K
ARCHIVES 1999 - 2010
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KABU KI BUDDAH/BANANAS AT THE AUDIENCE alerte au macaque en ferraille
KABU KI BUDDAH Life is a bitch
KABU KI BUDDAH Life Is A Picnic
KAMIKAZE TRIO French lick

KAOSPILOT s/t
KAOSPILOT for your safety
KARATE PARTY Black Helicopter

KARYSUN / YEAR OF NO LIGHT split - 7''
KASH Beauty is everywhere / Kash
KASH Open
KATADREUFFE Quel Gargantua !
KAYO DOT Dowsing anemone with copper tongue TOBY DRIVER In the L.. L.. library loft
K-BRANDING Facial
K-BRANDING Alliance

KEELHAUL / ANODYNE split 7"
KEELHAUL II
KEELHAUL Subject to change without notice
KEIJI HAINO & TATSUYA YOSHIDA Uhrfasudhasdd
KELETON DMD body double
KELVIN / SPEEDY PEONES Split 10''
KELVIN / WOOLTER Self-titled
KEN MODE Mennonite
KEN MODE Venerable
K-HOLES Self-titled

KID COMMANDO the french kiss is dead
KID COMMANDO Holy Kid Commando
KILL ME TOMORROW The garbageman and the prostitute
KILL ME TOMORROW Trap Like a Steel Mind…
KILL SADIE half-cocked concepts
KILL THE THRILL 203 Barriers
KILL THE THRILL Tellurique
KILL THE THRILL / OVERMARS Büccolision 7''
THE KILL VAN KULL human bomb
KILL YOURSELF Soft touch of man EP
KïMMO Conversation for conversation
KÏMMO After the show
KÏMMO Bolt and Biscuit

KIM PHUCProstitute
KIM PHUC Wormwood star
KIM PHUC Weird skies / Suicide Circle - 7''
KIRUNA Penundaan
KITCHEN TOOL SET More
THE KNIFE THE SYMPHONY Dead Tongues
THE KNIFE THE SYMPHONY / LKN Split

KNOT FEEDER Light flares
KNUT Challenger
KNUT DIY
KNUT Terraformer
KOMANDANT cOBRA Baboon Qu4tre
KONG Snake Magnet
KONGH Counting heartbeats
KONGH Shadows of the shapeless
KOURGANE Heavy
KOURGANE Corps de Chasse

KOWLOON WALLED CITY Turk street
KOWLOON WALLED CITY Gambling on the Richter Scale
KRAKEN OXEN Titan deceit
KRAKEN OXEN North asylum
KRONK s/t
KULARA fragmental remembrance, a switch of resurrection, and my hearing vanished
KURT la guard
KURT s/t

KURT / THE POPULAR SHAPES Split 7''
KURT RMX
KYLESA Static Tensions
KYLESA Spiral Shadow


