longue. Et comme toute attente, propice à tous les espoirs et craintes les plus diverses. Surtout que le premier chapitre avait fait l'effet d'une véritable petite bombe et que ce deuxième volet de l'initiatique duo bordelais était attendu au tournant. Trois ans de gestation, un changement de label, une écriture étalée, Cheval de Frise s'est accordé le temps de la réflexion. La terre remue, le souffle du changement. Que ceux qui attendaient un bis repetita du premier album en sont pour leur frais. On a beau retrouver les mêmes ingrédients, guitare acoustique et batterie, la texture a changé. Dans leur quête de recherche perpétuelle, Cheval de Frise a singulièrement compliqué le mouvement. Finis les morceaux nerveux qui vous ensorcellent à la première écoute. L'évidence n'est plus de ce monde. Le contour est ondulant. Si les sonorités de la guitare ne nous sont pas étrangères, le dialogue s'épaissit, entre courtes envolées mélodiques et tissage savant et déroutant. Des fissures nouvelles se forment. La batterie est un électron libre, son chemin parcouru si sinueux qu'il est inutile de chercher à comprendre quelquechose. Et on se demande au passage pourquoi la grosse caisse retentit autant dans un décor si aérien…. Des morceaux devenus narratifs, des silences plus marqués, une alchimie qui donne le vertige pour un discours dans lequel il est bon de se perdre une fois les repères pris peu à peu. Des stridences qui viennent étoffer le quotidien et l'instrumentation habituelle. Qui reviennent sur " phosphorescence de l'arbre mort ", pimentées par un semblant de voix lointaine et inquiétante. Cet album a quelquechose d'intemporelle. Sans accroche, troublant et au sens caché. Un truc qui s'enroule autour de votre conscience et prend possession de vos défenses. La décomposition, la mort et toute la vie qui va avant. La fluidité du geste, une tristesse latente, une ancienne trace d'angoisse. Cheval de Frise évolue vers des sphères nouvelles, le temps du mûrissement. Et si ce dernier album n'a pas toute la fraîcheur et la spontanéité du premier, il n'en demeure pas moins un objet rare qui fera son trou par sa propre force mystérieuse.
SKX (04/02/2003)

CHEVAL DE FRISE/RROSELICOEUR
" l'agonie dans le jardin / no twist at the end " - 7
Ruminance 01
Vinyl jaune. Pochette transparente. Trois gros doigts tous sales pour un split single qui va laisser une empreinte bien agréable. Le duo, le groupe, le truc du moment, c'est Cheval de Frise. Toujours guitare acoustique énervée et batterie qui file des varices. T'en meurs dans ton jardin. Ce morceau, c'est la classe, c'est comme leur album. Ne passez pas à coté de Cheval de Frise! Avec Rroselicoeur, je découvre. Un trio de Reims, lui aussi instrumental. Les éléments rentrent en action peu à peu. La pièce musicale se dessine lentement. Il est question de piano, de batterie, de boucles, de mélancolie, de tensions qui grimpent, d'électricité qui se lâche, de contenue malgré tout. Godspeed You Black the Black Emperor! en ligne de mire. Mais leurs armes, leur sensibilité bien à eux pour un titre qui frappe juste et qui en appelle d'autres... Excellent split où on cause qualité musicale en toute simplicité.
SKX (15/05/2001)


CHEVAL DE FRISE
"s/t " - CD
Sonore 00
Une incidence de musique. Une rencontre heureuse entre une guitare acoustique et un batteur, aux environs de Bordeaux, une rencontre qui n'a besoin de mots pour s'exprimer. Le langage de ces deux instruments se suffit, se complète, s'emmêle, tisse des liens tout à tour fluides ou à contresens. La musique de Cheval de Frise au grand galop, de folles embardées vers l'avant avec cette je-ne-sais-quoi touche de classicisme, à l'image de leur pochette rétro et ces noms de morceaux fin de siècle (''Langue hasté'', Incliné et chenu'', ''Un pont et des eaux noires limoneuses''). Un mariage de feu entre les gammes acoustiques de hautes volées d'une guitare branchée sur le courant alternatif, entre les compliqués Gastr Del Sol et les sautes d'humeurs d'un Don Caballero. La batterie suit les mouvements, insuffle une énergie hardcore ou apprivoise les silences, discrète et aérienne. Des pointes de mélodies qui jaillissent, du rythme, c'est enlevé et concis. Un exercice impressionnant sans démonstration aucune. Juste une guitare et une batterie j'vous dis, une putain d'énergie et un souffle épique qui emporte l'adhésion. Un galop d'essai des plus réussi.
SKX (16/11/2000)
CHEVREUIL/ROOM 204
" s/t " - split 7"
Ottonecker / Effervescence 03
Nantes fait front. Alors (à l'heure) où les duos se ramassent à la pelle, les chevronnées Chevreuil passent à trois. Formule intérimaire ou contrat à durée indéterminée, l'adjonction de ce second guitariste donne en tout cas de l'épaisseur et du naturel qui revient au grand galop. Un "commando" (c'est le titre du morceau) qui donne de l'ivresse et ouvre des portes à leur math-rock-noise en mal d'horizon. Je vote pour le CDI. Room 204 reste à deux mais fait autant de raffut. Un "purmoket" qui ne la fume pas. Bien au contraire, Room 204 parti au Black Box studio à Angers avec Peter Deimel aux manettes, revient avec force et conviction. Musique en pleine effervescence qui se donne de l'air et de la marge vers un style tout en alternance mais définitivement plus rock, noise et tranchant. No spleen dans ce split parfait d'osmose et tourner vers l'avenir.
SKX (31/12/2003)
CHEVREUIL
" sport " - Lp
Ruminance 01
Flexion. On nous promet du sport. Chevreuil. Duo original et rencontre osée entre une guitare et une batterie. Tout ça du coté de Nantes. A mi-chemin entre l'exercice individuel et le sport co. Rotation. Equilibre précaire naviguant entre deux bornes que tout le monde se plaît à reconnaître comme étant Storm and Stress et Shellac. Storm and Stress pour la guitare, sa libre expression, ses notes éparses, ses boucles qui s'empilent, qui tournent en rond et finissent par lasser parfois à trop se ressembler. Shellac, c'est pour la batterie, vous l'aurez compris. La charpente, solide et souple à la fois, le tonus, la vie, ce à quoi on se raccroche. Qui pète à la tronche plus d'une fois. Musique minimaliste pour sûr, expérimentale, où la symbiose guitare-batterie reste à perfectionner. La guitare notamment qui mériterait d'exploser un peu plus, d'être moins discrète. Ca joue parfois chacun dans son camp. Lâcher la bride. Le champ d'investigation reste large, les ressources multiples. C'est prometteur mais on attend que ça éclate de l'intérieur, de la vie, de la sueur pour que, vraiment, il y ait du sport et qu'on en perde vraiment notre souffle.
SKX (10/04/2001)
CHEVREUIL
" ghetto blaster " - CD
Ruminance / Ottonecker 01
Chevreuil, jeune animal nantais dont le troupeau se résume à deux unités (guitare électrique et batterie) sort une nouvelle fois de sa réserve avec ce deuxième album au titre flinguant "ghetto blaster". Les travaux de la veille (leur précédent album est encore tout frais) sont repris là où on les avait quittés. Les deux bornes comparatives Storm and Stress et Shellac sont toujours d'actualité. Mais Chevreuil sait peu à peu s'en distancer et étoffer son travail. La batterie se fait plus mouvante et moins frappante comme un coup de trique. Le dialogue avec la guitare gagne en fluidité. Quant aux constructions de la guitare, c'est par couches successives qu'elle tisse sa toile. No overdubs comme ils prennent soin de le préciser. Tour à tour mélodique ou répétitive, par superpositions et pédales delay, elle capte ou perd l'auditeur en route. Des compositions qui optent pour un chemin périlleux, qui illuminent votre route mais qui peuvent aussi se révéler casse-gueule et vous donner l'impression d'être dans un labyrinthe sans fin. L'intérêt ainsi fluctue en route. Entre passages réussis, débuts de morceaux prometteurs et d'autres où on aimerait qu'ils se passent quelquechose, que violence se fasse, que les promesses aperçues ne se dilues pas en route. Une tension crée, sous-jacente, crispante. Le chemin est là, on hésite encore à s'y engager franchement mais l'attirance est pressante. Le premier album est d'un seul coup très loin. Le chevreuil est un animal à la mue lente mais sûre.
SKX (11/12/2001)
CHEVREUIL
" Chateauvallon " - CD
Ruminance / Ottonecker 03
Prolifiques Chevreuil. Troisième album en pratiquement autant d'années. Le duo guitare-batterie nantais a le vent en poupe. Tellement fort qu'ils ont franchis l'Atlantique pour atterrir à Chicago et se payer les services de Steve Albini himself. Bigre ! Et ça s'entend dès le premier coup de baguette asséné. Ce son inimitable de la batterie, qui enfle, net, ample et orgueilleux. Ca va chauffer du bois sec ! Sauf que la recette ne se modifie guère. De pédales delay en boucle en couches superposées, la guitare tisse sa toile, coince des bouts de mélodies entre ses cordes, se transformant en courts instants en riffs qui tuent. La batterie dessine ses carrés, pose son jeu sans perdre de sa force pour gagner en fluidité, toujours plus, avec son compère le guitariste. La marque de fabrique de Chevreuil est désormais bien connue. Avec toujours ce coté froid et cette retenue dans le dernier geste. Le mystère du château sans doute. La visite est courtoise et agréable. Avec ses pièces remarquables et des chambres secondaires. De là à en faire une demeure éternelle, il y a un pas que je ne franchis toujours pas.
SKX (26/08/2003)
CHISEL DRILL HAMMER
" s/t " - CD
Hefty records 99
L'instrumental a encore de beaux jours devant lui. Enième groupes US dont le chanteur est resté sur le carreau, CDH est plutôt du genre élève calme de la promotion. Rien à voir avec les fougueux Don Caballero, même si le degré de technicité reste élevé. Ca déroule peinard, les sauts d'humeurs rares, sans donner dans le mou. Jazzy sur les bords. Mais juste sur les bords. On aimerait parfois plus de nerfs, histoire de se dégourdir les jambes. De la retenue et de la classe, voilà ce que nous propose ce jeune groupe. Et c'est ma foi pas désagréable....
SKX (19/10/1999)


THE CHROMATICS
" Chrome rats vs. Basement ruts " - CD
GSL 03
Chromatics, à coup de trique, un pied dans le punk des années 80 qui sommeille chez beaucoup de groupes américains actuels, l'autre dans le fondement de John Spencer pour lui soutirer du cocotier ses derniers leurres d'énergie brute. Chromatics, c'est pas fait pour polir les angles, c'est sec et ça gratte. Une basse dont l'écho résonne encore longtemps une fois raccrochée. Dub vous avez dit ? Oui, mais dub à chien alors ! Le patron de la casbah. Compos décharnées, derniers soubresauts avant extinction des feux. La vibration d'un enregistrement live, maigrelet mais affûté comme un coyote affamé. Chromatics a le blues déchirant, la maladie des villes, livides, blancs filasses à blousons noirs, fracas des voix ou carrément dans le caniveau après le dernier verre/joint au choix. Seize morceaux près de l'os, la quintessence, sucer jusqu'à la moelle de leurs aïeuls, juste pousser encore un peu plus loin. Merveilleuse danse macabre qui pèle le jonc le temps d'une saison. Pas de quoi crier au loup non plus.
SKX (10/11/2003)
COLOSSAMITE
" economy of motion " - Lp
Skin Graft 98
Eclatant un style d'un premier album déjà fortement secoué, ce quator de Minneapolis est un fil électrique furieux qui fouette nos sens entre sprints cacophoniques tendus et un désespoir sans rien d'artificiel. 3 guitares et quelques bidouillages plus tard, la sensation qui ne nous a jamais quittée - mais la pression externe est forte - de détenir un disque noise décisif. La sensation que les pôv types qui s'évertuent à suer sur leurs manches de guitares savent encore en tirer inventivité et explosion brûlante. Rien que ça vous redonne le sourire pour 10 ans, ça dépasse tout débat. La guerre des machines n'aura pas lieu. Si vous aviez un doute sur l'avenir de la noise, écoutez Colossamite !!
SKX (01/05/1999)

COMBAT WOUNDED VETERAN
" Duck down for the torso " - CDEP
No Idea 02
Quelle ne fut pas ma surprise en écoutant ces quatre titres! Je suis loin d'être un spécialiste du Combat Wounded Veteran. Leur discographie est pléthorique et parsemée sur une multitude de labels obscurs. Mais allez savoir pourquoi, je gardai de ce groupe américain une image/cliché de " petit groupe punk/hardcore bourrin " sans grand intérêt. Alors j'avoue mon ignorance ! Je ne sais pas si évolution phénoménale il y a ou pas. Mais ce dont je suis sûr, c'est que ces 4 titres sont monstrueux. Un son percutant, ça joue dans la cour des grands. Leur hardcore/noiserock est sombre, n'emprunte pas les chemins habituels. Ca navigue pas loin de Pg 99, Playing Enemy ou Gob. De grosses lignes de basse vous font valser. Le dernier morceau vire carrément expérimental. Incisif, costaud sans être abrutissant, ce CDEP est une révélation. Je fais mon mea-culpa et vais de ce pas tenter d'écouter plus attentivement leur passé tout en guettant avidement leur futur !
SKX (08/11/2002)
CONEY NOISE
" ensuing and preceding " - 10
12 Pylons records 98
Neurasthénie. C'est le 1er mot qui vous vient direct à l'esprit. Quelque Chose comme de l'abattement ressort de ce 5 titres. Où tout est sous-jacent, exprimé à demi-mot. D'eaux troubles entre noise minimaliste et rock moderne allemand tel qu'on l'entend du coté de Kollaps Musik. Un disque d'ambiance avant tout. Plus proche de l'implosion que de l'explosion. Un charme troublant et terriblement accrocheur pour un enregistrement énigmatique, hors du lot.
SKX (20/04/1999)

CONVERGE
" jane doe " - CD
Equal Vision 01
Quelquechose d'insolemment sauvage. Les trois premiers titres viennent à peine de s'écouler (comme la lave peut se répandre), je suis déjà sur les genoux. Mon atmosphère enflammée. Converge, déjà icône de son vivant, déjà référence pour toute une meute de suiveurs qui n'attend qu'un faux pas de leur maître pour le piétiner sans pitié. Pas de sursis! Mais dans ce tumulte copulent, Converge montre des ressources. Sur cet album, c'est toute la panoplie convergienne qu'ils nous fourrent sous le nez. Bien chaude et variée. L'équation idéale entre les envolées timbrées à la Today is the day, perverses et maladives, et un hardcore, l'essence du hardcore, direct, sans fioritures, les doigts dans la prise mais jamais simple. La surchauffe, la panique. Converge magnifié, encore mieux, encore plus haut, plus fort, complet et haletant du premier au dernier morceau. A l'efficacité redoutable. Où on aurait pu craindre une surenchère de torture mentale, la multiplications de rythmes et que je te fais un contre-rythme et que je te berlificote des parties différentes à n'en plus finir, mais Converge a su garder le cap. En ajoutant une dose d'urgence et de folie. Je sombre au plus profond de cet amas compact et jouissif. Du grand art que cet guérilla.
SKX (07/11/2001)
CONVERGE/HELLCHILD
" deeper the wound " - Lp
Bastardized 01
Pour faire débourser le fan qui sommeille en vous, le label allemand Bastardized a eu la bonne ou malheureuse idée (tout dépend de quel coté de l'enclume on se situe) de sortir ce split album avec les très coté en bourse Converge. De chaque coté, un seul inédit (dont celui de Converge qu'on retrouve sur leur nouvel album!). Une reprise. Depeche Mode pour Converge. Bulldozer pour Hellchild. Et des morceaux live. 3 pour les Amerloques. 2 pour les Japs. Faites vos comptes. Les jeux sont faits. C'est bon, t'es déplumé! Surtout que la face Hellchild n'usera guère mon saphir. Leur grind-hardcore, malgré l'inédit pas inintéressant, tâche pour pas cher et racle les fonds de casseroles. Avec Converge, l'objet du délit, l'inédit, même s'il reste excellent, ne le restera donc pas longtemps. Avec la reprise de Depeche Mode, lente et surprenante musicalement par rapport à la panoplie habituelle de Converge, on n'a pas de quoi se rouler par terre non plus. Par contre, les trois live frappent juste et fort. Le son est là. Une bonne suée en attendant une prochaine visite. De ce split qui sent le réchauffé, il reste le graphisme signé de l'excellentissime Derek Hess, bien diabolique avec le disque tout en couleurs tacheté rouge gouttes de sang. Et le type sur la pochette qui se fait tiré dessus, ça serait pas un peu nous qui nous serions fait entubés...? (www.derekhess.com)
SKX (17/10/2001)
THE CONVOCATION OF...
" s/t " - Lp
GSL 00
Convocation pour un énième nouveau projet. Tonie Joy, boss de Vermin Scum, avec une carte de visite grande comme ça : Born Against, Universal Order of Armageddon, The Great Unravelling. Que des groupes dignes d'intérêt. Et son nouveau trio ne déroge pas à la règle. On retrouve cette même capacité à créer des climats au calme apparent, façon UOA, à la sourde tension, aux montées vénéneuses. Sauf que exit les relents de vomissures punk, le droit au but dans ta face. Un format rock-noise. La part du lion à la guitare. Bavarde, omniprésente qui s'intrique, soutien le projet et s'appuie sur une rythmique solide. On ne verse jamais dans le rouge, plûtot tendance à rajouter une couche d'arpèges supplémentaire, à garder un aspect impénétrable et touffu, sans éviter quelques longueurs et notes en trop. Une masse compact et riche à l'intérieur. Ya pas à s'en faire, c'est du costaud et du bon. Tonie Joy garde le fil conducteur tout en proposant du neuf sous la dent. On en a connu des qui vieillissent plus mal !
SKX (13/03/2001)

THE CONVOCATION OF....
" pyramid technology " - CD
Tiger Style 01
Le fameux Tonie Joy (au petit jeu des ex-quelquechose, il est sur le podium, jugez plutôt : ex Moss Icon, Born Against, Universal Order of Armaggedon pour ne citer qu'eux!) revient avec sa bande d'indécrottables rockeux. Leur précédent et premier album était fort séduisant. Mise à part quelques - rares - touches psychédéliques, cet album était convaincant de bout en bout. Hélas, c'est ce coté qu'ils ont décidé de mettre en avant sur ce 2ème album! Ca commence en fanfare par une bonne vieille pédale wah-wah qu'il n'abandonnera... qu'à la fin du 9ème et dernier morceau! Et quand il est pas de la pédale, Tonie Joy abuse de la guitare, de soli toujours limite et de parties de guitares dans l'ensemble pas très bien inspirées. La section rythmique derrière pourtant assure, bien sauvage et brute, tire vers le haut. Les morceaux sont pas foncièrement mauvais... On peut pas dire ça... Certains comme "crimson king's deceit" ou "eternal dreamtime" méritent même une forte mention. Mais ya toujours un moment où le Tonie Joy se prend pour Hendrix et là, c'est le gâchis. L'aide d'une chanteuse sur "recognize" ne sauve rien. Bien au contraire. De débuts noise-rock très prometteurs, Convocation of... vire à un rock psyché qui se veut primaire, à un Come au masculin et besogneux. C'est pas avec ça que Tonie Joy continuera à laisser son empreinte dans le monde du rock où il semble qu'il aimerait enfin qu'on lui reconnaisse ses talents de guitariste. Ca sent le vieux sous ses allures de djeuns!
SKX (20/11/2001)
CORNUCOPIA
" s/t " - CD
Autoproduction 00
Le vide, rien de corrosif, même dans le sommeil. Ca s'annonce pesant. Gros grains des guitares. Rythmes qui s'enfoncent. Voix grêleuse. Le départ soulève l'intérêt. Pas de quoi s'exciter le manche, mais on se dit pourquoi pas. Et pis, peu à peu, ça dérape, ya un solo qui arrive, les riffs se font de plus en plus gras, ça s'enlise sévère. Ce qu'on prenait pour du rock-noise bâtard dérape vers du grunge graisseux et si on repasse parfois du bon coté de la barrière, celle qu'on veut bien se fixer soi-même, la dose prescrite est dépassé depuis longtemps et l'abandon du camp inévitable. L'Allemagne nous a déjà donné beaucoup mieux et ce trio tout sous la main pour nous offrir autre chose que cette mélasse.
SKX (26/09/2000)
COUNTDOWN TO PUTSH
" handbook for planetary progress " - CD
The Mountain Cooperative 99
(c/o Countdown to Push PO BOX 3146/Steinway Station/Long Island City 1411103/USA / countdowntopush@yahoo.com)
Elément nécessaire. De l'écriture à la source sonore, Countdown to Push allie le verbe et la musique dans un livre-CD, papier recyclé forcément. On ne sait si c'est la partie écrite qui est le prolongement du propos musical ou inversement, mais les deux se complètent à merveille. Une cinquantaine de thèmes abordés par ordre alphabétique, un peu de discipline merde et l'embarras du choix. La famille, la cigarette, le capitalisme, le straight-edge (et ils sont 'dans plutôt à fond), la sodomie (n'a aucun rapport avec le thème précédent), le vélo ou Frank Zappa. Opinions personnelles et engagées cher au mouvement hard-core dont est issu ce groupe. Le droit de réponse existe et ils vous engagent vivement à l'utiliser. Et la musique dans tout ça ? Eclatée répondrais-je! Et très ouverte, c'est pas pour me déplaire. Une base hard-core/emo mais fine et fracturée par des fulgurances free-jazz, des saxos qui partent en liberté, un didgeridoo au souffle apaisant, une guitare sans dissonance, un chanteur qui n'est pas venu pour rien, énervé ou en mode narratif dans une même seconde prolongée. Original et rafraîchissant dans l'approche, 11 titres à contre-courant. Et en guise de fin, une longue interview d'un certain Jafar S. Hamzah, un Indonésien militant pour qu'on cesse, en gros, de casser les couilles à son peuple qui a le droit au respect comme tout le monde! Je sais pas si ce " livre va faire progresser la planète " mais s'arrêter pour réfléchir un instant en écoutant une musique adéquate ne peut pas faire de mal!!
SKX (27/12/1999)


COUNTDOWN TO PUTSH
" ideas for the living and willing to act " - CD
Ebullition 01
Countdown to Putsh, c'est la tête et les jambes. Le nerf de la guerre et le chant de la dernière chance. La musique pas que pour le plaisir de la musique. Après un premier CD livré avec un livre glossaire sur leur quatre vérités, ce trio de Long Island revient avec un 2ème album enfoui au milieu d'un copieux fanzine. La résistance américaine au grand jour. Paru avant les attentats du 11 septembre, Countdown to Putsh ne manque pourtant pas d'épingler l'impérialisme américain, la crétinerie de leur président, la peine de mort, le libéralisme et autres sujets à la mode. A travers des essais, commentaires politiques ou interviews, le sérieux dévore ces pages mais ne s'épargnent pas un peu d'humour sur fond de parodies et de photos détournées bien senties. Avec, pour l'anecdote, quelques chroniques de disques, mais uniquement des albums dont l'enregistrement n'a pas excédé six jours! Countdown to Putsch est un groupe viscéralement hardcore, aux opinions bien tranchées. A prendre ou à laisser. Et la musique est indissociable de l'écrit. Mais c'est loin d'être prévisible comme certains de leurs commentaires. Countdown to Putsch fait preuve musicalement d'une grande ouverture d'esprit. Si la base est h ardcore, école Fugazi, un hardcore sec et nerveux, presque minimaliste mais très virulent, ces 15 titres s'écartent régulièrement d'un chemin que l'on croyait tout tracé. Faute à des cuivres (trompette et saxo) dans lesquels soufflent avec passion les trois membres du groupes. Faute à un esprit expérimental et contradictoire qui aime casser les structures et les conventions. Ca éclate dans tous les sens, entre véhémence et parties fines, entrecoupé de discours, histoire d'en rajouter une couche si vous avez oublié de lire le zine. Un hardcore très hybride, plein de cris et de soupirs, de stridences et de culot. Countdown to Putsch se démarque singulièrement des productions actuelles et rafraîchit l'air en attendant la prochaine révolution....
SKX (27/11/2001)
CRAVING
" The European Trick " - CD
blu Noise (Lp version by Blurr records) 00
N'y allons pas par quatre chemins. Surtout quand ils mènent tous à Chicago ! CRAVING, pas à son premier essai, est Allemand et sur ce nouvel album, laboure les terres de Jesus Lizard et Shellac. Un faisceau lumineux balayant des terres conquises jadis par des troupes en bout de courses désormais et eux, sur l'extrême rebord, persiste, joue les équilibristes mais torche d'un revers de main les influences, toujours trop encombrantes hein et au diable, c'est pas ça qui va les empêcher de faire du bordel. Donc Craving s'en tire à bon compte, trouve ses propres mélodies malgré des sons de basses connus et des airs de batteries déjà rythmés. A l'heure où Jesus Lizard a mordu la poussière et où Shellac tourne en rond, on aurait bien tord de bouder un plaisir simple et efficace !
SKX (17/07/2000)

