O
ARCHIVES 1999 - 2006
 

OFF MINOR
" The heat death of universe " - Lp
Clean Plate 02
Off Minor, major de sa promotion. A l'école très fournie des Yage, Yaphet Kotto et autres groupes emo criés et chaotiques, on aurait pu craindre le pire. Mais c'était sans compter sur ces ex-Saetia, des plus tout jeunes à qui on ne l'a fait pas, qui ont de la bouteille et suffisamment de recul pour ne pas proposer une énième resucée. Off Minor est bouillant, ne laisse aucun répit en enchaînant tous les morceaux. Un trio dont les guitares ont beaucoup à dire, criant sur tous les toits leur colère mais bavardant aussi par arpèges multiples et distingués. Déchirant et suppliant. Les défenses sont dérisoires. Je hais. Je tremble. Au contraire de nos confrères suscités, je suis plus direct et franc du collier. Mais partout des dissolutions, des moments de doutes, tendu à l'aigu. Inutile de nier l'évidence. Une réalisation solide et revigorante. Un maximum de tripes et de cérébral. Les cris résonnent encore longtemps une fois la torpeur de la nuit abattue. Un de ces petits bijoux qu'on a plaisir à chérir loin des foules.
SKX (15/10/2002)
OLD MAN GLOOM
" seminar II : the holy rites of primitivism regressionism " - 2xLp
Trust No One/Tortuga 01
Old Man Gloom se distingue d'abord par son pedigree. Comprenez là-dedans des membres de Converge, Isis et Cave In. Il existe croisements plus bâtards. Old Man Gloom, rassemblement épique qui se définit lui même comme un "institut top research developers". Et pour cause, cet album - qui a la particularité de présenter seulement trois faces gravées sur les quatre que compte ce double album en vinyl, la dernière c'est le désert - est une longue expérience sur le son, un travail de laborantins avec le souci de précision d'un horloger suisse. On alterne donc entre courts échanges incisifs et brutaux issus d'un dédoublement entre Isis et Monster Magnet et de longues plages ambiantes et expérimentales. Entre mini-hymnes aux riffs drôlement efficaces, bien gras et sons lunaires, sortes de Pink Floyd débourré par Black Sabbath. Tout ça selon un découpage inébranlable : un coup je t'astique, un coup je t'endors dans les méandres de mes triturations soniques, un coup je repars de plus belle, un coup je te calme à tout jamais, etc.... Le tout sonne quand même bien seventies et psychédélisme froid. Forcément, on n'est pas épargné par quelques longueurs. Le temps est parfois un peu longuet entre deux ruades. Paraît-il qu'un album version courte avec uniquement les morceaux les plus virulents est sorti.... Sinon pour ceux qui aiment "2001, l'odyssée de l'espace" mixé avec "Mad Max", cette bande-son cultivée par les technologies les plus poussées est édifiante. Et le vinyl (sur Trust No one) avec sa double pochette du plus bel effet. Bienvenus dans les nouveaux ordres.
SKX (12/03/2002)
OLD TIME RELIJUN
" witchcraft rebellion " - CD
K records 01 01
Un drôle de gaillard que ce Aarington de Dionyso. Le mec qui se met sur le devant de la scène, qui accapare toute la lumière, dégivre les congélateurs et emmène son trio pouilleux sur des pistes cailloutées bombardées de nids de poules. OLD TIME RELIJUN puise son énergie dans le rock. Le rock'n'roll, rustre et sauvage, du brut de décoffrage. C'est les tripes, l'éclair et la vitesse. Et tous les cadavres qui traînent sur la route sont pour eux. L'attitude punk, des éléments de free-jazz frénétique ("fermentalio", solo (cri isolé) de clarinette sur distorsion à moteur compréssé). Une rythmique tour à tour hypnotique tellement qu'elle est rigide dans son beat ou funk quand elle balance dans le move. La température de la piste en prend alors un sale coup vers le haut ("mystery language", "king of nothing", standard rock par excellence). La grande classe. Le son est primitif avec un grain chaleureux. Rock sorti du garage, blues à l'haleine chargée, folk musique qui se possède les soirs de pleine lune, OLD TIME RELIJUN fusionne à tour de bras avec comme unité centrale l'instinct. Et Aarington de Dionyso donc. Une voix à mi-chemin entre l'incantation et le grognement, la folie douce et les envolées lyriques. Un jeu de guitare névrotique qui tient sur une seule corde. Cet illuminé vous file un vrai coup de boost. Faut l'entendre se démener, moduler sa voix, passer de l'outre-tombe aux aigües, tourner autour du rythme, le taquiner, le dérégler, emmener le morceau bien installé vers des contrées surprenantes. Un troisième album encore plus varié, sexy et déglingué, habité par des sentiments violents sans oublier la touche mystique. Jon Spencer rangé des bagnoles, Make Up aux oubliettes, Old Time Relijun passe à toute berzingue, enrhume tout ce beau monde et creuse son propre sillon. Du sang, du sexe, de la noirceur. Tout pour nous éclairer.
SKX (30/06/2001)