KABU KI BUDDAH/BANANAS AT THE AUDIENCE
" alerte au macaque en ferraille " - split 7"
S.K. 02
Deux groupes lyonnais prennent les armes pour sauver le rock'n'roll du macaque en ferraille. Issu de l'imagination fertile du label lyonnais SK, ce Godzilla local piétine les présentations habituelles des pochettes sobres avec le dernier cri du designer high-tech. Parodie et série Z à l'honneur. Tronches d'enfer et angoisse insoutenable. Pour mettre à mal cet amas de ferraille, Kabu Ki Buddah tente d'abord de le prendre par les sentiments. Violoncelle, voix féminine, basse-batterie en retrait. Atmosphère musique de l'est un rien secouée. Le monstre plie un genoux. Arrive Bananas at the audience pour parachever le travail. L'attaque se fait plus virulente, hargneuse. Un rock un rien groovant sur les bords. Au moins deux groupes lyonnais qu'on ne pourra taxer de la coutumière influence locale "Bastard & Condense"! Chacun s'y prend à deux titres pour faire vaciller le colosse de fer. Avec la bonne humeur qui suinte de tout ça, on a plus de chance que ce macaque sympathise avec ses feux-follets que ne devienne un réel ennemi. Une bande-son qui sort des productions standards.
SKX (26/02/2002)
KAOSPILOT
" s/t " - CD
Level Plane
Un long larsen ouvre cet album. Le temps nécessaire à une profonde inspiration avant la plongée dans le gouffre bouillonnant. Le Norvège brise la glace et nous envoie une bande de sérieux énervés, affûtés comme des couteaux avec des lames longues comme ça. Des rangées de groupes qui éructent dans tous les sens et qui balaient tout sur leur passage, ça on connaît. Même que ça porte un nom, le screamo-hardcore. Mais le calibre présenté ici tape dans le haut de gamme. Du genre Magnum 357 avec coup fatidique. Des aboiements de caporal-chef pas content du tout, cette batterie qui tranche et hache menu, ça descend de gauche à droite et inversement. Ca déchire les flancs et pourtant c'est pas du gros rouge qui tache. Kaospilot, c'est le guerrier civilisé. Celui qui sait tempérer ses ardeurs, montrer ses failles sous la cuirasse. Toujours sombre mais un poil lyrique. On y retrouve tous les ingrédients d'un genre archi connu mais sans air de redite, reprennnant les travaux de Orchid en les sublimant et leur offrant plus de consistance sur la longueur. Un putain de disque !
SKX (09/09/2003)
KAOSPILOT
" for your safety " - 7"
Nova / Last Effort 02
Pas sûr que ce soit votre pilote préféré pour votre destination vers les Etats-Unis mais ce nouveau groupe norvégien fait une fixation sur les avions de grandes lignes avec le mode d'emploi sur les issus de secours. L'histoire ne dit pas si la pochette a été réalisée avant ou après le 11 septembre mais l'enregistrement de ce cinq titres datent de mars 2001.... Un disque à déconseiller pour les phobiques des hautes altitudes. Quant à ceux qui se pissent dessus en écoutant Botch, Lack et consort, Kaospilot a tout pour vous envoyer au septième ciel, vous promettre un voyage chaotique et touffu. La destination n'a rien de dépaysant mais encore une fois, une bonne et solide réalisation en provenance de Scandinavie.
SKX (22/08/2002)
KEELHAUL/ANODYNE
" split 7" " - 7"
Chainsaw Safety 02
Le genre de 45 avec lequel on ne cherche pas d'embrouilles. Deux groupes tendres comme un bataillon de paras, légers comme un vol de mouettes mazoutées au troisième degré. Avec Keelhaul, c'est la connexion Craw. Le batteur en commun et, en invité de marque, Joe Mctighe, le chanteur. Deux cartes maîtresses qui donnent une saveur très Craw-ienne avec une pincée de No Means No, allez savoir pourquoi, bref un truc rock lourdingue et pulsant son gras pour n'en retenir que le maigre. Des déménageurs et des bons. Avec Anodyne, on sort les chiennes. Leur face Neurosis est totalement dynamitée de l'intérieur lors d'un morceau sauvage et bref. Pas forcément leur meilleur crû. Suit une reprise de Throbbing Gristle ("persuasion"), vieux groupe industriel de la mort mais le titre n'est pas remis au goût du jour et coulé dans un moule Anodyne. Ambiant et anodin. Pochette noire et belle. On a vu pire comme split mais hélas encore, un peu bancal.
SKX (03/09/2002)
KEELHAUL
" II " - CD
Hydrahead CD/ Escape Artist LP 01
Tuez les tous! Ils ont beau usé d'une orthographe ésotérique, leurs intentions restent claires. Un maximum de victimes! Keelhaul, un nom qui leur sied à merveille. Un bulldozer lancé à grande vitesse, sans discernement, par la grande machinerie du metal-noise-rock. Avec dans ses rangs, le batteur de CRAW, adepte ici d'un jeu plus binaire mais diaboliquement efficace, véritable poumon d'acier de cette tuerie sans nom. C'est lourd et rapide, des gros riffs qui plombent, d'incessants changements de rythmes. Et quand la voix déboule, c'est tout le monde aux abris. Tonitruante et bien grasse avec les dents du fond qui baignent, Keelhaul a su garder la tête froide et rendre ce 2ème album essentiellement instrumentale pour la survie de tous! C'est, quelquepart (là où ça fait mal!) Fudge Tunnel rems au goût du jour! Et comme même les plus durs ont besoin de respirer, Keelhaul a su aménager des airs de repos, montrer, derrière d'indéniables qualités de bâtisseurs de bunkers, quelques coups de pinceaux aux traits plus fins. Qui atténuent la douleur sur quelques fins de morceaux. Ou le surprenant dernier titre quand la brute se fait cœur tendre. Mais la couleur dominante reste le sang. C'est du solide, sculpté à la truelle, sans génie particulier mais à la graisse du muscle. Après un premier album encore plus mal dégrossi, Keelhaul est lancé sur de bons rails et cet album a le mérite d'imposer son homme. Et c'est pas moi qui ira cafter sur leur passage.
SKX (03/07/2001)
KELETON DMD
" body double " - CD
Makoto 00
Premier jet, premières armes pour ce trio en provenance de Kalamazoo, Minneapolis. L'état fief du fameux Amphetamine Reptile dont les débordements passés ne cessent d'hanter les nuits des jeunes pousses du coin. Ca puise au plus profond du punk-rock, sous les airs engagés de Hammerhead et Janitor Joe, avec un vernis édulcoré par les soubresauts de Washington DC. Une façon d'épurer qui en vaut d'autres. On a affaire à des gens consciencieux, avec quelques cartouches bien calibrées comme ce "black and single" et des idées mélodiques qui émergent continuellement. De la passion et de la vitesse à la Superchunk. Keleton DMD ne se complique pas la vie. C'est encore tendre au niveau du son et reste trop convenu pour se démarquer du lot mais les bases sont là. Ces huit titres se consomment avec plaisir mais ça passera pas l'hiver. Encore un effort pour que le DMD ne se transforme en TNT!
SKX (17/07/2001)
KID COMMANDO
" the french kiss is dead " - 7"
Lady Godiva Operations 02
Le Kid Commando, toujours prêt pour des opérations tranchantes et suicidaires. Après toute une série de split 45 (Arab on Radar et un autre avec The Female Anchor of Sade), ce trio suédois explore pour à nouveau les deux facettes d'un 45. Ils sont à la hauteur de la tâche. Ca reste court et intense mais leur post-punky-noise-rock foutraque et juvénile dure suffisamment longtemps pour nous épingler. Une batterie rudimentaire mais qui part dans tous les sens. Deux guitares un peu folles tout en dessinant des ébauches de mélodies. Un chant qui se limite à scander les titres des morceaux (The French kiss is dead et le bien nommé "the hole in your face is called the mouth") de manière convaincue. La formule est chiche mais le Kid sait faire du bordel comme un grand. Notez bien ce nom dans un coin de votre caleboche.
SKX (22/08/2002)
KILL SADIE
" half-cocked concepts " - 10"
Old Glory records 99
Raclements de gorge. Et c'est reparti. Cris, grincements, jungle éructante. Champ d'un affolant infini, Killsadie porte la flamme en son sein, la prend, l'entretien, la transmet. A l'image de Policy of 3 qui a fait le bonheur de Old Glory, Killsadie tranche et coupe à fleurs de peau, n'omet rien, ne rajoute rien non plus, rien de superflus. Juste le plaisir de prendre une putain de décharges d'émotions. Petit filet de fumée encore chaude qui prolonge la clarté. 5 titres emo-core, pas un de plus, l'infini sans cesse renouveler et c'est parfait comme ça.
SKX (02/11/1999)
KILL THE THRILL
" 203 Barriers " - CD
Season of Mist 01
Avec ce nouvel album, on pourrait ressortir les mêmes qualificatifs que lors de la sortie de "Low" en 97 : lenteur et discrétion, que deviennent-ils, le frisson est-il définitivement mort et enterré ? Mais à croire que, tel un événement cyclique naturel, Kill The Thrill, tous les 4 ans, sort de sa tanière et propose 8 ans après son premier rejeton "Dig", un 3ème album. C'est peu ! Mais Kill The Thrill a la peau dure et résiste à l'érosion. De cette fameuse vague bruitiste française aux débuts des années 90 et immortalisée par la compilation " Serial Killers " sur Roadrunner avec Deity Guns, Davy Jones Locker, Condense, Cut The Navel String, Treponem Pal pour ne citer qu'eux, les marseillais restent les derniers survivants ! Et se portent plutôt bien, merci pour eux ! Ne me demandez pas le secret de leur longévité, sinon une musique intemporelle. Kill The Thrill ne correspond à aucun courant musical précis. Ni hardcore chaotique, ni emo-violence, ni noise-rock ou post je ne sais quoi. Kill The Thrill n'est pas à la mode et passe loin au dessus de toutes ces basses considérations. C'est vieux comme le monde et aussi neuf que n'importe quelle musique actuelle. Une musique qui repose avant tout sur des compositions solides, des vraies compos, sombres, torturées, lyriques juste ce qu'il faut. Avec ce nouvel album, Kill The Thrill reprend ses travaux où ils les avaient laissés avec "Low", sauf que c'est encore mieux que la dernière fois. Faut dire qu'ils ont mis le paquet avec cette fois-ci à la production, Michael "Swans" Gira, enregistrement direct à New-York et un duo de base guitare-basse mué en trio avec l'arrivée d'un deuxième guitariste. Le résultat est un son dense et riche. Une longue succession de 9 titres qui se prend d'une traite. Une longue coulée de lave orgasmique, une nappe d'une multitude de bruits qui charrie tout sur son passage. On s'immerge tout entier dans des ambiances envoûtantes. On part pour une longue descente sur un tapis de guitares. Un bloc qu'on se prend de face et qui marque au fer rouge. Une somme de chaleur qui se dégage comme sur l'épique " western ", le très mélodique " crime " ou le bien-nommé " breath ". Et cette touche inimitable avec cette boite à rythme d'un autre âge, cet aspect froid au milieu du volcan, instrument presque anachronique mais complètement indissociable de l'univers de Kill The Thrill. Une boite à rythme à la programmation presque minimaliste dont l'opposé est la voix de Nicolas Dick, voix âpre et profondément touchante, voix d'écorché qui remonte de loin et vous noue les tripes. Un nouvel opus complet, maîtrisé de bout en bout pour un groupe atypique dont la musique se suffit à elle même. Un groupe discret pour une musique imposante, un groupe qui ne dévoile rien ou si peu et qui continue sa quête sonore, hors des normes. Leur richesse est à l'intérieur, sous cet amas de notes et de bruits, sous cette masse noire et dérangeante. A vous de comprendre ce que vous pouvez lors d'un voyage qui tient du sublime.
SKX (02/01/2001)
THE KILL VAN KULL
" human bomb " - Lp
Handi-Kraft records 98
Spasmodique. Neuromusculaire. Contractions. L'élément central d'une nouvelle guérilla au cœur de New-York City a pour nom The Kill van Kull, bombe humaine à huit fragmentations cinglantes. Des soldats ayant aiguisés leurs armes dans DIE 116, HELL No et autres groupuscules. Tout respire l'urgence et la frustration. Jusqu'au titres, éloquents : "falling of a building ", " exploder ", " you keep yourself from loving me because I am a bastard " sans oublier le titre de ce 1er album " human bomb ". Déformation au forceps. Tout est histoire de tension, un fil ténu, proche de la rupture à chaque riff, chaque roulement de caisse claire. Avec, dans ce règlement de compte sans rebours, un sens du refrain qui tue et suffisamment d'aérations pour ne pas mourir dans son vomi comme " tears " ou le cybernétique " synthetic pulminary transplant ", voir le passage kitsh et surprenant de " the divine seven ". Un album férocement en forme avec pour moteur la haine et l'esprit revanchard : " dédié à la seule personne dont les mensonges et trahisons ont rendu ce disque possible. Plus jamais nous te donnerons notre intégrité "....
SKX (20/04/1999)
KïMMO
" Conversation for conversation " - CDEP
My Kimono 03
L'association d'idées allant bon train, le nom Kïmmo m'a d'emblée fait penser à " esquimaux " ! Et il est vrai que ce premier six titres de ce quatuor parisien a l'apparente fragilité de la glace mais aussi le détachement et la mélancolie propre aux paysages désertiques. L'univers de Kïmmo baigne quelque part entre une touche " emo " proche de l'école Dischord records / Prohibition et une sensibilité " pop " dont la voix principale de Natasha Herzock (à l'intonation toute Bjork-ienne) contribue de belle manière. Une voix qui sait se faire violence, forcer le timbre et régulièrement soutenue par une virulence vocale toute masculine. Pour autant, on est un ton en dessous. Les compositions ont beau présenté un charme indéniable, de la douceur et de l'amertume, de la légèreté mêlée à une colère rentrée, on reste tout de même prisonnier des glaces. Manque d'une étincelle, d'un titre ou deux vraiment accrocheurs pour embraser l'ensemble. Le savoir-faire est là, indéniable, mais encore trop marqué par la retenue, une production qui arrondie les angles. Lâchez du lest, transcendez ses influences. Et d'honnêtes morceaux dans le rang, on passera à une personnalité qui ne demande qu'à s'affirmer.
SKX (03/07/2003)
KNUT
" Challenger " - CD
Hydrahead 02
Les Suisses de Knut monte en première division. Dans la cour des seigneurs, accueillit qu'ils sont au sein de la prestigieuse écurie Hydrahead records. Le statut de challenger sur les épaules en passe de se transformer en bête de compétition. Knut gravit l'échelon sans coup férir. Leur metal-core taille patron prend de la cuisse. Virulent et hargneux sur l'homme comme avant. Mais avec un brin d'humanisation, un surplus d'âme et de désespoir dans le dernier geste. Un je-ne-sais-quoi de profondeur sous leur aspect bestiale. Les rythmes perdent de leur froideur, les structures de leur rigidité pour gagner les contours de la peau. Knut s'infiltrent, les veines gonflent. On rentre dans une autre dimension. Celle que côtoie Breach avec "neon guide", morceau que n'aurait pas renier les Suédois. Celle aussi très prisée de Neurosis. Comme le titre de clôture "march", où le rythme lourd et l'ambiance suffocante donne envie de se jeter du douzième étage. Et quand le rythme n'est pas répétitif, il est d'une précision chirurgicale, un flipper monstrueux où la balle ne peut trouver l'issue de secours, avec des riffs qui mettraient à genoux un éléphant. Le son est chaud, plein. La voix se cogne contre un mur. Renvoie l'écho d'une maladie humaine et incurable. Une œuvre solide, qui vous met une pression constante sur le dos. La tête dans les épaules. Et le cœur qui irrigue à fond! Une belle pièce saignante avec tout plein de chair autour.
SKX (11/06/2002)
KNUT
" DIY " - CDEP
Autoproduction 99
4 Suisses. 3 titres. Après le surprenant " Bastardiser " et l'affolante prestation du superbowl à Rennes en mai dernier, la future livraison de Knut était attendu avec impatience. Puissance de feu suicidaire, Knut persiste, vous perd par ces changements de rythmes incessants, lourds, techniques, vivifiants, ces gros riffs qui tuent ou un touché incomparable. S'apparente autant à Zeni Geva qu'à toute la vague des groupes post-harcore de chez Hydra Head records. Le combat continue. C'est une extrême pointe solidifiée qui s'avance dangereusement dans le vide. Et au moment où il est entré dans le village, on l'a pendu. Tremblement de terre imminent en Suisse!
SKX (19/10/1999)
KRONK
" s/t " - CDEP
Autoproduction 01
Premier coup de marteau pour ce jeune groupe rennais. Le burin taillé dans le granit le plus dur. Celui dont des soldats bien connus outre-Atlantique, cote est, Chicago, se servent avec dextérité et maladie convulsive. Trio de base agrémenté pour la touche perso d'un quatrième membre, encore discret, aux platines. Trois instrumentaux qui assèchent le palais et désherbent les herbes les plus mauvaises. Rythmique très présente, on pense à Helmet pour le coté matraquant et implacable, mais aussi névroses des breaks, guitares grinçantes ou plus mélodiques, façon American Heritage. C'est carré, sans fioritures, presque trop appliqué. On aimerait encore plus de folie, notamment le batteur, que le granit prennent des formes bizarroïdes et inattendues. La base est là, le socle est bien posé. Reste à ériger des sculptures qui surprennent et qui poussent là où on les attends pas. A noter sur vos tablettes.
SKX (23/01/2002)
KULARA
" fragmental remembrance, a switch of resurrection, and my hearing vanished " - CD
Molaire Industries 02
La nouvelle bombe japonaise s'appelle Kulara. Après les toujours jeunes Zeni Geva, les feux-follets de Melt-Banana, les apocalyptiques Atomic Fireball et Envy, les chéris de nos coeurs, s'ajoute à la table de ce festin princier Kulara. Pas presser d'en découdre avec le monde extérieur, il aura fallu attendre l'heureuse initiative du label français Molaire Industries (rebaptisé Waiting For an Angel records) pour que Kulara quitte l'anonymat de son archipel et éclaire notre morne quotidien. En fait, deux enregistrements se retrouvent réunis sous un même boîtier. "5 pièce songs" et "a naked landscape". Et presque deux années les séparent. Le premier nommé pose les bases. Sans vraiment les poser! On les sent déjà à la frontière de styles multiples, le cul entre plusieurs chaises. Et si on est encore loin de l'éclatement du second disque, leur style c'est ça, c'est de ne pas en avoir. Ou alors si, des dizaines, tout et rien à la fois, tellement qu'à la fin, ils ont crée leur propre langage. Avec dans leur abécédaire, des mots comme noise, emo, hardcore, free, math-rock, mélodie, complexité. Sur ce chemin, "5 piece songs" les montrent encore timide. Les racines et l'énergie hardcore / emocore sont encore bien présentes. Mais des morceaux comme "fate" ou "two suns day" ouvrent la route et tutoient les anges. Cinq titres qui n'ont rien à envier au lyrisme d'Envy, avec une production moins dense mais tout aussi fulgurante, épurée et puissante à la fois. Et puis arrive "a naked landscape". Terre vierge où tout est permis. La cogitation a dû être terrible! Kulara prend de la hauteur, du recul. Et devient une dangereuse machine novatrice et incontrôlée. Deux morceaux qui dérapent au-delà des dix minutes. Explosion in-vitro des styles, tout se confronte, cohabite. La grande culbute. Et comme les deux titres s'enchaînent, vous avez le droit à une maîtresse pièce. De quoi revigorer les plus blasés. Des passages "emo crié", un calme piano inquiétant, des guitares qui crissent ou qui flattent les tympans. De folles envolées qui vous laissent pantelant. Avec un don et une facilité déconcertante pour rendre le tout limpide et attractif de bout en bout. Kulara lutte dans la catégorie "hors-concours". Ne s'impose aucune limite, aucune norme. Ni dieu, ni maître! Sinon Kulara!
SKX (15/04/2002)
KURT
" la guard " - Lp
X-Mist 02
Trio majeur de la scène emorock/hardcore européenne, le groupe allemand KURT, en l'espace de deux albums et d'une ribambelle de concerts fiévreux, s'est taillé une belle réputation. Au point de devenir une référence, un phare dans la tourmente! Et ce troisième album, au nom exotique, garde le cap patiemment forgé. Solide et sur de sa force, sur de détenir la bonne formule, Kurt enfonce le clou. Tellement d'ailleurs que cet album est avant tout rythmique plutôt que mélodique, beaucoup plus que ses deux aînés. Une dynamique effrénée, mis en avant, qui saute aux oreilles sans prévenir. A bout de souffle. Bien sûr, peu à peu, les mélodies pointent mais Kurt ne se calme pas en grandissant, devient encore plus direct et sans fioritures. La seule ombre au tableau, c'est la durée. Huit titres pour à peine 20 minutes, frustrant. "La Guard" est un long sprint où c'est marche ou crève. Une fois digéré toutes ces petites contrariétés, on a servi sur un plateau huit perles où les mélodies se révèlent diablement efficaces et entêtantes. Huit bombes nerveuses qui vont droit à l'essentiel. Pas besoin de synthés et d'effet rétro. Pas besoin de surenchères dans le chaos et le multibreak. On peut faire dans la simplicité et sonner comme personne. Kurt durcit le ton, clame haut et fort que les petits costauds de service, c'est eux et ce "la guard" a tout d'un hymne fédérateur. Les derniers punks!!
SKX (12/03/2002)
KURT
" s/t " - CD
X-Mist 99
Accros du CD, retardataires de tous poils, citoyens, citoyennes, enlevez-vous les doigts du cul et souriez fort, le grand, le fabuleux, le pyramidale 1er album (1996) de KURT se refait une beauté en digipack rouge sang! 7 titres, rien à jeter, c'est lyrique et bruyant, subtil et jusque boutiste, insensée extase. Tous fans de noise, emo, hardcore ou tout simplement de musique intense et créative, se doit de posséder ce classique. Mes yeux tournent vers l'intérieur. Je saigne du nez. Ecoutez " stroll down (memory lane) " jusqu'à l'extinction des feux. Et comme KURT s'est dit que la moitié de la planète avait déjà cet album, 2 inédits, un morceau de leur tout premier 45trs et 2 autres échoués sur des compils, le tout remastérisé, agrémentent notre bonheur!! On se donne la main et on se roule une pelle?
SKX (26/11/1999)

Keelhaul
Subject to change without notice - CD
Hydrahead 2004

Ce groupe de Cleveland en ait déjà à son troisième album et risque bien d'être l'éternel espoir. Et qui finira par sortir des albums dans un anonymat presque total, les Lungfish du metal-noise-rock ! Lors de leur premier album sur Cambodia records, ils déclaraient eux-mêmes être " un groupe lourd, puissant et ennuyeux par des gens sans envergure. Notre album sera sorti avant même que vous le sachiez ! ". Sévère et autodérision, quand tu nous tiens. En tout cas, Keelhaul n'est pas là pour réfléchir des heures. Ils montrent un plaisir évident à jouer ensemble. Sans génie particulier mais ça dégage sévère, les instruments se répondant et se complétant avec aisance. Le chanteur est un gros costaud qui a la voix de son physique. Heureusement, pour le bien de tous, il n'en abuse pas ! Ils remettent Tad au goût du jour, ce bon vieux gros Tad qui serait passé du hamburger sauce budweiser à l'écoute de Botch. Le point fort du groupe reste, encore et toujours, le batteur, son sens du groove en pleine démonstration de puissance. Ses prestations scéniques commencent à faire parler de lui après tous ses passages sur les scènes européennes lors de leurs nombreuses tournées. Dommage qu'il soit entouré de besogneux. Qui parfois font preuve d'inspiration et de finesse (" Randall ") mais aussi de morceaux passe-partout. Finalement, ils sont lucides !