CRAW
" bodies for strontium 90 " - CD
Hydrahead 02
Le retour de l'enfant prodige. L'impensable miracle auquel on ne croyait plus. Le groupe culte par excellence, qui sème dans l'ombre et ne récolte que des courants d'air. Car si Craw va apparaître à un grand nombre de personnes comme un nouveau groupe débarqué de nul part, les plus vieux d'entre nous vous radoteront sur le ton de l'admiration combien Craw est grand, comment Craw est monstrueux et draine dans son sillage une secte restreinte mais fidèle et dévouée à leur cause. Ainsi, il n'est pas surprenant de les retrouver sur le label en vogue Hydrahead. Ces petits gars de Boston ont sûrement leurs disques en chevet. Nombre de groupes qui font les choux-gras de la scène hardcore (au sens large), Botch en étant un des plus beaux fleurons, ont sûrement écouté un jour ou l'autre ce groupe de Cleveland. Et demandez à Oxes à l'occasion ou feu-Unwound ce qu'ils pensent de cet obscur groupe!! Tout le monde les connaît mais personne n'en parlait, de peur que ce joyau ne vienne leur faire de l'ombre! Même l'apôtre de la noise n'y coupe pas. Steve Albini, producteur de leurs trois premiers albums, a pour eux les yeux de chimère.
Tout a commencé en 1993 avec un 1er album autotitré. Puis l'année suivante avec "lost nation road" et "map monitor surge" en 1997. Depuis, silence radio. Il aura fallu un split 45 avec Sicbay fin 2001 sur Obtuse Mule pour que l'espoir renaisse. Entre temps, un groupe en suspend. Un guitariste sur les deux fait ses bagages. Un batteur, la machine infernale Will Sharf, qui patiente au sein de Keelhaul. Anxieuse attente au cours de laquelle on se demande à quelle sauce Craw va nous dévorer. Et puis le fardeau tombe. Nous ne rêvons plus. Craw est bien là, bien conscient, tout autour de nous. Affûtés jusqu'à l'os. Craw n'a jamais été avare de son temps. Les compostions avaient l'habitude de dépasser les cinq minutes. Les albums approchaient de l'heure. Cette fois-ci, Craw se concise, revient au pas de charge. Cinq années de silence et le couteau entre les dents. Ne plus perdre de temps. Craw, une usine complexe où on retrouve pêle-mêle de façon unique : le meilleur de la noise (Jesus Lizard, Dazzling Killmen, Rapeman), l'énergie du hardcore, une architecture ambitieuse, progressiste, de longues montées d'adrénaline, des murmures stressants. Une part d'ombre. Un bloc mystérieux. Cette fois, Craw raccourcit son propos. Mais l'affolante dynamique, dont le batteur est la pièce maîtresse, continue de nous mettre à genoux. Un sens du rythme tout en puissance et en finesse, véritable tour de force. Une guitare disparaît, encore faut-il le savoir! Une qui plaque le rythme. L'autre mouvante et perfide. Et Joe Mctighe, chanteur qui mime la folie, fait le yoyo entre les aiguës et la gravité d'un propos décousu. Craw a élagué ses passages dangereusement calmes pour ne garder que le nerf. Le son compact (par Bill Korecky) n'a rien perdu de son ampleur. Au contraire. Bref, l'attente n'a pas été vaine. Après deux albums sur Choke Inc., un troisième sur leur propre label (Cambodia), mon tout étant très mal distribué et en faillite, espérons que ces leaders méconnus profitent de leur venue sur Hydrahead pour enfin connaître le succès et la reconnaissance qu'ils méritent. Espérons également que ce groupe prennent enfin la route pour des tournées plus nombreuses qu'à l'accoutumée. Un groupe très occupé professionnellement, dont les apparitions sont rares, y compris aux Etats-Unis. Ne vous demandez plus pourquoi personne ou presque ne les connaît! Alors, en attendant une hypothétique venue, foncez sur leur discographie et bouffez votre CRAW quotidien. Amen!
SKX (19/09/2002)
CRAW/SICBAY
" space is the place / challenger " - split 7
Obtuse Mule 01
Pas de précipitation sur le jugement dernier! Car si ce split single vient juste de sortir et marquait le retour officiel de Craw après trois ans de silence, ce morceau a été enregistré à l'époque où Craw comptait dans ses rangs deux guitaristes. Avant que l'un deux ne fasse orphelin l'autre. Pour connaître le nouveau cru de Craw, il faudra définitivement attendre l'album sur Hydrahead. Qui, comme toutes les bonnes choses, sait se faire désirer! Patience donc avec cet inédit qui n'est pas un fond de tiroir. Un bon vieux Craw des familles. Fier et pétaradant. Les princes du noise-core. Sicbay présente des symptômes similaires. Un titre enregistré à l'aube de leur vie. Là où tout était urgence et bruit. Un grand morceau de Sicbay avant que l'album ne les montre sous un visage plus mature mais tout aussi intéressant. Une belle rencontre entre monstres sacrés.
SKX (05/09/2001)

CREAM ABDUL BABAR
" the catalyst to ruins " - CD
At A Loss 01
Prendre au sérieux un groupe portant un tel patronyme, c'est pas gagner d'avance. Mais un éléphant, ça trompe énormément et la seule écoute de leur musique suffit de vous convaincre qu'ils ne sont pas les rois de la gaudriole. Ca saigne à blanc. Du volume, de l'emphase, le chanteur a les crocs, ça peaufine les angles avec un synthé pour enrichir la sauce. Et là, au fond du couloir, ne serait-ce pas un brin de cuivre?! Cream Abdul Babar, à l'instar de Breach, est inclassable. Ni hardcore, ni noise, pas tendance mais pas hors-normes non plus. Des relents de Neurosis dans les moments les plus calmes, des couches d'Hell No / Die 116, un réel savoir-faire dans les accroches, le babar est un malin. Il se glisse dans plusieurs peaux mais rend le tout compact et très cohérent. Un groupe finalement bien de son temps. L'espace n'est pas grand mais suffisant, connu mais où le déplacement y est plaisant. Du solide sur lequel on peut foncer tranquillement, le babar est là pour longtemps!
SKX (03/04/2002)
CREEPS ON CANDY
" wonders of giardia " - Lp
Alternative Tentacles 99
Dès les premières mesures, vous savez que vous avez mis les pieds dans un terrain miné où vous allez éprouver moultes jouissances à vous y péter la tronche. Que vous êtes pris à la gorge et que la danse sera trépidante et convulsive. Pour résumer, la facilité serait de creuser un trou pour ce quatuor texan entre Steel Pole Bath Tub et Jesus Lizard avec Jon Spencer comme feu follet rock et sauvage. Un bon dieu de trou! Et surtout n'oubliez pas de bien clouter les planches. Un grand trou rigolard, un putain de bordel pour niqueurs fous, un trou béant, vertigineux, à perdre la tête, prêt à déborder sur les tombes voisines. C'est tellement vivant là-dedans! Ces lignes de basses féroces, ces cris inassouvis, ça respire, ça tumulte! Chaque titre s'enfile et par derrière à une vitesse déboussolante. Pas un seul moment d'ennui, de mauvais goût. Le label de Jello Biafra ne s'y est pas trompé, le jackpot au bout des bras, l'effet de surprise en plus, mettez-y le paquet!!
SKX (15/11/1999)
CRESTFALLEN
" s/t " - CDEP
Robotic Empire 03
Les hauts de hurlevent. Un bon coup de trombone (c'est une image) dans les bronches, des coups de pieds au cul pas perdus pour tout le monde. Crestfallen, hardcore mon amour, hardcore toujours avec un esprit bien punk derrière toute cette rage. Elevé au grain, en pleine nature, Crestfallen n'use d'aucun gimmick actuel à la mode, point de synthés à l'horizon, que du vrai, du pur jus dans une production idéale si on veut pas passer pour des couillons. Dommage qu'un ou deux passages révèlent un amour du metal, ça gâche le plaisir. Pour les addicts du numérique, deux reprises cachées à la fin du CD. Minor Threat le " human fly " des Cramps. Anecdotique mais révélateur de leur univers musical. Simple, efficace, " punk rock " comme ils disent !
SKX (23/12/2003)
CULT OF LUNA
" the beyond " - CD
Earache 03
Un mammouth vient de s'inviter à table. Une puissance occulte d'un autre âge véhicule par tous les pores de ce disque. Cult of Luna, c'est suédois. " The Beyond " est leur second album. Earache, le retour, héberge le monstre. Si les éléments du décor sont répertoriés, Cult of Luna a su transcender le style et offrir un agencement de premier ordre. Neurosis (époque " enemy of the sun "), Breach (époque " it's me god "), inutile d'aller chercher plus loin, sont leurs deux mamelles nourricières, une seule écoute suffit pour s'en convaincre. Et dans ces belles pièces de boucherie, ils n'ont gardé que le meilleur des morceaux. Vous avez le lyrisme sans la grandiloquence. Vous avez la noirceur sans cesse illuminer. La puissance de feu sans l'enrayage des machines. Ces moments de béatitude ou le pire est à craindre. La lourdeur qui fait décoller. Et pour ce genre de bête de guerre, une production qui leur sied au teint, riche et dense, où chaque brin de note, même dans le chaos le plus véhément, vous parvient dans toute sa splendeur. Ca déboule de tous les cotés. Une avalanche de sons ne laissant aucune saleté derrière elle. L'impression continuelle d'étouffer et pourtant, jamais vous n'avez eu autant d'espace pour respirer. Il faut être forcément d'humeur pour s'enfiler ces 75 minutes remplie jusqu'à la gueule mais la délivrance est au bout. Une pure merveille. Le culte de la lune peut commencer.
SKX (18/03/2003)
THE CUTTHROATS 9
" anger management " - CDEP
Reptilian 01
Chris Spencer continue de faire le ménage autour de lui. Exit Dave Curran, déjà bassiste au temps de Unsane. C'est Mark Laramie, second guitariste sur le premier album de Cutthroats 9, qui reprend la basse. Et du coup, la formule trio est de retour. A moins que ce soient les membres qui partent d'eux-mêmes. Fatigués de jouer toujours la même chose. Fatigués de conjuguer à l'infini ses riffs sanglants, ces ambiances oppressantes qu'un beau jour de 1989, un trio de New-York répondant au doux nom de Unsane érigea en sainte bible. A ce rythme là, Chris Spencer va devenir le Joey Ramone de la noise. Et tous ces auditeurs, des vieux cons qui vieillissent mal! Mais voilà, quand on est tombé dedans tout petit, difficile de s'en remettre. Et de ce plat à l'allure indigeste, j'en veux bien à toute heure! Ce nouveau 6 titres continue ainsi de labourer les terres d'Unsane. Ni mieux. Ni moins bien. Juste tout pareil. Avec ce bémol par rapport au 1er album de Cutthroats 9, la musique perd un tantinet niveau son. Sans doute la perte d'une guitare au passage. Pour le reste, je suis toujours à genoux, indécrottable. La chaleur nocturne ruisselle des façades. La sensation angoissante d'être toujours suivi par la même bête. Sans oser, par orgueil, presser l'allure et regarder son passé dans les yeux, tout en souhaitant parvenir au plus vite au bout de la rue, où circule la foule rassurante.
SKX (12/03/2002)
CZAPSKI
" s/t " - CD
Rock'n'roll Charity Hospital 03
Une descente mystérieuse en provenance de Lille. Un bout de carton avec pour seule info un patronyme sur lequel se casse la langue et évoque le lointain. Le voyage risque de se faire dans le brouillard. Treize instrumentaux, impressionnistes, fugaces, qui passent déposer leur petite graine, tout plein d'instruments, mélodica, cordes à pleurer, acoustique, distorsion électrique. Tour à tour, c'est Sonic Youth, Bästard, Yann Tiersen ou Pascal Comelade dans la façon ludique d'approcher certaines compositions. Références clinquantes que Czapski ne fait que titiller. Minimaliste avant tout et fait avec les moyens du bord. Ca regorge d'idées mélodiques, de petits trucs sur lesquels on se raccroche avec plaisir. Ca part dans tous les sens et en même temps, cet album ne s'épargne pas des longueurs. Manque une impulsion, une force centrale qui ferait le lien entre tous ces bouts de morceaux. On reste en dedans, ça ne décolle jamais vraiment. Une musique idéale pour la bande son d'un film à coup sûr expérimental. Un road-movie qui tourne au ralenti dans des couleurs floues et bigarrées. Renseignement pris, un membre de Milgram sévit dans ce projet musical. Un ange passe. Une musique dans le fond. Pas sûr de très bien entendre. Czapski avance à pas hésitant. Un brin de ménage et le fil rouge apparaîtra.
SKX (08/10/2003)
THE CUTTHROATS 9
" s/t " - CD
Man's Ruin 00
On se demande pourquoi. Pourquoi Chris Spencer, guitariste-hurleur d'UNSANE et Dave Curran, le second bassiste de ce mythique groupe, ont décidé de changer de nom de groupe alors que leur musique n'a pas bougé d'un iota, que c'en est confondant de similitudes?! Vraiment je comprends pas pourquoi.... On ne leur en aurait vraiment pas voulu! Mais bon voilà, va falloir faire avec et on ne va surtout pas bouder notre plaisir. Mis à part la pochette, changement de taille tout de même, qui ne fait plus dans le gore mais qui est encore loin de donner dans le romantisme, c'est du UNSANE tout craché. Et du grand cru. Avec un deuxième guitariste pour donner encore plus de consistance. Ca rappellerait presque le Unsane des débuts, les couilles rabattues, le micro au fond de la gorge, les rythmes qui pètent, sinon que l'approche générale dans le son reste un peu plus rock que bruitiste. Bref, Chris Spencer a toujours autant la haine. Et quand on connaît l'histoire qui se cache derrière le morceau "you should be dead", on le comprend.... Un Chris Spencer laissé pour mort sur le pavé viennois en Autriche, il ya 2-3 ans de ça, roué de coups par trois brutes épaisses, sans raisons apparentes. Cassé, brisé, défoncé de partout, ouvert de la tête au rectum pour tout remettre en place, il s'en sortira miraculeusement après un paquet de mois de convalescence. Et la seule chose que lui répéteront les médecins : "vous devriez être mort". Alors si ce Cutthroats 9 est le signe d'un nouveau départ, une façon comme une autre d'oublier ce douloureux passé, il se fait sous les meilleures auspices et on lui en souhaite des biens longues et des biens bonnes encore.
SKX (10/04/2001)

C.Aarmé
Self-titled CD
Burning Heart 2004

Sur la foi d'un seul titre, j'étais prêt à leur donner le bon Dieu en confession ! Sur leur premier 45, " tu puta mi casa " avait tout de la bombe. Un sprint cours et incisif, à reprendre en coeur. Plus qu'à voir si ils étaient taillés pour la route. Après défilement au pas de charge de leurs 15 titres, ça reste leur meilleur morceau. Et de loin. L'étendard mélodique est en berne. A croire qu'ils avaient déjà tout donné sur un seul morceau ! Un rien sévère sans doute. Leur punk-garage au son tout distordu est diablement efficace. Et c'est pas une surprise tombée des cieux d'apprendre qu'ils viennent de signer sur Epitaph pour les USA. Binairement droit devant, C.Aarmé ne s'embarrasse de chicanes qui pourraient entraver leur folle course. C'est diablement simple et c'est bien pour ça que, si vous n'avez pas la bonne petite mélodie, le gimmick qui tue, ça reste bon mais plat. Toujours la même chose. A retenir quand même des morceaux comme " moron " ou " the gag ". Mais emballé tout ça avec un poil de provocation, un chanteur Johnny belle gueule, une pose étudiée et une bio dont on ignore la véracité (" on a fait mine d'être mort pour éviter le service militaire en se cachant pendant un an dans les forêts suédoises ") et vous avez tout de la recette qui marche. Reste à savoir de quel bois ils sont véritablement faits, chêne authentique ou contre-plaqué, et cet amuse-gueule en attendant pour se faire les dents.

SKX (10/07/04)
website groupe c.aarme.lofi.org
website label www.burningheart.com
sounds tu puta mi cas.mp3 | gasmask.mp3

C.AARMÉ
Tu puta mi casa - 7"
Deleted Art 03

Un groupe qui défie toutes les tendances actuelles. On peut venir de Scandinavie (Suède exactement) et ne pas faire du JR Ewing, du Breach, du Refused, du hardcore bien made in USA ou encore du metal qui tâche. Sans pour autant donner dans le folklore du pays! C.Aarmé connaît sûrement tous les standards du punk. Ils promettent de faire voler les vitres en éclats lors de leurs concerts. Ces quatre titres ont le calibre pour frapper les esprits dès la première écoute, surtout " Tu puta mi casa", morceau phare, économe et tube indé assuré. Jessie Garon est à la voix et c'est le genre jeune chien fou. C'est prêt de l'os, auquel il faut rajouter un feeling rock à la John Spencer et on s'étonne que le gros label hardcore Burning Heart les signe pour leur premier album. Sauf si ils ont senti le vent venir et tout le potentiel du groupe. Alors laissez tomber The (International) Noise Conspiracy à la réputation surfaite et misez votre kopek sur C.Aarmé, ils crèveront toujours bien assez tôt.

SKX (12/02/2004)
website groupe
http://c.aarme.lofi.org
website label http://www.deletedart.org
sounds
http://www.deletedart.org/audio/c.aarme_-_tuputamicasa.mp3

Cerberus Shoal / Alvarius B
The Vim and Vigour of - split CD
North East Indie 2003

Deuxième volet de l'aventure Cerberus Shoal et ses amis! Alors que le premier split album voyait les protagonistes proposer des morceaux chacun dans leur coin, la collaboration devient ici beaucoup plus étroite. Six morceaux en tout mais deux fois les mêmes. Chacun donnant sa propre version, qu'ils soient à l'origine de la compo ou non. Mais si on peut parler au pluriel pour Cerberus Shoal, il faut employer le singulier pour ce qui semble être un mystérieux projet solo d'un certain Alan Bishop (du groupe Sun City Girls) et rebaptisé Alvarius B... Ce gaillard a la voix de Leonard Cohen. Autant vous dire que ça rigole pas dans les chaumières. Derrière c'est pas la fête non plus et sa musique a de quoi plomber plus d'une soirée. Un minimum d'instruments mais il trouve le moyen de partir en couille sur "Ding", écrit à l'origine par Cerberus Shoal. Les deux morceaux suivants sont ces propres compos. Tout seul avec sa voix plaignante et sa guitare acoustique. Autant vous dire que l'atmosphère se réchauffe pas et qu'on a pas très envie de le suivre sur ce terrain là. Par contre, quand Cerberus Shoal reprend "Blood Baby" d'Alvarius B, c'est fête au village. On dirait De Kift quand ils balancent entre mélancolie et envolée musicale avec trompette et désillusion. Sur la reprise suivante, ils se servent principalement de samples de conversations de bistrots et le soufflet retombe. Enfin, ils délivrent leur propre version de "Ding". Une longue pièce de 18 minutes. Ouïlle! C'est une fille qui pousse la chansonnette, le ton est toujours aussi triste mais ne donne pas pour autant l'envie de se flinguer. Et elle n'arrête pas de chanter, chanter, chanter et même si on l'aide, que l'ambiance s'enrichit de bidouilles, je ne vous conseille pas d'aller jusqu'au bout! Cerberus Shoal ne fait définitivement pas dans la facilité.

SKX (03/04/2004)
website groupe www.cerberusshoal.com
website label www.northeastindie.com

Cerberus Shoal / Herman Düne
The Whys and hows of - split CD
North East Indie 2002

Cerberus Shoal a entamé en 2002 (il est temps de se réveiller!) toute une série de split CD avec des groupes, toutes nationalités confondues, qui ont partagés une scène avec eux et leur ont tapés dans l'œil. Cerberus Shoal, c'est de l'Américain. Découvert par un album sur le label marseillais Pandemonium, ils œuvraient dans un esprit musical proche de Tortoise, sorte de post-rock touffu avec tout plein d'instruments (et pas convaincant du tout!). Un groupe assez atypique, qui révèlera bien d'autres facettes lors de ces enregistrements suivants et plus à leur avantage. Avides de découvertes, ce n'est pas surprenant de les retrouver embarquer dans ce projet de collaboration tous azimuts. Les premiers à s'y coller sont les Français de Herman Düne. Vive l'amitié franco-américaine! Mais vu le style de Herman Dune, il faut se pincer pour croire qu'ils viennent du pays des fromages qui puent! Folk-rock, harmonica compris dans l'emballage, leurs quatre titres sonnent plus roots que n'importe quel péquenot du fond du trou de l'Arkansas! Mention spéciale tout de même à l'envoûtant "that woman is a murderess" où ils délaissent un temps les santiags crottées et les chapeaux de cow-boys pour un titre tout Velvetien. Cerberus Shoal garde aussi une approche acoustique de l'affaire mais enrichit l'instrumentation. Chants multiples tout à l'unisson, mélodie en boucles, c'est le printemps qui s'invite! Vous coupez tout ça avec des interludes entre chaque titre et vous avez une collaboration qui se déguste à l'ombre dans un hamac.

SKX (03/04/2004)
website groupe www.cerberusshoal.com
website label www.northeastindie.com

Cerberus Shoal / Guapo
The Ins and Outs of - split CD
North East Indie 2003

Guapo est le troisième groupe a partagé les affres de la création avec les Américains de Cerberus Shoal. Notre trio anglais commence le bal par un morceau de près de 20 minutes. Et 20 minutes plus tard, on attend toujours que quelque chose se passe. Une interminable plage ambiante, avec quelques ondulations d'intensité mais il va bien falloir que cet avion finisse pas décoller! Bon, tant pis, prenons le vol suivant. Cerberus Shoal s'y colle également pour un long, très long voyage. Ya bataille avec Guapo pour le césar du meilleur morceau ambiant. Les armes sont différentes mais à mon applaudimètre personnel, tout le monde se fait recaler! On finit ce difficile CD par Guaperus Shoalo, projet commun où les deux groupes copulent et autant vous dire que l'accouchement est prise de tête. En gros, vous prenez les qualité des deux premiers morceaux, vous mélangez et pour la suite, je vous laisse deviner! Des morceaux expérimentaux pour le seul plaisir d'expérimenter. La facilité sans la créativité. Que ce troisième chapitre est laborieux!

SKX (03/04/2004)
website groupe www.cerberusshoal.com
website label www.northeastindie.com

The Chinese Stars
A rare sensation - CD
Three One G 2004

Réunion au sommet d'anciens Arab on Radar et Six Finger Satellite, ces stars chinoises ont troqué leur shuriken à lames tranchantes pour les pistes enfiévrées du samedi soir. Après s'être fait les dents avec un maxi " Turbo Mattress " sur Skin Graft, ils optent pour 31G et un premier album qui cède à la tendance actuelle. Une basse bien ronde et mise en avant, une batterie qui est faite pour vous remuer les fesses. L'axe du rythme, jusqu'à être appuyé par des claquements de main, The Chinese Stars opte pour l'option " dance ". A l'instar de nombreux groupes depuis deux, trois ans, The Chinese Stars, à partir d'une base rock et noise, se pervertit, revêt le strass et les paillettes, un poil d'années 80 et c'est parti, ça chauffe à blanc, comme un soupçon de !!! (Chick chick chick) dans les cendres de Arab on Radar. Heureusement, la guitare est là pour nous rappeler qu'on a bien à faire à un groupe de rock. Jeu inventif et original qui à partir de trois fois rien vous pond des accroches acérées. Dommage que son travail soit mis en retrait. Le rythme, toujours le rythme. Enfer et damnation. Quant à la voix de Eric Paul, elle tend à se diversifier, trouver d'autres échappatoires qu'à l'époque de Arab on Radar. L''harmonie avec l'orchestre. " A rare sensation " est un album qui fait bouger, se tortiller, difficile de rester insensible au dictat de la pulsation rythmique qui sommeille en nous. Da là à leur emboîter le pas jusqu'au bout de la nuit… The Chinese Stars subit la mode au contraire d'un Arab on Radar qui apportait une vraie touche d'originalité. Il suffirait d'exploiter les talents du guitariste, de le mettre en avant, ne pas succomber au chant des sirènes, pour rééquilibrer la balance rock/dance de ce groupe qui possède un réel talent de compositeurs au-dessus de la moyenne et ne pas se fondre dans le moule. Agréable certes mais risque de dissipation des effets une fois la saison terminée. Et les gueules de bois, personne ne les aime.