OLD TIME RELIJUN
" la sirena de pecera " - CD
K records 00
La terre bascule. L'air me fait défaut. Je sue. Les flammes me lèchent les fesses. La cacophonie primitive de Old Time Relijun est avancée. On plonge dans le bayou, moite et lubrique. On se fait trimbaler dans une vieille remorque traînée par un Birthay Party minimaliste, un John Spencer du pauvre avant qu'il ne parte à la pêche. Un trio américain porté à bout de voix par un leader au nom pas possible de demi-dieux, Aarington de Dionyso, supportant tous les maux de la terre, compositeur en chef, jusqu'aux dessins de la pochette et clarinettiste possédé sur un " urge and urge and urge.... " (tout est dit) maladif. Le batteur a beau tapé dans tous les sens et le contrebassiste s'arracher les ongles, le patron c'est lui ! Jeu de guitare squelettique, voix prépondérante d'un mec qu'on imagine hululer sous la lune (pleine bien sûr). Mais le clou du spectacle, sur lequel tu viendras te crucifier mon fils, ce sont les 3 premiers titres de précédents enregistrements, en version espano-italiano-portugaise (vision hallucinatoire d'une triptyque victorieuse d'un onze mythique bien sûr !) qui transforment ce blues rachitique en corrida frénétique, le taureau par les cornes, les couilles en bandoulières. Reste plus qu'à se taper ça en concert, car cette messe doit être autrement payenne !
SKX (25/07/2000)
ORCHID
" s/t " - Lp
Ebullition 02
L'adieu aux armes. Orchid, de par sa trajectoire, ne pouvait avoir qu'une vie courte, cependant bien remplie et avec toute l'intensité qu'il fallait. Après un album, un mini (on retrouve les deux désormais sur un même disque) et une pleine besace de (split) singles, Orchid nous quitte, le feu toujours au cul, certains d'avoir fait le tour de la question. Toujours aussi pressé d'en découdre, ce disque n'apporte aucune eau au moulin de Orchid. Ce mélange ultra abrasif de screamo-hardcore sans concession et ses passages emo pour se remettre de l'ordre dans les idées. La recette a fait ses preuves. Orchid l'applique en grand connaisseur. Titres uppercut. Les guitares qui cognent et noient la batterie. Déluge de feu mais qui laisse passer des écorces de mélodies et les sentiments à fleur de peau. Cet album n'est ni moins bon ni meilleur que les précédentes fournées. Mais Orchid était suffisamment malin pour savoir que leur style suicidaire n'était pas fait pour la durée, qu'il était temps de se saborder avant que la redite et l'essoufflement ne viennent à bout de leurs idéaux adolescents. Savoir arrêter la machine infernale à temps et offrir en guise d'adieu un témoignage solide pour un groupe qui aura su marquer la petite histoire du hardcore de façon indélébile….
SKX (24/02/2003)

ORCHID/JEROMES DREAM
" s/t " - 10"
Witching Hours 00
Avant d'en prendre plein les oreilles, c'est vos orbites qui sortent de la tête ! L'objet est suffisamment pas banal pour qu'on ne s'y attarde pas un peu. D'abord il est pas rond ce disque. Il est tout mal découpé et il a la vague forme d'une tête de mort qu'a trop fêté un enterrement (à moins que ce soit la forme de l'Australie parce qu'à Witching Hours on aime fêter les Jeux Olympiques ah ah). Et il est gravé que d'une face et le disque, il est pas tout noir, il est tout blanc ! Après, si vous mettez pour la première fois ce disque un lendemain de gueule de bois, il vous faudra bien 5 minutes pour comprendre le mécanisme ! Et ouais, c'est le seul disque qui commence par le milieu et qui retourne en arrière jusqu'au début. C'est à ce prix là que vous écouterez les 4 titres de Jeromes Dream ! Et pour les 4 de Orchid, on repart pour un tour au milieu, et là, miracle, ça tourne dans le bon sens. L'autre, celui qui va vers le centre ! Dingue non ?! Alors la musique, elle peut saigner tout ce qu 'elle veut, ça ne surprend plus ! Orchid se démène comme sur son indispensable album sur Ebullition records. Un cercle infernal qui pue toujours l'urgence. Jeromes Dream a également du répondant dans un registre plus emo-violence. Une voix hystérique qui se fracasse dans les aiguës, des compos affolantes et plus convaincantes que les derniers titres disséminés sur des (split)45 récemment, à réveiller les morts et empêcher de tourner en rond un disque caréné pour l'obstacle !
SKX (24/07/2000
THE RED SCARE/ORCHID
" " - 7"
Hand Held Heart 00
Comme un robot, sans un gramme de réflexion, 2 de vos groupes fétiches qui sortent n'importe quel misérable bout de vinyl et, les doigts dans le nez, les autres dans la prise, vous foncez ! Et le bonheur de se prolonger. Sur Hand Held Heart, le label qui monte, qui monte, vous avez le droit à un inédit de THE RED SCARE, dans la plus grande tradition de leur remarquable 1er album " Capillary Lockdown ". Les rejetons de Shotmaker et leur emo-noise musclé et racé. Sans non plus renverser la baraqua avec ce titre ! Et puis ORCHID, qui compose plus vite que son ombre et ne finit pas de distribuer ses brûlots à tout va. C'est vrai que la longueur météorite de leur compos leur permet l'abondance. Cette fois, 3 titres, idem pour la tradition et la baraqua, avec juste un " she has a cold, cold heart " à vous réconcilier avec votre grand-mère. Une guitare bien tranquille, un piano, un quatre pistes et vos larmes pour pleurer. Plus qu'à remonter le robot pour sa nouvelle commande....
SKX (03/08/2000)



ORCHID
" Dance tonight ! Revolution tomorrow ! " - 10
Ebullition 00
Eclatez-vous tant qu'il est encore temps, les choses sérieuses commencent demain ! ORCHID sort son nouveau flingue. Un petit joujou 10 coups qui s'enclenche en 45 et cisaille en rafale en un quart d'heure à peine. Orchid ou la musique nourrit l'esprit. A moins que ce soit le contraire. Sur fond de moultes citations de Jaques Attali, leur gourou du moment, Orchid théorise sur la musique, " cette organisation du bruit ", sort l'étendard révolutionnaire et veut donner de la conscience à son idée du chaos. Leur discours me gave rapidement, autant dire de suite. Surtout que la rage qui suinte de leur musique suffit amplement à vous botter le cul. Le reste est littérature ! Produit par Kurt Ballou, ce nouveau Orchid marque encore plus nettement le contraste entre ces purs moments de hardcore furieux et intenses et des passages noirs et très calmes où seule une mélodie minimale de guitare guette l'arrivée du chaos. Des titres ultracourts, le micro au fond de la gorge, des guitares en travers de la gueule. Du binaire dans les rythmes, tellement direct et intense où toute leur colère intériorisée y passe. Et un dernier titre " and the cat turned to smoke ", pauvre bête, à faire chialer plus d'un hardcoreux endurci. Une mélodie toute simple, ça monte crescendo sans jamais exploser, c'est appuyé par un violon qui soutient les guitares et ça vous laisse pantelant. Ce Orchid est comme le précédent, frustrant car trop court et si bon mais c'est le format qui sied le mieux à cette urgence, on se demande d'où elle vient. Les doigts dans la prise !
SKX (20/02/2001)
ORCHID
" chaos is me " - Lp
Ebullition 99
Attachez votre ceinture, le voyage va être court, intense, une longue ligne droite trépidante et transperçante. Pied au plancher, Orchid s'égare rarement au-delà des 2 minutes. Seul convient la lucidité aiguë. "Death of a modernist", "boy with no arms", "invasion USA". Le désordre c'est moi. Une bonne dose de rage, une furie noise, un boulet de canon hard-core qui vous renvoie direct à Guyana Punch Line, In/Humanity, Rubbish Heap. Powerviolence. Un bloc rebelle auquel on pourrait juste regretter cette masse monolithique, ce manque de variances, excepté quelques chicanes et une ou deux descentes. A moins que toute la force réside en cette incandescence primaire. A moins de prendre cet album comme un seul et long orgasme, un seul titre d'un terrible instant, un long cri d'agonie et de colère mêlées. L'essence même du punk retrouvée. Car au vrai, nous vivons sous la carapace du tremblement.
SKX (27/12/1999)