SKX (27/06/2004)
website groupe www.keelhaul.info
website label www.hydrahead.com
sounds cruel_shoes.mp3

Kid Commando
Holy Kid Commando - CD
Ache 2004

Le Kid s'émancipe définitivement. Premier jet sur long format et concrétisation de tous les espoirs entrevus sur des 45 précédents. Le Kid prouve qu'il est plus qu'un joyeux trio foutraque et juvénile, avide de sa dose journalière de rock bruyant et bancal. Il passe haut la main son oral, fortifiant ses acquis et ordonnant brillamment par la même occasion ses idées. Le ménage de printemps. Kid commando vient de Suède mais est chaud comme la braise. N'a pas besoin de longs développements pour vous faire adhérer à leur cause et vous démantibuler les membres. "Lovers amp" à fond dans les speakers, un poil de John Spencer, deux guitares toujours à la limite du désaccord et de la rupture, le sens du rock, une batterie tous azimuts, minimaliste dans sa conception, un minimum d'éléments mais extrêmement dynamique et vigoureuse. Et comme il est bien connu qu'il vaut mieux en avoir une petite nerveuse q'une grosse mollassonne, le Kid mène un combat court et incisif, décharge à tout va et marque son territoire d'une pierre blanche. Neuf titres sans aucune fausse note, neuf pépites haut les cœurs qui sèment bonheur et bonne humeur. Le Kid, c'est du costaud.

SKX (28/03/2004)
website groupe www.kidcommando.com
website label www.acherecords.com
sounds www.acherecords.com puis rubrique MP3s

Kill Me Tomorrow
The garbageman and the prostitute - CD
GSL 2004

Kill Me Tomorrow a survécu. Un troisième album déjà pour ce qu'on pourrait considérer comme leurs vrais débuts. " Happy First " (2000) et " Chrome Yellow " (2001) étaient loin de valoir/prévoir cette nouvelle alchimie. " The garbageman and the prostitute", envisagé sous un angle sérieux avec le concept en bout de ligne. Treize titres narrant une histoire (incompréhensibles pour mes oreilles françaises), treize scènes qui verront le jour prochainement par un livre sans oublier quatre vidéos qui accompagnent le CD. Kill Me Tomorrow a passé la vitesse supérieure. Le groupe s'est stabilisé autour d'un trio central avec Zack Wentz au milieu. Fatigué de trouver un batteur convenable, il s'est collé derrière les fûts. Sauf que sa batterie n'a rien de conventionnelle. Il se contente principalement de deux toms basses et de cymbales pour cingler l'atmosphère. Percussions derrière lesquelles il joue debout en concert tout en poussant la chansonnette. Original vous dites ?! A sa gauche, K8 Wince (derrière ce pseudo se cache une pétulante blonde, Mme Wentz à la ville !) pour la basse et le second chant. A sa droite, Dan Wise pour la guitare. La forme impose une démarche tribale des rythmes, entre un Birthay Party tout crassou, déguigandé et un Liars (du premier album) qui aiment la cassure et le chaos. Kill Me Tomorrow trouve sa voie en y mettant un traitement no-wave, fléché de perfides bidouilles électroniques pour brouiller les pistes et créer un espace mi-futuriste mi-punk. Dans tout ce bordel, pas facile de retrouver son chat. Mais mis bout à bout, Kill Me Tomorrow arrive à créer un truc assez unique, une pleine marmite de sonorités, de rythmes et de mélodies au vitriol qui finissent par vous hypnotiser, une danse vaudoue qui ne se danse pas mais vous prend de l'intérieur, implosion, partout sur les murs, sans trop chercher à comprendre d'où viennent les tâches. Cet album cérébral finit par toucher le physique, interpelle les sens et créer un disque bien de son temps et pourtant intemporel. Une expérience vivement recommandée.

SKX (19/07/04)
website groupe www.killmetomorrow.com
website label www.goldstandardlabs.com
sounds BornToBeFiled.mp3 | XeroxMyHand.mp3
Kash
Beauty is everywhere / Kash - CD
Sickroom 2005

Il est difficile de ne pas s'imaginer comment va sonner un disque, avant même la première écoute, quand on est un groupe italien et qu'on part à Chicago se faire enregistrer par le père Albini… Il existe depuis quelques temps déjà chez les groupes italiens une forte propension à s'inspirer des différents travaux du grand échalas de Shellac (avec bonheur faut-il le préciser). Du cas particulier à la généralité… Il n'y a qu'une botte italienne que Kash ne franchit pas ! Si le son de la batterie est tout de suite reconnaissable, c'est le seul raccord identifiable. Kash pratique une musique noise cérébrale où tout n'est pas que rythmique, loin de là. Trame narrative, sans accroche mélodique facile, suivant un chemin tortueux tracé par Oxbow, les éclats et les prises de bec. Intervention régulière d'un cuivre, harmonica, chant en italien. Autant d'éléments qui les éloignent des clichés. Développement tout en guitare et larsen, histoire sans rythme mais pleine de tension, arpèges rassurant, explosion brutale. Les quatre turinois établissent un scénario singulier avec ses respirations, ses mystères et un caractère bien trempé. Mais l'histoire a déjà de la bouteille. Ce disque est en fait la compilation de leurs deux premiers EP qui date de 1999 pour " Kash " et 2002 pour " beauty everywhere ". Le nouvel album " Open " est prévu pour fin mai sur Sickroom. Enregistrement Mike Lust avec la participation du saxo de l'ex-Sweep The Leg Johnny. Espérons que la fée italo-américaine soit toujours au-dessus de leur berceau.

SKX (13/04/2005)
website groupe www.kash.it
website label www.sickroomrecords.com
BeautyisEverywhere.mp3 | www.kash.it/MP3.htm

Kash
Open - CD
Sickroom 2005

Le groupe italien Kash sur ses chemins de travers. Premier véritable album après deux mini compilés sur un seul, les Turinois continuent d'œuvrer dans une musique rock éclatée. On se raccroche où on peut. Des rythmes qui s'effacent, des fossés qui se creusent, des écarts de guitares, des trames que ne renieraient pas US Maple, des angles cassés et durs aux entournures. Un chanteur, Stefano Abba, qui puise dans toutes les ressources que sa voix lui permet, éventail large et plaisant, du murmure au cri, cri aigu ou souffle rauque. Un chemin où on navigue à vue, désarçonné de prime à bord, un cuivre venant à votre secours pour illuminer votre désarroi et montrer la voie. Kash est capable de se contenter de peu pour inquiéter son auditeur, l'amener vers des silences éclatants, le bercer d'une série de notes qui tombent par hasard, le réveiller sous le coup d'une baguette martiale, dilapider une ligne mélodique qu'on attendait plus et qui vous échappe aussi sec avant de la savourer pleinement. Vous traversez ainsi cet album avec des morceaux sur lesquels il faut tendre l'oreille. Epurer jusqu'à l'os. Kash arrive à dompter le vide, se contenter de trois fois rien tout en vous maintenant sur le qui vive.
L'héritage de la musique noise-rock revisitée de façon personnelle avec une grosse pointe d'originalité. Le blues version moderne, décharné et métallique. I'm satisfied, I'm guaranteed déclame à répétition le chanteur pour ouvrir cet album. Pareil pour nous. Très satisfait même.

SKX (06/12/2005)
website groupe www.kash.it
website label www.sickroomrecords.com
sounds Telephones%20on%20Fire.mp3

Kill Yourself
Soft touch of man EP
Obscene Baby Action/Gringo 2003

Tue le toi-même, ce vers qui pourrie de l'intérieur. Ce vers à tête de Shellac, référence récurrente qui poursuit ce trio de Leeds. Et c'est bien dommage pour eux car ce qu'ils font est largement mieux que tous les derniers disques réunis de la bande d'Albini. Je sais pas si j'ai un problème, mais tous les groupes plus ou moins influencés par Shellac sonnent toujours plus bandants que Shellac himself et forcément à l'arrivée ça dessert ces jeunes groupes. Allez… oubliez tout ce que vous venez de lire. Kill Yourself a la veine gonflante, n'ont pas le syndrome de la quarantaine. Kill Yourself est Kill Yourself. Six titres qui n'ont pas peur de rocker, de se moucher dans le jus. Du riff dynamite, de la basse qui décloute, du break bien placé mais point trop bref du sentiment aussi. Kill Yourself ne se sacrifiera pas sur l'autel de la copie carbone. Son enthousiasme et son brio emportent les plus blasés. Sur scène, c'est masque de poulet et Village People. Ils ont depuis sortis deux 45 dont un split avec This Aint Vegas. En voilà une belle affaire pour couler des jours paisibles.

SKX (16/06/2005)
website label www.obscenebabyauction.tk
www.gringorecords.com

Kimmo
After the show - CDEP
Rejuvenation - My Kimono - Wee Wee 2005

Voilà un groupe qui prend le temps de pousser, de mûrir, de régler les détails avant l'envol. Ces parisiens nous avaient laissé avec une conversation pour une conversation sous forme de six morceaux en devenir. Ils reviennent après le concert légèrement chargé (n'y voyez aucune allusion décadente), car seulement quatre titres dans la besace, mais c'est du bon ! Kimmo navigue toujours entre coup de force et fragilité mais avec un allant qu'on ne leur connaissait pas sur leur premier enregistrement. Production digne de ce nom qui donne de l'ampleur aux compositions, guitares qui attaquent sèchement sur Modern love ou bien s'égrènent, aériennes, dans le vent des émotions qui possèdent de l'épaisseur. L'héritage Washington DC / Dischord se fait toujours sentir mais il est largement adapté à la situation d'un groupe ouvert à de multiples sensibilités musicales. Les deux premiers morceaux sont ainsi impeccables de précision, la construction est fine et nerveuse alors que les deux derniers montrent Kimmo sous un visage plus pop et éthéré, respiration féminine et mélodies légères. Et même si je préfère quand ça rock, ce nouveau disque montre du fil à retordre, une palette sonore variée pour pas s'ennuyer et un long format pour tout confirmer.

SKX (16/10/2005)
website groupe www.positiverage.com/kimmo/index.html
website label www.rejuvenationrecords.com
sounds kimmo-H.mp3

Kraken Oxen
Titan deceit - CD
Space Patrol 2005

Kraken Oxen est un projet nouvellement crée dans le sud de la France. Le noyau central, deux frères, ex-Weeping Mind of Silence, une tout autre histoire en termes de volume sonore, autour duquel gravite une ribambelle d'invités. Ca va de la personne qui compose uniquement les paroles (ils sont trois à se partager le gâteau, le principal intéressé étant une principale, Marie-Lise Devaux), chantées à tour de rôle par plusieurs porte-micros, un peu de batterie, de la programmation de rythmes, un poil de trompette, une touche de piano, une anche d'accordéon et une basse omniprésente, roc inébranlable sur lequel viennent se heurter ses frêles esquifs. La démarche serait à rapprocher de gens qui ont flirté dangereusement avec la ligne hardcore et autres musiques bruyantes pour se retourner vers une musique intimiste et épurée de tous scories extrêmes à l'instar des deux guitaristes de Neurosis qui en solo font chialer leurs mères. Kraken Oxen n'a pas cette noirceur abyssale. Une mélancolie, une humeur chagrine, une colère rentrée, le débat est recentré sur l'individu, tout est dans le pointillé, dans le dialogue guitare-basse. Ca navigue entre deux eaux, les brumes matinales ne se laissent pas pénétrées facilement, certaines voix trop maniérées (beaucoup plus convaincantes quand elles s'énervent), rien de lumineux qui s'offrent à vous puis, peu à peu, l'horizon se dégage. Tout est dans le détail, dans ces histoires compliquées dont le fil se dénoue avec le temps et de la patience. Kraken Oxen mène une barque complexe, une musique qui va au-delà des clivages, une œuvre collective dont l'osmose n'est pas toujours au rendez-vous mais qui a l'énorme mérite d'être hors des sentiers battus.

SKX (18/07/2005)
website label www.thespacepatrol.com
sounds KO_the_coats_go.mp3

Kurt / The Popular Shapes
Split 7''
X-Mist 2004

Les fameux mais trop rare allemands de Kurt refont surface avec deux inédits. Quand on aime, ça passe tout seul dans le gosier. Et le trio, en matière de noise-emo, sait de quoi il parle. Et là rien à redire sauf que, sauf que, c'est du produit de série et que nos Kurt ont tendance à se répéter sévère. Pendant que Frank, le chanteur-guitariste, occupe son temps et puise son inspiration dans Ten Volt Shock, le projet Kurt demanderait à trouver son second souffle. De l'autre coté de l'Atlantique, les tout frais Popular Shapes ont la verve et l'énergie de jeunes poulains. Deux inédits haut en couleurs et inspirés, entre Les Savy Fav et ce rock'n'roll sauvage de toujours. Pourquoi toujours vouloir mettre des étiquettes alors qu'il suffit juste de foncer sur ce groupe fortement prometteur !! Le balancier est en faveur des américains.