SKX (07/11/2004)
website groupe www.thechinesestars.com
website label www.threeoneg.com
sounds Passing_out_nails.mp3

Chromatics
Plaster Hounds - Cd
Gold Standard Laboratories
04

Chromatics, réduction d'effectif. Mué en trio avec la racine Adam Miller (guitare/voix), un nouveau bassiste Nat Sahlstrom et le pas né de la dernière pluie Ron Avila qui a traîné ses baguettes au sein de Antioch Arrow, Get Hustle, Holy Molar et Final Conflict. Réduction tout court. Vers le décharnement. Minimalisme de la batterie et pourtant omniprésente et principale. Tout comme la basse aux atours toujours bien rond et dub, phagocytée de l'intérieur. Chromatics se débarrasse de tout le surplus, nous renvoie un pied dans le passé de New-York avec ses fils damnés Suicide et encore plus loin Silver Apples, duo mythique de la fin des années 60 dont Chromatics reprend le morceau " Program " en fin d'album. Un duo précurseur, tout ce que n'est pas Chromatics si on se réfère à ces références encombrantes (il y en a d'autres), qui laisse tomber The Fall du premier album pour retomber dans un autre piège. Mais tout ça n'a que peu d'importance ! Car le trio sait aussi insuffler un souffle rock comme sur le très bon " ice hatchets ", apporter un peu de chaleur dans une ambiance générale claustrophobique, lâcher la guitare sur " garden ", avare le reste du temps, en retrait de la rythmique inquiétante. L'espace dans les compos de Chromatics, notion importante. Le vide autour, la mort qui rode. Chromatics a tout du groupe qui se cherche, période de transition au-delà d'influences qui finiront bien par devenir secondaire. Dans l'attente, " Plaster hounds " ravive la flamme et plutôt de belle manière.

SKX (19/07/04)
website label www.goldstandardlabs.com

Circle Takes The Square
As the roots undo - CD
Robotic Empire 04

Le hardcore prend la tangente. La logique est bafouée. La ligne droite se brise sur le cercle. Ce cercle infernale qui ne cesse d'avancer et d'apporter son grain de sable à l'édifice. Ce jeune groupe américain originaire de Géorgie prend le hardcore pour bible, sa véhémence, ses textes et le dilate de l'intérieur. Sans user d'un attirail musical aussi riche que Neurosis, restant plus prêt de la base, CTTS n'en modifie pas moins la donne de ce cher hardcore. Les compos sont éclatées. Un ouragan d'émotions contradictoires. Un duel chant masculin/féminin qui fait beaucoup dans la passionnara de ce premier album. Le mec possède une urgence dans le grain de sa voix, une pulsion paranoïaque qui ne laisse pas de glace. Mâle éructant aux multiples brisures. Une œuvre dense et ambitieuse mais proche du terrain, explosive et aérienne, distillant avec justesse des plages de calmes inquiétants. On pense parfois à l'ambiguïté du dernier Submission Hold, ce truc insaisissable qui rend ce disque original, puissant et fragile.

SKX (24/02/2004)
website groupe www.circletakesthesquare.com
website label www.roboticempire.com
sounds www.hxcmp3.com/bands/1606

Converge
You fail me - CD
Epitaph 2004

C'est sur une sobre partie de guitare que débute cet album de Converge. " First light " est son titre. Courte introduction annonciatrice de jours nouveaux que semble confirmé " last light ", terrible morceau, un des meilleurs qu'ils aient jamais composés. L'angle est rock. Ecorché et rageur certes, comme ils savent si bien le faire, mais à la saveur différente de leurs habituels brûlots. D'une certaine manière, toute en retenue bouillonnante avec le genre de mélodie à la guitare qui vous monte au ciboulot. Kurt Ballou semble en grande forme. Suivent quatre salves dans la grande tradition Converge. Deux minutes de moyenne pour cracher tout leur venin. Ils connaissent la recette (et nous aussi). Ca marche à la perfection. Quelques minutes plus tard, on reprend son souffle par " you fail me ". Leur face sombre et tourmentée reprend ses droits. On se demandait après trois ans de silence dans quelle direction Converge allaient nous embarquer. Il semble qu'ils n'aient pas réussi à trancher. Entre leur punk-hardcore chaotique dans ta face et leur démons intérieurs où ils dévoilent toute leur fragilité et leur douleur, leur cœur balance. La trame acoustique du très beau morceau " in her shadows " appuie encore plus cette ambiguïté. Avant de repartir combattre des moulins à vent avec toujours autant de véhémence. Qu'on se dise bien que Converge est à la base un groupe hardcore. Il semblerait juste que dans ce domaine, ils aient tout dit. Leur salut passe sans doute ailleurs, par une prise de risque plus grande dans des compos s'éloignant de leurs débuts, à l'image du morceau d'ouverture " last light ". Il n'en reste pas moins que, même si les trois-quarts de l'album ne surprennent pas, ils sont toujours et encore les maîtres du genre. Maintes fois copiés, initiateurs d'un style, leurs compos tiennent toujours le haut du pavé sur le reste de la meute et rien que pour ça, cet album est encore un sacré bout de musique. Un truc tout noir qui brille dans la nuit, une sourde déflagration à l'impact contrôlé dont la virulence est moindre mais les ravages encore profonds.

SKX (03/10/2004)
website groupe www.convergecult.com
website label www.epitaph.com
sounds blackcloud.mp3 | eaglesbecomevultures.mp3

Cult of Luna
Salvation - CD
Earache 2004

Quand on a devant soi un mastodonte, on se demande comment va se dérouler sa croissance, est-il possible de faire encore plus lourd et plus extrême. Cult of Luna a décidé de se mettre au régime et ne nous refera pas le coup de " the beyond " deuxième version. A l'image de Neurosis (grande influence du groupe suédois, jusque dans l'évolution donc) ou du dernier Isis, Cult of Luna allège la recette. Incluant de façon permanente et plus visible un type aux claviers/samples, les Suédois travaillent sur les ambiances et tendent à laisser respirer leurs compositions. Le mastodonte dégraisse. Loooongues plages introspectives, passages ambiants où le vent des steppes tétanise les muscles, le metal d'origine se mue parfois en une matière que ne renieraient pas nombre de groupes post-rock, genre Godspeed You Black Emperor, le plomb dans les semelles en plus. On jurerait même entendre parfois un vulgaire groupe indie-pop des années 90 ! Le mastodonte se veut séduisant. Pour autant, il n'oublie pas ses anciennes manières, le déchaînement des passions et les étincelles qui font tout exploser, mais là encore, sans la virulence d'antan et de manière presque trop prévisible. Le riff est lourd et avare, ça tourne en boucle pour un effet hypnotique je suppose. Les mélodies que les guitares essayent de mettre en avant n'ont rien de transcendant. La grosse caisse bat du trois temps à la minute pendant que les cymbales cinglent l'air. Seule la voix typée hardcore n'a pas changé d'un iota. Ca n'a rien de désagréable à l'écoute mais dans ces moments d'inquiétantes béatitudes, les longueurs sont monotones et " Le Grand Bleu ", même de couleur abyssale, ça n'a jamais été ma tasse de thé. Où certains voient de la profondeur et de la beauté, je n'y vois que le vide qui se cache derrière. Après la richesse et la folie de " the beyond ", ce troisième album ne possède pas la verve créatrice de son prédécesseur ( car les armes pour y parvenir sont secondaires en fait). Mariage pour le meilleur et surtout pour le pire entre le hardcore/metal de leur jeunesse et une musique planante d'un nouveau genre. Un album en demi-teinte et en fin de compte soporifique. Les Pink Floyd du metal.


SKX (14/11/2004)
website groupe www.cultofluna.com
website label www.earacherecords.com
sounds leave_me_here.mp3

C
Universum - CD
Free Dimension 03

C est, à l'image de son nom, énigmatique. Une lettre et tout plein de possibilités. Un groupe et 36 musiques. La base a beau avoir quelque chose de rock dans les gènes, l'album s'ouvre quand même sur un morceau à forte consonance dub. Pas un dub de puriste, mais le rythme de la basse est suffisamment marquant pour que le sourcil se fronce. La suite donne droit à une guitare vrillante, une batterie qui file droit, la basse rentre dans le rang et un clavier, membre à part entière, pour le gimmick (comique) de service. Mis à part une voix féminine sur " ekpellant ", C est un groupe instrumental, au point de nommer une chanson " lyrics are never more important than the music ". Profession de foi qui part dans tous les sens. Le liant dans tout ça en fait, c'est un truc hypnotique qui émane de toutes les compositions. Qu'elles soient à consonance (post) rock, pop ou psychédélique, il y a dans l'air comme un truc qui tourne, un effet de boucles qui est le cœur de C, l'os sur lequel on plante ses crocs, l'énergie à laquelle on se rattrape. Ca manque pas de nerf et d'attrait. C'est même là leur principal (unique ?) atout. De là à les suivre et les écouter en boucle… Ya comme un effet de groupe en répète qui se tape un bœuf, des arrangements limite (merci le clavier), un coté rock seventies avec ses effets modernes pour faire jeune. C'est en progrès par rapport à leur premier maxi " Dep " mais c'est pas encore ça. C aime brouiller les pistes et perd l'auditeur en route.

SKX (13/01/2004)
website groupe www.freedimension.cz/c/indexeng.php
website label www.freedimension.cz
sounds www.freedimension.cz/audio/indexeng.php

Caesura
Wallpaper the witness - CD
Birds go south 2004

Caesura est un trio de San Francisco, révélé en 2003 par un brillant album, " more specific, less pacific ", sur 54° 40' or Fight! records. La digne lignée de toute une frange de groupes noise comme l'Amérique sait si bien en produire, de Mission of Burma à Sonic Youth. Retour à la case départ. Birds Go South, le label de leurs premiers singles, sort ce deuxième album. Comme un signe qui ne trompe pas. Car ce nouveau disque est loin de la qualité du précédent. Tentative d'ouverture vers un punk à la Minutemen. Rythmes savamment dosés entre tendance funky/dub, ronde et presque dansante ou plus traditionnellement rock. Les guitares perdent de leur volume et par la même occasion de leur splendeur. Le plus stressant reste la voix, pleine de tics et de manières qui défrisent, comme un truc qui tombe là par hasard et hélas pour elle, c'est jamais le bon endroit. Caesura garde suffisamment de métier pour offrir de belles joutes soniques, casser la machine, se présenter au bord du précipice mais là encore, l'inspiration est majoritairement déficiente. Catalogué trop vite groupe math-rock, Caesura est aux confins de nombreuses influences et cet album apparaît comme un brouillon. Ils ont la technique et le talent mais là, la sauce ne prend pas du tout. D'ailleurs, ils ont décidé d'un commun accord de suspendre leurs activités. Rien de sûr et de définitif mais mieux vaut arrêter là les frais pour l'instant !

SKX (09/01/2005)
website groupe www.caesura.org
website label www.birdsgosouthrecords.com
sounds Success.mp3 | Tax27d.mp3

Capillary Action
Fragments - CD
Pangea 2004

Voilà un disque de dingue ! L'œuvre d'un américain de 18 ans qui entre deux cours, a enregistré tout ce qui lui passait par la tête, dans des salles de cours laissées vacantes par des lycéens qui n'étaient sûrement pas prêts à entendre ça… Jonathan Pfeffer a des goûts tellement variés qu'il lui a été impossible de faire un choix. Vous avez donc de tout. Vraiment de tout sur ce " fragments " qui porte bien son nom. Sans blague. On passe du math-rock à des rythmes samba. D'affreux riffs metal à une ambiance jazzy avec piano de salon. Des ambiances seventies, du hard-rock qui tâche, du noise rock bien calibré, du prog-rock d'un autre âge, de l'expérimental boutonneux et du trash de même qualificatif. Pas un morceau ne ressemble à l'autre. Quand il ne met pas tout dans le même morceau. Dingue je vous dis ! Parfois, ça fonctionne à merveille. D'autres, c'est complètement risible (et je pense pas qu'il y ait un second degré hélas). On croirait entendre un de ces horribles disques dont personne ne veut que l'on retrouve plus soldé qu'un disque en solde dans une braderie de quartier le dimanche. Ce jeune qui n'en veut joue pratiquement de tous les instruments. Il a du talent, c'est indéniable. C'est son prof de musique qui doit être content. Mais c'était pas obligé d'en faire un album. Le ménage s'impose. En attendant que tout ça mûrisse tranquillement, profitez de ce cours sur l'histoire de la musique gratuit et rigolo comme tout !

SKX (11/04/2205)
website groupe http://www.capillaryaction.net
sounds tickingghosts.mp3 | ahundredpages.mp3

Chariots
Congratulations - CD
Troubleman 2005

Les chariots de feu, c'est Travis Bos, l'ex-hurleur de Song of Zarathustra, qui nous ressort la symphonie. Tant pis pour ses nouveaux compagnons de jeux, mais ce nouveau projet va être irrémédiablement estampillé Song of Zarathustra. Non seulement parce qu'on retrouve cette voix à l'identique mais la musique apparaît comme une évolution logique du dernier album de SOZ. Son ami le synthé est mis en veilleuse mais il est tapit dans l'ombre, bondissant à bon escient, se faisant entendre sans qu'on y prête attention. Une bande-son bien énervée, toutes guitares dehors. Le sens du swing. Le truc qui trace, rutilant, la classe voir le classicisme d'une musique qui connaît ses fondamentaux, ne les transcendent pas mais les exécutent de façon magistrale. Poing levé, le cou désarticulé, dix titres homogènes, la mélodie qu'on oublie jamais. On ne peut que succomber. Retour en force.

SKX (12/03/2005)
website groupe www.chariots-music.com
website label www.troublemanunlimited.com


Cheval De Frise
La lame du mat - CDEP
Ruminance 2005

La lame vient se briser une dernière fois sur nos maigres récifs. Les deux de Bordeaux ont décidé de mettre un terme définitif à leur collaboration. Un fameux duo comme on dit un fameux trois mats. Une paire qui aura marqué la scène française. Une personnalité et une musique à part, loin des modes, seuls sur leurs galères à tenter l'improbable fait musique. Au petit jeu toujours stupide des influences, bien malin qui pourrait mettre des noms tout en faisant l'unanimité. Leur tour de force aura été en deux albums filants de créer un univers personnel, devenant par là même, Ze influence pour une pépinière de groupes à venir. Leur rayon musique s'étalent entre d'obscures groupes contemporains et musiciens classiques au patronyme imprononçable et tiré à 43 exemplaires et une extrémité rock dans laquelle versent Craw et autres avatars noise-rock adeptes de la déstructuration systématique et bruitiste. Cheval de Frise en aura tiré une musique tendue et solennelle, brute et noble, des éléments contradictoires qui éclatent les certitudes. Un groupe au naturel, en autarcie dans son propre monde (chassez le naturiste, il revient au bungalow). Cheval de Frise avant de monter sur les planches, c'était aussi stressé qu'un troupeau de Miss France avant l'annonce de la lauréate. Les planches sublimaient leurs compositions. Les portes émotionnelles de leur univers étrange s'ouvraient sous la lumière. Des insectes pris dans les feux et qui s'emballaient, névrotiques et généreux. Avec tout ça on en oublierait presque de parler de leur dernière offrande. Anachronique comme leurs titres de morceaux qui en l'occurrence pour ce disque n'existe pas. La pochette porte le deuil du groupe. Noir et blanc. Sobriété coutumière. Parti faire une escapade l'été dernier chez les Américains pour une série de concerts, ils en ont profité pour enregistrer cinq morceaux avec Jay Pellicci (musicien émérite de Dilute) et invité John Dietrich (Deerhoof, Gorge Trio, Colossamite) gratouillé sur le morceau d'ouverture. Cette fois ci, pas d'erreur de mastérisation (pour la petite histoire, le second album a été pressé sans que l'erreur n'ait été remarquée d'où un son particulier. Il a depuis été corrigé. A vous de tomber sur la bonne copie !!). Le son respire les grandes étendues dans lesquelles s'attarde toute la mélancolie d'un dernier galop. Glisse dans les silences sa tristesse fin de siècle, ses volutes de guitare et sa rythmique recherchée et limpide. On ne saura jamais de quoi aura été fait leur futur mais ces compos augmentent la frustration. Dans leur quête perpétuelle de nouvelles pistes sonores, Cheval de Frise avec ces cinq titres semblent en adéquation avec leur exigence quasi-monastique de compositeurs pointilleux et le souffle rock qui les sublime. Après un " Fresques sur les parois secrètes du crâne " qui marquait un nouveau départ encore non abouti, " La lame du mat " les montre sur le bon chemin, ouvre de nouvelles portes qu'ils referment subitement. Fauché en pleine course. Le cheval ne défrisera plus et c'est bien dommage !

SKX (09/04/05)
website label ruminance.free.fr

Clogs
Stick Music
Brassland/Talitres 2004

Clogs est une formation hybride à plus d'un titre. A moitié australiens et américains, ces membres sont tous issus de formations classiques mais on largement mis de l'eau dans leur breuvage d'école pour proposer une lecture du style plus moderne. Dans ce cas là, on parle de neo-classique en référence aux Rachel's (groupe incontournable du genre qui fait avaler la pilule de la musique classique à tous les bourrus du rock comme moi), neo-classique donc (qui est au classique ce que le neo-metal est au metal, autant dire que ça doit se marrer dans les salons feutrés), étiquette bâtarde qui situe bien le problème des Clogs. Une entité musicale qui puisse sa source à différents puits. Le classique (n'en déplaise aux puristes), à la musique minimaliste chère à Arvo Pärt, au post-rock dans la droite lignée de l'écurie Constellation records et toute une frange de musiques du monde, qu'elles proviennent de l'Orient ou de l'Europe de l'Est. Après un premier album " Thom' s night out " (2001) très comme il faut avec la raie sur le coté en bons élèves appliqués, le second " Lullaby for Sue " (2003) les montrait sur le chemin de l'indiscipline avec des cassures pour briser la monotonie. 2004 ne bouleverse pas le paysage mais Clogs arrivent à donner de la profondeur à sa mélancolie. Recentrés autour des cordes avec le duo de compositeurs Padma Newsome (violon) et Bryce Dessner (guitare) et mettant en veilleuse le trombone, Clogs s'enrichit d'une palette de couleurs plus chatoyantes. Le violon qui vous berce l'oreille, une partie de cordes pincées qui renvoie vers Gastr Del Sol, un air indoue, des ombres planantes aux confins de l'abstraction, la musique de chambre sans la dentelle, l'éclat un peu jauni. La lumière reste blafarde. On sort rarement du rang mais Clogs possèdent un indéniable touché pour peu que l'on apprécie l'intimité des boudoirs et le romantisme nouveau, trouvant la ressource nécessaire pour ne pas glisser vers le feutré, tendre la corde, la rendre belle mais inquiétante. Une musique à écouter entre chien et loup. Ni en colère, ni suicidaire. Apaisé, prêt à se laisser aller vers des rêveries d'un autre âge.

SKX (02/01/2005)
website groupe www.clogsmusic.com
website label www.brassland.org | www.talitres.com
sounds pencil_stick.mp3

Complete
All systems go - CD
North Post 2004

C'est le genre de comparaison dont ils doivent souper. Difficile de ne pas citer pourtant Lack à l'écouter de Complete. En plus, ils sont danois comme eux et nourrit au même breuvage hardcore/rock'n'roll sauvage que Botch, en grand maître de cérémonie, a engendré, les fils spirituels se multipliant comme des petits pains. Les travaux de Complete s'humanisent, perdent de leur rigueur hardcore entendue à leur début pour s'ébouriffer aux vertus mélodiques et rectales d'un rock'n'roll toujours là et prompt à embouché les plus conciliants. Bien dans l'air du temps, ce deuxième album respire le grand frais et s'en tire avec les honneurs. Le refrain qui accroche, le souci du riff qui va transcender la composition, le bon ton, le juste ton, tout est en place et bien en place. On passera rapidement sur quelques fautes de goût. Le syndrome du " guitar hero ". Pour la surprise, vous repasserez. Reste que tout ça est bien agréable à l'ouïe et à moi aussi.

SKX (29/01/2005)
website groupe www.completeband.dk
website label www.northpost.dk
sounds died_like_a_hero.mp3 | uterus.mp3

Conelrad
A final dissolution - CD
New Addition Media 2004

Conelrad tire son nom d'un programme gouvernemental sous l'ère Reagan pour informer les gens des mesures à suivre en cas d'attaque nucléaire (et oui ça m'arrive de lire les bios des groupes !). Un raccourci pour vous présenter ces deux grands enfants de la guerre froide : Jeff Gretz à la batterie et Adam MacGregor à la guitare, ces deux énergumènes nous faisant le plaisir de nous faire partager leurs jolis grains de voix. Un duo atypique qui s'adonnent plus aux joies du metal que l'habituel math-rock technique. Jason Jouver (Don Caballero/Creta Bourzia et désormais dans Microwaves) a beau avoir enregistré la bête, l'approche de Conelrad lorgne plus vers un Dillinger Escape Plan sans les plans foireux et casse-couilles que votre ribambelle de groupes mathématiques. C'est du costaud et du saignant. Ya pas de basse mais on jurerait en entendre à maintes reprises. La voix vous chatouille les coups de poings. Conelrad flirte avec les clichés métal sans jamais y mettre les deux pieds. C'est parfois un peu lourdingue mais c'est sûrement et simplement efficace. Une bonne grosse avancée de CRS en tutu. L'image est osée certes mais résume assez bien la situation pour le moins équivoque. On ne va pas chercher la petite bête. Du métal inventif et joyeux dans un format inhabituel. Mais on sait depuis belles lurettes qu'il n'y a pas besoin d'être douze pour conclure un assaut. Dissolution finale.

SKX (10/04/05)
website groupe www.conelrad.net
sounds The%20Omega%20Male.mp3

Cougar
Pillow Talk - CD
Go Kart 2005

Avec un groupe en provenance de Chicago et enregistré par Albini, on pourrait enfiler les clichés. Mais ça serait se méprendre sur les intentions du Cougar. La troupe Cougar n'est pas un énième groupe noise comme la ville de Al Capone en a vu des centaines défilées. Si le son est immédiatement identifiable, la troupe Cougar est plus proche de Rocket From The Crypt que Jesus Lizard ! Huit Cougar énervés et aux dents longues avec saxophoniste et trompettiste intégrés. Une section cuivre dynamitante. Une section cuivre… euh comment dire… dynamitante aussi. Deux guitaristes chauds comme la braise. Un chanteur pour allumer la brèche et un type aux synthés pour adoucir les mœurs de ses compagnons. Bref, ce Cougar sait ce que signifie le mot " rock " et ne se prive pas de le crier sur tous les toits. De quoi faire pâlir plus d'un de ces pseudos combos rock'n'roll à la mode. On sent chez Cougar que ce n'est pas une vaine pose mais un véritable sacerdoce. On peut regretter quelques attaques de cuivres intempestives et deux, trois lignes de guitares abusives mais la rencontre entre ce rock charnel et le son d'Albini ne manque pas de caractère. Cougar cherche au plus profond la bête qui sommeille en vous.

SKX (22/10/2005)
website label www.gokartrecords.de
sounds scissitar.mp3

The Coughs
Fright makes right - CD
Load 2005

Fright makes right. Ca sonne comme arbeit macht frei non? La liberté avant tout et c'est bien de ça qu'il s'agit ici. Liberté des structures, liberté des instruments utilisés, très hétéroclites, liberté des influences, diverses et variées, à un tel point que The Coughs font l'effet d'une météorite échouée sur la planète terre. L'impact est visible. Le point d'ancrage est connu. Chicago, d'où émerge ce sextet. Percussions métalliques, voix crachée à la face du monde (serait-ce une demoiselle ?), des cuivres, une basse utilisée comme un marteau. La face industrielle du rock avec une attitude bien déjantée et libre de tout marquage. C'est du rauque et en même temps ça joue les trublions, Neptune, Headbutt avant de finir dans l'anti-chambre d'un Merzbow audible (cela reste à prouver). L'amour de la cacophonie, ordre et désordre quand les rythmes martiaux se perdent en route sous les ficelles de manipulateurs enfiévrés, cette voix qui revient sans cesse, l'hypnose des caves, faudrait songer à sortir, prendre l'air mais non, trop glauque dehors, le moteur tourne au ralentit, l'explosion est latente, tout se finit dans la saturation, Stars and stripes whatever, l'hymne à la patrie et sa déchéance. Load est devenu un spécialiste pour nous dénicher des perles noires, hirsutes, extrêmes et nous les rendre présentable. Encore un joyau de plus à leur couronne.