ORRIN DE FOREST/JAZZFINGER
" split album " - Lp
Traqueto 02
Une belle brochette de branleurs en provenance d'Angleterre. N'y voyez rien d'injurieux là-dedans, c'est juste l'impression qui s'en dégage, à regarder de près les montages photos niveau maternel. Ya plus de respect! Orrin de Forest cache bien son jeu. Car avec toute cette présentation, on aurait pu s'attendre à un hardcore des plus basique et bien poisseux. On en ressort lobotomiser avec un hardcore certes couillu et qui file droit mais avec une bonne dose d'expérimentations, de retenu et des guitares en sons claires taillées pour la vitesse. Comme une version simplifiée de Dazzling Killmen. Pas de panique, on est encore loin des maîtres mais l'idée est là. Dommage que le chant soit un peu trop systématiquement hurlé, à la limite de la rupture et que le chien du voisin n'arrête pas d'aboyer. Avec Jazzfinger, le registre change. Elevation du corps. Instrumentale et cotonneuse, l'ennui guette avec cette musique et si elle nous emmène quelque part, c'est plutôt vers les strates de l'ennui. A tendance expérimentale, un duo tout en guitares qui n'en finissent pas de jouer la même partition, avec bidouillage dans le fond à l'appui et cordes qui cassent. Idéal pour faire de beaux songes et un split pour le moins manichéen.
SKX (27/08/2002)
ORTHRELM
" asristir veildroixe " - Lp
Troubleman 02
Aux frontières de l'impossible, Orthrelm n'est tenu. Avec leur précédent disque, ce duo épileptique guitare-batterie composé d'un ancien Crom-Tech (Mike Barr) était déjà à la limite de nous filer une crise de nerf. Cette fois, Orthrelm nous les pèle menu-menu. Un seul morceau découpé en 99 temps. Ou 99 morceaux hyper-courts qui ne forment qu'un. Au choix. Mais le résultat est le même : super casse-couille au bout de trois minutes (pour les plus courageux). Dire que je me suis fais la totale! Il faut que je consulte d'urgence. Guitare stridente qui défile ses gammes comme si elle avait un peloton de CRS en rut à ses fesses, en totale libre-improvisation comme la batterie. Ultime bruyance. Pour l'autre face, iIs ont eu pitié. Des gribouillis aussi incompréhensibles que leur musique sont gravés. Un disque uniface et tout blanc. Beaucoup de temps perdu pour rien (ou presque).
SKX (03/09/2002)

ORTHRELM
" iorxhscimtor " - CD
Tolotta 01
Heureusement que c'est un CD autrement je me serais demandé si ça tournait à la bonne vitesse! Mike Barr, ancien guitariste de Crom-Tech , s'est trouvé un autre esclave à la batterie (Josh Blair) et sort sur Tolotta, le label de Brendan Canty (bassiste de Fugazi), 12 titres qui énervent bien en 16 minutes. Ou devrais je dire, un seul morceau découpé en 12 temps. Tout défile comme un TGV graissé à l'huile de phoque. Tout se ressemble certes. Seules des écoutes répétées (attention tout de même, pas d'abus!) permet de sentir les subtils changements. Un son de guitare bien grinçant et aiguë. Un batteur qui s'est greffé des bras supplémentaires. Le guitariste joue plus vite que son ombre. Une grande démonstration technique et jubilatoire de leur talent. Complémentaire dans le chaos. Comme un Melt-Banana aphone en 78 tours. Etourdissant. Bien penser à prendre une grande bouffée d'oxygène avant de se lancer dans l'écoute de cet album au nom imprononçable et à la durée parfaite. Au delà, c'est une balle dans la peau pour chacun.
SKX (12/02/2002)
OTK
" Sona a kuva " - CD
Silver Rocket / Minority 03
Casse-tête à la tchèque. La scène locale a un style inimitable, faite de références à de multiples genres musicaux mais suffisamment flous pour brouiller les cartes et accoucher d'un truc personnel mais pas trop. Enigmatique OTK, passé maître dans l'art de sculpter son moule en piochant à gauche et à droite. Le rythme est généralement lent avec un petit coté cool et détendu du gland à la Morphine. Une coloration chaude et bienveillante accentuée par la présence de cuivres qui nappent le fond. Et alors qu'on s'y attend pas, l'arrivée, discrète, mais tout de même bien présente d'un certain DJ Braindead sur deux titres pour quelques scratchs rapides. Des éléments acoustiques, des percussions et tout un attirail d'instruments, OTK se donne les moyens de s'habiller pour l'hiver et ne ménage pas ses effets. Bizarrement, ce deuxième album ne sonne jamais surchargé. Au contraire, place est faite aux non-dits, aux silences, à la respiration où chaque instrument la ramène le temps d'un soupir, d'une multitude d'arrangements qui s'enfilent, broderie fragile et éphémère. Tendance à l'évaporation d'une musique qui ne manque pas d'air mais extrêmement volatile, tellement insaisissable qu'elle a du mal à capter notre intérêt.
SKX (03/11/2003)