SKX (01/02/2005)
website label www.x-mist.de | www.ononswitch.com
sounds Clips.mp3

Kill The Thrill
Tellurique - CD
Season of Mist 2005


Chaque album de Kill The Thrill est guetté par un parterre de fidèles. Les Marseillais ont le don de se faire rare. Une discrétion discographique qui, malgré plus de quinze ans d'existence, les rend méconnu d'un public plus large et qu'il mériterait amplement, égard à leur œuvre unique et puissamment émotionnelle. Mais ce groupe semble maudit à jamais, il faut se faire une raison. Tellurique est leur quatrième album. Après quatre nouvelles années de silence. Un instant pressenti sur Hydrahead records, c'est toujours sur Season of Mist à qui l'honneur échoue. La musique de KTT avait séduit Aaron Turner, le boss d'Hydrahead et Isis. Un signe fort quand on connaît la mode actuelle de la musique metal à mélanger la puissance et la lourdeur du style avec les paysages sonores riches en mélodies. Une des marques de fabrique de Kill The Thrill qui n'a pas attendu que le vent souffle dans le bon sens pour maîtriser cette fusion. Et dépasser allégrement ce clivage avec cette nouvelle production. Si les racines puisent dans la musique metal et industrielle (Swans, Neurosis, Godflesh dont ils reprennent avec force ici le Us and Them), Tellurique montre toute l'étendue de leur diaphragme musicale. Kill The Thrill n'a plus peur de se montrer à nue, de dévoiler des trésors de mélodies dans un magma de ténèbres, de libérer des sonorités si particulières de guitares s'entremêlant avec les nappes voilées de synthés, de régler sa boite à rythme au plus juste, perforer le sol, renvoyer à la froideur de la cold-wave, asséner de violents coups de basses puis dans un dernier geste de lucidité, envoyer tout balader, faire fi de toutes considérations et créer un univers enflammé qui leur est propre, une densité sonore qui vous enveloppe tout aussi sensuelle que âpre, un brouillard dans lequel se perdre. La souffrance se fait sentir, tend à l'aigu, soudain agitée. Soave, morceau atypique de leur répertoire, où Marylin Tognolli, la bassiste, passe au chant et puise au plus profond d'elle-même des paroles pour une fois aussi importante que la musique. Morceau à l'intensité dramatique qui donne envie de sortir de soi même. Tellurique, maelström de sentiments contradictoires. Ca vous plombe le moral pour la journée. Magnifie la mélancolie. Serrer les poings, la rage qui suinte, explose ou reste en suspend, s'arracher la peau, s'enfoncer plus bas que terre. Kill The Thrill a encore réussi à se transcender, à taper là où ça fait mal, s'adresser à notre corde sensible sans apitoiement. Toute la force de leur musique est dans ce pouvoir évocateur, cette façon de nous emmener dans les méandres de nos sombres sentiments tout en gardant des lueurs d'espoirs. Nous amener en pleine extase au dessus d'un champ de ruine. Radieux mais terriblement lucide. KTT aura comme d'habitude toujours autant de mal à trouver son public avec un album qui est pourtant leur plus perceptible. Kill The Thrill exacerbe les sens, trouble la vision et vous immerge dans son monde singulier à introspecter d'urgence.

SKX (31/12/2005)
website groupe killthethrill.free.fr
website label www.season-of-mist.com
sounds killthethrill.free.fr/media.htm

Kabu Ki Buddah
Life is a bitch - CD
Rock'n'roll Masturbation 2005


Avec un album qui commence par un collage de samples de notre Jean-Michel Larqué national commentant les exploits du footballeur brésilien, Kaka, un nom qui prête idéalement son flanc aux bons mots en tout genre, difficile de prendre ce groupe au sérieux. Les Lyonnais de Kabu Ki Buddah, c'est pas franchement les rois de la cold-wave. Plutôt festifs et deuxième degré à fond du ballon. Un trio batterie, violoncelle, basse plus le trombone épisodique avec aux voix Seb, le chanteur des Miss Goulash, et Hasmig la violoncelliste, tout un tas de possibilités mais l'humour toujours. Du punk pour grands enfants et manouches fricoteurs. Ca navigue entre ambiances alterno-rigolo et ambiances plus graves et attachantes. Si les premières me glissent dessus (le coté punk dansant alternatif typé bien français, ça va deux secondes), les secondes comme Fever et Ham vous interpellent la corde à émotion, la boite à chagrin qui couine, les cordes de Tom Cora, l'est de la musique de Dog Faced Hermans, de la profondeur et du champ qui mériteraient d'être plus approfondie. Pour le reste, ça me touche pas trop et comme ce reste, c'est la majorité de l'album, j'ai du mal à adhérer. Pourtant, la musique de KKB a quelque chose de bancal et touchant, comme si elle était toujours en construction, des tas de petits rien qui assemblés bout à bout donnent vigueur et bonne humeur mais qui au final laissent trop la place au vide et un arrière goût de laisser aller, de manque de fil conducteur et de consistance pour considérer ce deuxième album autrement que comme une bonne blague de gamins qui se contentent trop facilement de leurs petits tours de passe-passe.

SKX (27/12/2005)
website groupe kabukibuddah.free.fr
sounds drinkin.mp3 | jaguar.mp3

Karate Party
Black Helicopter - LP
S-S records 2005


Karate Party, ça le goût de la nouveauté mais c'est une vieille prise. Le groupe de Chris Woodhouse. Une maison en bois qui a joué dans une tonne de groupes plus inconnus les uns que les autres et qui s'est surtout mis en valeur en enregistrant les derniers A-Frames et The Intelligence. D'ailleurs ces groupes le lui rendent bien et citent régulièrement Karate Party comme une influence majeure sur leur son. Quelques combats plus tôt, aux alentours de 1997, Karate Party avaient sillonné les clubs de Californie, enregistré deux, trois singles, une cassette demo, quelques live et tout ce beau monde, soit 14 titres, après un reliftage, se retrouvent sur cet hélicoptère noir. Et effectivement, on comprend mieux le son de A-Frames et consort. L'amour pour un son sans chichi, bien sale derrière les oreilles, do it yourself dans l'âme avec une approche pour Karate Party plus rock-noise que ses rejetons, mélodies vives sur sa proie, des trucs qui se reprennent à tue-tête. La reprise de Devo (Can you take it) est comprise dans le lot. L'influence à eux, la roue tourne, tout se nourrit de tout. Une vieille prise qui garde tout son sel.

SKX (16/12/2005)
website label www.sl.net/~ttbooks/moolala
sounds donutroom-edit.mp3 | spawn-edit.mp3

Kayo Dot
Dowsing anemone with copper tongue - CD
Robotic Empire 2005
Toby Driver
In the L.. L.. library loft - CD
Tzadik 2005

Il y a des jours où il faut se sentir d'attaque. Kayo Dot, c'est une entité large comme un désert sans fin avec une multitude de paysages traversés, d'abysses à redouter et de couleuvres à avaler. Après un premier album sur Tzadik records, Kayo Dot va se frotter aux métalleux/hardcore de Robotic Empire. Kayo Dot n'a pas de chapelles, côtoie autant le monde du jazz que la musique d'ascenseur (certains appellent ça le new-age), titiller la musique avant-gardiste, le classicisme de bonne famille que des ruades inopinées dans l'extrême. Aura on an asylum wall est une douce romance, ambiance soirée chez madame l'ambassadrice, c'est-à-dire qu'on se fait chier et les courbettes sont bien longuettes qui finit comme du Painkiller dans ta tronche. C'est le cas également du morceau suivant On limpid form qui monte très tranquillement, trop tranquillement vers un univers de fracas, de tôles froissées et de rouages défectueux que les plus téméraires auront l'occasion d'affronter si ils n'ont pas démissionner auparavant. Les voix sont maniérées. Passages sirupeux. Compositions ridiculement longues car n'apportent rien sur la durée et les silences, malgré un violon plaintif, mortel d'ennui. Tout ça à un nom : le rock progressif. Kayo Dot rentre parfaitement dans cette définition. Un rock qui se veut élaborer tant au niveau technique que instrumental, mélodiquement riche et s'inspirant de courants musicaux très variés. Un style très apprécié dans le metal/hardcore actuellement même si Kayo Dot ne vient pas de ce milieu. Mais leur label si. Comme nombre de groupes inspirés par ce passé et qui n'ont pas toujours dit ça. Vivement 77.
L'album solo de la tête pensante de Kayo Dot, Toby Driver, apparaît presque plus intéressant. Il s'épanouit toujours sur la longueur mais arrive à maintenir un intérêt raisonnable, à jongler entre tous ces centres musicaux pour créer quatre pièces qui se tiennent, une unité dans la douleur et l'angoissant, lorgnant plus vers une musique moderne et exigeante qu'un revival seventies.

SKX (05/03/06)
website groupe www.kayodot.net
website label www.roboticempire.com
sounds www.hxcmp3.com/bands/21740/index.php | www.myspace.com/KayoDot

Knut
Terraformer - CD
Conspiracy 2005

Le vif du sujet. Dans la chair fraîche je mordrais. Trois ans de silence et les Suisses de Knut débutent ce Terraformer comme on les connaissait, guerriers, toujours prêt à festoyer sur les restes d'un hardcore-metal tout en plombage de dents, des grands fauves façon Botch qu'un minimum de technique bien huilée fait passer avec facilité. C'est du Knut sans surprise qui a l'avantage de remettre les choses en place. Mais le Knut de 2005, c'est aussi le Suisse dans l'air du temps. Celui qui cède aux sirènes d'un metal à la mode qui oublie ses éructations pour des morceaux ambiants qui me laissent sans voix, comme le chanteur qui disparaît la moitié de l'album. C'est la face Isis, Cult of Luna et on pourrait en citer des dizaines d'autres. Des instrumentaux ennuyeux (Evian, Fibonacci Unfolds et Solar Flare) qui durent quand même la bagatelle de 21 minutes. Sur un total de trois quarts d'heure, ça fait une bonne part négligeable. Et si ces loooongs morceaux gardent une certaine trace de lourdeur à la Knut, la perspicacité de telles compos restent à prouver et n'apportent rien à l'eau du moulin metal actuel dont les ailes vont bien finir par se briser (menu menu et je ne parle pas que des ailes). Malgré des interludes et courts instrumentaux dignes d'un Keelhaul ou Craw, Knut s'enlise dans des sentiers trop fréquentés. A l'arrivée, si on considère la moitié de l'album d'une mortelle lassitude et l'autre probante mais attendue, ce nouvel album ne prête pas son flanc à une admiration sans borne. La bête est en pleine mutation entre des membres qui se cherchent et qui annoncent qu'ils ne feront plus jamais de concerts… Considérons Terraformer comme un album de transition en attendant de trouver la formule adéquate parmi leurs différentes aspirations musicales.

SKX (17/01/06)
website groupe www.hydrahead.com/knut | www.knut-terraformer.com
website label www.conspiracyrecords.com
sounds track4.wma

Kurt
RMX - 12''
X-Mist 2006

Kurt joue la montre. Alors que leurs compatriotes en shorts aux mollets affûtés et coupe de cheveux légendaires vont ouvrir le bal (franchement la musique on s'en tape), le trio allemand est encore au match de préparation. Un disque six titres qui sent le bas de classement. La lutte pour ne pas descendre et sombrer dans l'oubli. Présent sur ce 33 qui tourne à la vitesse du 45, deux morceaux qui figuraient sur le split single avec The Popular Shapes. Avec un meilleur son. C'est eux qui le disent. Pourquoi pas… Autre face, autres mœurs. Quatre remixes (dont deux fois le même) de compos tirés de La Guard, leur dernier album en date (2002 déjà !). Avec des noms aussi improbables pour Kurt que le BamBam Babylon Bajasch remix, du nom d'un collectif qui s'amuse à rendre le punk déviant et triturer les boutons dans tous les sens sur un rythme vaguement dansant. Tout fout le camp. Cette recrue de dernière minute aurait pu apporter une plus-value mais les compos originales ne gagnent aucune place au classement. En attendant de retrouver Kurt en tête de la première division avec un nouvel album qui finira bien par sortir un jour, ce disque est à réserver aux plus puristes des fans du jeu des Allemands.