SKX (27/06/2005)
website label www.loadrecords.com
sounds track13.mp3

Countdown to Putsch
Interventions in Hegemony - 2xCDs
Crimethinc. 2004

La ligne directrice du parti Countdown to Putsch est désormais bien connue. Comme le soin apporté à l'emballage. De la musique certes mais toujours accompagnée d'un volumineux livret. 44 pages cette fois-ci. Le groupe New-Yorkais est très bavard. La ligne musicale quant à elle, garde le cap entre hardcore et free-jazz. Le genre à mécontenter tout le monde. Vous connaissez le refrain. Pas assez hardcore pour les hardcoreux. Pas assez jazz pour les jazzmen. Les puristes des deux camps n'ont plus qu'à retourner à leurs chères études. Uniquement basés sur l'improvisation, ces deux CDs regroupant plus de 140 minutes de musique auraient de quoi rendre sceptique. Si on vous en voudra pas de ne pas écouter ce troisième album d'une seule traite, il n'en garde pourtant une étonnante homogénéité. On a connu leurs précédents brûlots plus éclatés… Les militants d'un nouveau monde ont trouvé l'équilibre précaire entre les explosions hardcore (leurs racines viscérales) et leurs joutes libres et jazzy. Les cuivres se mêlent avec dextérité à une batterie débraillée. Le chant volontaire et en colère s'accompagne sans problème d'une douce mélopée, même funèbre, d'un saxophone. Dans improvisation, il n' ya pas eu précipitation. Rester maîtres de ses impulsions. Construire patiemment le fil de sa révolte. Des montées en puissance que ne renierait pas un The Ex épuré de ses guitares cinglantes. Countdown to Putsch a toujours opté pour un son clair, minimum de distorsions, le monde en connaît déjà assez. L'Amérique de Bush en prend plein son grade. Le capitalisme rase les murs. Du prêchi-prêcha qui n'évite pas l'enfoncement des portes ouvertes. Heureusement, la barrière de la langue a du bon. Mais une bonne gueulante de temps à autre, ça ne fait pas de mal. "Interventions in Hegemony" est un sacré monument à grimper. Des pauses sont obligatoires. Voir des périodes de creux. Mais l'ensemble ne manque ni de sel ni d'ambition. Dans le monde du hardcore (on évitera quand même de parler de jazz ici), on a besoin de groupes comme Countdown to Putsch, de groupes qui n'hésitent pas à proposer autre chose que la ligne officielle.

SKX (29/01/2005)
website groupe www.countdowntoputsch.org
website label www.crimethinc.com

Cream Abdul Babar
Covering the track marks - CDEP
Underadar 2005

Une drôle de bestiole à sept têtes. Quand elle sort, le ciel de Floride s'assombrit. Avec un nom aussi ridicule, il faut assurer derrière. Et CAB assure. Incapable de choisir son camp, nos sept gaziers tape dans le hardcore, l'industriel, une bonne couche noise et le punk, le majeur toujours bien levé. Synthé, trombone rutilant, CAB n'a peur de rien. Pour le prouver, Cream Abdul Babar présente 6 reprises censées représenter un large panel (votez pour moi) de leurs influences. Du " Burning inside " de Ministry à " Rid of me " de PJ Harvey, il existe un fossé que CAB franchit allégrement. De Jesus Lizard (" Gladiator ") à Mira, groupe planant/shoegazer à l'esthétique 4AD, c'est carrément le ravin. Ils reprennent tout ça à leur sauce. Les originaux sont parfaitement reconnaissable mais entendre la chanteur hurler de façon maniaco-perverse " spread your legs " de PJ Harvey ou la fameuse rythmique de " Gladiator " pulsé par toute la troupe a de quoi attiser la curiosité, même malsaine. Le " Born Annoying " de Helmet est par contre complètement ravagé et la reprise live de Madonna (" Material girl ") une boutade car Cream Abdul Babar n'est pas du genre poseurs à trois balles malgré tout leur attirail de méchants. Juste des bons gars à l'esprit large qui veulent rendre un hommage aux artistes qui les ont marqués. Anecdotique sans doute mais touchant également.

SKX (29/04/2005)
website groupe www.creamabdulbabar.com
website label www.underadar.com
sounds Burning_Inside.mp3

Curse of the birthmark
7''
333 recordings 2005

Après une démo remarquée qui circulait sur le net, Curse of the birthmark sort officiellement son premier disque. Un single qui va faire date. C'est de la race des grands sourds, qui ne s'entendent pas jouer sinon ils ne feraient pas un tel bruit. Prenez en gros la défonce de Arab on Radar. Rajoutez une dimension crissante et industrielle. Calez dans un coin Weasel Walter des Flying Luttenbachers aux claviers. Le résultat est des plus probant. Alibis et la stridence de son sifflet. Call yer lawyer, son cimetière à guitare, son clocher martial et son usine à gaz. Le groupe annonce un 12'' sur Deleted Art et un album, tout ça pour 2005. Passera-t-on l'hiver ?

SKX (20/07/2005)
website groupe www.angelfire.com/creep/curseofthebirthmark
website label www.333recordings.com
sounds www.myspace.com/curseofthebirthmark

The Curtains
Vehicles of Travel - CD
Frenetic 2004


Ouvrez les rideaux et découvrez un monde merveilleux. Un monde où le mot pop s'inscrit de toutes les couleurs. Un monde au parfum désuet, c'est beau, c'est charmant, oh oui, dis moi oui. De là à filer ça à des gosses, je suis pas sûr… Un effet retors et expérimental sillonne ce disque. Derrière The Curtains se cachent deux membres de Deerhoof (Greg Saunier le batteur et Chris Cohen, l'autre guitariste) ainsi que Andrew Maxwell (Open City). Forcément, tout ne peut pas être aussi parfait. N'empêche, les angles sont sacrément arrondis. Aucun des 23 morceaux de ce troisième album ne sautent plus haut plus fort qu'un autre. Effet retro, mélodies gentillettes légèrement acidulées pour ne pas trop écoeurer, bidouilles de synthés. Impressionnisme de la situation. Je reste perplexe. C'est toute la face sensible et tranquille de Deerhoof avec un bon coup de cafard derrière la cafetière. Ca m'énerve tellement qui j'irai bien me coucher.

SKX (11/04/2205)
website groupe curtains.suchfun.net
website label www.freneticrecords.com
sounds fletcher.mp3 | nite.mp3

Café Flesh
Pig on the dancefloor - CD
Furne 2005


Le Café Flesh est une entité enfumée et poisseuse. Du fin fond de la Charente, le label Amphetamine Reptile a laissé des traces plus profondes que celles d'un tracteur et comme le monde est petit ma bonne dame, le logo de feu le label de Minneapolis se retrouve apposé sur le premier album de Café Flesh. Il suffisait de demander, pas plus con que ça et Tom Hazelmeyer, le boss, a accepté après avoir écouté les bandes, simple clin d'œil et bel hommage, la boucle est bouclée. Et on comprend pourquoi il a apprécié. L'univers rock cradingue et déjanté sur les bords avec une voix à la Killdozer, un cuivre pour la touche Cows, un punk-rock plombé et bluesy à la Mule, Café Flesh a mis les pieds dans le mille. Et si ils citent également Jesus Lizard pour l'inspiration, c'est sans doute plus pour l'intensité des troisièmes mi-temps, à l'instar de leurs potes de Jarnac, Gâtechien, à qui ils répondent en retrouvant le lézard de jésus et en invitant un des membres à partager un morceau caché en toute fin de CD. Des compos qui font bloc, qu'une production adéquate permet de mettre en valeur après une démo qui se cherchait. Des lignes de cuivres qui aèrent, des rythmes qui ne relâchent jamais l'effort, tout se tient même si ça manque de quelques morceaux qui éclaireraient l'ensemble. L'énergie, les éléments à charge sont là mais on cherche l'étincelle qui embrasera tout ça d'un lumineux coup de pied dans le fondement. Solide à défaut d'être brillant mais c'est déjà beaucoup. Une musique qui sent encore trop la reconnaissance de dettes. Mais maintenant que celle-ci est acquittée, nul doute que le potentiel de Café Flesh va s'affirmer au-delà d'ornières que, de mémoire de Charentais, personne n'aura jamais entendu.

SKX (27/12/2005)
website groupe www.cafe-flesh.org
website label furne-rds.fr.st
sounds jesus_a_retrouv_son_lizard%5Bpig_on_the_dance_floor%5D.mp3 | better_sweat%5Bpig_on_the_dance_floor%5D.mp3

Charlottefield
How long are you staying - LP
Fat Cat / Johnson Family / Unlabel 2005


Charlottefield nous arrive de l'autre coté de la Manche. Voisins bretons qui végètent depuis cinq ans mais qui risquent de voir le cours des choses s'accélérer. Formation stabilisée et premier album huit titres après toute une série de singles et titres dilapidés sur des compilations. Notre quatuor frappe un grand coup. Il n'y a rien pourtant d'exceptionnel dans leur musique mais l'effet est immédiat. On va pas s'amuser au petit jeu de qui influence qui car au final, Charlottefield fait son truc tranquille dans son coin sans rien devoir à personne, brassant les styles qu'on pourrait juste se permettre de qualifier de post-punk (si tant est que ce terme à la con vous parle). Exprimant un langage que leurs compatriotes de Bullet Union maîtrise à merveille, notre découverte du jour mêle l'urgence punk et l'esthétisme de certains groupes de Dischord records, variant les plaisirs et brouillant par la même occasion les cartes entre décharges rugueuses et enlevées à toute berzingue (Nine tails, Again) et morceaux introvertis comme les sublimes A>>B et Clipper, pour finir dans le rouge le plus complet (Weevils). A écouter en boucle.

SKX (12/12/2005)
website groupe www.charlottefield.com
website label www.unlabel.net | www.jonsonfamily.com | fat-cat.co.uk
sounds fat-cat.co.uk/fatcat/release.php?id=166

Cease upon the capitol
Self-titled - CD
Impure Muzik / Tears from silence 2006

Et c'est reparti pour un tour de screamo-hardcore, ams, tram, gram, hystérique et colérique, vous connaissez la suite de la rengaine. Alors oui, Cease Upon The Capitol est un groupe de plus dans le genre. Mais bon, ils ont déjà eu la bonne idée de s'emballer dans un magnifique digipack tout coloré et avenant. Et bordélique comme leur musique à la première approche. Ce premier album collecte toutes les règles du genre. Le mec qui hurle comme si sa vie (aussi insipide que la votre je vous rassure) en dépendait. Une décharge pleine de sauvagerie, le tout-à-fond avec cette pointe de lyrisme brute comme Orchid savait l'aiguiser, voir le désespoir sauvage d'un Shikari et ces quelques moments d'apaisements pour mieux mettre en contraste les attaques frontales. Mais ya comme un truc qui fait qu'on y jette une oreille, et puis une autre encore et encore. Un cri qui force le respect, une colère qui en impose, une guitare généreuse qui finit par se démarquer du reste, des passages généralement très courts mais accrocheurs (la fin du quatrième titre par exemple), des compos qui trouvent peu à peu leur jour sous l'apparence anarchique, dessinant des contours solides et coupants. Foncièrement, ça pourrait être qu'un disque de plus, mais allez savoir pourquoi, celui là passe plutôt très bien !

SKX (27/07/2006)
website groupe www.ceaseuponthecapitol.com
website label www.impuremuzik.com | www.tearsfromsilence.com
sounds Track8.mp3

Celebration
Celebration - CD
4AD 2006

Les yeux tournés vers l'intérieur. Regard fou. Je n'ose à peine y croire. Celebration, c'est les trois-quarts de Love Life. Groupe de rock ténébreux et habité. Birthday Party et Come, ce groupe était un songe. Réincarnation sous le nom de Birdland dans un premier temps avant que le mythique 4AD ne leur conseille de changer de nom pour ne pas être confondu avec un vieux groupe anglais qui a toujours fait rire tout le monde. Signature surprise sur un label qui n'a pas la réputation de rocker. De donner dans le concret et le sulfureux. Car si Celebration a majoritairement tronqué sa guitare pour un orgue hammond et un piano électrique Wurlitzer, le trio claviers multiples, batterie et chant féminin, pour originale que soit cette formation, a le rock chevillé au corps. Rythmes tribaux (revoilà l'ombre de Birthay Party) et surtout la Katrina Ford au chant, capable de mordre, caresser pour panser les blessures, vous retourner les tripes, fendre le cœur, plainte de bête blessée et dont les réputations scéniques ne la donne pas timide. Pécheresse de la cérémonie. Mais Celebration, c'est aussi un tombé de velours noir. Un rêve lugubre dans des ballades monstrueuses qui vont font frissonner comme une jeune mariée. Des moments de grâce inouïe qui vous transportent à des hauteurs vertigineuses. Des claviers (Sean Antanaitis) et des trouvailles mélodiques constantes sur lesquelles on flotte, éperdument. Fin de siècle et décadence. Ce premier album produit par David Sitek (TV on the radio) est d'une élégance rare. Entre le cri primaire du rock et l'abandon d'une fissure ancienne. Entre la témérité, la violence intériorisée et l'arrachement, ce creux en soi sur lequel Celebration appuie de façon instinctive. Musique de rupture. Fiévreuse. Un album à se damner par terre et carrément essentiel.

SKX (26/02/06)
website groupe www.myspace.com/celebrationcelebration
website label www.4ad.com

Clockcleaner
Nevermind - CD
Reptilian 2006
The Hassler - CDEP
Manic ride 2005
Clockcleaner
The hassler - cdep
Manic Ride 2005

Clockcleaner, ça c'est du groupe. Le genre qui va secouer et faire fuir tous les kékés du rock. Qu'ils retournent à leurs disques post-rock de merde. A leur emo de mes couilles. Un groupe de rednecks sales et puants, politiquement incorrect, une bonne dose d'humour bien salace. Dix ans plus tôt et c'était sur Amphetamine Reptile qu'ils échouaient, aux cotés des affreux God Bullies et Lubricated Goat. Un langage à faire pâlir Steve Albini et tous ces Big Black et Rapeman, à faire frémir de plaisir la queue de David Yow. Un trio de Philadelphie qui commet un Nevermind, pied de nez anti-tout à tout ce que peut représenter l'autre Nevermind bien connu. Enregistré par Alap Momin, le mec de Dalek, hé oui, ce premier album est un déluge de gros riffs fumants et killers soutenus par une charge aussi basique que légère comme une volée de chars d'assauts à la conquête de ton petit cul de blanc bec. Avec une large propension à jouer du feedback, à gueuler comme un maniaque désespérément au fond de son trou à rat, à titiller des soli de guitare vicieux autour d'une indécrottable section rythmique, l'aura de cet album est unique. Le groove d'un Jesus Lizard, la morve punk-rock de tous les groupe d'Amrep, je les prends tous quand je veux, l'art de faire du bruit comme tous les grands groupes de Chicago avec l'élégance d'un Mama Tick. Jouissif à mort. Un an plus tôt, Clockcleaner s'était exercer le poignet avec un six titres nommé The Hassler sur Manic Ride records. Le son n'était pas encore si personnel mais tous les germes de leur laideur étaient bien en terre. Aussi indispensable que leur album. Ce groupe nous rappelle que le punk-rock, c'est avant tout une mentalité. Pas une histoire de putain de tatouage sur tes biceps de branleurs. Une mise en danger. Qu'importe tout le reste. Juste se foutre Nevermind à burne et basta.

SKX (15/08/2006)
website groupe www.clockcleaner.net
website label www.reptilianrecords.com | www.manicriderecords.com
sounds InTheShit.mp3 | MissingDick.mp3 | HandsAreForHolding.mp3

Condor
Do it everywhere - CD
Birds Go South 2005

Et le condor passa. Etrange oiseau rétro-futuriste dont la formule du jour consiste en une batteuse (Wendy Farina), Kurt Keppeler (synthés) et Joshua Richardson, un bassiste remplacé depuis par un guitariste, ces trois là s'adonnant aux joies du chant. Le condor prend son envol de San Francisco, ville où tout est permis, surtout quand ça touche à l'expérimentation. Confronter le rock avec la froideur d'un robot. S'enfoncer dans les années 80, Devo et le pousser dans ses retranchements avec toute l'énergie et l'intensité punk adéquate. Un dialogue inspiré entre des rythmes démantibulés et de drôles de bruits de synthés sonnant comme une caisse enregistreuse, un grelot, une fraiseuse ou un vieux truc bourré d'électronique datant du premier boulier. Humanoïde associé à une chaleur sous cutanée dont les mélodies acides se développent au grand jour si on se réfère à leur précédent album A Big One sorti sur Narnack records en 2003. Bruit de métal, froissement de tôles, velours que l'on approche sur ses gardes, compositions au taquet, douceur toute relative qui cache une propension à planter ses griffes au moment le plus opportun, c'est-à-dire, quand vous avez le dos tourné. Condor a réussit un drôle d'album, maniant avec brio tous les symptômes actuels d'une musique rock qui vit sur son passé pour le propulser vers un avenir inquiétant et foutrement attirant. Et le condor passa toujours.

SKX (22/02/06)
website groupe www.condorcondor.com
website label www.birdsgosouthrecords.com
sounds Backwards.mp3 | HereYouGo.mp3

Converge
No heroes - CD
Epitaph 2006

Le nouveau Converge vient de passer à toute allure entre mes deux tympans et j'ai rien retenu. Je réitère l'opération, encore et encore. Toujours rien. Pourtant, ça dégueule sec. Cinq morceaux pour ouvrir l'album qui jamais ne dépassent les deux minutes. Une furie Converge dans la plus grande tradition du genre. Ca devrait le faire. Mais ça ne le fait pas. L'impression d'avoir entendu ça des dizaines de fois. Converge fait du Converge. Personne n'ait mieux placé qu'eux pour se permettre ça. Sauf que cette fois ci, ils le font moins bien. Et qu'à la longue, ça lasse. Parce que, honnêtement, face aux morceaux mythiques et incandescents Distance and meaning ou Fault and Fracture de l'album Jane Doe, tous les Heartache, Hellbound, Sacrifice ou Vengeance de ce No heroes ne tiennent pas la route, ya pas l'ombre du début d'une photo ou alors on ne peut plus rien pour vous. C'est la taille en-dessous, qui fera notre bonheur si on est pas trop exigeant mais quand c'est Converge et qu'on a mis la barre si haute, on ne peut pas se contenter de cette rage qui tourne à vide. Beaucoup de bruit pour rien. Après l'habituelle entrée saignante, Converge part sur des morceaux plus travaillés, pesants et tourmentés jusqu'à échouer sur les neuf minutes du Grim heart/black rose. Construction typique d'un album de Converge. Encore une fois. Un morceau qui est le pendant des In her shadow et You fail me de l'album du même nom. Converge calme son entreprise de destruction et s'offre les services au chant de Jonah Jenkins, l'ancien chanteur des Milgram et Only living witness, pour une ballade rugueuse et laborieuse et cette voix de crooner métalleux qui donne envie de lui foutre des baffes. Puis c'est le retour du Converge classique. Là, c'est Converge qui les distribue les baffes pour une fin d'album, allez tous en chœur, habituelle, même si Trophy Scars apporte un peu de baume au cœur, une respiration dans ce vain déluge. Converge nous livre un album qui n'a rien de honteux mais franchement, c'est loin d'être la fête. Converge ne surprend plus, n'ose plus, nous rejoue les mêmes partitions avec pour ce coup, l'inspiration en berne. Gueuler le plus fort et le plus vite ne suffit pas. Il faut y mettre aussi un peu de ses tripes, de passion, se remettre en question, un don de soi pour briser la routine. Quand un groupe ne devient qu'une copie de lui-même, c'est pas bon signe. Converge, les Ramones du hardcore ?

SKX (18/12/2006)
website groupe www.convergecult.com
website label www.epitaph.com
sounds 150

Coptic Light
Self-titled - LP
No Quarter 2005

Les avions en piqué annoncent la rude bataille qui va s'engager. Par paquet de douze milles notes comme autant de bombes mais en seulement trois longues salves de 14, 10 et 19 minutes pour un interminable bombardement, Coptic Light ne laisse que peu de chance aux survivants. Mais des bombes comme ça, sur le coin de la gueule, j'en veux bien tous les jours (ou presque, il faut songer à respirer aussi). Coptic Light est une réunion de vieux soldats qui ont tous fait leurs armes dans des escadrons réputés. Le bassiste Jeff Winterberg dans Antioch Arrow, redoutable pionner du hardcore chaotique. Le guitariste Jon Fine, voltigeur chez Don Caballero. Le batteur Kevin Shea, éclaireur chez Storm and Stress. Que du gradé. Des années d'expérience au service d'une musique qui sent bon la liberté des grands espaces traversées à brides abattues et l'improvisation en direction assistée. Ca foisonne à volonté. Le batteur s'en donne à cœur joie. Il ya du Grand Ulena ou tout simplement (le rapprochement est à portée de main) du Storm and Stress et Don Caballero chez ce Coptic Light là. Après un départ furieux, le trio trouve quand même le temps de se calmer en fin de parcours avec Eat it at high school, le plus mélodieux des trois sans que cela ne remette en cause la maestria et l'énergie débordante dont fait preuve le groupe. Car même si on est à la guerre, Coptic Light est civilisé et ne se laisse pas aller à des exactions barbares. Respect des règles pour une musique noise instrumentale (et dans instrumentale, il ya mental) jouissive, véhémente et bizarrement apaisante. Engagez-vous, engagez-vous qu'ils disaient !

SKX (21/02/06)
website groupe www.copticlight.com
website label www.noquarter.net
sounds www.copticlight.com/pages/mp3.html

The Creeping Nobodies
Sound of joy - CD
Blocks RC 2006

Tout se joue au Canada à Toronto qui héberge ce groupe formé durant l'été 2001 avec un ex-Sick Lipstick. The Creeping Nobodies n'hésite pas à sauter par-dessus l'océan et venir s'inspirer des travaux de The Ex mais aussi descendre plus au sud, passer la frontière et débarquer à New-York pour venir déterrer des vieux Sonic Youth. Bref, ces jeunes gens ont bon goût et arrivent avec tout ça à créer une musique angulaire, dérangeante, neurasthénique, aiguisée et ma foi, bien personnelle au final. The sound of joy n'annonce pas, comme vous vous en doutez, réjouissances et ripailles en tout genre. Hollow stems, a hunter's will, le morceau d'ouverture, c'est ce que Sonic Youth n'est plus capable de faire pendant que l'intro à la basse du suivant Pangrammatic Window me rappelle un vieux Deity Guns (mais ça s'arrête là). Wharton Tiers leur a taillé un espace sonore aliénant, un son de la joie dans lequel le groupe se débat avec minimalisme ou à coups de cisailles. Des morceaux dépouillés et dégingandés. Des morceaux où la batterie se fait discrète. Des morceaux très connotés nos hollandais volants comme les neuf minutes de Sens of belonging avec sa cloche caractéristique façon Kat The Ex. Des morceaux où un synthé gère les trous sur lesquels se reposer. The Ex qui hante également le phrasé d'un chant où toute la bile se déverse, vous percute, adoucit de temps à autre par un chant féminin. Ce troisième album (le deuxième officiellement si on considère le 6 titres I-X-U en 2002 comme un EP malgré ses 45 minutes), c'est la rencontre du no-wave new-yorkais et de la touche européenne à la The Ex (vous allez finir par le comprendre). L'esprit négatif et le sens de l'expérimentation avec un souci de la mélodie perverse. Décapant et rafraîchissant. Ce sound of joy, c'est par division entière que j'en veux.

SKX (16/09/2006)
website groupe www.thecreepingnobodies.com
website label www.blocksblocksblocks.com
sounds treachery.mp3

Curse of the Birthmark
Welcome to hard times... you're late - 12''
Deleted Art 2005

Les temps sont durs et Curse of the Birthmark va se faire un plaisir de vous le démontrer, vous mettre le nez dans la merde et faudra dire merci encore en plus. Que j'adore ces bruits stridents, ces rythmes de pistons, ces sirènes hurlantes - à moins que ce soit les guitares - ce rock noise quasi industriel. Idéal pour s'endormir. Cinq titres représentatifs d'un esprit très tordu. Voix trafiquée en continue, crispation imminente, c'est une musique d'après bataille et broyage de chair. Trois militaires qui ne mitraillent pas à l'aveugle. Une vision acérée. Frappe chirurgicale comme au dit au JT. Cibles virtuelles et morts réels avec du vrai sang dessus. Curse of the Birthmark n'est pas là pour rire et ce n'est pas du grand n'importe quoi. Un grand groupe noise comme on n'en avait pas vu battre nos campagnes depuis des lustres.