OVERMARS/FUGüE
" Our dreams walking their way, chapter 3 " - CD
Waiting for an angel / Cetacean 03
Les rêves continuent leur chemin avec ce troisième volume du match très serré entre le Japon et la France. Pour l'occasion, Waiting for an angel, initiateur du projet, se fait seconder par un tout jeune label, lyonnais également, Cetacean (c'est assez Anne?). Laissons cette pauvre fille de coté et attaquons-nous à ce mont damné que représente ce disque. Légèreté, futilité, espoirs, autant de mots absents du vocabulaire, qu'il soit français ou japonais. Overmars, c'est six mecs au fond du puits d'où un terrible grondement ressort. Tout ce qui est lourd et oppressant, c'est pour leur gueule. En digne fils de Neurosis, ils accentuent leur coté mélodique par rapport à leur précédent split avec Done For. Ca donne trois titres à la longueur vénéneuse qu'une production presque trop léchée empêche d'apprécier à sa juste valeur. Putain, faut que ça saigne ! Sale et méchant, c'est comme ça qu'on apprécie ce genre de musique. Avec Fugüe, la trace du char se fait encore plus profonde. Osaka est leur fief. Et leurs démons s'appellent Doom, Sludge, Crust et Metal. Autant de mamelles pour lesquelles je n'ai qu'un appétit modéré pris séparément. Pris communément, la mayonnaise devient plus digeste. De là à finir le plat et en redemander, ya une addition que je ne demanderais pas ! Voix éraillée et psalmodiant, ambiance poisseuse et malsaine, grosses tâches et samples neurosiens (tiens, encore eux !), riffs de trois tonnes et tous les malheurs du monde, Fugüe est un drôle de typhon que les plus courageux et fans d'entre vous auront peut-être la chance d'en voir l'œil. Ce chapitre trois, toujours aussi bien emballé, est un dur voyage vers des rêves des plus sombres. Bonne nuit !
SKX (23/12/2003)
OVERMARS/DONEFLOR
" In the arms of octopus " - split CD
Autoproduction 02
Lyon, ville centrale à ses deux groupes dont le point commun est aussi de partager des membres identiques. Une histoire de famille pour qui ce split CD est sûrement une façon de marquer leur amitié et de tourner une page puisque Donefor s'est sabordé et que l'aventure Overmars n'et commencé que depuis le printemps 2001. Alors honneur au passé avec Doneflor. Rien de tonitruant là-dedans. Du hardcore qui tient la route certes. Plein de hargne et de colère rentrée, avec ses parties mélodiques, ses petits airs de metal qui traînent par là mais sans envolées particulières, d'inspiration personnelle qui les distinguerait du lot, ce fameux troupeau. Ma préférence va nettement à Overmars. Lourd, lent, puissant, pas la peine d'y aller par quatre chemins, Overmars ne fait pas dans les paillettes. Rouleau compresseur qui appuie là où ça fait mal, toujours et encore, en rajoute une couche, le même clou, enfoncé, hypnotique dans sa noirceur, voix arrachée ou grosse voix d'outre-tombe (pas ma préférée). Mais leurs influences sont multiples et ces trois titres finissent par trouver leur chemin entre grosse basse qui cogne, larsen qui torturent l'esprit, rythmes répétitifs et petites finesses dans la tourmente qui ne rendent que plus inquiétante leur musique. Idéal pour plomber une ambiance et réfléchir en silence. Overmars ou crève. Et à suivre, évidemment.
SKX (28/04/2003)
OXBOW/WHITE TORNADO
" Oxbow meet White Tornado " - CDEP
Wallace 00
Un disque passé entre les mailles du filet. Avec un beau poisson dont toutes les sorties sont pourtant guettées avec attention. Oxbow, le quatuor chéri de San Francisco, a enregistré sur ce label italien et dans un anonymat complet deux titres. Point. On pourrait s'arrêter là car ces deux titres n'ont rien d'exceptionnel. Ca fait la part belle à l'expérimentation avec acoustique trafiquée et voix passée au karscher. Je ne sais pas si c'est leur nouvelle direction musicale ou si ce sont des fonds de tiroirs recyclés mais c'est à réserver aux plus aficionados d'entre vous. En compétition également, White Tornado. Des spécialistes italiens du split de luxe. A leur actif, un split 45 avec Colossamite. Ce fut la grande révélation d'alors. Noise extrême façon Unsane meet Jesus Lizard. La prise était aussi belle qu'inattendue. Cette fois-ci, trois morceaux enregistrés six mois plus tard (en 98...) et le soufflé est quelque peu retombé. Leur noise a perdu de son intensité, le son d'ampleur et la tornade n'est plus aussi cinglante. Le match entre Oxbow et White Tornado tourne court. Dos à dos aux vestiaires.
SKX (11/07/2001)
OXES
" oxxxes " - CD
Monitor 02
Oxes, merveilleux branleurs. Le succès d'un groupe ne s'arrête souvent pas (hélas) à la seule qualité du groupe. L'image, le discours, la provocation, tout est lié, tout est bon pour faire parler de soi. Après le vrai-faux split avec Arab on Radar, Oxes déclenche une vraie-fausse polémique avec ce second album. Les 3 "x" du titre ne sont pas pour "straight edge" mais pour une allusion fine à la pornographie. Pochette avec une fausse manif où les trois gars de Oxes sont poursuivis par une meute en délire leur reprochant (en gros) leur manque de puritanisme. Affiches censurées (ou non?) car trop osées (oh, pas de quoi fouetter un chat pour la vieille Europe, mais de quoi heurter la sensibilité outrancière de quelques américains toujours enclin à laver plus blanc que blanc). On ne sait plus trop démêler le vrai du faux. L'important, c'est que ça mousse. Et surtout qu'on ne s'ennuie pas. 15 ans d'âge mental. Mais dans un monde noise/rock/indé trop souvent sclérosé et intellectualisé, où l'image ne finit que par en faire une, l'esprit railleurs et volontiers sarcastiques d'Oxes apporte une vraie bouffée d'air frais. Ca vaut ce que ça vaut mais ça rompt la monotonie. En plus, quand cet esprit libertaire déteint sur la musique, que le contenu rejoint le contenant, c'est Noël au balcon! Oxes gagne en personnalité. L'étiquette collante Don Caballero est devenue injustifiée (excepté un titre!). Leur noise-math-rock est sain comme une bonne trique juvénile. On sent beaucoup de bonheur et de jubilation derrière cette seconde création. Le grain des deux guitares a cette épaisseur qui les rend palpables, vivantes, tout à tout grasses et félines. Oxes perd en complexité et tracent des lignes droites redoutables. Plus brut et direct que son prédécesseur, Oxes gagnent en efficacité tout en gardant (faut pas pousser non plus) sa part de mystère et ses chemins de travers. L'esprit d'un groupe rock basique (genre AC/DC, groupe auquel on aime les comparer) avec la fraîcheur et l'innovation de tous ces groupes débarqués après Jesus Lizard et Rapeman. Ces huit titres sont pétillants, puissants, malins comme un singe. Avec comme point d'orgue, un magnifique dernier morceau, "russian here", qui dépasse les dix minutes et toutes mes espérances. Oxes rallie passé et présent et même sans chant, réconcilie tout le monde et nous font décharger une pleine bassine de jouissance.
SKX (17/05/2002)
OXES/ARAB ON RADAR
" s/t " - 10"
Wantage USA 01
Le quiproquos du moment. La blague dont on se gausse dans les milieux autorisés. Les trois joyeux drilles d'OXES sont fans d'ARAB ON RADAR, eux-mêmes réputés pour se faire gondoler les portes de prison. Bref, une ambiance de franche camaraderie les unie, poilade générale lors de nombreux concerts en commun. Et l'idée germe dans l'esprit alambiqué d'Oxes de leur rendre un hommage déguisé en sortant ce faux split. D'un coté Oxes et deux inédits de leur cru. De l'autre coté, trois morceaux d'Arab on Radar mais joués toujours par Oxes et sans aucunes indications sur la pochette pour encore mieux tromper l'ennemi! Et tout ça sans avertir les intéressés. Seulement, au final, AOR et Skin Graft ravalent leur humour et prennent très mal la blague! Qui partait d'un bon sentiment, jure, crache Oxes, qui, oh! grand jamais, ne comptait se faire de l'argent sur le dos d'AOR en utilisant leur nom et en abusant leurs fans. Un projet bien loufoque qui avait le mérite de dérider un milieu rock indé parfois bien trop propre sur lui. En attendant le règlement de compte final, Oxes continue sur la même longueur d'onde. Des titres à coucher dehors pour une musique noise-rock instrumentale qui ne se mord pas la queue, ne se regarde pas le nombril et intello, qui ne se prend pas le manche façon Don Caballero nouveau. Une musique par essence rock, entertainment, au fer rouge, vivante. Et des imitateurs hors-pairs car les trois titres d'AOR qu'ils exécutent sont à s'y méprendre conformes aux originaux, voix suraiguë comprise! Le rock a besoin de plus de groupes comme OXES!
SKX (02/05/2001)
OXES
" s/t " - CD
Monitor 00
Ca va être monumental. On le pressentait. On l'espérait. Les 3 titres précurseurs sur le split CD avec Big'N, tels des messagers d'une grande nouvelle. Ca frétillait d'impatience, une vraie pucelle avant son premier bal. Et on l'a, la confirmation. La confirmation d'un nouveau trio, originaire de Pittsburgh, roi du noise-rock moderne. Made in USA et universel. Mort à Shellac. Fini Jesus Lizard. La relève est là. Don Caballero n'a plus qu'à se réveiller. Avec une seule batterie et deux guitares, OXES enlève la palme. Ca commence avec un "dear spirit, I'm in France", titre sibyllin et toute l'essence d'OXES en quelques notes. Ca part en free, arpèges déclinées dans le désordre et hop, le riff, impeccable, tranchant, puissant. Et le batteur suit le schéma. Tour à tour martelant ou plus fluide. Intransigeant et inventif. Ca se poursuit avec "I'm from hell, open a windle" et une fin à contre-courant. Tout en douceur. Juste une guitare sèche et une batterie aérienne pour calmer la douleur. Avant de repartir sur un "panda strong" déjà sorti sur un 45 de Reptilian records, relifté, le solo de batterie à la fin, hey ! solo ! épique et un faux redémarrage qui ne signe en fait que la fin définitive du morceau. Hein ?! "your street vs wall street" et "horses are ok" retend les cordes. La constance se poursuit. Des dialogues impeccablement menés entre des guitares rythmiques ou bousculant les traditions, se répondant sans cesse, le vertige, le tout ponctué par la batterie qui met les points sur les "i", s'exclame, s'efface, rompt le dialogue. Et quand tout le monde joue la même partition, ça avance droit devant. On a rarement entendu trois instruments se complétés aussi finement, s'engueuler chacun dans son coin puis copuler avec une telle ferveur et mettre en place un puzzle diaboliquement efficace. On retrouve le "and giraffe, natural enemies" présent sur le split CD sur Box Factory records, au déroulement exemplaire, sa mélodie insidieuse, avec quelques changements dans le parcours par rapport à l'original. Une vraie beauté ce morceau. Et on se termine par un "riki creem calls this 'chivas regal' ", dernier instrumental d'un album qu'on aurait aimé plus long tellement c'est bon ! OXES, c'est le croisement improbable entre AC/DC et Colossamite, entre des riffs imparables et un groove malsain. La rencontre entre l'essence même du rock et une noise improvisée. C'est libre de toutes entraves, jouissif, binaire et cérébrale. Autant pour la tête que pour les tripes. C'est classique et ça sonne comme pas deux. OXES a juste trouvé le son. Le son parfait. Les structures où rien n'est à ajouter, à enlever. La grande classe. Le jackpot à votre portée.
SKX (17/08/2000)