SKX (09/06/2006)
website label www.x-mist.de

 

Kabu Ki Buddah
Life Is A Picnic - LP
Rock'n'roll Masturbation records 2008


Les Kabu Ki Buddah reviennent enfin avec un nouvel album, Life Is A Picnic, après une longue période de stand-by mise à profit par chacun de ses trois membres pour couver ses projets respectifs, la vie n'est pas toujours la salope que l'on croit. Profitons-en ! semblent même dire les Kabu Ki Buddah tant la musique du groupe est toujours aussi remplie d'humour potache (avec des titres de chansons que même Jean Roucas n'aurait pas osé : Vomi Mathy…), de blagues stupides, de rip off grotesques (le début du très samianien Self Destruction But With Style ou un vieux hit disco sur Queens Of The Pump Age) et d'un côté festif qui nous replonge directement dans le bain alternatif franco-franchouillard de la fin des années 80. Seulement, à toutes celles et tous ceux que ce côté bas du slip déplaisaient jusqu'ici, il faut préciser que les Kabu Ki Buddah ont mis les petits plats dans les grands, pour leur pique-nique ils ont bien amené de la bière tiède mais les sandwichs sont savoureux et la nappe est belle.
Les voix masculines sont bien mieux qu'auparavant (belles lignes sur Brown Town ou Dead Trumpet) et à l'image de celle de la batteuse/violoncelliste donnent un léger plus dans l'émotion poignante, font davantage ressortir le côté folklore européen du trio -entre un The Ex balkanique et un Scrooge mélancolique-, côté qui prend le dessus sur l'aspect proutophile du reste. En clair, moins de Washington Dead Cats et d'Endimanchés, plus de De Kift. Quelques perles mélodiques surnagent (Life Is Shit, Sometimes), on note une utilisation intensive de l'orgue, le violoncelle fait des ravages, la voix d'Hasmig aussi (elle devrait chanter un peu plus…), le trombone sait se faire caressant tandis que la basse maintient tout le monde dans la bonne direction. Finalement, avec un tel résultat, ils ont eu raison de prendre autant leur temps et donneraient presque envie de traîner toute la journée en survêt, le nez en l'air, juste à rien foutre. Chouette programme.

Haz (15/11/2008)
website groupe kabukibuddah.free.fr | www.kabukibuddah.blogspot.com | www.myspace.com/kabukibuddah

Kamikaze Trio
French lick - EP
In-Fidelity 2006

Kamikaze Trio, c'est pas le Pearl Harbor australien. Aucune envie d'en finir et de laisser sa peau sur l'autel d'une musique trop aventureuse. Ca serait plutôt le Dinosaur Jr de Melbourne. Revu et corrigé s'entend. Un trio donc, ils n'inventent rien, comme pour le reste. Guitare noisy, sensibilité pop. L'équation bruit/mélodie dans sa présentation la plus classique. Pour faire moderne, on pourrait presque évoquer Part Chimp, sinon qu'ils n'ont pas cette même volonté de tout saccager sur leur passage et de finir carbo lors de joutes soniques épiques. Sauf lors d'un Saturday night, Sunday mourning de fin disque qui les voit sortir de leurs gonds et que le freak J. Mascis ne renierait pas. C'est pas le plus excitant de toute la nouvelle vague de groupes australiens mais peut-être valait-il mieux les voir sur scène. Scènes européennes et même françaises et même rennaise qu'ils ont fréquentées en juin dernier, que forcément j'ai raté en beauté et dont les échos (enfin… un écho, c'est déjà ça) étaient plutôt élogieux. Un album (le deuxième) vient de sortir. Ca mérite qu'on s'y attarde… on ne sait jamais !

SKX (30/06/2007)
website groupe www.myspace.com/kamikazetrio
website label www.infidelity.com.au

Keiji Haino & Tatsuya Yoshida
Uhrfasudhasdd - CD
Tzadik 2008

En bon démiurge qu'il est, John Zorn aime provoquer les rencontres de musiciens via sa propre activité d'instrumentiste et via son club ou son label Tzadik, bien connu des snobs et des exégètes. Souvent cela fonctionne plutôt bien mais cela peut également virer à la grosse catastrophe (Mirakle de Derek Bailey avec Jamaaladeen Tacuma et Calvin Weston par exemple, le regretté guitariste disait à propos de ce disque que Zorn avait profité d'une session de Bailey à New York initialement prévue pour tout autre chose pour lui présenter les deux autres musiciens et qu'il avait accepté l'idée d'un enregistrement uniquement pour faire plaisir à un "vieil ami").
Uhrfasudhasdd est le deuxième enregistrement de Keiji Haino et Tatsuya Yoshida publié par Tzadik, après le très dispensable New Rap. Cette première parution voyait les deux icônes japonaises se cantonner à leurs instruments principaux (guitare pour le premier et batterie pour le second) et improviser avec plus ou moins de réussite une sorte de free rock bruyant par endroit, soporifique à d'autres, ennuyeux souvent. Un disque laissant l'éternel regret de ne pas assister à cela en direct lors d'un concert -les grimaces de muppet de Yoshida et la maîtrise irréelle de Haino étant irremplaçables. Avec Uhrfasudhasdd c'est une autre histoire. Nos deux papys ont considérablement renforcé leur arsenal -flûte, basse, clavier, effets midi- et ont développé un peu plus leurs idées au lieu de se contenter de faire tourner la bande pendant leurs conversations d'instrumentistes chevronnés et d'improvisateurs confirmés.
Le résultat est donc un album varié qui attaque très fort (Ryufoispjekkossd), sait prendre quelques détours hypnotiques (Zhuddiposshk), devenir folklorique (Mkdoijadih) et réveille les sens (Thuguigodssphiff, bonne relecture de l'hystérie coutumière des Ruins). Il y a bien sûr des longueurs, des facilités, de la branlette de fin de bandes et du rebu pour lequel la poubelle du studio aurait été une place plus appropriée mais globalement, voilà un disque qui va réjouir celles et ceux qui ne sont pas encore blasés des outrances et de la radicalité de la scène japonaise. Trop barré pour être qualifié de prog, trop démantibulé pour être classiquement free.

Haz (21/09/2008)
website groupe poisonpie.com/sounds/haino | www5e.biglobe.ne.jp/~ruins
website label www.tzadik.com

Kelvin / Woolter
Self-titled - 2xCDs
Sweet Teddy 2006

L'Italie toujours féconde en groupe noise-rock. Avec deux groupes pour le prix d'un. A moins que ce soit un groupe pour le prix de deux. Et un faux-split en guise de présentation. Kelvin, duo-couple avec Anna à la batterie et Woolter à la guitare-chant qui s'adjoint la plupart du temps les services d'un autre guitariste. L'objet d'un premier CD. Sur le deuxième CD, les travaux solitaires de Woolter pas si solitaire que ça puisque cinq autres personnes l'aident régulièrement. Allez comprendre quelquechose. Encore une histoire de famille qui tourne au collectif. Commençons par Kelvin avec pas moins de 21 titres regroupant 4 titres d'un split avec John Woo (un groupe vénitien comme l'indique son nom), 15 titres de leur premier album cd-o1 paru en 2002 et des bonus tirés de la même époque. Ca fait du monde à table mais tout ça est torché en 25 petites minutes. Le rock dissonant de Kelvin ne s'attarde pas en chemin. On retrouve l'enthousiasme d'un Redworm's Farm en plus anguleux et frappeur. Le genre de ritournelles noise acérées et énergiques qui ne se prennent pas la tête. Pas de coups tordus ou de complexité outrancière. Juste ce qu'il faut de mélodie et cette enfilade passe comme une lettre à la poste. Rajouter deux vidéos - une live en studio et l'autre en concert (les mêmes que sur leur myspace mais avec une meilleur qualité d'images) - et c'est du très plaisant qui s'offre à vous.
Avec Woolter, le compteur se réduit à neuf unités. Dont trois où il est seul avec sa guitare, oh misère ! Le bougre ne s'en tire pas trop mal même si l'exercice en solitaire fait surtout plaisir avant tout à son auteur. Sur les cinq autres morceaux, c'est à deux, voir trois qu'ils bricolent des rock-songs déviantes à la Sebadoh avec une mention spéciale pour Machine. Ce n'est pas un trou de mémoire soudain mais le titre de ce morceau presque tubuesque ! Woolter, un complément alimentaire idéal à Kelvin dont on se repassera les plats plus volontiers.

SKX (28/01/2008)
website groupe www.kelvins.altervista.org
website label www.sweetframe.com

Ken Mode
Mennonite - CD
Arctodus 2008

La grosse chaleur du moment ne vient pas du ciel mais d'un petit coin perdu en plein milieu du Canada, à Winnipeg. Ken Mode vient tout juste de sortir son troisième album et ça vous réchauffe les sens plus sûrement qu'une bonne canicule. Mennonite, un drôle de nom pour un album, il faudra leur demander le pourquoi du comment, si il faut y voir un quelconque hommage à ce mouvement religieux très présent au Canada mais si c'est pour vous faire croire que les traditions ont du bon et que dans les vieilles casseroles historiques, on peut encore tirer des plats alléchants, je veux bien céder du terrain sur mes croyances personnelles. Le trio cite parmi ses influences Dazzling Killmen, Unsane, Today is the Day, Jesus Lizard, Drive Like Jehu. Mr L'Ambassadeur a très bon goût et surtout le très grand tact de ressortir tout ça sur un plateau doré où rien ne dépasse plus haut que l'autre, rien d'un plagiat mais une assimilation parfaite qui fait que Ken Mode fait du Ken Mode. On aurait pu rajouter Botch et Playing Enemy, mais non vraiment, Ken Mode est unique tout en étant universel. Ça me sidère toujours de trouver un groupe qui arrive encore à dénicher des riffs éclaircissants une forêt copieuse et abrutissante. De trouver un canevas de structures qui vous fait replonger encore et toujours. Ken Mode, après deux albums de chauffe déjà très bons (Reprisal en 2006 et Mongrel en 2003), vient d'être touché par la grâce. Des morceaux percutants, qui ne s'étalent pas dans la durée. Une idée, un morceau. Un riff de guitare juteux ou une ligne de basse dantesque (The Romanticist par exemple) et Ken Mode vous taille une compo qui colle à la peau. Avec du jus, de la hargne, son lot d'émotions. On peut venir du Canada et ne pas jouer les gros bûcherons. Ils peuvent même carrément surprendre leur monde en plaçant un passage acoustique en pleine débauche électrique sans que cela sonne incongru ou surfait. Et comme ce disque ne peut que ce terminer de façon grandiose, The Goat, neuf minutes homériques, oppressantes, son fameux passage acoustique en plein milieu du chant de ruine avant le coup de poing final. Entre les deux yeux et foudroyant. Mennonite aigue.

La version vinyle sort sur No List records en format 3x7''.

SKX (3/08/2008)
website band www.ken-mode.com
website label www.arctodusrecords.com | www.nolistrecords.com

Kim Phuc
Prostitute - 7''
Golden Happiness 2008

Tout le monde connaît Kim Phuc. Au moins de vue. Une photo qui a fait le tour du monde, cette petite vietnamienne nue et en pleurs après s'être fait napalmée par la vilaine armée américaine. Désormais, c'est aussi le nom d'un nouveau groupe de Pittsburgh. Et quand on évoque Pittsburgh, je pense tout de suite à Blunderbuss, Shale, Six Horse, Swob, tous ces groupes qui se sont signalés aux fans avertis de noise-rock par le biais de singles fédérateurs, ces petits bouts de vinyls qui ont fait tourner en bourrique bien des platines et rendus fous ceux qui les écoutaient. Kim Phuc s'inscrit dans cette logique. Une qualité d'enregistrement hasardeuse, loin de rendre justice à la qualité des compos mais ô combien attachante, on se doute bien que tout ça va s'améliorer avec le temps mais en attendant, ça suffit amplement pour faire tourner ce 45 en boucle. Le mélange parfait entre le bruit et la mélodie, on n'a jamais rien fait de mieux. L'agression et la séduction, le chaos latent, la rage punk et le désespoir qui suinte. Prostitute est le morceau principal entravant toute la face A. Quatre bonnes minutes mid-tempo avec des accélérations aussi courtes que contrôlées. Trois titres se partagent la face B, chacun à peine de minutes, le rythme s'accélère, l'accroche mélodique encore plus évidente, mention spéciale à Constant heart attack et Thug et la voix prenante d'un homme de poids au chant. Le cœur et les tripes, ya qu'ça d'vrai comme dit mon boucher. Le nouveau single vient de sortir sur Criminal IQ records et si on en croit le titre en écoute ici, Kim Phuc est bien parti pour se faire un second nom.

SKX (28/10/2008)
website groupe www.dieforart.blogspot.com | www.myspace.com/kimphuc

Kim Phuc
Wormwood star - 7''
Criminal IQ 2008

Kim Phuc chaud comme la braise avec son deuxième single dans la même année. Cette fois-ci chez le label bien punk de Chicago Criminal IQ. Comme pressenti sur le 45 précédent, l'enregistrement gagne en qualité mais reste suffisamment crade et noisy pour nous faire baver. Et surtout, les deux compos qui continuent également à grimper vers les sommets. Da la consistance grandissante tout en gardant cette innocence. Wormwood star file droit, rythme constant et entraînant. Riff imparable. Comme un piano épileptique sur la fin, un faux air des Stooges. J'aimerais être ton chien, Kim Phuc. Autre face mais toujours le même bord. Freak out the squares possède une trépidance dans le rythme identique, s'accélérant sur la fin, la pression monte, les nerfs lâchent, les mecs n'en peuvent plus. Un titre qui bastonne avec classe. Tout le contraire de la pochette trois quart avec les paroles au verso et dont l'artwork laisse à désirer. On peut pas avoir tout bon. Favori comme on dit !