(01/01/06 !)
website groupe www.angelfire.com/creep/curseofthebirthmark
website label www.deletedart.org
sounds show_yer_fangs.mp3

Calva
Cactus costume - CDEP
A tant rêver du roi 2008

Et c'est parti pour une tournée de Calva. Il y a des groupes qui vous facilitent le boulot, on les remerciera jamais assez. Un Calva qui ne provient pas de Normandie mais du Béarn, ça doit être l'effet de la mondialisation. Un Calva qui n'a pas eu le temps de vieillir. C'est tout jeune et ça se sent encore. Un premier EP cinq titres laissant un arrière-goût en bouche mais avec un petit goût de reviens-z-y suffisant pour une dernière lampée, ze very very last one ! Comme leurs compères de Vélooo, ce trio pratique une musique essentiellement instrumentale, dissonante sur les bords, à l'instinct et aux influences trop larges et communes pour en dissocier plus que d'autres. Vaguement baigné au rock noise américain, il en ressort une musique inégale, allant d'instrumentaux passe-partout et convenus à des titres avec du chant (les meilleurs) où l'atmosphère se tend, le ciel se couvre et le Calva devient boisson clandestine comme sur le trouble 511 Kinderheim. Calva a tout intérêt à distiller son propre liquide si ils ne veulent pas se diluer dans le marché et sa loi impitoyable, y rajouter du piment et ne pas hésiter sur le taux d'alcoolémie sous peine d'évaporation. Là encore, le label A tant rêver du roi (quel drôle de nom !) soigne ses poulains avec un digipack en deux volets qui s'ouvrent comme le Vélooo et se referment avec un bel aimant.

SKX (17/11/2008)
website groupe www.myspace.com/calvaband
website label www.atrdr.net

Capillary Action
So Embarrassing - CD
Natural Selection 2008

Capillary Action, c'est ce jeune américain de 18 ans qui avait sorti un album improbable en 2004. Un disque où il faisait tout de chez tout, au four et au moulin et même au fond de la mine. Il revient quatre ans plus tard, accompagné de trois autres musiciens à temps complet (j'ai zappé entre temps un CDEP Cannibal Impulses en 2006) et d'une pléthore d'invités au violon, violon alto, violoncelle, percussions, trombone et retrombone, saxophone et resaxophone. N'en jetez plus. Un impératif qui s'applique également à sa musique. Capillary Action brasse toujours une multitude de styles au sein d'un même morceau, du math-rock débridé façon Hella dernière mouture ou Dillinger Escape Plan (light), du rock roccoco à la Need New Body, de la musique classique, des plans jazzy (littéralement), de big bands (mais n'est pas Fœtus qui veut), des musiques du monde (mais ne me demandez pas d'où), des airs de Mariachi, une tonne de trucs que les limites de ma culture musicale ne permettent de définir et du chant pour la première fois sans qu'aucun genre ne prenne le dessus sur un autre. Un véritable tour de force de mixer tout cette smala, une performance technique et un mal de tête assuré pour enchaîner des plans qui n'ont rien à voir entre eux. C'est pas pour ça qu'on crie au génie. Le résultat est plus cohérent qu'il y a quatre ans. Les plans ados boutonneux sont laissés au rencard. Capillary Action a trouvé de la cohérence dans sa débauche, ce n'est plus le grand n'importe quoi mais ça reste encore too much et pas toujours très inspiré. L'impression qui prédomine reste une pop ultra-baroque durcissant parfois le ton, l'emmenant dans des régions exotiques ou des clubs enfumés. Mais tout ça manque singulièrement d'âme et d'émotions. So embarrassing, effectivement.

SKX (24/07/2008)
website groupe www.myspace.com/capillaryaction
website label www.myspace.com/naturalselectionrecords

Celebration
The modern tribe - CD
4AD 2007

La joie aura été de courte durée. Le temps d'apprendre la sortie de ce deuxième album. Le temps qui sépare l'excitation de cette nouvelle et le mouvement du doigt vers la touche play. On reprend pourtant les mêmes éléments (l'orgue, la batterie et le chant de Katrina Ford pour instruments principaux), le même producteur (David Sitek de TV on the radio), le même label plus tout jeune, tout pareil qu'en 2006 et une écoute discrète pourrait presque faire croire que musicalement, rien n'a changé. Sauf une donne très importante. Les ex-Love Life ont oublié toute la noirceur qui faisait leur beauté. C'est une version édulcorée que le trio de Baltimore nous offre. Une version pour Trax, pour bobos branchés. Ce disque est tout ce qu'il y a de plus agréable. La ribambelle d'invités (Nick Zinner de Yeah Yeah Yeahs, toute la troupe de TV on the radio) sont bien élevés, ne font pas un bruit plus haut que l'autre, ne bouleversent l'ordre établi. L'orgue égrène tranquillement ses mélodies, une basse un peu rondelette fait son apparition et la guitare sait se faire tranchante malgré ses faibles apparitions. Les arrangements sont pléthores et travaillés. Non franchement, c'est professionnel. A l'apéro, vous y glisseriez bien un doigt. Le problème, c'est que Celebration pourrait jouer des heures ainsi, on ne serait toujours pas plus ému que ça. Même quand le batteur s'énerve, que Celebration retrouve un peu de fougue, ça ne décolle pas. C'est lisse et creux. Le chant de Ford n'est plus ce feulement dangereux, cette petite sœur de Lydia Lunch qui pouvait tout vous faire et que vous acceptiez sans broncher. Elle chante et très bien mais ce n'est pas de ça qu'on a besoin. Qu'elle nous gifle, nous caresse, nous fasse craindre le pire et le meilleur. On ne sent plus de mise en danger dans cette collection de gentilles chansons. Encore un effort et on pourra danser comme des potiches. Celebration a arrondi les angles et la déception est à la hauteur de l'engouement suscité par leur premier album, tout comme la pochette hideuse qui vient couronner le tout.

SKX (05/02/2008)
website groupe ilovecelebrationmusic.com
website label
www.4ad.com

Celeste
Pessimiste(s) - CDEP
Alchimia - Pure Pain Sugar 2006

Deux anciens Mihai Edrisch (le chanteur et le guitariste) remontent dans la foulée un projet qui sent encore bon le souffre et la souffrance. La base screamo-hardcore reste l'inspiration principale mais le propos se durcit. La noirceur gagne en épaisseur et du coup, on y croit un peu plus à leurs maux de tête. Ca se pose beaucoup moins de questions. L'action, tout de suite. Champ de tir réduit sur cinq morceaux. Gros son, grosse frappe qui n'empêche pas de magnifiques arpèges, de placer des ambiances mélancoliques convaincantes (au milieu de Diluons nos souvenirs d'enfance, par exemple), de jouer à un Envy sévèrement remonté, de jouer sur les contrastes en faisant passer tout ça en force. Profondément mélancolique et en colère. Personnellement, je ne me suis pas niqué les yeux à tenter de lire les paroles sur leur très belle pochette calque. J'évite toujours de lire les paroles de ce genre de groupes. J'aime pas rire quand j'écoute ce type de musique.

SKX (18/05/2007)
website groupe www.weareceleste.com
website label www.purepainsugar.com | alchimiarecordings.com
www.denovali.com (version vinyl)
sounds Afin_de_tromper_l_ennui.mp3

Charlottefield
What friends are for - CD
Fat Cat 2007

J'ai bien fait de laisser mijoter cet album à feu doux. Deux, trois écoutes auraient suffit à une chronique lapidaire. Et puis un beau jour, alors que la musique défilait mécaniquement comme un escalator dans mon lecteur numérique made in China à deux balles qu'un Albanais ne voudrait même pas en cadeau, un morceau m'a subitement interpellé sur le mode : merde c'est quoi ça, c'est bien ?! C'était Beatings, le titre d'ouverture du nouvel album des Anglais de Charlottefield. Et la suite était à l'avenant. C'était comme on dit un déclic. La faute à un premier album How long are you staying parsemé de tubes et de titres lumineux comme Clipper, A>>B car sur ce What friends are for, il n'y a rien d'immédiat. Déjà que leur style musical est un poil bâtard, un peu tout et rien de précis à la fois, là, c'est devenu encore pire. Les compositions sont toutes intricate comme disent les rosbifs, c'est à dire fouillées, compliquées, peinant à décoller et finissant par sonner quelconque. Genre de rock anguleux et émotionnel qui finit par se prendre les portes à force d'en ouvrir trop. Enfin, ça, c'est ce que vous vous dites au début. Car une fois le déclic enclenché, on s'immerge plus facilement dans les dédales de morceaux faussement complexes, on navigue volontiers entre un indie-rock corsé à la Shipping News et quelquechose de plus frondeur et sombre, la rage au bout des lèvres d'un chanteur que je préfère nettement quand il éructe plutôt qu'en mode aérien. Mais le patron chez Charlottefield, ça reste le batteur. Ca se voyait déjà lors de leur concert à Nantes avec Part Chimp en octobre 2006. Le gars qui en voulait, motivait ses camarades de jeu et essayait de les sortir de la torpeur, il faut bien le dire, c'était ce barbu qui aurait facilement pu passer pour leur père. Sur disque, son abattage donne une dynamique incroyable à une musique qui semble capable de flancher à de nombreux moments. Parce que déclic ne signifie pas béatitude, cet album, même si il est devenu agréable, manque d'ampleur et de titres qui mettent tout le monde d'accord.
Mais tout ça, c'est de l'histoire ancienne. Le groupe a splitté très récemment. Ils avaient déjà laissé pas mal de monde en plan en plein milieu de leur tournée européenne en mars dernier, sur les bords d'une route espagnole à cause d'un van récalcitrant. De là à dire que cette panne était diplomatique et que le carbu a le dos large, il y a un pas que je ne franchirais pas parce que j'en sais fichtrement rien et que le groupe annonce avoir mis fin à l'aventure dans la plus grande et sincère camaraderie, à Brighton, suite àun concert avec Old Time Relijun, le 22 avril 2008, soit huit ans et deux jours après leur tout premier concert. Merci bonsoir.
(Un nouvel EP est tout de même annoncé, ainsi que d'autres trucs, peut-être, un jour...).

SKX (28/05/2008)
website groupe www.charlottefield.com
website label fat-cat.co.uk

Chevreuil
Science - cdep
Ruminance 2006

Chevreuil sort sa science. Après quelques exercices périlleux de capoëira, le duo nantais sert le jeu, oriente son regard vers le soleil levant et sort pour le label japonais Stiffslack un EP cinq titres que le label parisien Ruminance nous fait profiter également. Ya pas de raison. Chevreuil est donc toujours cet animal à deux têtes mais un troisième larron qui s'appelle synthétiseur est venu tenir la bougie. C'est Tony C le guitariste qui, outre ses nombreuses pédales et fils qui les relient, se charge de dompter l'inconnu. Chevreuil cherche de nouvelles voies. Sur leur quatrième album Capoëira, l'utilisation de l'engin faisait crisser les dents. Science persiste. Le son donné à ce synthé de malheur me laisse perplexe. Pour sûr que leur image Shellac / Storm and Stress va en prendre un coup. Leurs compositions deviennent de plus en plus bizarres, éclatées. Le fil conducteur m'échappe. C'est du coup plus personnel. Un mal pour un bien mais l'alchimie est encore loin d'être réalisée. Ou à de trop rares occasions comme sur Satan le titre d'ouverture qui, après la crispante intro au synthé, se laisse aller à cinq minutes d'un rock-noise racé et brutal, entre riffs Oxes-ien, improvisation contrôlée et franche embardée rythmique qui va de l'avant. Avant que Mr Synthé ne revienne… Chevreuil cherche de nouveaux terrains de chasse mais n'a pas encore la science infuse pour bien délimiter son territoire.

SKX (25/01/2007)
website label www.ruminance.com | www.stiffslack.com
sounds www.myspace.com/chevreuil

Chick Peas
self-titled - CD
Boom Boom Rikordz 2008

Je dois bien avouer que je suis allé vers ce disque à reculons. A tort ou à raison, Chick Peas n'avait jamais fait beaucoup d'étincelles dans mon petit cœur tout bleu. Ce premier album -sans titre et tardif (le groupe existe depuis 2002 je crois)- était donc l'occasion d'avoir un avis plus posé sur le trio lyonnais, pour l'instant uniquement vu en concert. Mon cœur d'artichaut (de Bretagne) allait il être conquis par les pois chiches méditerranéens ? Quel effroyable suspens les amis.
Chick Peas est un groupe avec deux basses, une batterie et un peu de chant, mais pas beaucoup, la musique du groupe étant aux trois quarts instrumentale. Un groupe noise avec deux basses et pas de guitare, il y en a quelques uns d'importance, à commencer par Milkmine -une paire de singles et un unique album en 1994, autant dire une éternité- un groupe sale et violent très influencé par Unsane. Beaucoup plus récemment il y a les chicagoans de Bear Claw, plus influencé eux par l'école Dischord. Et pour faire plaisir à tout le monde citons également les plan-plans Diagonah dans une veine inspirée par June Of 44. C'est fou ce que l'on peut donc arriver à faire avec deux basses. Chick Peas a un peu à voir avec tout ça. L'efficacité rythmique est la règle d'or de ces garçons, l'énergie brute est leur moteur, ça passe ou ça casse et la plupart du temps ça passe. Et ça passe même très bien comme sur Incredible dont le final me fait à chaque fois relever la tête pour regarder sur le lecteur le numéro de la plage : c'est la combien celle déjà ? ah oui la 6 !
La répartition des tâches entre les deux basses est assez simple et constante : lorsque la première assure un nappage de clous sur la chaussée, la seconde roule dessus avec délectation (mais ne finit jamais dans le décor). Quelques interventions plus mélodiques font leur apparition -le très poppy Lost Buddy- et, si elles enlèvent un peu de cohérence à cet album, elles lui donnent au passage un peu d'air. Parce que cela ne rigole pas chez les Chick Peas : c'est du lourd, plutôt rapide et qui défouraille, avec des accélérations bien menées et des tricotages post-machin-trucs néo fugazien énergiques mais agréables (l'entrée en matière de Lalioka).
Seuls regrets : parfois je ne trouve pas cela assez sale, j'ai toujours aimé les pieds qui puent et je préfèrerais que ce disque refoule davantage de la converse et de la chaussette trouée. De même le chant est rare mais très bien et donc forcément il n'y en a pas assez sur ce disque, plus de braillardises s'il vous plait merci, comme sur le début de Kiri, ou plus de narratif comme sur Motorway To Solaize. Enfin, il y a un ghost track qui rallonge inutilement cet album, rien à dire sur ce qui ressemble à une séance d'impro pas très captivante… Pour le reste, c'est-à-dire tout ou presque, cet album sans titre agrémenté d'un artwork fait de collages à la signification mystérieuse remplit très bien sa mission.

Haz (27/10/2008)
website groupe chickpeas.free.fr
website label www.boomboomrikordz.fr

Child Abuse
s/t - CD
Lovepump United 2007

Child Abuse, c'est un brin de provocation et une grosse dose de folie. Avec un nom pareil, il faut s'attendre à tout. Et à la totale on a le droit. Conformistes de tous poils, passez votre chemin. Ce groupe ferait passer The Locust pour de délicieuses tapettes à mouches même si il faut plus voir une affiiation du coté de Phantomsmasher, Genghis Tron, Microwaves ou un Devo voir un The Residents qui aurait bouffer du grind venu de l'espace. Une utilisation éhontée d'un clavier à faire pâlir un lecteur de Guitare & Claviers. De multiples effets branchés sur des pédales identiques à celles utilisées par les cordes vocales du chanteur. Notre trio new-yorkais passe ses nerfs dans un maelstrome frénétique de concassage de cymbales, d'une caisse claire martyrisée sans scrupule et d'un bassiste qui sort des sons de son instrument avec un opinel. Le synthé percute tout et fout un bordel pas possible. Imaginez le tableau. Avec un Child Abuse qui va à l'essentiel en neuf morceaux chronos et pas plus de trois minutes à chaque fois (ne vous fiez pas au 23 minutes du dernier, une tromperie à la con de morceau caché qui débouche sur du vent), vous n'avez pas le temps d'avoir mal à la tête puisque Child Abuse vous la décapite avant la fin. Dans le genre pure aggression, Child Abuse arrive à tailler des morceaux qui se tiennent, à faire du bruit qui voit plus loin que de la simple expérimentation gratuite et cet album, bien que difficile, mérite qu'on y glisse un doigt. Et le reste.

SKX (18/05/2007)
website groupe www.soundsofchildabuse.com
website label www.lpurecords.com

The Chinese Stars
Listen to your left brain - CD
Three One G 2007

Je sentais poindre la gueule de bois avec leur précédent opus. A rare sensation n'avait rien d'unique. Ces anciens Arab on Radar étaient sur la corde raide. Leur mix rock vs. dance floor était casse-gueule. Ils avaient plus ou moins réussi à se tenir en équilibre. Cette fois-ci, ils plongent trop souvent du mauvais coté de la barrière. De sales sons de claviers. De sales rythmiques dansantes qui rappellent les pires heures d'Happy Mondays. Une guitare qui oublie trop souvent qu'elle est une guitare avec des accords de mauvais goût. Même la voix spéciale de Eric Paul que je supportais sans problème jusqu'ici m'est devenue agaçante. Quand ça devient moins dansant, c'est pour verser dans une mixture bancale de sous-Devo synthétique et de Trans AM - j'allais préciser mauvais mais cela va de soi. Pour ceux qui aiment se tortiller sur du ragoût retro-futuriste electroclash des années 80, je vous conseille cette daube.

SKX (01/10/2007)
website groupe www.thechinesestars.com
website label www.threeoneg.com

Choo Choo Shoe Shoot
From trees to fences to walls - cdr démo
2006

Choo Choo Shoe Shoot, le groupe préféré des zozoteurs, c'est de la noise de la vieille école. Et le fait qu'ils sortent leur première démo n'y change rien. Ce sont de vieux renards pour qui toute la musique noise des années 90 n'a plus de secret. Qu'ils viennent de Nantes et non pas de Chicago n'y changent rien non plus. Sur les bords de la Loire, on sait ce qu'est une bonne rythmique, une rythmique efficace, carrée, qui avance droit et sans moufter. Choo Choo Shoe Shoot, c'est l'amour de Big'N, Dazzling Killmen et Uzeda. Pour la comparaison avec les ritals, ce n'est pas seulement à cause du chant féminin. Mais au beau milieu de leur île, Uzeda vient du même monde musical. Celui où les guitares tranchent, font tourner un plan en mettant patiemment, inexorablement la pression. Quatre compostions vifs, précises où il n'a jamais fait aussi bon de sentir les influences que le groupe sera au fil du temps, j'en suis sûr, s'en démarquer peu à peu. Le son (et la batterie notamment) ne claque pas encore comme il sied mais cette première démo en impose. Même à un vieux renard comme moi…

SKX (24/01/2007)
website groupe www.myspace.com/choochooshoeshoot

Choochooshoeshoot
Choose your own romance - CD
Kythibonb 2008

La chronique de leur précédente demo les avait laissé comme de vieux renards. Ils reviennent avec leur premier album tels des loups. La romance de Choochooshoeshoot est un air connu mais avec les dents longues et le coup de griffe incisif, cette rengaine se transforme vite en incantation saisissante, une curée dans les règles d'un art qu'ils maîtrisent parfaitement. L'art du noise-rock qui latte. Cinglant et précis. Pas une note de trop, rien de superflu, rien qui dépasse, pas la peine d'essayer d'y glisser un doigt au risque d'y perdre la main mais à l'intérieur de ce format bien défini, c'est boule de nerf et coup de boule. Le groupe nantais évite toute froideur et académisme en insufflant du sang rock, en trouvant le bon riff au bon moment, la pointe de mélodie qui tire le morceau vers le haut (le tube From trees to fences to walls), le break de basse, pardon, de cette seconde guitare sonnant comme une basse, qui fait rougir les jointures du poing, l'alcool qui éclaircit le cerveau contre les coups de butoirs de ces rythmes perfides et frappeur et cette voix féminine qui ne cherche pas à embellir, rajoutant au contraire force et mystère dans des accès de rage toujours contrôlés. Plutôt colère froide que folle hystérique. Plutôt Jack'o'Nuts que Melt-Banana si vous voyez ce que je veux dire !
Choochooshoeshoot cherche la percussion et s'offre le son qui va avec. Michel Constantino pour l'essentiel. Bob Weston pour le vernis et la frime. Le but est atteint. Ca cogne. Voix et tout ce qui touche à l'idée de rythme sont mis en avant pendant qu'on regrette un poil de manque de tranchant dans les attaques de guitares. Voir le bleu de l'acier luire à chaque riff et on n'était pas loin de l'essence même de la perfection. Les quatre nantais de Choochooshoeshoot sont les Arribas de la noise : vitesse, technique et intelligence, l'amour de l'offensive mais sans aucune pitié pour l'ennemi. Choose your own romance ne dépareillera pas auprès de vos disques de Big'N, Oxes et Dazzling Killmen, un cran en-dessous certes, il faut quand même respecter l'ordre des choses, mais mérite largement son accession en première division.

SKX (12/06/2008)
website groupe www.myspace.com/choochooshoeshoot
website groupe www.kythibong.org
sounds laolao.mp3 | houlette.mp3

Clara Clara
AA - CD
S.K. records 2007

On ne va pas épiloguer sur la sortie à retardement de ce disque, en gros des problèmes de pressages qui ont fait que AA, initialement annoncé pour la fin du mois de novembre, n'a atterri de par chez nous que très récemment. Un long voyage intergalactique et sidéral (sidérant ?) comme semble le suggérer la photo intérieure du livret. On imagine sans peine que l'attente de cette parution définitive a du sembler particulièrement longue aux trois membres du groupe, d'autant plus qu'il s'agit là de leur premier véritable album. Puisque on y est aussi, faisons tout de suite un sort à l'illustration principale (recto) du disque : aussi moche qu'une pochette d'Animal Collective et aussi ridicule qu'un artwork de Devendra Banhart… Heureusement pour nous, la musique n'a ici strictement rien à voir avec de quelconques hippignolades ou avec du folk caractériel (le batteur de Clara Clara, François Virot, commence pourtant à se faire un nom dans le genre).
De part sa formation pas réellement courante -basse, batterie, synthé acidulé et pourrave plus quelques chœurs d'onomatopées pour faire monter la sauce de temps à autres- Clara Clara n'a que peu d'équivalents dans le registre musique instrumentale, noisy, groovy (voire discoïde), rageuse, et ludique. Marvin peut être ? Ouais… Les Montpelliérains sont nettement plus lourds et mathématiques. Clara Clara possède une drôle de petite recette qui met la puce à l'oreille, même si cette recette ne fonctionne pas intégralement sur chaque titre, même si on peut reprocher parfois un peu trop de systématisme.
C'est en regardant ma machine à laver que j'ai tout compris. Dessus il est écrit AA. Ce qui signifie qu'elle est à la fois économique en eau et en électricité. Tout le truc de Clara Clara est là, sans adoucissant ni lessive qui pue la bonne odeur qui va bien, le dépouillement des mélodies au synthé à la limite de l'infantile et sans aucune démonstration, la sécheresse de la batterie, les lignes de basse tour à tour mélodiques et bruyantes -tout est fait sans couches inutiles ni artifices, les titres sont rêches mais enjoués, essorés en un tour de main (parfois à mille tours/minute lorsque la rythmique s'énerve), le groove est rachitique mais entraînant. Clara Clara c'est un peu économiser plus pour dépenser mieux (hum…). Il y avait assurément un certain effort à fournir pour retranscrire convenablement les prestations live et enthousiasmantes de Clara Clara sur disque, avec AA le groupe a réussi la plupart du temps à transformer son énergie communicative en objet sonore pertinent, homogène et tout aussi ludique et généreux.

Haz (10/02/2008)
website groupe
www.myspace.com/claraclaraband
website label
www.skrecords.org

Clockcleaner
Babylon rules - CD
Load 2007

Ces nettoyeurs d'horloge qui, à une lettre près, vous nettoyaient votre petite pendule pour le même prix, de retour dans l'arène. Fini Nevermind, gloire à Babylone. Le trio de Philadelphie compose une ode au symbole de la décadence, la perversion, la corruption et la répression. Et quand on s'appelle Clockcleaner, que le cynisme est une seconde nature, qu'ils préféreraient se couper la langue que s'empêcher de dire des insanités, Babylone devient la nouvelle Mecque du rock'n'roll sauvage, dangereux et sans foi ni loi. A moins que ce soit Philadelphie. Avec pour partenaires de crime, les secoués de Pissed Jeans, Clockcleaner représente cette frange d'un punk-rock américain qui redevient choquant et subversif. Leur chapelle, c'est le rock des Cramps, du Gun Club (particulièrement tenace sur Daddy issues), toujours cette idée d'un blues perverti, quitte à remonter jusqu'au Stooges. Vomiting mirrors, piano à une touche répétitif, I wanna be your dog, je frétille de la queue. En 2007, ça vous donne une guitare pleine de reverb, au moins autant que sur la voix. Misirlou rempli de fuzz. Une section rythmique dantesque qui aime vous prendre par derrière. Car sur ce Babylon rules, tout est rampant, insidieux. Rarement la triplette décharge à vue. Des ballades de psychopathes à la pleine lune qui montrent un visage humain de Clockcleaner. Car sous leur dehors de sales punks et d'idiots du village, John A. Sharkey III et sa bande montrent des brisures profondes, un mal être qui rendent leur musique encore plus intéressante. Les monstrueux When my ships come in ou Out of the city, soit près de sept minutes à chaque fois d'un tord-boyaux qui sèche les larmes. Tout le talent de Clockcleaner est de canaliser leur haine, de montrer un bout de leur chair alors qu'ils veulent que tout le monde ne voie que leurs crocs. Et d'écrire de grands morceaux aussi touchants que malsains. Babylone peut bien brûler. Clockcleaner rules.