Ova! / Happy Mothers Day, I can't Read
The Number on my Forehead is gone - Split CD
Freedom From 2004

Freedom From, label de Minneapolis, abrite une faune peu recommandable et pas banale. Votre petite soeur va adorer. Aucun respect pour les conventions. Ca terrorise les foules avec pour seules armes leurs instruments poussant les potars régulièrement dans le rouge et sans souci de logique mathématique. Les petits nouveaux s'appellent Ova! et Happy Mothers Day, I can't Read qui postule au titre de meilleur nom de groupe. Ova! est un duo. Une guitare, une batterie, un peu de bidouille électronique. Des rythmes implacables. Des folies passagères. Des trucs qui se télescopent dans tous les sens. De la puissance de tir. Ca flingue à tout va sur un terrain de chasse occupé par Lightning Bolt (en moins fun), Hella (en plus rock et dangereux) et feu Godheadsilo. Mais comme c'est pas la même chose non plus, on ne peut que se réjouir de l'arrivée de ce nouveau groupe. Ova! a de beaux jours devant lui. Quant à Happy Mothers Day, I can't Read, c'est un seul mec (Tony Remple), qui ne sait pas lire certes, mais a tout compris pour vous irriter le poil. C'est peut-être la fierté de sa mère mais elle doit être sourde depuis longtemps. Il œuvre dans l'électronique hardcore, celle qui fait plein de shzzzzzz et crrrrrriiii avec quelques beats retords et des larsens dans ta face. Sa mère en short derrière les ordis. Enfin, si vous n'avez toujours pas démissionné, cinq titres supplémentaires sous le nom de Awesome. Ce n'est pas la maigre pochette avare en renseignements qui nous éclairera. La réunion de Ova et Happy Mothers ? Un troisième larron qui s'invite à l'orgie sonore ? A moins que ce soit Weasel Walter qui s'est déguisé car on pourrait prendre ça pour du Flying Luttenbachers. C'est en tout cas aussi bien que tout ce qu'il a pu faire. Vous prenez les éléments des deux groupes nommés sur la pochette. Vous rajoutez un peu de cuivre (ou des samples) et vous obtenez une fine couche de musique noise-rock-jazzy improvisée et diablement audible, un vrai nectar. Maintenant, vous pouvez aller acheter des boules Quies.