SKX (17/11/2008)
website groupe www.dieforart.blogspot.com | www.myspace.com/kimphuc
website label www.criminaliq.com

Kiruna
Penundaan - LP
Bigoût records 2008

Avec Kiruna, jeune groupe lyonnais, c'est de l'histoire somme toute très classique : on les voit une première fois en concert, on les revoit une seconde et petit à petit le désintéressement pour ce qui ne semblait être qu'un groupe de première partie de plus laisse la place aux oreilles qui pointent en l'air, à la tête qui balance et au cou qui se tend. Kiruna grandit, se cherche, se met doucement en place, essaie, abandonne et recommence. Ce premier LP une face est donc à prendre comme une étape supplémentaire pour un groupe en pleine évolution et en pleine maturation.
Celle-ci est déjà pas trop mal avancée si l'on en croit ce Penundaan (je ne sais pas ce que cela signifie mais par contre je peux vous dire que Kiruna est un bled en Laponie infesté de mines de fer et que ce n'est pas le Père Noël qui les exploite). Un joli vinyl autoproduit ou presque -Bigoût records est la multinationale du batteur- et à la présentation sobre mais soignée avec insert proposant les textes dont la charge émotionnelle pour ne pas dire poétique n'échappera à personne. Question production Penundaan met aussi le paquet avec un enregistrement signé Spade & Archer (le duo électro indus de Franck Laurino, ex Bästard et actuel Zëro) et une masterisation assurée par Yvan Chiossone (Narcophony, Zëro…). Du bon boulot pour un son clair, très lisible et tranchant, chargé de petites explosions froides qui crépitent fugitivement.
Le hard core/noise de Kiruna rappelle par certains moments les aspirations les plus torturées de Prohibition (la basse qui claque), emprunte légèrement au Condense ultime (celui de Placebo) et développe un spleen profond qui n'appartient qu'au groupe. Ce foutu spleen c'est ce truc collant qui en général gâche à peu près tout chez 90 % des groupes de post hard core machin truc et Kiruna évite avec majesté l'écueil de l'auto apitoiement et de l'exposition complaisante de sa tripaille existentialiste.
On finit même par s'habituer au chant (qui au premier abord ne fait pas très en place, tombe à côté de la plaque et paraît maladroit) car il possède ce petit caractère étrange qui pointe son nez derrière les étranglements et vociférations d'usage. Comme le reste, ce chant a mi chemin entre l'oralité fébrile et cri de dégoût est porteur de promesses pour l'avenir musical du groupe. Vraiment un premier essai encourageant et prometteur.

Haz (20/12/2008)
website groupe kirunanoise.free.fr
website label
bigoutrecords.free.fr

Kongh
Counting heartbeats - CD
Trust no one 2007

Quand j'ai vu la pochette avec ce nom Kongh qui tombe comme un coup de massue avec la délicatesse d'une charge de CRS. Que j'ai vu ce logo, même discret, au-dessus de leur nom, en forme de croix renversée. Que les notes internes les faisaient venir de Suède. Que les mots doom, sluge et masters apparaissaient trop clairement, j'ai bien failli passé mon chemin. Pas envie d'écouter des compos de trois plombs avec deux coups de caisse claire, un riff toutes les demi-heures et un chant guttural aussi pénible que ridicule. Par acquis de conscience, j'ai voulu vérifier si ces grands méchants loups sortis du bois étaient aussi terrifiants qu'ils semblaient vouloir le paraître. J'ai eu ma réponse. Non, ils n'ont rien de terrifiant mais ils en imposent quand même. Kongh serait-il ce groupe capable de faire aimer le doom à tout ceux qui ne l'aime pas ? Faire apprécier le lourd, très lourd, le lent, l'abominablement lent, le pesant, le metal qui pèse trois tonnes à de frêles épaules. Faire passer des riffs titanesques comme une lettre à la poste à des abonnés habitués à plus de légèreté ? Sans doute car Kongh signifie bien plus que cette enfilade de clichés sans vaseline. Il y a tout ça bien sûr. Cinq compos en plus d'une heure, vous avez le temps de voir venir et nos courageux suédois ne s'épargnent pas les éléments du style. Mais vous avez aussi ce son de guitare claire complètement aliénant. Une finesse et un grain incomparable. Apporte un sentiment de légèreté totalement incongru et admirablement bienvenue. Cette façon d'alterner, de fondre les parties de mammouths et des passages plus atmosphériques sans que cela sonne vu et revu. D'avoir la gentillesse de construire des morceaux d'un quart d'heure sans que l'ennui se pointe. Même en mode répétitif, Kongh nous prend dans un cercle vicieux dont on ne cherche pas à s'échapper. Et surtout, la voix, virile certes, n'a rien du beuglement stérile du porc qu'on amène à l'abattoir. Alors oui, Counting heartbeat est un premier album impressionnant après seulement deux ans d'existence dans un paysage trop habitué à voir défiler les mêmes poncifs. Kongh déboule et trouve sa place sans forcer, se joue des codes sans en inventer de nouveaux, arrive à bout de vos résistances même si elles étaient fortes au début, apporte une subtilité et une fragilité latente insoupçonnées sur fond de bestialité attendue. Belle passe d'armes.

SKX (24/09/2007)
website groupe www.kongh.net
website label www.trustnoonerecordings.com

Kowloon Walled City
Turk street CDEP
Wordclock 2007

Kowloon Walled City était le nom d'une ancienne enclave chinoise en plein Hong-Kong, une zone de non-droit comme notre cher Président les adore où régnaient le vice, la luxure, les vols et les meurtres avant que le gouvernement local ne décide de tout passer au karcher. De là à conclure que la musique de ce nouveau groupe de San Francisco en ait la parfaite illustration, il y a un pas que je ne franchirais pas. Ca reste que de la musique, faut pas déconner non plus. Mais de la bonne musique. Celle qui fait trembler les murs et craindre pour les fondations. On retrouve la lourdeur et la noirceur de leurs voisins Neurosis avec une approche plus directe. C'est du lourd mais pas du lent, la tendance générale est au pas de course même si le début du troisième titre, Make us pay, vient démentir ces propos. De gros riffs plombés répondent à une deuxième guitare aimant jouer les filles de l'air, tout ça sous le signe d'un ciel mastodonte. N'y voyez aucune allusion avec un groupe du même nom. Kowloon Walled City n'aime pas le boursouflé et présente pour son premier disque, à peine 3 mois après sa création, une carte de visite alléchante.

SKX (05/02/2008)
website groupe
inthewalledcity.com
website label
wordclock.com

Kraken Oxen
North asylum - CD
Alp/Runa 2006

Consolidé autour d'une formation stable,le duo d'ex-Weeping mind of silence revient à la charge. Enfin… charge est un bien grand mot. A pas feutré serait plus judicieux. On entendrait presque les respirations des protagonistes quand ils s'épanchent sur leurs instruments. Encore une fois, c'est une histoire de frangin et de compositions à deux, de constructions autour de guitare et de basse avec un batteur à l'économie qui se pointe de temps en temps, un chanteur tout aussi discret (même si ça sans doute pas voulu) et un piano, ukulele, mandoline que le duo de base triture pour donner de l'ampleur à une musique qui pourrait se révler très aride. Dépouiller en tout cas. Intimiste sans problème. Mélancolique pour sûr. Un rock de campagne et de petit matin. On pourrait très bien les imaginer évoluant dans le grand ouest américain mais ils sont de Tours et la campagne par là-bas, ça calme aussi. On les surprend à érer sur les grandes routes à titiller les fantômes de Neil Young, Nick Drake et autres grands classiques du genre dans une tonalité plus moderne. Mais malgré tout le soin apporté par le groupe, les compos ne me convainquent et transportent pas plus que ça. Des morceaux qui manquent de force et de piment, d'un petit truc (mais je sais pas quoi) qui ferait la différence, qui les amèneraient à un stade supérieur que sympa mais impersonnel. Trop de ballades electro-acoustique pâlichones. Que les morceaux plus rythmés ne réveillent pas de la léthargie ambiante. Mi-rock, mi-folk, mi-je sais pas trop quoi et à l'arrivée, très mi-fugue, mi-raisin.

SKX (19/05/2007)
website groupe www.krakenoxen.com

Karysun / Year Of No Light
split - 7''
Crucial Blast 2009

Encore un split single. Celui ci nous permet d'écouter du nouveau et de faire un peu le point au sujet de deux groupes dont certains attendent beaucoup. A ma gauche Karysun, duo normand guitare/batterie + voix ayant bien secoué le cocotier en 2008 avec Interceptor, une grosse cylindrée carburant au stoner 60 % de matières grasses et au sludge moulé à la louche. A ma droite les bordelais de Year Of No Light, groupe en plein changement après le départ de son chanteur pour de nouveaux horizons très new wave variétoche et l'arrivée d'un troisième guitariste en la personne de Shiran de Monarch!.
Pour ne pas faire de jaloux on respecte l'ordre alphabétique. Karysun est un duo réellement impressionnant : guitare doublée aux avant-postes, riffs en pleine fission thermo nucléaire, batterie en mode panzer/écrabouillage au ralenti de l'ennemi agonissant au sol et voix de beuglard patenté. Salvation est un pur concentré de puissance lourde et poisseuse, le titre qui justifie à lui tout seul l'écoute impérative de ce split. Karysun s'apprête au passage à publier un autre disque sous la forme d'un 10 pouces, split là aussi puisque partagé avec Lords, sur Destructive records.
De l'autre côté Adoration ne présente rien de très nouveau chez Year Of No Light à tel point que l'on peut se demander avec quel line up ce titre a été enregistré. Le son est assez brouillon et confus, enregistré par un " studio mobile " ce qui fait donc penser que Adoration a été pris sur le vif lors d'une répétition du groupe. Les amateurs du post hardcore brumeux et néo romantique de Year Of No Light y trouveront leur compte, sachant que le rendu des guitares est encore plus magmatique/gazeux qu'auparavant (le premier qui dit shoegaze se prend une mandale dans la tronche). Les autres trouveront ça toujours aussi inintéressant et pénible, un verdict qui manque de tranchant mais vraie réponse de normand dont le fondement, vous l'aurez bien compris, se trouve sur l'autre face. Les Year Of No Light aussi ont un nouveau disque en préparation, il devrait sortir début 2010 chez Music Fear Satan.

Haz (07/11/2009)
website groupe www.myspace.com/karysun | yearofnolight.free.fr
website label www.crucialblast.net

Katadreuffe
Quel Gargantua ! - CDEP
Narrominded 2009

Comme son nom ne l'indique pas et encore moins le nom de ce EP, Katadreuffe est hollandais, direct from la capitale. Du catalogue toujours surprenant de Narrominded records (et qui mériterait qu'on s'y plonge un peu plus), ce nouveau groupe ne dépareille pas à la règle locale et ne se laisse pas apprivoiser facilement. A l'origine, le projet d'un seul homme qui avait enregistré seul dans sa cuisine et avec boite à rythme intégré, un premier album Smooth Operators uniquement disponible en version digitale. Devenu depuis un vrai groupe à quatre membres et deux fois plus de bras pour un EP quatre titres que James Plotkin s'est chargé de mastériser dans un coin de New-York. Ce qui frappe d'entrée, c'est le son justement. Un son particulier, fouillis et éclaté avec en fil rouge, une sonorité bizarre qui rappelle invariablement un instrument de musique exotique, aigue, genre xylophone des caraïbes, un son venu dont ne sait quel instrument, une guitare ou un synthé ou le mélange des deux, on ne sait plus trop et c'est ça qui est bon au final. Un air entêtant qui revient sans cesse dans le bordel ambiant, donnant tout le cachet à cet ep. Autant sur la longueur de l'album, ça devient rengaine, autant sur ces quatorze petites minutes, ça vous file une pêche d'enfer. Avec par derrière, une solide section rythmique qui a le sens du groove et du déhanché, des guitares acérées, une voix noyée dans le mix et ce disque file bon train. On serait presque à évoquer Girls vs. Boys (je dis bien presque) sur certains passages où le rock limite dansant se marie parfaitement avec les bruits de ce synthé iconoclaste. Mais le sexplayer est mort depuis longtemps et Quel Gargantua ! vous bouffe tout cru et sans assaisonnement. Comme d'habitude avec Narrominded, ce disque est entièrement téléchargeable avec le pdf en prime pour passer de longues heures à découper la pochette par vous-même.