SKX (06/10/2007)
website groupe clockcleaner.net
website label www.loadrecords.com
sounds vomiting-mirrors.mp3

Collapsar
Integers - CD
Escape Artist 2007

Collapsar, c'est un trou noir à la démesure de ce trio de Louisville, un immense piège qui vous absorbe, qui vous suce la moelle et ne recrache même pas les pépins. Integers est leur deuxième album après un self-titled en 2005 et met la barre bien profonde. Si vous ne faites pas gaffe au compteur, la douzième minute pourrait correspondre au quatrième morceau mais avec Collpasar, vous êtes toujours au titre d'ouverture. Les plans se succèdent, les guitares nous font la totale dans le style arpèges à toute vitesse contre riffs monstrueux contre descente de manche dans les règles de l'art. Le batteur est énorme et je ne parle pas de son physique et il faut se pincer pour croire que le bassiste n'existe pas. Seul un synthé discret vient de temps à autre combler les éventuels espaces. Ils ont beau avoir des têtes de gendres idéaux, ne leur demandez pas de pousser la chansonnette à la fin du repas de famille, les dentiers voleraient bas. Le temps de lire tout ça, on en est toujours au premier morceau. Un plan atmosphérique vient se planter au milieu du décor avant de réattaquer la face nord de l'Everest, d'enchaîner par une touche psychédélique, des guitares qui débordent légèrement dans le solo mais juste ce qu'il faut et de conclure par une certaine idée du blitzkrieg. Pas le temps de respirer, le deuxième titre enchaîne sur des bases identiques. Avec Collpasar, on fait pas le voyage pour rien. Dans le genre math-metal complexe, ils apportent une belle pierre à l'édifice, continuant les basses oeuvres entamées par American Heritage, voir un Don Caballero et enfoncent au passage Keelhaul et compagnie. Car ce qui fait la différence et les place au-dessus du panier, c'est leur propension à mettre du tact dans leur débauche d'énergie. Savoir mettre le frein à leur humeur belliqueuse, rendre fluide des structures labyrinthiques grâce à leur grande virtuosité technique, faire mijoter à feux doux les tympans à coup de cordes acoustiques. Et ce toujours putain de batteur qui a tout compris au sens du mot dynamique. Enorme je vous dis. Ca tourne, ça rajoute des couches, dans la répétition, dans la tension, ça s'arrête soudainement, ça repart de plus belle, les guitares ne s'opposent jamais à quelques accroches mélodiques, ça rock sévère, le cou se cogne aux genoux. L'orgasme. Seulement six titres qui, vous vous en doutez, durent des plombent mais dans la joie et l'allégresse. Même les 18 minutes du dernier morceau The Forever War s'en tire merveilleusement bien grâce à cette alternance d'atmosphères. De la très haute volée tout simplement.

SKX (16/01/2008)
website groupe www.myspace.com/collapsar
website label www.escapeartistrecords.com

Commodor
Driving out of focus - CD
Distille 2008

On ne baisera même pas le quart de ce qu'on voudrait. Il faut s'y faire. C'est sur cette pensée très profonde que s'ouvre la chronique de Commodor. Ne pas trop chercher à comprendre. Peut-être ce sentiment de frustration qui m'habite à l'écoute du premier album des Suisses de Genève. J'aurais pu penser à la théorie du verre à moitié plein ou à moitié vide mais mon penchant pour l'alcool s'est fait devancer de justesse par une belle paire de fesses. Commodor débarque avec déjà une bonne dose de savoir-faire. Les trois membres n'en sont pas à leur coup d'essai, notamment le bassiste qui a intégré récemment les rangs de Knut au poste de second guitariste et ça percute d'entrée. A l'instar de leurs compatriotes de Ventura, Commodor œuvre dans un style indie-rock de bons artisans qui connaissent les bonnes vieilles recettes tout en faisant chauffer plus virilement la marmite que Ventura. Les quatre premiers titres sont ainsi parfaits de maîtrise, balance adéquate entre pulsations qui roulent, lignes de basse frappantes, chant soutenu bien plus convaincant que lors de ses tentatives d'être mélodieux et venant se poser là comme un cheveu sur la soupe, mélodies faisant décoller le morceau, bassiste troquant ses quatre cordes contre un moog ingénieux et une énergie qui ne se dilue jamais. La palme revient à Panavision, de loin le meilleur morceau de l'album avec son final hypnotisant. Quand Commodor joue la carte noise-rock, ça leur va beaucoup mieux que la carte du tendre. Parce que la suite me laisse sur la faim. Chute d'inspiration, morceaux moins prenant, post-rock pointant son vilain museau, la frontière entre classicisme et routine est bien mince. Les ingrédients restent identiques mais la sauce a goût de commun. L'énergique Tolt reste vain. Dune est aussi chiant que le film et le trop tranquille instrumental de sortie donne envie de prendre l'issue de secours. Que vous soyez branché cul ou porté sur la vinasse, mieux vaut ne pas arriver en retard chez Commodor car le meilleur est au début.

SKX (31/05/2008)
website groupe
www.myspace.com/commodorcommodor
website label
www.myspace.com/distile

The Conformists
Three hundred - CD
54°40' or Fight ! 2007
Two hundred - CD
Collective 2004

Ne pas se fier au patronyme. The Conformists ne sont pas conformistes. Fumistes à la rigueur. Deux albums en onze années d'existence, voilà un rendement qui fait peur. Un secret bien gardé dans cette ville de St Louis dans l'Illinois, ville pourtant pas avare en bons groupes. Conformiste par contre si on se réfère à l'histoire musicale de la région. Ce groupe de quatre individus s'inscrit dans une lignée noise-rock qui n'est pas étrangère à la région. Ou plutôt du no-noise-rock. L'art de détruire les riffs qui s'annonçaient bons, de mettre des rythmes tout de travioles, de dérégler la machine du temps, de rendre les choses inaccessibles alors que tout pourrait couler de source. Faire cohabiter la perversité d'un US Maple et la jouissance d'un Oxes. Des empêcheurs de tourner en rond qui, pour le coup, prennent à contre-pied leur blaire. C'est Bob Weston qui s'est tapé la bête en 2004 avec Two hundred. Les faux départs, les guitares qui dérapent, les guitares chewing-gum, tout ce qui à l'air d'être n'importe quoi mais qui sonne, The Conformists se le paye. Une voix qui, quand elle va chercher dans les graves, recrache ce que le chanteur de Big'N a avalé. Un groupe capable de tenir une note de basse pendant plusieurs minutes sans que rien d'autres ne se passe. Des mélodies avortées dès le premier mois. Quelquechose de très no wave finalement. Le genre de musique à énerver pas mal de monde. Mais si tu n'as pas été élevé à l'US Maple, tu ne peux pas comprendre.

2007. Bob laisse les manettes au patron. Steve Albini prend les choses en main et le plus respectable label 54°40' or Fight ! va tenter de populariser ce groupe d'ours avec Three hundred, un album au nom quasi-identique tout comme le visuel (alors conformiste ou pas conformiste ??!!). Après 32 secondes d'un silence presque parfait, la baston made in Albini vous saute dessus. Il y a de la batterie, faudrait être sourd pour pas s'en rendre compte. Mais la personnalité de The Conformists est la plus forte et leur musique ne s'annonce pas dénaturaliser par la présence imposante de leur enregistreur. Ils ne comptent toujours pas carré. Tout juste ont-ils mis plus de poids dans leur propos. Ils gardent un malin plaisir à saboter leurs compositions. C'es tout aussi frustrant que réjouissant. Sur l'ensemble, le groupe a quand même essayé d'être plus harmonieux et cohérent. De courts titres percutant qui ne semblent pas être achevé. Des moments particulièrement punitifs comme ces break assourdissants ponctuant Meredith Knezvitch. Mine de rien, derrière leurs manières de branleurs, ils allongent quelques titres bien saignants avec son pesant d'accords noise et majeurs, de rythmiques tour à tour répétitives ou alambiquées et d'un humour de branque dont ils ne peuvent pas décemment tout à fait se départir (les start and stop ponctué de thank you sur le début de Black people). Ou le fait de finir un album par un morceau qui s'appelle You're welcome, soit huit minutes d'un groupe qui allie tradition noise-rock et personnalité déviante. Au final, on ne sait toujours pas si ils méritent leur patronyme ou non mais c'est en tout cas un excellent compromis.

SKX (19/11/2007)
website groupe www.theconformists.com
website label www.fiftyfourfortyorfight.com
sounds taxdeduction.mp3 | aretheseflowers.mp3 (three hundred)
thesearenotflowers.mp3 | welcomerainbows.mp3 (two hundred)

Cornflakes Heroes
Dear Mr painkillers - CD
Greed 2008

Un nom de groupe qui laisse à désirer, une pochette encore moins engageante. Ca sent le groupe de lycéens pour la fête de musique et tout ça n'incite pas à l'écoute. C'est pas qu'on est pour le marketing à outrance et le plan de communication ciblé mais ya des limites quand même. C'est un coup à ce que ce digipack prenne une courbe descendante en direction de la poubelle sans passer par la case play. Et on aurait tort car la musique proposée est inversement ascensionnel en terme de qualité. Ca fait un poil bizarre au début. Une paye que la pop n'avait pas franchit les enceintes. De la pop façon Pavement - de l'indie pop comme on disait dans les années 90 - ce truc un peu tombé en désuétude ou alors c'est juste que j'ai complètement largué l'affaire (il doit y avoir un peu de ça…). Alors je sais pas si c'est le fait de ne pas avoir écouté ce genre de musique depuis des lustres ou si c'est tout simplement que les compos sont inspirées mais Dear Mr Painkillers est une agréable surprise. Ce groupe de Caen a su aller plus loin que le gentil groupe de pop mièvre sur les bords, dépasser les clichés inhérents au genre pour proposer quelquechose de plus consistent. Je ne suis pas complètement la langue pendante non plus devant ce deuxième album mais il a son charme. Et surtout, la pop de Cornflakes Heroes dépasse ce simple cadre. On y perçoit du Violent Femmes, un peu de The Feelies pour la rythmique parfois trépidante, du western à la Calexico (Is mother right ?), des dissonances à la Sonic Youth, de la fausse naïveté à la Jonathan Richman, un brin de Velvet Underground sur la fin, des trompettes qui ne sonnent pas dans le vide et tout ça mélangé donne un disque cohérent. C'est foutraque mais maîtrisé, léger mais mélancolique et jamais lo-fi comme on aurait pu le craindre. La production est juste parfaite, sans surenchères, limpide et comme le groupe sait torcher un morceau, on se laisse aller sans forcer au bout de ces douze titres malgré deux, trois moments de flottement. Si ce n'est plus trop la came de la maison, il faut bien reconnaître le savoir-faire de Cornflakes Heroes et ça devrait largement contenter les amateurs du genre. Et même au-delà…

SKX (09/11/2008)
website groupe www.myspace.com/cornflakesheroes
website label www.greed-recordings.com
sounds tamagotchi.mp3

Cove
Threes - 7''
Noisestar / Unlabel 2006

J'étais loin de penser en déposant délicatement le saphir sur ce bout de 45 tours que j'allais me prendre une telle décharge. L'épaisseur et la lourdeur de ce vinyl auraient du me mettre la puce à l'oreille. De ce groupe anglais, je ne gardais qu'un vague souvenir d'un vieux single qui traîne sous la poussière. Un groupe sympathique post-Slint, post-Shellac, post-ce que vous voulez, c'est-à-dire agréable mais sans personnalité frappante. Après des années d'errance, à exister sans vraiment être là, Cove revient le couteau entre les dents. Nouveau bassiste, volume vers le haut, enregistré par leurs soins sur leur propre 8-pistes portatif, Cove prend le virage Part Chimp tout en gardant cette base noise-rock. Son de guitare granuleux et en fusion, ça envoie de bons gros riffs à la Oxes avec l'efficacité d'un char d'assaut, notamment sur la face B, la meilleure, avec Platypus, un instrumental génialissime qui vous remue sévère les tripes. Threes, morceau qui se veut plat principal, n'est pas mal dans le genre aussi. Un brin moins efficace avec un chant qui n'est certainement pas le point fort du groupe mais Cove a trouvé un sens du riff qu'on ne lui soupçonnait pas. Le nouvel album enregistré par Tim Cedar, le guitariste et chanteur de Part Chimp, et qui se fait désirer (l'album pas Cedar) tentera de confirmer cette excellente impression qu'une deuxième vie est possible pour Cove.

SKX (20/01/2008)
website groupe www.holytoilet.com/cove
website label www.unlabel.net |www.noisestar.co.uk

The Creeping Nobodies / Miranda
Split CD
fromScratch 2007

Copains de galères et de squats, The Creeping Nobodies a embarqué sur la branche italienne de sa tournée européenne les Italiens de Miranda. Prévoyant comme rarement dans ce genre de cas où deux groupes s'apprêtent à partager un bout de couchette moisie, ce split est sorti largement dans les temps. Cet été soit deux bons mois avant la route commune. Petit exploit. Miranda est un trio florentin qui n'a rien compris à l'Histoire. Celle avec un grand H. De renaissance, il n'en ait pas question. C'est plutôt rococo and co. Mariage de rock comme peut l'envisager Liars, de sonorités electro, de rythmes pseudo-dansants, de bidouillages hasardeux. Le deuxième morceau Your clock it never works me fait penser à la BO de Deux flic à Miami, allez comprendre ! Pas que ce soit mauvais. Ca me laisse juste indifférent. The Creeping Nobodies présente trois inédits. C'est toujours ça de gagner. Le groupe en profite pour s'éloigner des standards de The Ex. Après un premier morceau sans plus, ça enchaîne sur un Anathema qui semble prendre le même chemin avant qu'une mélodie insidieuse et un rythme pervers ne transforment la compo en morceau de choix. Avec Eidolon, c'est encore la même chose. Une mise en place laborieuse avant qu'un air avec de faux accents bretons ne débarque. La Bretagne, ça vous gagne, c'et bien connu. Tout le monde par le petit doigt pour arriver au bout des huit minutes de cette drôle de farandole. The Creeping Nobodies marque encore des points même si ce n'est pas les plus prépondérant. Un digipack frappé d'alignement, tout maigre et illustré par Elena Rapa.

SKX (1/11/2007)
website groupe www.thecreepingnobodies.com | www.mirandamiranda.it
website label www.fromscratch.it
sounds creeping_nobodies-splitCD-05-lockstep.mp3 | miranda-splitCD-01_head_growing.mp3

The Creeping Nobodies - Anagram
Split 12''
Blocks Blocks Blocks / Dead Astronaut 2006

Alors que les Canadiens de The Creeping Nobodies sillonnent les routes européennes gratuitement depuis fin septembre avant d'aborder nos autoroutes payantes à partir de demain, ils nous font l'amabilité d'un split avec leurs compatriotes de Anagram. Pic pic. Deux inédits pour chacun. The Creeping Nobodies, décidément très affables, nous avaient déjà fait l'amabilité de plusieurs enregistrements, dont la marade Sound of joy. Ils continuent à mettre la barre très haute pour tutoyer toujours The Ex. Sur Sacrosanction, c'est plus le versant Dog Faced Hermans. Sans doute la faute à la voix féminine. Sur Psychic Weapons, c'est le versant The Ex. La faute sans doute à la voix masculine. Mais quel putain de morceau. Tout tendu, tout répétitif. Et qui dit répétitif dit The Fall. Et qui dit grandiose, dit qu'importe les influences. The Creeping Nobodies s'en jouent comme de leur première culotte. Vivement le concert dans trois jours et l'album sur Deleted Art records (un split avec les Italiens de Miranda est également sorti Scratch records).
Vous auriez tort de ne pas retourner cette galette faite main. Toronto toujours avec Anagram. Et colégramme. C'est assez proche de l'univers de leurs voisins du jour et je vous laisserais bien vous débrouiller avec ça. Après tout, ils ont une page MYspASS alors pourquoi se fatiguer hein les jeunes ! Mais si je vous disais que ça rien à voir avec les Creeping, on y verrais que du feu aussi. Un cuivre omniprésent, un orgue discret, des relents d'années 80, une voix complètement détachée et blasée, du post-punk tordu et très attachant avec notamment l'excellent morceau Mt. St. Capt. Doom. Le deuxième titre fait plus Experimental Dental School mais si je vous disais que ça rien à voir avec eux, on y verrais que du feu aussi. Je me répète ? Bon je laisse tomber mais pas sans vous avoir dit qu'ils ont sorti un album en 2006 (Dark day sur leur propre label Dead Astronauts), un CDEP en 2003 et un tout nouveau single.

SKX (09/10/2007)
website groupe www.thecreepingnobodies.com | www.geocities.com/anagramis
website label www.blocksblocksblocks.com | www.deadastronaut.com
sounds PsychicWeapons.mp3

The Creeping Nobodies
Augurs & Auspices - LP
Deleted Art 2007

Un nouvel album qui n'en ait pas un. Le label suédois Deleted Art a profité de la première venue des Canadiens de The Creeping Nobodies en Europe pour faire son marché. Les cinq titres du EP Half Saboteur sorti en 2005. Les deux morceaux du split avec Anagram en 2006. Reste deux inédits à se mettre sous la dent. Si vous aviez déjà toute la collection, ça fait pas lourd à l'arrivée. Pour les retardataires par contre, un beau cadeau de rattrapage. Défilé historique. 2005 d'abord. C'est pas à des années lumières de 2007. Deux années séparant des travaux toujours encrés dans The Ex et un bruit aiguisé à la fine fleur. Les cordes d'un violon pour émouvoir son monde. Le charme d'un chant féminin plus assuré qu'en concert et une tension palpable que Creeping Nobodies n'aura cesse d'améliorer jusqu'à ce Psychic Weapons de 2006. La pierre angulaire de leur œuvre. Enorme morceau. Leur State of shock à eux. Sacrosanction, l'autre morceau du split de 2006, n'est pas loin de mériter le même titre. Reste donc les deux inédits. Red Weather, le morceau à la flûte à bec de notre jeunesse pour ceux qui ont eu le (dé)plaisir de les voir en concert. Flûte bien discrète ici dans un morceau tout en retenu, mené par une voix féminine apaisante. C'était le morceau le moins convaincant sur scène, celui qui avait le plus de chance de pousser définitivement les réticents vers le bar. Sur disque, le bancal et l'expérimentation disparaissent. Ca glisse tout seul. Blowing knots, second inédit, là aussi joué en live, est plus nerveux mais rien ne frôlant la tachycardie non plus. Encore une question de retenue, domaine dans lequel les Canadiens excellent. Ca irrite ou ça passe. Personnellement, j'y suis tombé dedans tout petit. Un disque de plus dans la besace.

SKX (1/11/2007)
website groupe www.thecreepingnobodies.com
website label www.deletedart.org
sounds BlowingOnKnots.mp3 | PsychicWeapons.mp3 | Your_Likeness.mp3

Crëvecoeur
II - CD
Denovali 2008

Rien de tel qu'un format court pour pouvoir prendre le temps de découvrir un groupe. Non ce n'est pas contradictoire et c'est bien simple : le premier album de Crëvecoeur en 2007 m'avait complètement laissé froid et c'est en écoutant leur très joli single (et premier disque véritable je crois) publié par Euphrate l'année précédente que j'ai décidé d'opérer un virage à 180°, de revenir sur mes pas et de réécouter l'album -être un imbécile ne m'empêche pas de changer d'avis. Et bien m'en a pris : sous ses attraits de prime abord un peu faciles et nostalgiques évoquant aussi bien le post rock morriconien qu'une sorte de folk mariachi, la musique de Crëvecoeur est un ravissement. Ce groupe est l'un des innombrables prétendants de la musique instrumentale -celle à qui on peut souvent reprocher de n'avoir rien à dire du tout, et pour cause- dont le seul but serait de faire naître dans la tête de celui qui l'écoute un film purement imaginaire et complètement personnel. La bonne affaire, comme si ce n'était pas tout simplement l'un des principaux buts (si ce n'est LE but) de la musique en général.
Crëvecoeur se démarque de la concurrence par une instrumentation originale, une orchestration tout en finesse, des mélodies faussement naïves mais réellement imparables et quelques petites trouvailles sonores -sur ce deuxième album, les craquements d'un vinyle par exemple, je sais que cela n'a rien de nouveau mais cela colle parfaitement ici, un xylophone rehaussé par quelques notes de contrebasse presque tendres ou une scie musicale (un thérémine ?) gazouillante. Ce II, puisque l'on parle de lui quand même, est dans la droite lignée de son prédécesseur même si légèrement en deçà : mélodies moins somptueuse, accroches moins évidentes, une inspiration moins riche. Mais cela reste tout à fait dans mes cordes (de guitares) et offre une pause salvatrice et donc imagée, pleine de poésie naïve, dès que le besoin de mieux respirer se fait sentir. Dégage le coeur, rafraîchit l'esprit, mieux qu'une pastille à l'eucalyptus.

Haz (07/09/2008)
website groupe www.crevecoeur.fr
website label denovali.com/crevecoeur

Cacaw
Get a brain - 12'' (+CD)
Permanent 2009

Si vous êtes fans de Load records et de son bruit vomitif, vous aviez sans doute repéré The Coughs, un des plus beaux fleurons à qui on doit trois albums charnellement bruyant. Dans Cacaw, on retrouve deux membres et on n'est pas dans la merde. Les demoiselles Anya Davidson et Carrie Vinarsky ont décidé de poursuivre leur travail de sape accompagnées de deux autres bûcherons, dans une veine plus ramassée certes, mais les intentions de faire mal subsistent. Les basses au nombre de deux en avant, les voix qui n'ont de féminin que le nom (surtout pour l'une d'entre elles), la tête dans le mur dont les premières briques ont été érigées par le mouvement no-wave, l'obstination de la répétition, de légères réminiscences de guitare d'un vieux Sonic Youth (sur le dernier titre Pazuzu notamment), se débattre comme des dingues dans des structures se contentant du minimum, passer en force, quitte parfois à être bancal (mais on s'en branle, on est punk et on t'emmerde), vous avez tout ça dans Get a brain et si tu n'aimes pas, t'as qu'à te référer au titre d'album de ces 7 morceaux regroupés sur une seule face. C'est brut, rouge et on marche avec un entrain juvénile dans ce Cacaw nerveux et implacable. Chicago a encore frappé.
C'est un nouveau label du coin qui a sorti l'objet et met son slogan en application (you can't put your arms around a MP3) en réalisant une chouette pochette sérigraphiée dépliable dont les couleurs et illustrations sied bien au nom du groupe (et faite par deux membres de Cacaw dont c'est le boulot quotidien) et un vinyl dont une face est uniquement gravée de jolies feuilles vertes. Pour mieux s'essuyer sans doute.

SKX (11/06/09)
website groupe www.myspace.com/cacawband
website label
www.permanentrecordschicago.com | www.myspace.com/permanentwax

Café Flesh
I Dumped my wife, I killed my dog - CD
Head / Furne 2009

Les Charentais sortent à nouveau de leur trou. Pendez-les haut et court. Ils auront mis le temps et un guitariste a lâché l'affaire en route. Quatre années pour mettre le cap au sud, chez Head records, et Furne, le label maison. Fini Amphetamine Reptile. Et ils ont bien fait de se débarrasser du logo Amrep, car des Cows, influence forte et revendiquée, il en ait plus beaucoup question. C'est de blues revisité et de gros rock brutale cuit dans le bouillon dont il est question. Ca sent toujours des pieds, l'haleine reste chargée, les mauvaises manières sont comme un art de vivre mais Café Flesh remonte dans l'histoire du rock et s'attaque aux racines avec des coups de bûcherons. Ca braille fort, très fort même, un truc qui vient de profond. Tom Bodlin a un sacré organe, bien mis en avant, une spécialité qu'on aime extérioriser à Jarnac, au risque de le montrer un poil trop souvent. Quelques baisses de régime n'auraient pas fait de mal. Une guitare sur deux de partie, c'est le même Bodlin qui récupère la place vacante en faisant sonner trombone et saxophones alto et baryton de façon plus pressante. Il souffle dans ces instruments comme il chante, pour un résultat identique. Ca manque de discernement avec des lignes de cuivres trop passe-partout, n'éclairant pas les compos comme il conviendrait. Avec même un petit air de fête à la Uz Jsme Doma sur le début de It's a shame, it's the game (par contre, en solo, ça a une autre portée). Pour le reste, c'est tout à l'énergie et aux forceps, une ébullition constante, sauvage, entraînante, voir swinguante, rock'n'rollesque hirsute qui ne s'empêche pas quelques ballades viriles comme l'excellent Lullaby. Mais au final, j'ai plus l'impression d'entendre un bon disque de pub-rock qu'un bon album de punk rock bien sale, vicieux et abrasif. La différence n'est pas mince. En fait, ce sont les compositions trop quelconques qui nuisent à l'ensemble. Rien de désagréable en soi. Les tripes sont là sur la table… mais après ? Comme pour le premier album, il manque l'étincelle, l'inspiration au-delà de la moyenne qui ferait décoller tout ça. Que leur débauche d'énergie et leur honnêteté ont quelquechose de trop convenu, tout comme l'enregistrement, et tout ça laisse relativement de marbre. Un disque idéal pour une soirée avinée entre potes, mais on risque bien de l'oublier dès le lendemain. Et les semaines qui suivent.