SKX (28/08/04)
website groupe www.ovasite.com www.geocities.com/happymothersdayicantread
website label www.freedom-from.com
sounds (Release the Monkees | more_testosterone_in_the_monitors.mp3

OCRE
Démo - CDEP
Autoproduction 03

Il n'est pas dans les habitudes ici de chroniquer les démos. Mais quand l'une d'entre elles déboule avec une pochette originale qui tape dans l'œil, un enregistrement "pro", qu'elle vous accroche jusqu'à l'écouter en boucles, vous ne pouvez pas laisser passer ça. A la base pourtant, rien de puissamment originale. Ce trio angevin propose une musique instrumentale dont Slint et Shellac ont jadis posés la première pierre sur laquelle une pléthore de groupes s'est appuyée pour construire leur carré de jardin. Le tour de force de Ocre est de s'immiscer subtilement dans les brèches. De proposer des lignes mélodiques qui vous rentrent dans la peau. Qu'elles proviennent de la guitare ou de la basse, qu'importe, ça ne vous quitte pas. Il en ressort une aura mystérieuse. Un truc de beau et sombre qui flotte dans l'air. Le genre de musique où vous vous dites que ça vous rappelle quelque chose mais l'évidence est là, ces trois titres tiennent tout seul. La basse domine. La guitare tisse avec finesse. Rôle inversé qu'une batterie appuie avec conviction sans en faire des tonnes. Tout dans Ocre donne dans la mesure, la retenue. Le pouvoir de suggestion. Tout est à sa place, les trois instruments sont en osmose mais ça vie de l'intérieur, le feu couve et le talent est là, indéniable. Trois morceaux qui vous illuminent. Angers frappe encore.

SKX (02/01/2004)
website groupe www.labelledamesansmerci.com/ocre/
website label
sounds
www.labelledamesansmerci.com/ocre/Ocre_-_03_-_Alta_di_lacuna.mp3

Ocre / Ethyleen Leiding
Twin Powers II - split CD
Partycul System 04

Ayant raté le premier épisode, on passe directement au deuxième volume de cette série de split CD entre un groupe du label de Reims, Partycul System (le label de Rroselicoeur) et un invité, à qui nous allons faire l'honneur pour commencer. Il s'appelle Ocre et nous vient d'Angers. Leur 1ère sortie officielle après une démo qui à ma foi bien circulée et à juste titre. Sept nouveaux titres (dont un figurait déjà sur la démo). Le registre math-rock-noise à forte tendance mélodique toujours d'actualité. C'est par là que ça se passe et à défaut de proposer une évolution, le trio maîtrise à fond le sujet. Non, le principal changement vient de l'enregistrement. Là où la démo sonnait comme un premier album, avec force et ampleur, ces nouveaux morceaux perdent de leur beauté avec un son beaucoup plus sec et brut. Mais apparemment, c'était la volonté du groupe, presque gêné d'avoir eu un son si impeccable pour leur début ! La qualité des compos est tout de même là. Reste à trouver l'équilibre. Ethyleen Leiding est le projet solo d'un membre de Rroselicoeur, le dénommé Lou Flanagan. Un morceau pour les grands espaces, un autre de folk intimiste. Le troisième nous sort de la sieste. La batterie déboule, la guitare s'emballe. " Rock this way " est le titre et il porte bien son nom. Et ça finit comme ça commence, ambiances sereines en eaux profondes. Ce type a beau être seul, il se démultiplie pour proposer des compos variées et assez réussies, démontrant en même temps tout ce qu'on peut faire avec une seule guitare.

SKX (21/08/04)
website groupe www.labelledamesansmerci.com/ocre
membres.lycos.fr/partyculsystem/ethyleenleiding.htm
website label www.partyculsystem.fr.st
sounds ocre-ostinato.mp3 | ocre-einemof.mp3
ethyleenleiding-malgache.mp3 | ethyleenleiding-keepdry.mp3

Off Minor
Innominate - CD
Golden Brown / Earthwatersky Connection 2004

Ce n'est pas un hasard si ce deuxième album du trio américain Off Minor sort en Europe sur le label du chanteur de Yage. Ce hardcore avec son lot de colère et d'émotion offre de nombreuses similitudes. Pour autant, pour arriver à ces mêmes desseins, Off Minor use de structures qui ne font pas dans la ligne droite, appuyant les contrastes entre les passages énervés et cérébrales. Off Minor donne dans la technique, que certains diraient jazzy mais faut pas déconner non plus. Cependant, c'est suffisamment élaboré pour dérouter le hardcoreux de base. Travail à deux sur les voix, mélodies qu'on arrête pas, Off Minor connaît le registre pour faire monter la tension avec un brin de classe. Innominate est un album passionnément agencé, entre les racines du genre, franc du collier et une tentative pour se démarquer, dans le calme, la fuite en avant tranquille, ces petites lignes de guitares estivales et sa basse qui tricote. Rien non plus de totalement déroutant. Par rapport à leur précédent album, on reste dans la lignée. La prise de risque est limitée. Une valeur sûre du genre. Ni plus ni moins. Toujours cette histoire de verre à moitié plein ou à moitié vide.