SKX (14/09/2009)
website groupe www.myspace.com/katadreuffe
website label www.narrominded.com

K-Branding
Facial - CD
Humpty Dumpty 2009

Derrière ce masque se cache une drôle de surprise. Plein de mystères et un nom sibyllin. S'attendre à tout et à rien avant de placer l'objet rond et brillant dans le lecteur. J'aime quand un groupe débarqué de nul part, un groupe sur lequel vous ne savez strictement rien, n'avez aucun à priori, négatif ou positif, un groupe où dans la seconde même où vous appuyez sur la touche play, tous les espoirs sont permis comme les pires craintes. Mais dès les premières secondes où les sonorités de Facial envahissent la pièce, vous savez que vous avez mis les pieds au bon endroit. Vous ne savez toujours pas à quoi vous attendre mais ça sonne. Trois quarts d'heure plus tard, vous ne savez toujours pas ce qui s'est passé mais l'envie irrépressible de remettre ça vous assaille. K-Branding, trio belge qui tape sur tout ce qui bouge. Du morceau introductif Nubian heat rappelant les vieux God ou 16-17 avec son saxo à plein poumons sur une rythmique solide et intimidante au morceau suivant, Ländler, et son passage hyper-speed tout à fond et free à la Flying Luttenbachers, au cold-wave et chanté Curse of small faces, vous aurez eu l'occasion de cogiter sérieusement sur la santé mental de ce groupe. Dix morceaux, autant d'ambiances différentes. Et oh miracle, tout se tient. Parce que dans son approche frondeuse et chercheuse, K-Branding a le souci de la concision et ne se perd pas en route dans des compositions à tiroirs comme le genre expérimental le veut souvent. La force du punk dans un approche cérébrale. Et vice-versa. Le souci d'accoucher d'une musique lisible malgré les bâtons dans les cordes et la difficulté qu'ils s'imposent. Un batteur, un saxophoniste-percussionniste et un guitariste. On jurerait qu'ils sont toute une ribambelle là-dedans mais à trois, ils comblent autant les trous avec une véhémence calculée qu'ils les laissent respirer, faisant flotter une aura ésotérique sur des passages perclus de sons étranges et d'une pointe de Steroid Maximus. On pourrait aussi bien citer This Heat, des fragments noise et rock, des grincements de poulies, des rythmes tribaux, martiaux ou absents, des trucs qui ne tournent pas rond pour autant de fulgurances qui ne vont pas dans le détail, un charme oriental sous une plaque de béton, bref tout un bouillon de culture dont eux seuls détiennent les clefs. Malgré un petit coup de mou sur certains titres (Reazione a Catena, Triptych part two) et une deuxième partie d'album moins inspirée, Facial est un premier disque (après quatre CD-Rs depuis 2004 tous limités à 50 ou 100 exemplaires, autant vous dire que c'est totalement passé inaperçu !), qui ne se prend pas de face mais par petites touches et sur des chemins détournés, imposant sa richesse et sa créativité. Largement suffisant pour que chacun y trouve son compte et que K-Branding fasse espérer un avenir radieux tant le meilleur semble à venir.

SKX (13/03/2009)
website groupe www.k-branding.be
website label
humptydumptyrecords.blogspot.com
Kim Phuc
Weird skies / Suicide Circle - 7''
Dear Skull 2009

Des nouvelles de Pittsburgh avec le chanteur de Kim Phuc qui a bien failli passer l'arme à gauche, son pancréas l'ayant taquiner sauvagement. Pour cette raison peut-être que Weird Skies est si plombé. Used to have a job, used to have a wife, before the accident, even had a life. Ca n'empêche pas ce morceau d'avoir cette sourde rage qui leur va si bien et tant que le chanteur garde ces cordes vocales et ce chant intense, il peut faire ce qu'il veut avec son pancréas. Kim Phuc a le don pour écrire des morceaux à l'apparente simplicité, qui vous rentre direct dans la caboche, crade juste ce qu'il faut et Weird Skies est un nouveau grand titre à leur palmarès. Sur l'autre face où on entre aperçoit la tronche du chanteur sur le rond central, comme parti dans l'au-delà, rien que le titre Suicide Circle ne réchauffe pas l'atmosphère. Mais là encore, c'est tendu, le rythme et la mélodie vous prennent insidieusement, faut monter la pression, quelquechose de triste dans l'air et la seule nouveauté est la présence d'un deuxième chant, féminin, pour un ensorcellement encore plus grand. Kim Phuc ne change pas la recette qu'ils ont parfaite. Jusque dans la pochette, rudimentaire et à l'artwork pitoyable comme les précédentes. Mais tant que les compos restent du bois dont on fait les vainqueurs, on peut faire abstraction du reste. Après désormais trois singles, on attend de pied ferme le premier album.

SKX (14/11/2009)
website bands dieforart.blogspot.com
website label www.myspace.com/dearskullrecords

Knot Feeder
Light flares - CD
Strings & Hammers / File 13 2009

Depuis la mort de Don Caballero, la première mort s'entend, la seule et unique belle mort, et non pas l'ersatz qui tente de nous faire croire que c'est reparti comme en 14, Mike Banfield, l'autre guitariste du Don avec Ian Williams (Storm & Stress, Battles) s'était retiré des bagnoles. En bon suspicieux de nature, c'est avec prudence que son nouveau projet a été accueilli par ici. On a assez d'un Damon Che pour salir les cadavres, pas la peine d'un revenant pour en rajouter une couche. La première écoute n'a pas été des plus emballante. Le Banfield a peut-être vécu dans une grotte tout ce temps là mais de prime abord, sa nouvelle version du math-rock, dont le Don Cab est quasi le père, n'a pas de quoi fouetter un chat. De l'eau a coulé sous les ponts depuis sa retraite, charriant quantité astronomique de groupes du genre dont peu au final surnage au-dessus de la ligne de flottaison.
Ce Light Flares allait-il être une énième pièce à charge ? Même si elle vient d'un membre historique, ça n'excuse pas tout. Mais voilà, la science infuse, on l'a ou on l'a pas et Banfield et ses acolytes (ex-Tabula Rasa) étant tombé dedans tout petit, maîtrisent les codes mieux que quiconque pour les détourner et jouer habilement avec eux. On retrouve ainsi la complexité des rythmes, les riffs des deux guitares inventant un dialogue de haute-voltige, les changements de direction inopinés, l'intensité qu'on fait monter par palier. Pas besoin d'huile dans les rouages, la symbiose est parfaite, tellement parfaite qu'on en viendrait à retrouver le souffle des premiers Don Cab. En vieux indécrottables qu'on est, c'est le bonheur qui se pointe, on n'en demanderait presque pas plus.
Et pourtant ce petit plus, on va l'avoir, se révélant peu à peu au fil des écoutes. Un album qui n'est pas simplement une collection de riffs qui s'additionnent, de changements pour l'unique plaisir du contre-pied. Quelquechose de narratif, des compos évolutives avec beaucoup de liant. Des musiciens qui n'ont pas exclusivement enfilé leurs habits de techniciens surdoués mais ce sont mis au service d'un vrai songwriting. Ne pas chercher à trop en faire et apporter de la chaleur et du cœur à un style trop souvent jugé froid et calculateur. La production de J. Robbins (Jawbox, etc…) y est également pour beaucoup. Il a, aux dires de ce groupe viscéralement à guitares, apporté de l'air aux morceaux, amenant Knot Feeder vers des contrées sonores plus bizarres. Des morceaux comme To the ice ou Light Flares apportant des respirations, des ambiances différentes quand ce n'est pas au sein même d'un morceau parti pour faire le tour du grand loop math-rock. Les cliquetis indéfinissables sur Eliminate your dualism, un violon sur Mastering the mountains, une multitude de détails qui font la richesse de cet album, tout en préservant le nerf et le démarque de la meute. On a même le droit à deux morceaux chantés (Caress the industry et 26 Miles 385 yards) par le batteur Rob Spagiare. Un Don Caballero seconde édition qui ferait bien de s'en inspirer parce que Knot Feeder prouve qu'on peut être un groupe instrumental à la base et ne pas se vautrer dans le ridicule en y apportant de la voix. Et si vous trouvez que le nom de Don Cab est trop souvent mentionné dans cette chronique, dites vous bien qu'à la fin, Knot Feeder n'a plus besoin de personne, tient debout tout seul comme un grand, s'inspirant du passé pour mieux damné le pion au présent et signe un album en tout point remarquable.

SKX (06/05/2009)
website groupe www.myspace.com/knotfeeder
website label www.file-13.com

Komandant Cobra
Baboon Qu4tre - CD
Kythibong 2008

Komandant Cobra's speaking. Attention les portes. Embarquement immédiat pour un premier album faisant suite à une excellente impression lors d'un concert en octobre… 2007, déjà ! Plus d'un an écoulé pour confirmer tout le bien entrevu. Une année durant laquelle le Komandant n'a pas cherché à bouleverser les plans de vol et enregistre huit titres pratiquement tous joués ce soir là. Un témoignage comme une première pierre posée sur les fondements d'un indie-rock consistant, survolant les angles mélancoliques d'un Shipping News, le rock émotionnel d'un 31Knots ou le brouillage de radar à la Charlottefield, leur musique se situant au carrefour de plusieurs lignes musicales dont le centre pourrait être Washington DC et sa maison mère Dischord. En voilà de la référence ! Mais le trio nantais passe allègrement à travers le maillage serré. Leur grande force, c'est de délivrer des compos bien ficelées qui tiennent toutes seules, se retiennent toutes seules et ne font de l'ombre à personne. Ca coule de source, sans surenchères, sans complexité abusive comme on l'entend souvent. Notez bien que j'ai rien contre, les habitués de ces pages le savent mais de temps à autre, c'est un régal d'écouter un truc limpide comme ça, sans génie particulier mais possédant suffisamment de combustion interne pour faire bouger la petite fibre intérieure. Des morceaux tour à tour énervés (Gothic master) ou plus retenus mais gardant une tension toujours palpable, osant même le violon sur Silent man. Cependant, les deux titres qui me touchent le plus sont les deux titres qui feront le moins l'unanimité mais j'avoue qu'aux premières écoutes, je les ai écouté en boucles… Deux morceaux introvertis fonctionnant avec un minimum de notes et de rythmes mais ce n'est pas la raison principale qui provoquera une réticence générale. Alors que tout le reste est en anglais, Ange immense et Je sens qu'il va falloir sont chantées/parlées en français et les paroles n'ont rien d'anodines. Elles ne sont pas crues, ce n'est pas AH Kraken ou Glu. Le Komandant Cobra a pris l'option risquée, l'angle poétique, choisir de se dénuder et j'en suis le premier étonné à trouver ça bien. Des chansons où on entend Oh maman, qu'est ce qu'il fait noir, j'avoue que c'est pas facile à caser tous les jours dans une musique censée s'adresser à un public rock poilus de sous les bras ! Mais je prends tout, même les maladresses et la naïveté, même les mots ou les images ne sonnant pas toujours judicieusement. A croire que ça me touche quelque part, je sais pas très bien où mais ça me convient, ces paroles évitant le larmoyant, délivrées sur un ton probant (comme le reste du chant de l'album d'ailleurs, les deux guitaristes s'y mettant ensemble régulièrement), des paroles toutes personnelles. On critique suffisamment trop souvent les groupes faisant comme le voisin pour ne pas apprécier la prise de risque. Ca donne d'un coup une originalité à une musique qui n'était pas parti pour. Deux morceaux tout simplement magnifiques. Faut pas toujours chercher à comprendre, se laisser porter par la vague et ce Baboon Qu4tre y arrive aisément.

SKX (17/01/2009)
website groupe www.virb.com/komandantcobra | www.myspace.com/komandantcobra
website label www.kythibong.org

Kongh
Shadows of the shapeless - CD
Trust No One 2009

Faut de la volonté pour se taper du Kongh en plein milieu de l'été. C'est de ma faute me direz-vous. Trois bons mois qu'il traîne sur l'étagère. Mais c'est toujours la même histoire avec ces Suédois. Pas envie de se coltiner des morceaux d'un quart d'heure qui n'en finissent pas. Pas le courage de se mettre leur metal/doom de mammouth pendant une heure et s'accrocher aux branches. Leur premier album Counting Heartbeats avait pourtant été très séduisant et cela aurait du suffire à se motiver, à se dépêcher d'enclencher la bête. Sauf que la première écoute a foutu un gros coup de mou. L'effet de surprise tué dans l'œuf et pas l'humeur d' y revenir. Pourtant, Unholy Water, le morceau d'ouverture n'est pas du genre à lambiner en route. Dans mon souvenir (je ne suis pas maso au point de m'être tapé la réécoute du premier album), Kongh préférait la voie lente pour poids lourd plutôt que le toboggan pour suppositoire à camion. Une entré en matière bien tapageuse, lignée Neurosis pour déménageurs bretons. Du traditionnel mais qui a fait ses preuves.
C'est après que ça se gâte. Dès le deuxième, Essence Asunder. L'ambiance se plombe avec cette intro hideuse. C'est quoi le délire, ils ont invité Santana pour un week-end tous frais payé en Scandinavie ?? Certes, ce n'est l'affaire que de quelques secondes, une ligne de guitare qui fait serrer les fesses. Mais des petites touches comme ça, juste en passant, il y en a plusieurs. Des chants qui ne devraient pas sortir du mode cerf en rut sous peine de prendre des accents heroïco-ridicules. L'intro de Voice of the Below qui renvoie au pire cauchemar du heavy rock du début seventies (d'ailleurs c'est tout le morceau qui est pénible), la période la plus noire du rock. Du gros rock stoner qui tâche plutôt qu'un metal obscur et rampant avec des riffs bien noirs. Des relents, l'air de rien, qui flottent dans l'air, des petits détails qui gâchent le plaisir. Un plaisir qui, pour le reste, se fond dans le moule. Alors que sur Counting Heartbeats, Kongh se jouait des codes sans en inventer de nouveaux, le trio tombe cette fois dans la norme, comme un énième groupe du style dans le sillage de Neurosis. La frontière était fragile et ils sont passés cette fois-ci du mauvais coté. Ce son de guitare claire n'est plus aliénant. Tout pour la puissance. Ca impressionne sur le coup mais ça cache la misère surtout. Ils ont beau faire les méchants, tenter des percées vers le black metal et autres pitreries convenues, sortir la grosse artillerie, alterner le lent et le soutenu, l'épuré à coup de guitare solitaire et l'attaque frontale de panzers, varier les effets et s'offrir une pause chiante comme une air d'autoroute avec l'instrumental de quatre minutes Tänk På Döden, l'heure que fait Shadows of the shapeless ne dure que soixante minutes mais elle en parait le double. Et sans surprise aucune. Les trois Kongh sonnent le glas d'un mauvais coup de gong sur un metal qui n'en finit pas de s'enliser.