SKX (17/03/2009)
website groupe
www.cafe-flesh.org
website label
www.head-records.com | www.furne-records.com

The Cave Canem
Ssoifé ? ou rrache ! - 2xCDs
XcRocs records 2009

L'objet n'est pas banal. Un format pas homologué par des Marseillais s'adonnant aux joies de l'origami. Deux mini-CDrs 8 centimètres glissés à l'intérieur et vous avez dans vos doigts boudinés un bel petit objet, la nouvelle lubie de Xcrocs records, label de Fred De Benedetti, guitariste de Kill The Thrill. Faire de l'inédit live ou studio sur des CDrs mini-formats, c'est le leitmotiv de cette structure. Déjà épinglé à son palmarès, Binaire, ErikM, Enema, etc… Sur la drôle de pochette de The Cave Canem, très beaux gros plans d'une guitare et d'un sax ténor. Ne manque plus que la boite à rythme et vous avez le tableau musical de ce nouveau projet où on retrouve De Benedetti pour les cordes et le chant et Julien Lemonnier pour le cuivre. Vous rajoutez dans le décor Nicolas Dick (Kill The Thrill toujours) pour l'enregistrement et tout est réuni pour que le dedans soit aussi alléchant que laisse le supposer les éléments extérieurs.
Un clébard qui aboie dans le lointain, voilà comment on vous accueille chez les Cave Canem. Prends garde au chien, tu vas en perdre ton latin car ça mord là-dedans. Belle et saine rage d'une énergie punk et primaire, d'un chant vindicatif à l'accent marseillanglais à couper au couteau contrebalancé par un sax ample, remplissant judicieusement les espaces et apportant de la chaleur à un rock sec et acharné. Des samples de bouts de films inconnus pour faire le liant, l'intro et la conclusion, la contribution de Marilyn Tognolli (Kill The Thrill encore et toujours, une vraie histoire de famille) pour les paroles de Fast Car (non je n'y vois pas d'hommage personnel) et c'est une pensée pour un Sweep The Leg Johnny en mode marche ou crève qui nous vient à l'esprit. Boite à rythme programmée en mode avance rapide, un grain de guitare qui rappelle de temps à autre le son si particulier et unique de Kill The Thrill, cuivre se dédoublant, riffs incisifs, sens du rythme fracassé, cordes vocales à plein poumons (et le maudit accent enterré avec), The Cave Canem a choisi l'attaque frontale, se faire confronter une humeur punk avec une approche expérimentale. Point de carcan musical ici mais libérer ces pulsions sans obéir à une règle quelconque. La philosophie de ces excellents huit titres au minimalisme enragé (quatre sur la face Ssoifé ?, quatre sur Rrache !) de Cave Canem se résume par la phrase finissant le morceau au titre incongru de Tonton Dédé : plus le temps avance moins vite, moins la fin semble plus proche. Sales punks va.

SKX (02/11/2009)
website groupe cavecanemprod.free.fr
website label
xcrocsrecords.free.fr

Celan
Halo - CD
Exile on Mainstream 2009

A la première écoute, je me suis demandé c'est quoi ce sous-produit de cette marque connue, qu'est-ce qu'ils nous fouttent à nous refiler un ersatz d'Unsane, Chris Spencer serait-il en manque de temps de jeu avec ses petits camarades new-yorkais ? Autant de questions existentielles gravement importantes sur un projet qui semblait parti pour ressembler à un autre projet de Spencer, Cutthroats 9. Le nom change et rien que le nom. Pour le reste, l'indécrottable Spencer continue de nous exécuter en pleine tronche la même partition haineuse. Incapacité totale à jouer autre chose. C'est congénital. Plans de guitare attaquant sous un angle toujours virulent, façon identique d'inonder le micro de postillons hostiles, ambiance générale noise, douloureuse et belliqueuse, Celan est marqué du sceau d'Unsane.
Pourtant du beau monde autour de lui. Ari Benjamin Meyers, un Einsturzende Neubauten récent, loin du canal historique et américain de souche, pour rajouter une couche de claviers et de samples au bordel de Spencer, deux jeunes allemands qui constituaient la section rythmique de Flu.ID et vouant déjà un culte à Unsane (on y revient toujours) et le meilleur pour la fin, le beau Niko Wenner, le guitariste d'Oxbow. Mais pour ce dernier, il faut plus que tendre l'oreille et si il n'était pas sur la photo officielle, le doute sur sa présence serait permis. Le fait qu'il soit arrivé en dernier dans le décor explique sûrement cela mais ces parties de guitares, on les cherche encore. Ou alors c'est noyé sous le déluge de Spencer. Ce qui revient au même.
Unsane donc. Si vous appréciez la musique de ce groupe, Celan ne vous laissera sans doute pas indifférent. Bien sûr, ce fut tout le contraire. Au début. Et puis le naturel est revenu au galop et force est de reconnaître que Celan a su placer quelques beaux parpaings. Une fois passé l'introduction et les cris d'enfants, le groupe aligne trois titres finissant par annihiler toutes défenses à un projet qui vous semblait vain. Un Unsane traversé de bribes électroniques, de samples discrets, d'un clavier éclairant sur le puissant All This and Everything, un Unsane au son épais, enrichi. L'entreprise de démolition a de la réserve en béton et sait comment vous couler dans son moule. Après les choses se gâtent. La lourdingue pseudo-ballade Sinking me plonge dans l'embarras pendant que Weigh Tag m'évoque à chaque fois un sale morceau de Ministry avec son gimmick obsessionnel et ses allures de pompiers avant de carrément zapper l'instrumental somnifère Washing machine qui lave plus blanc que l'ennui. Il faut attendre le contrasté Train of thought sur courant alternatif pour retrouver un semblant d'intérêt, espérer avec It's Low que ça finisse en beauté (mais comme les soufflets, ça retombe) et finalement se raccrocher au violent Wait and see qui ne vous aura pas fait attendre pour rien (quoique là j'ai un doute). Le plus dur est pour la fin. Les douze minutes de Lunchbox, une longue montée entre silence et un piano qui se taille petit à petit la part du lion et dont on attend le rugissement en vain, même si j'avoue qu'une certaine adrénaline grandissante se dessine sur la durée et j'arriverais parfois (je dis bien parfois) à apprécier cette fin qui prenait des allures de queue de poisson. Tout compte fait, c'est encore quand on se rapproche le plus de l'univers d'Unsane que cet album est le meilleur. Une valeur sûre, ce vieux croûton sanguinolent. Mais au final ça vous fait quatre (allez cinq à tout casser) morceaux excitants. Une fois cet assemblage solidement soudé, une fois que Chris Spencer ne sera plus la seule tête pensante et que tout le monde s'investira à part égale, on sera peut-être en droit d'espérer un album qui tienne la longueur, tout en faisant preuve de plus de personnalité, vu qu'apparemment cette troupe bancale n'est pas décidé à en rester à ce projet de luxe.

SKX (29/07/09)
website groupe www.myspace.com/celanband
website label
www.exilepr.co.uk

Celeste
Misanthrope(s) - CD
Trendkill / Denovali 2009

Où il va être question de porter sa croix. Une ancienne croix qui n'a plus cours. Un vieux testament écrit par saint Hardcore qui avant de devenir hyper technique, doomesque ou je ne sais quelle tendance plus contagieuse qu'une lèpre, était avant tout massif, terriblement sombre et le reste, ornements inutiles. Comme tous ces nombreux groupes de la confrérie allemande et ses apôtres Acme, Uranus ou ses suppôts de Satan belge (Rubbish Heap) et helvètes (Knut, Shora). Mais on va arrêter la métamorphose biblique. Les Français de Celeste s'y complaisent déjà suffisamment. On a pas besoin d'une photo d'une statue d'un saint quelconque en pleine extase sur un digipack où une croix, inversée ou non, s'inscrit en filigramme avec des textes au kilomètre en rang d'oignons et illisible. Des paroles que je préfère de toute façon ne pas comprendre, les seuls titres suffisant amplement : Toucher ce vide béant attise ma fascination, Il y aura des femmes à remercier et de la chair à embrocher, Mais quel plaisir de voir cette tête d'enfant rougir et suer. Bon appétit. L'imagerie hardcore qui s'amuse / se confond avec la religion, en joue, se l'approprie, trouble les messages, c'est pas nouveau mais c'est toujours aussi pénible. Et cliché. Pour faire passer leur malaise et aliénation, Celeste n'en a pas besoin. Le seul poids de leur musique suffit amplement. Leur album précédent se nommait Nihiliste. Ils remettent une couche avec la misanthropie. Le message est clair et la bande-son ne fait que traduire ces sentiments positifs. Au point où la musique de ces deux albums ne font qu'une. Comme un concept de fin du monde. Guitares épaisses, lave dégoulinante, poids écrasant de la rythmique et voix dégueulante, un rien légère mais suffisamment parlante sur la rage qui l'anime. On peut trouver ça trop. Trop noire, trop glauque, trop torturé, trop pathétique à trop forcer le trait mais on ressent dans cette débauche de black music - bien plus black que la musique que cette expression décrit généralement - de la débauche, de la solidité, de gros riffs qui vous assoient, une conviction que vous ne pouvez pas remettre en cause et qui fait que cette croix, vous l'acceptez. Par contre, ce qu'on trouvera, c'est trop monolithique. Neuf titres taillés exactement dans la même roche, variations minimes, aération aucune, pour une longue plainte manquant de relief sur la longueur. Un jour, va bien falloir quand même descendre de cette maudite croix sous peine d'y perdre son latin.

SKX (21/10/2009)
website groupe www.weareceleste.com
website label
www.denovali.com

Church Of Misery
Houses Of The Unholy - LP
Rise Above 2009

Houses Of The Unholy n'est que le troisième long format des japonais de Church Of Misery. Des changements de line-up incessants (ici un nouveau guitariste australien et il paraîtrait que le chanteur s'est à nouveau barré) n'ont pas eu raison de l'abnégation d'un groupe vénérant le doom dans son sens le plus historique du terme -un seul nom et un seul : Black Sabbath. Au dos du livret on peut lire no drone, no power ambient, let them eat DOOM, une façon comme une autre d'affirmer et d'assumer son côté réactionnaire. Ce qui ne change toujours pas non plus c'est la thématique du groupe uniquement centrée autour des tueurs en séries. Chaque titre est dédié à l'un de ces gugusses, avec textes, photos et artworks directement en lien avec ce qui ressemble à une obsession de la part du bassiste foutraque et compositeur en chef du groupe, Tatsu Mikami. On lui pardonne ce genre d'errances (après tout il y a bien en ce vingt et unième siècle des crétins qui collectionnent encore les disques) d'autant plus que le principal intérêt de Church Of Misery, passé ce décorum de pacotille, c'est la musique. Rien que la musique.
El Padrino récite bel et bien les Tables de la Loi Sabbathiennes, tout y est y compris la touche psychédélique 70's et le solo vénéneux mais les quatre Church Of Misery en alignant Shotgun Boogie et son tempo accéléré démontrent que le rock'n'roll ça les connaît aussi. Les sept titres distillés au long des trois faces de ce beau double vinyle (la quatrième face muette reproduit comme il se doit le logo du groupe ainsi que le gueule d'Albert Fish, un type qui affirmait I like children, they are tasty) abandonnent toute idée d'originalité et de déviance -déviance musicale s'entend- et il y a même une reprise de Sir Lord Baltimore, l'un des pires groupes de heavy metal de l'histoire de la musique américaine, ce qui en dit long sur le degré de volonté anachronique de Church Of Misery. On leur pardonne parce que ce doom rock là, légèrement stoner aux entournures et rongé jusqu'à l'os, est une véritable tuerie -haha ha.

Haz (05/06/2009)
website groupe www.churchofmisery.net
website label
www.riseaboverecords.com

Clockcleaner
Skinhead Lady - 7''
Stained Circles 2009

Ok Clockcleaner n'est plus. Tout ça est déjà du passé. Le cadavre déjà piétiné par des hordes de punks sans foi ni loi qui ont piqué le flambeau pour continuer la politique de la terre brûlée. Ce single est donc leur dernière profession de foi (on ne compte pas le 12'' live Ready to fight), sorti par le bout du monde en Australie, là où Sharkey le chanteur-guitariste aurait rencontré l'amour. Le con. On va donc faire abstraction des six mois qui séparent la réalisation de ce disque de la présente chronique. Six mois dans cette orgie de productions, c'est un pet de mouche et Babylon Rules vient juste de sortir. Pour fêter son départ, Clockcleaner détrousse la nonne, fait sonner trompette (merci Kurt) et résonner l'écho d'un Cramps éternel, tout ça avec leur sens inégalable de la reverb, du bruit et d'une rythmique qui vous fait danser voodoo toute la nuit. L'amour l'inspire. Face B, Clockcleaner reprend Hate City, un morceau d'un vieux groupe plus new-wave que punk même si on les met souvent dans le même panier que les Saints ou Radio Birdman. Ce groupe se nomme X (à ne pas confondre avec le groupe de Los Angeles), Amphetamine Reptile avait repressé leur album Aspirations 20 ans plus tard et le trio de Philadelphie se prend pour Killdozer reprenant comme des pochtrons et en choeur (toujours avec la trompette de Kurt) un vieux standard oublié datant de 1978.
Clockcleaner se casse par la grande porte et ne font qu'aviver un peu plus les regrets. Qui ne seront jamais aussi énorme que de ne jamais les avoir vu sur une scène. Le con.

SKX (12/12/2009)
website groupe www.myspace.com/clockcleaner
website label stainedcircles.bigcartel.com

Coleko
Staywell clinic - CD
Cool guy 1999

La pochette est horrible. Ils en rajoutent une couche en mettant le même genre de photo atroce à l'intérieur du livret. Au verso, une photo de gosses à moitié nu jouant près d'un trou d'eau avec des usines noires de fumée en toile de fond. Je passerais bien mon tour. Autre projet de Oscar Rey, entre l'époque sHoeGazer et Help Gnash Red, bien que tout ça ne soit pas très clair. L'ami Oscar reprend en tout cas les bases de sHoeGazer mais dérive encore plus vers un hardcore angulaire et qui ne compte plus du tout sur les mélodies pour plaire. Une drôle de bestiole d'une mixture étrange, mi-chaotique, mi-féroce avec de brusques accélérations et des passages flottant au milieu. A rapprocher de l'école Dischord en plus âpre. La voix de Oscar Rey qui ne crie pas vraiment mais démontre une bonne dose de ressentiment négatif. Les deux guitares assurent pratiquement tout le boulot par rapport à une section rythmique poussive. C'était pas l'album de cette fin de millénaire mais c'est loin d'être aussi repoussant que la pochette.

SKX (08/02/2009)

Coliseum
True Quiet/Last Wave - 7''
Deathwish 2009

Quoi de mieux que de publier un single pour annoncer la sortie du prochain album de Coliseum ? Je n'ai pas réellement compris si True Quiet et Last Wave seront ou non également sur le disque à venir chez Relapse records mais qu'importe, dans le genre cette petite rondelle de plastique bleu playmobil est absolument parfaite. True Quiet ne remet pas grand chose en question, surtout pas une science du riff harpon (excellente intro), une basse terrassante, une batterie puissante et voltigeuse, le tout dominé par la voix toujours aussi éraillée de Ryan Patterson. Du hardcore lorgnant à la fois vers le metal et le crust, servi par des sons de guitare désuets peut être mais qui font terriblement plaisir à entendre tant ils ne rentrent pas dans le cadre tout beau tout propre des 95 % des productions actuelles du genre torchées à l'ordinateur et/ou au stéroïde pro tool.
Sur la face B Last Wave surprend un peu plus (mais un chouïa seulement) tout en utilisant exactement les mêmes ingrédients - la batterie est encore plus outrageuse - mais, c'est sensible surtout au niveau de la ligne de chant, Last Wave est plus lyrique et envolé, presque emo par moment, si jamais emo voulait encore dire quelque chose de nos jours et si toutefois le gros organe rauque de Patterson pouvait souffrir ce genre de comparaison osée. Pourtant il y a bien de cela, derrière le déluge on sent parfaitement la petite pointe de cœur tendre et fondant à l'intérieur. A ce tarif là, et bien que le futur album s'annonce plein d'entrain, aller au delà de ce single tout à fait complet dans le genre semblerait presque inutile tant il semble avoir déjà tout dit.

Haz (12/10/2009)
website groupe www.myspace.com/coliseum
website label
www.deathwishinc.com


Condominium
Barricade - 7''
Fashionable Idiots 2009
Pupils - 7''
Self-released 2008
Hello Tomorrow - 7''
Self-released 2008

St Paul, Minnesota. Condominium se tire de la torpeur ambiante et se prend en main. Deux singles fait main et fait maison puis un troisième sur le petit label qui monte, Fashionable Idiots. Le plus facile à choper. Barricade a tout du morceau qui monte au cerveau et ne le lâche plus. On serait sur Amphetamine Reptile qu'on ne serait pas surpris, proximité géographique oblige sans doute. Mais ce noise-rock n'est pas sans rappeler les belles heures de Janitor Joe et autres groupes rugueux qui ne font pas la nique à la mélodie. Tout tient sur deux notes qu'ils matraquent avec conviction, mais quelles notes ! De l'autre coté du vinyl, Big Plans est un instrumental qui a tout du morceau avec une bonne idée de riff à la base mais qu'on arrive pas à finaliser et dont on ne sait pas quoi faire. Alors on fait tourner. Et nous aussi, pour remonter sur Barricade.

Et remonter dans le temps. Automne 2008, Pupils jouait déjà le minimalisme noise et obtus. Une ligne de basse ne s'encombrant pas de superflu, un chant passionné et la guitare pour faire monter la mayonnaise. Pas besoin de sortir de polytechnique pour se mettre au punk-rock et vous faire baver. En toute simplicité. De l'autre coté, Condominium affiche ces racines avec On Off, un morceau hardcore droit dans la face, rythme basiquement rapide, coller de près par Displacement, retour aux années 80 et son punk-hardcore sans discernement avec un arrière goût de scions la branche. Condominium est plus fort en face A.

Ce qui nous renvoie tout logiquement à l'hiver 2008. Le hardcore élémentaire et hargneux, Condominium avait les deux pieds dedans à l'époque avec Hello Tomorrow. Quatre titres expulsés en une minute trente chacun, nous donnant tout le loisir de suivre agréablement l'évolution d'un groupe vers une musique plus tendue et réfléchie car au regard de ce premier single, Barricade apparaît comme un morceau complexe.
Le quatrième est déjà dans les tuyauteries, on parle de single bien sûr, pas de gosse, sortira début 2010 sur Deerhealer records et ce n'est pas un Gag.

SKX (12/12/2009)
website groupe condominium-hellotomorrow.blogspot.com
website label www.fashionableidiots.com
sounds Barricade.mp3

The Creeping Nobodies / These are Powers
Split 7''
Army of Bad Luck 2008

La feuille d'érable à l'honneur, recto et verso, mais de Canadien, il n'y a que les Creeping Nobodies que l'on retrouve avec bonheur. Exult, un inédit qui sent bon le Celte ! Il ya comme une réminiscence d'un air irlandais, que ce soit dans la mélodie et le rythme, un embrun qui a traversé l'océan et qu'on se prend de manière diffuse. Avec leur facette post-punk/The Ex, le mélange est des plus séduisants. C'est une des deux filles qui se colle au chant et ce morceau prend une tournure d'autant plus poignante que ce sera le tout dernier du groupe. Après huit années d'activités, les cinq membres ont décidé d'aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs.
De l'autre coté de la frontière, These are Powers. Le coté branchouille de New-York dans tout ce qu'il a de plus exaspérant mais aussi d'excitant. C'est un peu tout ça que représente le trio femelle/2 mâles de These are Powers.Déjà deux, trois albums au compteur dont un tout récent (All aboard oceans) mais ce morceau est issu du mini album Tarot Tarot paru en 2008 sur Deleted Art. Cockies représente la bonne facette de ce trio, la digeste, celle où le tribal et l'amour de l'expérimentation prend le dessus sur le trip arty et insipide. Un plan qui tourne en boucle, la voix de la délicieuse asiatique (d'origine) Anna Barie qui ne vous pèle pas les nerfs et on gobe sans sourciller. En plus du bout de vinyl transparent, un CD est inclus dans la pochette. Dessus, la même punition ave un titre en bonus : Creeping Powers, soit un mélange des deux titres suscités, élaboré par Bill Salas, le batteur de These are powers, c'est-à-dire du remplissage qui ne sert qu'à montrer qu'il maîtrise comme un chef la technologie moderne.

SKX (05/04/2009)
website groupe www.thecreepingnobodies.com | thesearepowers.blogspot.com
website label
www.myspace.com/armyofbadluck

Calva / Io Monade Stanca
Split 12''
A Tant Rêver du Roi / Africantape 2010

Double production avec chacun son poulain. Un coup de Calva pour le label de Pau A Tant Rêver du Roi et une rincette de Io Monade Stanca pour le label italien Africantape qui n'a pas grand-chose de rital dans son sang.
On avait laissé Calva sur une première livraison encore jeune mais prometteuse. Ils reviennent la démarche de travers et bien plus originale. Un parfum toujours indéfinissable d'un projet qui a mûrit tout en restant en gestation. Peuvent prendre tous les chemins qu'ils veulent. Un duo (depuis peu, le troisième s'étant fait la malle et est uniquement remplacé pour les concerts) composé d'Arnaud Millan (guitare, synthés, voix) et Stéphane Sapanel (batterie), têtes chercheuses croisant le fer entre une batterie impétueuse et une guitare acoustique (ou qui sonne comme telle !) pour un truc tout en décalage, tout bizarre mais ça marche ! Des constructions alambiquées dont la première écoute déroute avant de révéler toute son aura. Coule, petite, coule. Le synthé s'intercale en douceur, avec parcimonie, sonorités incongrues comme sur Kato, avec on dirait - j'ose à peine l'écrire, un vocoder - ça fait peur au début mais on fini par se laisser prendre car l'autre nouveauté de l'attirail de Calva dans le rayon instrument, ce sont des… ondes et elles sont bonnes, les vibrations. Fluidifie le Calva sans en perdre son piment. Rajoute au mystère de l'ensemble. Quant au batteur, il est crédité d'un autre instrument qui aide à tenir le coup, le café et c'est tout en nerf et en virtuosité qu'il soutient l'édifice, coups de baguettes saignants, registre large, aussi à l'aise dans le touché que le tranchant. Mais tout ça n'aide en rien à éclaircir le monde musical de Calva. On pourrait citer également Cheval de Frise ou Gastr Del Sol pour y voir plus clair, notamment sur les deux derniers titres, Urban Cowboy et le très classe et solennel Melinda 2.0, ces arabesques de guitare en pointillé mais ça serait faire fi des morceaux chantés d'une voix singulière (Central pub et Nerves qui porte bien son nom). Calva a quitté le monde des normes. Une vraie alchimie se met en place. On avait parlé de promesses pour leur début. Avec ces cinq titres, c'est d'impatience dont on va causer car à ce rythme là, ce Calva va tous nous enterrer.

On tourne la galette verte, signe d'espoir, pour la prestation des Italiens de Io Monade Stanca. Issu des mêmes sessions d'enregistrement que leur album The Impossible story of Bubu, cette face est agrémentée d'un invité, Maurizio Busca, crédité au Jumbo organet qui doit être, si on tend l'oreille, ce bruit d'orgue électronique qui s'agite dans le fond et dont Charly Oleg se servait à merveille. D'où le sous-titre 4 brains 40 fingers big band collé après Io Monade Stanca. L'italien sait compter. Car après, ça se gâte. Le nom de cette face est Eravamo partiti coi piedi per terra qu'un célèbre moteur de recherche traduit par Nous avons commencé les pieds sur terre, ce qui constitue un beau pied de nez à la raison quand on connaît tout le burlesque dont est capable ce groupe. Un morceau découpé en trois parties, elles-mêmes hachées menues en une multitude de titres, plus de quarante au final, n'en jetez plus, la coupe est pleine. Une face à l'image de leur concert il y a quelques jours à Rennes (en première partie de Laëtitia Sheriff). Capable du meilleur comme du moins bien. Part dans tous les sens et ne retombe pas toujours sur ces pattes. Finalement plus convaincant quand ils essayent de jouer carré plutôt que partir dans des improvisations (ou ce qui y ressemble) laissant retomber le soufflé. Jeu croisé du guitariste comme ces genoux dont le jeu de jambe en concert est d'une élasticité surprenante, compos sans fin ni début. Tout s'imbrique, se perd parfois, revient dans le droit chemin avec toujours cet orgue un rien désuet et agaçant, particulièrement sur la fin de la face où le groupe lui a clairement laissé les clefs de la maison. Le vert de l'espoir se dilue en blanc d'abattement. Leur rock-noise pataphysique ne tient pas la distance face au bon coup de Calva.