SKX (13/11/2004)
website groupe www.goldenbrownrecordings.com/offminor/#
website label www.earthwaterskycn.de
sounds cadaveric.mp3

Old Time Relijun
Lost light - CD
K records 2004

Le nouvel opus de Old Time Relijun s'ouvre sur un " The door i came through has been closed " mais, entre parenthèse, il keep trying ! Et c'est là tout l'objet de ce disque. Arrington de Dionyso, leader incontesté de ce trio, continue de (dé)foncer inlassablement la même porte, qui s'est brutalement refermé et à l'arrivée, Old Time Relijun fait du Old Time Relijun. C'est déjà énorme, certes ! Cela devrait suffir à faire taire toutes mauvaises pensées insidieuses. Mais quand on a un extraverti maniaco-hystérqiue devant soi, on est toujours en droit d'attendre à un truc dingue, qui va vous exploser les neurones, vous retourner comme une crêpe, vous bluffer encore une fois. Pour le coup, Old Time Relijun s'est assagit!! Rassurez-vous, le groupe n'est pas encore frappé du syndrome Jon Spencer. Pas demain qu'il aura trois étoiles dans le prochain Télérama. Old Time Relijun garde sa face hantée, son rock à l'économie, son blues épileptique. Mais les compositions s'ouvrent sous un jour plus clair. L'incantation se fait mesurée. De l'eau dans le vin et c'est l'ivresse qui se socialise. Des compositions qui ne surprennent pas plus que ça. Si la voix de Aarington ne se départit pas de sa folie douce légendaire et continue de surfer sur toutes les intonations possible, ces dix titres s'efforcent de rentrer dans le cadre. Les éléments sont identiques mais fatigués de se cogner sur tous les murs, Dionyso et sa bande ont décidé de tempérer son groove et ses ruades rock'n'rollesques. Il en reste pas moins un "cold water" de huit minutes (un record pour Old Time!), sobrement épique comme le cri de la chouette un soir de pleine lune (!) et qui fait passer un vrai frisson dans la raie des fesses. Un " vampire victim " qui donne envie de se faire péter la jugulaire. Cet éternel jeu de guitare tout en nerf, rachitique et inventif. " Lost Light " n'a pas perdu la flamme. C'est juste la lumière qui vous éblouit moins. Bon en fait, Old Time Relijun a beau toujours faire du Old Time Relijun, même sous camisole, ça reste le pied !

SKX (01/08/04)
website groupe www.krecs.com/OldTimeRelijun/index.html
website label http://www.krecs.com
sounds vampirevictim.mp3

The One Am Radio
A name write in water - CD
Level Plane 2004

The One Am Radio est le projet d'un seul individu : Hrishikesh Hirway. Et si ce disque est bien estampillé Level Plane records, le propos est ici tout autre. Musique intimiste et fortement mélancolique, The One Am Radio est à prévoir pour agrandir les plaies ou les lendemains difficiles. La pochette et son océan à perte de vue sont un raccourci bien pratique pour résumer cet album. Une grande étendue calme, nuages menaçants, vagues sombres mais rien à l'horizon. C'est un peu la croisière s'amuse qui connaît un vieux coup de blues, l'ennui des jours qui se répètent inlassablement. Quelques violons (monotones), une trompette, des rythmes parfois vaguement dansants pour habiller des compostions qui restent concentrées à la base sur une guitare acoustique et la voix du capitaine, tranquille dans ses bottes. Ca navigue dans des sphères cotonneuses, à l'essence pop et d'humer rêveuse. C'est propre et gentil, sans intensité, même retenue, et j'avoue avoir du mal à trouver une quelconque once d'intérêt pour surfer sur la même vague que son deuxième album. C'est plutôt vogue la galère et j'ai vraiment pas envie d'embarquer sur son radeau de fortune d'electronica folk pour marin d'eau douce.

SKX (20/06/2004)
website groupe www.theoneamradio.com
website label www.level-plane.com
sounds untied.mp3

Oneida
Secret Wars - CD
Jagjaguwar 2004

Oneida a commencé à pointer le bout de son nez grâce à un split maxi avec les New-Yorkais à la mode The Liars. Pourtant, ils ont de quoi torcher les morveux. Sept ans qu'ils sévissent tant bien que mal. Leurs chemins pratiqués ne sont pas des plus faciles. " Secret Wars " est leur sixième album. Ca commence assez sereinement, pop-rock sans attache et légère. Avant de se diriger, tranquillement mais sûrement, vers leur psychédélique-noise-rock-progressif dont ils sont coutumiers. Plus les morceaux défilent, plus ils s'étirent dans le temps. Le mot " légèreté " disparaît de leur vocabulaire. L'orgue Hammond apparaît. Le rythme tourne en boucle et nous en bourrique. Hyp-hyp-hypnotique. Référence plein cadre à Can et le mouvement kraut-rock. Avec une chicane vers Pink Floyds lors d'un " wild horses " sidérant… euh.. d'ennui. Climat seventies suintant dans un moule noisy pour faire actuel. Ya plus de jeunesse.

SKX (14/07/04)
website groupe www.enemyhogs.com
website label www.jagjaguwar.com
sounds treasureplane.mp3 | wildhorses.mp3

Old Time Relijun
2012 - CD
K records 2005

Dernièrement, Arrington de Dionyso, leader incontesté de Old Time Relijun, s'était surtout produit en one-man-show, expérimentant à gauche à droite, en solo ou avec des italiens, pays pour lequel il a une affection particulière, s'offrant même un album de liberté artistique sur Wallace records. Esprit aventureux, il revient chargé la barque de son nouvel album avec une face qu'on lui connaît bien, celle de son rock'n'roll du bayou fiévreux, et une autre, la part belle à la musique free et fantaisiste. Le batteur est une batteuse. Jamie Paterson, une américaine qui a posé ses valises en Italie (itou), nouvelle aux baguettes pour un rythme qui gagne en groove et en saccades et le toujours fidèle Aaron Hartman swinguant sur sa contrebasse. 2012, un aller-retour entre le Old Time Relijun qui a fait ses preuves (Los Angeles, Wolves and wolverines) et la quincaillerie de sortie (Magnetic Electric ou comment je t'imite le didgeridoo avec ma voix), la guimbarde qui nique les dents sur Toundra, un vieux free-jazz poignant sur Lions and lambs, des cuivres et sept minutes solennelles où orgue, cuivre et le monde de l'étrange s'affrontent pour clore cet album. Un aller-retour entre le passé et un futur incertain. Entre morceaux classiques et très bons mais qui ne surprennent plus et morceaux bizarres à double tranchant qui ont l'attrait du changement mais qui cassent le rythme. Un album en dent de scie qui n'a pas la folie contagieuse de ses aînés mais qui possède néanmoins charme et mystère. Dionyso, l'homme aux multiples voix, force majeure de son art, et sa bande continuent d'œuvrer dans l'incantation en fourbissant de nouvelles tactiques, un pied dans le présent et l'autre dans un monde parallèle. 2012 si on ne brûle pas d'ici là.

SKX (12/12/2005)
website groupe www.krecs.com/oldtimerelijun
website label www.krecs.com
sounds YourMama.mp3

Overmars
Affliction, endocrine… vertigo - cd+dvd
Appease Me / Candlelight / Alchimia 2005

Overmars, qui descendent de Lyon, sortent le grand jeu pour leur premier album. Réalisation sur un gros label metal. Double album avec d'un coté, un CD, plus d'une heure de musique et de l'autre, un DVD (sauf si vous avez la version vinyl, évidemment, sur Alchimia dont l'artwork vaut le détour pour l'avoir vu à la table de distro lors de leur concert avec Playing Enemy !). Un projet à l'exemple de leur musique. La taille Neurosis, la démesure, les grands espaces bien chargés en nuages noirs, un brin de grandiloquence (surtout pour les paroles) et une ambiance à se défenestrer. Après deux split albums, on était en donc en droit d'attendre à un Everest. Et on se retrouve dans le ravin. Une voie profondément gutturale, proche des voix que l'on retrouve dans le death-metal, qui prend beaucoup de volume et d'espace, presque forcée et avec laquelle j'ai beaucoup de mal. Même si les parties instrumentales sont nombreuses, que certains chœurs à l'arraché sonnent juste, sa mise en avant n'est pas des plus judicieuses. Avec l'aide du désormais incontournable Serge Morattel, le son est sculpté fort à propos, un son à faire gondoler une porte de prison mais les compositions ne vont pas de paire. Mélodiquement pas très fort et passe-partout, cet album multiplie les tempos lents et pesants. Les parties mélancoliques et calmes sont légions et les explosions sommes toutes assez rares. A force de vouloir construire une atmosphère poisseuse et d'amener l'auditeur à genoux, on se retrouve dans une impasse avec un album désespérément long, qui flotte dangereusement, sans réelle dynamique et qui devient vite rébarbatif. Un fil rouge avec le morceau Destroy all dreamers, découpé en cinq parties qui renvoie aux travaux neurasthéniques et solitaires des gratteux de Neurosis (on y revient toujours !) et qui ne fait qu'accentuer cette léthargie ambiante. Le comble pour une musique faite pour exacerber les sentiments mais qui navigue au final entre deux eaux. Une déception.

SKX (19/07/2005)
website groupe http://www.destroyalldreamers.org
website label http://appeaseme.free.fr
http://www.candlelightrecords.co.uk
http://alchimiarecordings.com
sounds this_is_rape.mp3

Ovo
Cicatrici - CD
Bar la Muerte / Ebria 2004

Les affres purulentes d'un cyclone à deux. L'osmose d'un couple fatal et maudit que l'on approche avec méfiance. Il faut se pincer pour croire que ce cri, ce rugissement, ce borborygme est l'œuvre d'une femme. Stefania Pedretti est une des deux pierres de l'édifice Ovo. Chant femelle, louve carnassière, rugissement, le fond des entrailles, étonnant organe utilisé comme un instrument à part entière, onomatopées et non-sens continu, sachant le cas échéant imiter à la perfection la japonaise dévergondée. L'autre pierre est Bruno Dorella, boss du label Bar La Muerte et ex-plein de groupes. Epoque New-York sans retour, Sonic Youth jeune et en totale liberté. Rythmes martiaux et tribaux. Ca ferraille sec. Une odeur d'aciérie et de pneu brûlé. Un bruit sourd et inépuisable. La lourdeur d'un Noxagt. Le grand frisson. Ovo garde l'angle rock sous ses aspects bruitistes diaboliques. C'est ce qui nous sauve. Tout le monde a besoin d'un coin de ciel bleu pour respirer. Œuvre primaire et originale.

SKX (07/03/2005)
website groupe www.barlamuerte.com/bands/ovo/index.htm
website label www.ebriarecords.com
sounds ombra_nell_ombra.mp3


Oxes
Oxes - CDEP
Ruminance 2005

Bonne nouvelle ! Oxes n'est pas mort ! Le gratteux (le brun) a succombé aux charmes d'une italienne rencontrée lors d'une tournée (si vous êtes gentils je vous narrais un jour les détails/ragots croustillants), s'est installé dans la campagne italienne pendant que l'autre guitariste (le blond) et le batteur sont restés écumés leur bonne vieille ville de Baltimore. L'atlantique et son océan ne verront pas se noyer notre trio le plus rock et le plus graveleux. L'aventure continue, comme elle peut et en guise de nouvelle carte de visite, ce maxi cinq titres. Pochette toujours loufoque. Après le porno cheap de Oxxxes, toutes les images d'Epinal recensées du coté des Etats-Unis et de l'Italie. Hamburger contre salami. Potato chips saupoudré d'un lambrusco. Gros connards d'américains cherchent belle italienne vénéneuse…. L'amitié américano-italienne revisitée par Oxes. L'humour débile et le rock'n'roll, deux constantes que Oxes tient à bout de leurs guitares sans fil. Rien de changer dans le monde absurde de Oxes donc. C'est rassurant. Le premier morceau dure sept minutes. Les sept meilleurs du lot. Un morceau épique où vous retrouvez toutes les lubies de Oxes. Entre gros riffs qui filent droit pendant que vous filez doux, la batterie qui pulse, des accalmies et des passages qui montrent qu'Oxes, malgré les apparences, ont de leur finesse dans leurs culottes, des changements de rythmes avant de nous scotcher sur un final qui brisera plus d'un cœur. Derrière, ça enchaîne avec 2 minutes 20 charnelle et rock dans la grande tradition avec bottleneck de sortie. S'il vous plait, ne dites pas que Oxes c'est du putain de math-rock. Du rock tout court du vrai du couillu, juste moins basique que la moyenne. Allez on tape dans les mains. Les deux morceaux suivants nous montrent un visage plus erratique à grands coups de cymbales, de roulements de tambours et de riffs anarchiques, voir un solo à la con digne de leur esprit potache habituel qu'il persiste et signe sur un dernier titre de techno-rock bidouillé qui n'est là que pour rappeler qu'Oxes s'amuse comme des fous et comme ils peuvent. Malgré les milliers de kilomètres de séparation, quand le cheeseburger rencontre le spaghetti, c'est tout Oxes que vous avez dans votre assiette. Bon appétit !

SKX (22/06/2005)
website groupe www.monitorrecords.com/ultimaterebel
website label ruminance.free.fr


 
retour haut