SKX (15/05/2010)
website groupe www.myspace.com/calvaband | www.myspace.com/iomonadestanca
website label www.atrdr.net | africantape.com

Caravels
Floorboards - EP
Self-released 2010

Las Vegas. Vous en connaissez beaucoup, vous, des groupes qui viennent de Las Vegas ? Je veux dire, dans le genre hardcore, pas kitsch à paillettes ? Caravels est de cette race improbable, à bourriner dans le désert entre deux tables de roulettes. Peut-être pour ça que ça fait dix ans qu'ils existent et qu'ils ont mis autant de temps à sortir un premier disque, s'extirper de la torpeur ambiante et commencer à se faire un nom. Une bande de potes au nombre de cinq, sans un seul changement de personnel pendant tout ce temps écoulé, c'est si rare qu'il faut le souligner. C'est beau l'amitié. Ou alors si difficile à Las Vegas de trouver des mecs motivés pour du hardcore qu'on est bien obligé de se supporter.
Suivant l'adage plus c'est long, plus c'est bon, on a bien fait d'attendre. Les six titres de Floodboards sont un geyser de vie dans un océan de sécheresse, un torrent de passion dans un univers de frivolités, une main pleine de grâce dans des tronches de cake. Ouep, le soleil cogne et j'ai mes chaleurs. Mais à chaque fois, c'est l'emballement. Des morceaux qui cavalent, sans refrains, sans couplets, avançant toujours et toujours à fond, avec des respirations qui ne reposent pas, une petite couche par-dessus une autre qui montait déjà d'un cran, on reprend son souffle, la pression monte, l'étau se resserre, on ne se contrôle plus, ça va gicler de partout, j'arrête là avant d'en foutre partout sur le clavier. Caravels, c'est le monde du hardcore enfiévré à la Portraits of Past avec une virulence à la Botch. Un enregistrement compact et percutant. Un batteur qui met sans cesse le colt sur la nuque, n'arrête pas de relancer la machine, maintenir les têtes de ces petits camarades à la limite de la flottaison et frapper encore, précis et juste. Un chant qu'on pourrait juger trop monocorde mais galvanisant et qui me retournent les tripes à chaque fois. Et puis deux guitares qui embrouillent l'esprit et arrachent des larmes. Faut les entendre se battre, se mélanger, flamber des étincelles de mélodies comme sur le poignant Buddy System. Mais tous les titres sont du même acabit. Déchirant et rageur. Vulnérable et explosif. Ca s'enfile d'une traite, en apnée. La Caravels passe et j'aboie comme un con sous la lune.

Caravels avait également enregistré en 2008 trois titres connus sous le nom de The Earthling Sessions et proposés en téléchargement gratuit. Et comme le robinet est désormais ouvert, un single deux titres est prévu pour la fin de l'année sur Topshelf records, avant de s'atteler à un album pour 2011.

SKX (25/11/2010)
website groupe www.myspace.com/caravels

The Catalyst
Swallow Your Teeth - LP
The Perpetual Motion Machine 2009

Il aurait été extrêmement dommage de passer à côté de The Catalyst. C'est pourtant bien ce qui a failli arriver. Swallow Your Teeth est le premier véritable album de ce groupe originaire de Virginie, après pas loin d'une dizaine années d'existence et quelques pelletées de singles, splits et un 12' monoface (Marianas Trench, également dispo en CD avec une partie des titres figurants sur les singles susmentionnés). Et oui… Swallow Your Teeth est seulement le premier album de The Catalyst. Et à l'écoute de celui-ci on n'en croit pas nos oreilles. Ces gars ont incontestablement de la bouteille mais ils ont également gardé toute la hargne qui souvent stigmate les jeunes années tumultueuses d'un groupe. Une vraie tuerie. Qui sont-ils ? Jouent-ils dans d'autres groupes ? Je n'en sais rien. Mais ce que je sais c'est que le hardcore de The Calalyst est la meilleure chose qu'il m'ait été donnée d'entendre dans le style - pourtant très fréquenté - et ce depuis des lustres. En 2009, il ne fallait pas oublier The Catalyst et sa musique incroyable. Puisque l'année 2010 est déjà bien entamée, redonnons une nouvelle chance à ce Swallow Your Teeth inratable et intraitable.
The Catalyst a beau venir de ce bon vieux sud des Etats Unis, le groupe n'abuse pas de la lourdeur poisseuse que l'on retrouve chez la plupart des groupes du coin. Désolé, pour une fois on passera au travers des références d'ordinaire quasiment obligatoires à EyeHateGod ou autre Buzzzov-en (ce qui ne m'aurait pourtant pas déplu). Il y a bien une extrême lourdeur et une incroyable puissance chez The Catalyst mais elle ne doit rien aux connotations sudistes et rednecks, le sludge, le bayou, le whiskey frelaté, la violence, les zombis péripatéticiens, les flingues, les putes, la fumette et tous ces clichés hyper rabattus. La musique de The Catalyst est au contraire sèche et vive - parfois très émotionnelle - et lorsqu'elle fricote avec la défonce interstellaire (l'excellent Werewolves Of Washington), on pourrait plus parler de psychédélisme : une basse avec un son énorme qui groove dans le lard et les deux guitares qui montent en chandelle. Concis, abrupt et percutant (I Hate The Future), le hardcore de The Catalyst sait aussi vous transporter avant de vous écraser définitivement la tronche (42012 et son final à deux voix). Et puis un groupe capable d'intituler l'une de ses chansons Lars Ulrich's 1986 Funeral ne saurait être un mauvais groupe. Si vous aimez Wonder, le nouvel album de Knut, mais que vous le trouvez un peu trop froid et trop rigidifié avec ses plans metal, rabattez-vous sur The Catalyst, bien plus organique et vivant. Un grand groupe d'illustres inconnus est né.

Haz (26/06/2010)
website groupe www.myspace.com/thecatalyst
website label
www.theperpetualmotionmachine.com

Caterpillar Tracks - Arms Exploding
Split 7''
Phratry 2009

Un split single pour faire connaissance. Deux groupes américains originaires de Cincinnati, encore inconnus avant que ce joli vinyl rouge transparent ne débarque dans la boite aux lettres. It's a w.i.n. for the home team, c'est le nom du morceau de Caterpillar Tracks. Rythmique comme un Gladiator. Jesus Lizard est passé par là. Ce ne sont pas les premiers, et encore moins les derniers, à subir l'influence du ex-futur-feu groupe de Chicago mais la compo a la bonne idée de ne pas faire que ça, la soumission. Suffisamment futé pour, non pas donner dans l'original, là n'est pas le propos, mais pondre sa mélodie personnelle et un changement de rythme binaire aux deux tiers du morceau pour rendre ce titre très attachant. Et donner l'envie d'en entendre plus.
Arms Exploding vous rentre tout de suite dans le lard. Noise-rock tendance hardcore, celle qui flirte vers Botch et un surplus d'agressivité. La voix trafiquée y est pour beaucoup. Riff saignant, guitares fois deux, bassiste appuyant l'intensité du chant principal, on se dit qu'on tient le bon bout. Et puis il ya ce premier break surprenant, essentiellement rythmique, tribalisme bizarre, voix susurrée avant de repartir comme ils avaient débarqué puis, deuxième surprise, une fin plus indie-rock à la Arcwelder avec chant très mélodique et stressant, mon tout enchaînant sur une dernière minute quasi-silencieuse avec un piano rachitique dans le fin fond du décor. Un groupe semblant capable du meilleur comme du pire. Là encore, on attendra d'en entendre plus. Un split remplissant en tout cas parfaitement sa mission en titillant la curiosité.

SKX (01/02/2010)
website groupe caterpillartracks.blogspot.com / www.myspace.com/armsexploding
website label www.phratryrecords.com

Caterpillar Tracks
Scrape the summer - cdep
Phratry 2007

Découvert en 2009 par l'intermédiaire du split single avec Arms Exploding, on remonte l'échelle du temps. 2007, Caterpillar Tracks sort Scrape the summer, un EP 5 titres, après un précédent album en 2004 totalement inconnu de nos services. Un disque hybride avec un tas de données différentes mais une belle inspiration pour écrire des compositions qui compilent tout ça. Des relents de new-wave, une basse noise-rock, un chant tour à tour mélodique ou rageur, des morceaux finement complexes et une urgence qui ne faiblit pas. Une formule pouvant s'appliquer à des tonnes de groupes, on pourrait ne pas être sorti de l'auberge. Les cinq de Caterpillar Tracks ont cependant le talent suffisant pour éviter l'ornière avec quatre titres accrocheurs comme It's scientific, goddamm ou how secure, secure renvoyant aussi bien à Vaz qu'aux premiers Rye Coalition. Quatre titres accrocheurs pour un ep cinq titres, c'est qu'il en manque un. Le petit dernier n'a rien de plaisant. Midnight at the Taser Bingo, c'est le vilain de la bande. Six minutes qui ne sont que bombardements et bruits purs. Caterpillar Tracks craque (à dire dix fois de suite le plus vite possible). Un disque où s'impose une conclusion identique à celle du split. Donne envie d'en entendre plus. Ca sera l'objet de la prochaine étape, un nouvel album à sortir incessamment sous peu.

SKX (07/02/2010)
website groupe caterpillartracks.blogspot.com
website label www.phratryrecords.com

Clockcleaner
Auf-wiedersehen 12''
Load 2010

Sentiment toujours partagé quand un groupe comme Clockcleaner cesse toutes activités. Le regret de ne plus voir leurs sales tronches exécutés leur swamp rock libidineux, de donner une suite à deux albums inestimables (Nevermind et Babylon Rules sans oublier le EP des débuts The Hassler) tout en se disant qu'ils ne feront pas le disque de trop, on se quitte bons amis, merci, au revoir, à jamais tatoué sur l'avant-bras droit (sur le gauche, ya déjà Jesus Lizard). Le sentiment partagé également devant une énième sortie d'un groupe qui semble avoir des difficultés à arrêter définitivement. On pensait que la Skinhead Lady saluait la toute fin mais Clockcleaner envoie un tout dernier Auf Wiedersehen. On se dit encore une basse manœuvre du label de Providence pour soutirer quelques deniers à des fans transis désireux de recevoir un ultime glaviot dans la tronche. Au verso de la pochette, en surimpression noire sur une pochette de la même couleur (avec une tête de mort au recto, comme vous pouvez magnifiquement le voir), Clockcleaner a mis ce commentaire sarcastique :

This record looks like a homo stupids record. It's better, tough.

On confirme. Point d'entourloupe commerciale. Bien que ces quatre titres surprennent. La sauvagerie, les mauvaises manières, l'odeur de terres brûlées, bref tout ce qui faisait le charme de Clockcleaner a disparu. Et pourtant, ce disque a encore plus de classe que ces prédécesseurs. Quatre compostions comme quatre marches funèbres. La reverb sur la voix de John A. Sharkey III a disparu, enterrée par une voix de crooner d'outre-tombe qui aurait trouvé le repos éternel, avec des hululements en guise de chœurs pour l'accompagner. Un chant où les paroles sont audibles sur Clockcleaner, ça fait peur mais c'est beau. Un chant qui se rapproche de ce qu'il fait désormais avec son nouveau projet, Puerto Rico Flowers, de la new-wave gothique qui hante les nuits de ce pauvre Sharkey et dont on n'est pas loin de retrouver des réminiscences également dans la musique de ce Auf wiedersehen. Sauf que si il a franchi la ligne jaune avec PRF, Clockcleaner reste du bon coté de la barrière. La guitare tourne en régime clair, les arpèges sont tour à tour cinglants et mélodiques. La section rythmique marque un tempo de fin de bal, lent, traînant, menaçant, presque dansant sur Something's on Her Mind. J'ai bien cru à une reprise d'une vieille casserole new-wave mais non, ça m'a tout l'air d'être du Clockcleaner. Un Clockcleaner plus désabusé que jamais, ça sent la fin de partie mais c'est miraculeusement prenant. Tristement lumineux. Qui eu crut utiliser de tels termes affectés pour un disque de Clockcleaner ?! Le morceau de bravoure reste Chinese Town, le titre évoquant à lui seul les sonorités des arpèges. Un parfum d'orient chez Clockcleaner, là encore fallait le deviner mais c'est comme pour tout le reste. Hypnotisant. Un disque de tapette mais bien rude sur les bords et très sombre en son centre. Clockcleaner ne pouvait aller plus loin et restera à jamais un groupe primordial de cette décennie passée. Ce dont ils se foutent royalement.
Bon allez ce coup ci, c'est le bon, on ne se dit pas au revoir mais bien adieu.

SKX (31/10/2010)
website groupe www.myspace.com/clockcleaner
website label www.loadrecords.com

Command Module
Maps, new units, and scenarios - CD
self-released 2009

Au début était Nick Sakes. L'ex-gars de Dazzling Killmen qui avait fait circuler la première démo de Command Module un peu partout, dont une avait échoué dans cette modeste demeure. Comme Sicbay venait juste de mettre la clef sous la porte, il n'en fallait pas moins pour croire qu'il s'était déjà lancé dans un nouveau projet. Mais il semble bien que si il était prévu au générique à l'aube de ce groupe, il n'en est rien désormais. Command Module, c'est trois gars dont le CV est brillant de vide : Ethen Lebovics (batterie), John Allen (guitare) et Mario Costello (basse).
Un album réalisé par leurs soins, se donne même pas la peine de donner un nom de label, distribué, non pardon, pas distribué du tout, faut leur envoyer une bafouille pour le récupérer, un bout de plastique fait par eux et uniquement pour eux et leur progéniture en bons pères de famille qu'ils ont l'air d'être (j'ai rien contre bien sûr), leur raconter plus tard comment le vieux con qui les emmerde a pu être un jour être un mec cool, ouvert, aimant le rock'n'roll et décapsulant les kros avec les dents. Sauf que les sales gosses vont bien se marrer parce que la musique à papa n'est pas ce majeur qu'on lève à ce monde quand on est un jeune rebelle à mèche. C'est tout instrumental et tout confort. Et c'est vachement bien. On pourrait presque croire parfois à des morceaux de Sicbay sans les vocaux. Huit morceaux tournant tous autour des deux minutes, petites mécaniques rutilantes et énigmatiques avec un enregistrement qui possède du grain et du dynamisme. Le sentiment qu'il manque toujours quelquechose, appelez ça du chant, une seconde guitare, de la longueur, du coffre, mais c'est cette impression/impressionnisme qui finit par séduire, ce sentiment fugace du morceau qui ne fait que passer, donnant de suite l'envie de le réécouter, comme si un détail vous échappait sans cesse. Un groupe qui n'a l'air de rien comme ça, pas le genre de groupe mathématiquement complexe, ne joue pas sur la vitesse, l'excès, pas franchement dans les clous, pas de provocations ni d'esbroufes mais dans le domaine du rock-noise instrumental, Maps, new units, and scenarios fait souffler un vent de légèreté et de fraîcheur. J'avoue que je suis également capable de passer complètement à coté de ce disque tant les compos peuvent paraître en manque de personnalité et éphémère si vous n'êtes pas concentrés un minimum dessus. Mais il possède ce coté attachant, truffé d'idées et de bout d'accroches qui font que vous y revenez toujours avec plaisir.

SKX (04/06/2010)
website groupe www.myspace.com/commandmodule

Condominium
Gag - 7''
Deer Healer 2010

Si la pochette a tout du gag, c'est une toute autre histoire pour la musique. Trou béant
sur un punk-noise animal. Ouverture profonde sur un univers velu. La pochette photocopiée, collée à la langue, le tampon du groupe sur la tronche, Condominium continue d'aimer le bricolage maison et d'enfoncer le clou d'une simplicité redoutable. Gag, morceau phare, a beau s'étaler sur sept minutes, ce sont sept minutes qui ne les font pas. Rythmique binaire, matraquée, lobotomisée, l'adrénaline monte, les larsens s'emparent de l'espace, chant étouffé, faux rythme et mon tout sur deux notes. La dérision de moyens face à un morceau obsédant. Condominium accélère brièvement le mouvement sur l'autre face, le temps des deux minutes de la Redemption Song ou le batteur se déchaîne, ajoutant à l'abrasion et la primarité d'un groupe qu'on aurait vu plus que jamais avec les magnifiques pouilleux de Amphetamine Reptile records. Dommage qu'ils finissent par The Entire Human Body, descente de trip autant instrumentale qu'inutile.
Condominium confirme son statut de groupe punk le plus économique et efficace des Etats-Unis, en attendant l'album après quatre singles. Quoique, vu la profusion des idées et la vitesse de leur cerveau encrassé, on va pouvoir, premièrement, attendre encore longtemps et deuxièmement, ne pas l'espérer tant que ça car le format single leur va comme un gant et les doutes sont permis sur plus long.

SKX (29/11/2010)
website groupe condominium-hellotomorrow.blogspot.com
website label www.deerhealer.com

The Conformists
Three Hundred - CD
Africantape 2010

Comme si il n'y avait déjà pas trop de disques à chroniquer, on en remet une couche avec un album réalisé à l'origine en 2007 par 54°40' or Fight ! records, label du Michigan, et dont Perte & Fracas s'était fait l'écho ici. Un écho très faible, je vous l'accorde, pour un album perdu dans la surproduction mondiale. Ce ne sont pas toujours les meilleurs qui restent. Heureusement, les Italiens ont également des oreilles. Même si il n'y a pas de ritals chez le label Africantape, ils ont fini par l'entendre ce disque maudit et dans un grand élan de générosité, décidé de le ressortir. A l'identique. Ou presque, le bleu de la pochette ayant cédé sa place au vert, dans l'espoir que ce disque trouve enfin son auditoire. On ne va pas reparler en détail de ce disque, le travail a déjà été fait, ça n'a toujours pas bougé de (vous aviez droit en prime à la chronique de leur 1er album Two Hundred), juste l'occasion de vérifier que Three Hundred n'a pas pris trop d'années dans les gencives. Trois ans, c'est peu mais quand on sait qu'il a été enregistré en 2005, ça peut commencer à se fissurer. Sauf si le maçon en chef se nomme Albini. Les fondations sont sures. Un tremblement de terre n'arriverait même pas à ébranler cette batterie. Les trente secondes du premier morceau sans nom sont également toujours présentes. L'impression d'écouter un disque de noise-rock tordu, aussi carré que bancal, incisif que narratif, subsiste parfaitement. Tout conforme. Alors si vous êtes autant touchés par US Maple que Oxes ou The Stnnng, donnez enfin une chance à ce magnifique album.

SKX (15/03/2010)
website groupe www.theconformists.com
website label www.africantape.com

Cove
Show me your nature - CD
Unlabel 2010

Cove, trio anglais de magnifiques losers qui nous fait le même coup à chaque fois, c'est-à-dire débarquer quand on ne les attend plus. Trois, quatre ans qu'il est prévu cet album. Tim Cedar (Part Chimp) était même censé enregistrer et puis plus rien. Mars de cette année, Show me your nature, troisième album du nom, arrive enfin et leur nature à eux, c'est de glander ou de tout faire pour que ça foire. Un album qu'ils qualifient eux-mêmes de lost album. Mais contrairement au Pink Confetti de Vaz ou le premier album des Bellmer Dolls (ces derniers ayant splittés par usure), tous deux enregistrés depuis deux, trois ans et qui sentent le bois mort, Cove a réussi à s'extirper de sa poisse congénitale. Sur son label chéri qui a sorti toute leur œuvre depuis leurs débuts ya plus de dix ans (dans un silence assourdissant), Show me your Nature montre enfin ce qu'il a dans le ventre.
Par contre, on va commencer par zapper le bien nommé Autumn Leaves, morceau d'ouverture tombant comme une feuille morte sur une piscine de milliardaire. Huit minutes d'une descente de baba cool avec guitare patchouli et flûtiau échappé de sa yourte. Mais c'est quoi ce bordel ?! On laisse un groupe noise-math-rock bien burné et on se retrouve avec la copie de Colchique dans les prés sur le chemin de Katmandou ! Le sens de l'humour britannique sans doute car dès le deuxième titre, Rock at the dada station, Cove remet les pendules à l'heure et ils ne vont plus les lâcher. Un rock majoritairement instrumental, solidement charpenté, avec une guitare qui craque sous les pieds, style Part Chimp mais pas que. On retrouve les deux titres du single de 2006 (Threes / Platypus), un mauvais point pour eux quand on possède le dit single mais ces deux morceaux sont tellement bons que ça passe tout seul. Et comme tous les autres inédits aiment s'étendre dans toute leur mare gluante, au-delà des cinq, six minutes, on se dit qu'on en a pour notre argent. Une nature généreuse, une nature débordante, se ruant dans des chevauchées épiques, maniant le marteau et l'enclume à la perfection, laissant suffisamment d'espaces pour mieux placer ces ruades. La guitare a ce grain incomparable (que l'on doit à un certain Tom House et Cove qui a finalement décidé de s'enregistrer lui-même), vous m'en mettrez une douzaine, plus une voix qui déchire toute la misère du monde comme sur le titre surréaliste I Killed a guy with a trident. Finalement, Cove n'a pas grand-chose du groupe math-rock classique. Ca rock, ça c'est certain mais ça file suffisamment droit pour ne perdre personne en chemin. Corpulent, épais, le sens de l'urgence, en rajouter une couche alors qu'on pensait que ce n'était plus possible/permis et succomber devant une telle maestria, devant un disque lourd qui jamais n'a paru aussi léger.

Vous noterez par contre l'inversion dans l'ordre des morceaux sur la pochette souple de ce gatefold CD. Platypus est bien le dixième et dernier titre alors que la petite ballade respiratoire d'une minute se nomme The Cove March. On est losers jusqu'au bout ou on ne l'est pas. L'écoute de Show me your Nature démontre pourtant le contraire. Disque de winner.

SKX (15/11/2010)
website groupe www.myspace.com/therealcove
website label
www.unlabel.net

Cursed
The Last Session - 7''
High Anxiety records 2010

Comment plomber un bon groupe en moins de dix leçons. Prenez quatre gugusses chevelus au passé hardcore déjà chargé, appelez leur groupe CURSED - maudit en français - et faites-leur jouer une musique violente, rapide et lourde. Saupoudrez d'un karma de losers do it yourself et au bout de trois albums tous plus bourrins les uns que les autres entassez-les dans un van beaucoup trop petit pour une énième tournée - qui sera donc la dernière - cette fois ci au travers de la vieille Europe. Entre les pieds qui puent du batteur et l'haleine de chacal de bassiste, entre les sièges transformés en cendriers géants et les jets de cannettes de bières, tout est paré pour une bonne tranche de rigolade entre vieux potes qui en ont vu bien d'autres, on n'est pas là pour se faire engueuler et on verra bien ce qui va se passer. Ce qui va se passer, l'histoire est bien connue, c'est que le groupe va se faire voler toute la thune de cette tournée (8000 euros quand même) ainsi que les passeports des membres du groupe dans un squat à Mulheim (Allemagne) le soir du dernier concert. Trop c'est trop, outre le fait que Cursed a eu tout le mal du monde à renter au bercail, ce triste fait divers a eu pour principale conséquence d'entraîner la fin du groupe. Anger, grief, frustration, suspicion, paranoia, futility comme ils l'ont eux-mêmes écrit dans un message posté le 1er juin 2008 sur leur site.
Quelques jours auparavant, Cursed était passé par les studios de Radio One à la BBC pour enregistrer une courte session de cinq titres joués pieds au plancher et la bave aux lèvres. S'il était possible de faire encore plus primaire et rude que leurs albums - notamment le troisième et petit dernier Architect Of Trouble Dreams - Cursed y est parvenu, avec une rage et une violence qui ne font que davantage regretter le groupe. Le bien nommé The Last Session est une sorte de best of, chaque album étant représenté - Promised Land et Polygraph pour le premier, Reparation pour le deuxième et Antihero Resuscitator ainsi que Into The Hive pour le troisième - et à l'écoute de ces cinq brûlots il est difficile de ne pas penser que le groupe allait forcément se scratcher un jour ou l'autre : trop de haine au ventre, aucun répit, aucun apitoiement et donc pas beaucoup d'air pur ni de tranquillité d'esprit. Bien sûr cela peut sembler facile d'affirmer une chose pareille après les faits… alors on dira beaucoup plus simplement que ces types jouaient à chaque fois comme si c'était la dernière. Fatalement.

Haz (14/02/2010)
website groupe yourfuckingfuneral.blogspot.com
website label www.myspace.com/highanxietyrecords

 
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