SKX (12/08/2009)
website groupe www.kongh.net
website label www.trustnoonerecordings.com

Kourgane
Heavy - CD
Relax Ay Voo 2008

Cet oeil qui vous fixe, comme une anomalie découpée accidentellement sur ce digipack, objet séduisant avec dorure à chaud, gaufrage et livret 16 pages sur lesquelles cet oeil de bête continue de se décliner, immobile, et vous interpelle. Ce lettrage sanglant et dégoulinant. Ces cinq lettres, Heavy, lourdes de sens et catégoriques. Autant de signes annonciateurs d'une malédiction et je suis tombé en plein dedans. A pieds joints. Ces neufs titres tournent depuis sans cesse en boucle dans des murs devenus subitement trop étroits comme tourne immuablement cette machinerie diabolique.
Le complot de Kourgane suit un schéma de rouleau compresseur, quasi identique pour chaque composition et c'est à se taper la tête contre les murs. Rarement subi une telle pression. Une telle intensité. Ce ne sont pas que des mots mis bout à bout pour faire de jolies métaphores vide de sens quand on gratte un peu. Musique physique qui donne envie d'hurler en même temps que la bête, avec un réel impact sur le corps, quelquechose de puissant et de malsain. Tu fais pas le malin quand tu écoutes ça, juste envie de te débattre et t'agiter dans tous les sens. A plusieurs reprises, on pense au Face of Collapse de Dazzling Killmen. L'exécution n'a rien à voir (même si ce n'est pas à des années lumière non plus) mais le coté machine implacable qui ne vous laisse aucunes chances de vous en sortir, cette impression de vertige face à un truc qui vous broie inexorablement, on la retrouve chez ce quatuor de Pau.
Oui, vous avez bien lu. Pau. Ca sonne moins glamour que Chicago, moins noise crédible. Mais il y a assurément là-bas, quelquechose qui traîne dans l'air et qui rend dingue. En fait d'influences - même si ça sert à rien d'en chercher car cette musique tient debout toute seule, on parlera de famille musicale - il faudrait plutôt chercher du coté européen. Des groupes rugueux et implacables comme Alboth! et Zu ou les français de Voodoo Muzak, RWA, Krumel Monster. D'ailleurs, c'est Stephan Krieger, ex-Vooddo Muzak et tenant toujours les rênes de Amanita records qui a enregistré le monstre Heavy et le bougre n'a pas perdu la main. Quand il s'agit de donner un goût de ferraille et du volume à un rock non-conformiste, il se pose là. Aucune gonflette. Juste un son clair, net, tranchant.
C'est une musique de transe. Tout dans la frénésie d'une tension qu'ils font monter par couches successives. Un travail de sape énorme de la part de la batterie et surtout des deux guitares dont une guitare baryton qui sonne comme une basse distordue. Un jeu dans le détail, millimétré, qui sait tirer des lignes mélodiques, une multitude de trouvailles lumineuses amenant les morceaux à un stade plus élevé que la simple décharge brutale et malade. Et quand ils sont rendus là haut, ils ne lâchent pas l'affaire et vous avez de tout, du lyrisme, de l'éclat, la proie qui étouffe sous l'assaut. Pas de retombées, ça coupe sec. Comme il n'y avait pas vraiment eu de montées non plus. Kourgane vous amène en transe rapidement et si quelques morceaux présentent certains ralentissements, la plupart vous confrontent aux vertiges de l'apesanteur dès les premières secondes, à coup de répétition, encore et encore. Respire mon gars, respire. Un des morceaux les plus représentatifs de ce syndrome se nomme Chemin Blanc. Six minutes brûlantes avec une basse, pardon, une guitare baryton obsédante, l'autre guitare rythmique ou harmonique, les riffs qui tournent, encore et encore, le truc qui prend de l'ampleur, se nourrit de sa propre folie mais n'explose pas, juste un vaste et dangereux bouillonnement où vous terminez épuisé mais heureux. Et puis cette phrase revenant sans cesse, Tu sais Karine on voit ton sein, marmonnée, chantée, expulsée. Le genre de phrase obnubilante qui vous ressortirez hors contexte comme un air à la con que vous sifflez sous la douche sans vous en rendre compte.
Parce que comme si ça ne suffisait pas, il ya aussi le chant. Ca pique un peu au début mais on se fait vite happer. Un chant alternant le français et l'anglais, au sein d'une même phrase. Avec un accent anglais tellement coupé au couteau que ça ne peut que être du second degré (à coté, le chanteur de feu Condense, c'est la reine d'Angleterre). I am the king of the hy-po-cri-sy (bien détacher les syllabes). Surtout qu'il sait avoir un accent impeccabeule quand il veut. Bref, faut s'attendre à tout avec Fréderic Jouanlong. Un gars qui a déjà collaboré avec Phil Minton (entre autres) et ça s'entend. Il fait subir à ses cordes vocales toutes sortes de tonalités, du guttural à l'aigue, du beuglement au subtil, du parlé, du chant clair à un timbre comme saturé, jusqu'au grognement de cochon (qu'il produit littéralement au début de Ce qui était prévisible), pour enchaîner tout de suite après avec du Mylène Farmer ?? (hahaha). Nan sérieusement, cette voix est une force de plus, un instrument, l'idée d'un sampler humain comme il dit lui-même, avec un choix de mots imagés, précis. C'est coloré, vulgaire, dramatique, humoristique, une signification abstraite mais qui fait mouche. Lacrymal canal rouge et bleu ! Liquide à fond la tête aqueux ! On regrette presque que tout ne soit pas en français uniquement pour encore plus d'impact, le mélange paraissant parfois bizarre.
Je pourrais vous tartiner pendant des heures avec cet album, le troisième du nom après Bunker Bato Club en 2006 et qui faisait suite à sept années de silence et un groupe à deux doigts de disparaître pour toujours après un premier album sur Sonore records en 1999 (Ivan Rebroff lonely hearts club band). Pas un seul moment de faiblesse sur Heavy. De la caisse claire au rythme imparable de Coven Ambré et sa ligne de guitare fulgurante à la fin. Encore ces guitares, que ce soit sur Mariotte ou Lounge lecture, sur la fin, urgentes. Le passage très court et poignant du baryton sur Ce qui était prévisible et ce Obstinail-Claw déclamé à pleins poumons. La valse bancale de Conifères. Stop !
Un album charnel et féroce. Primaire et essentiel. On fait bien de ne pas faire les bilans trop rapidement en fin d'année car ce disque atteint sans forcer le podium, voir la marche la plus haute. Kourgane. Heavy. Du lourd. Du très très lourd.

SKX (28/01/2009)
website groupe web.mac.com/jr666/kourgane/HOME.html | www.myspace.com/kourgane
website label www.myspace.com/relaxayvoo

Kill The Thrill / Overmars
Büccolision 7''
Green War 2008

C'est un split collaboration. C'est à dire chacun sa face comme sur n'importe quel split single. Mais en même temps, on n'en ait pas très sûr. Pas très sûr de qui joue avec qui ou chacun chez soi, est ce que les morceaux ont été écrits en commun, ou est-ce un seul et même morceau mais interprété de façon différente par chaque entité ? La seule chose dont on soit sûr, c'est que les deux faces ont été enregistrées par Nicolas Dick (guitariste et chanteur de Kill The Thrill) au studio TOG. Sûr également qu'il existe une face avec un point blanc sur un rond central noir et que cette face échoie aux marseillais de Kill The Thrill. Ouverture au piano, nappe de guitares qui vont en s'intensifiant, léger coup de boite à rythme mais gros coups de basse sur la fin, voix dan le brouillard et claustrophobie latente, KTT a choisi un traitement à l'ambiance désabusée. Sur la face avec deux points blancs, on pourrait utiliser un vocabulaire identique pour les lyonnais de Overmars. Sauf que la voix est plus velu, les chœurs/hurlements plus torturés et le propos emprunt de plus de lourdeur. Traitement Neurosis. Mais c'est tout aussi désabusé et brûlant à la claustrophobie. Et puis surtout, on dirait le même morceau que sur l'autre face, morceau qui finit d'ailleurs par les mêmes notes de ce maudit piano. Tout se rejoint. Tout se confond. La même force et son contraire comme se complète le blanc et le noir d'une pochette magnifique et sérigraphiée, abritant un 45 tours tout blanc et noir en son milieu et limité à 500 exemplaires.

SKX (01/01/2009)
website groupe killthethrill.free.fr | www.destroyalldreamers.org

Kylesa
Static Tensions - LP
La Familia Releases 2009

Si on me refilait un extrait de Kylesa à un blind test de l'été, sûr que je ne reconnaîtrais pas. Ce groupe ressemble à rien. Ou plutôt ressemble à un pudding indigeste. Pas uniquement hard core, pas franchement metal, un rien prog, parfois psychédélique. Varier les plaisirs et les positions est une bonne démarche mais les écoutes répétées de Static Tensions n'arrivent pas à effacer cette impression qu'il y a quelque chose qui ne colle pas, quelque part. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, d'avoir insisté, d'avoir persévéré. La musique de ce groupe me rentre par une oreille et me ressort par l'autre sans me ravager la cervelle. Trop propre. Trop bien foutue. Trop chargée d'intentions qui se voient gros comme une feuille de salade au milieu d'une fricassée de patates au lard. Cette déclaration chargée d'animosité faite, on va pouvoir s'occuper (un peu) de ce qui est vraiment bien chez Kylesa.
Parce que sur une petite durée (on va dire deux ou trois titres maxi), ce groupe a du charme. Celui gros, gras, lourd et violent d'un hard core metal inventif. Le double jeu de batterie s'entend et s'apprécie -pas comme sur les deux derniers Melvins- et certains titres frisent l'exploit de ressembler à des hits, Scapegoat par exemple. D'autres sont navrants, tel Only One avec son intro stupide, ses développements progressifs et ses effets ridicules sur les voix. Le principal problème de Static Tensions c'est donc qu'il y a bien plus de titres comme Only One que comme Scapegoat. L'autre gros problème c'est ce chant bourrin (masculin et féminin) et irritant au possible : ces types et cette fille vous hurlent dans les oreilles comme si eux comme vous étiez complètement sourds et/ou stupides. Les refrains flirtent parfois avec la niaiserie et les parties de chant clair féminin donnent envie de rire. Un groupe très largement surestimé -sûrement parce que bénéficiant d'une bonne réputation de groupe de scène- et dont on se moquera complètement dans vingt ans, si on est encore vivants, tout comme les punks morveux se foutaient de la gueule des dinosaures seventies. No Future.

Haz (08/09/2009)
website groupe www.kylesa.com
website label www.lafamiliareleases.com


Kelvin / Speedy Peones
Split 10''
Macina Dischi 2010

Un disque qui vous saute à la pupille avant d'assouvir (ou pas) les tympans. Un disque dont on se sent obliger d'abord de causer emballage avant le grand déballage. Un disque de poids. Un disque en aluminium, même léger et que d'un coté, ça tient bien dans la main, à la manière du Long Hair in Three Stages de US Maple. Pochette bleu-gris imprimée à même l'alu, vis, boulons et mouches prisonniers sous la presse. Verso, ça s'enlève, tendance toujours bleue comme le vinyl transparent. Macina Dischi, nouveau label de Padoue, a l'amour de l'objet de classe.

On va donc parler italien avec Kelvin et Speedy Peones, deux groupes également originaires de Padoue.
Kelvin ne sont pas des inconnus. Un duo mâle/femelle qui nous avait déjà titiller les neurones il y a deux ans avec un regroupement de leurs meilleurs trucs. La grande forme est toujours là. Un animal pas dangereux mais très joueur, aux coups de griffes qui peuvent laisser des traces, juste pour le fun. Un noise-rock alerte, acéré, rebondissant, avec deux morceaux expédiés en à peine trois minutes au total et dont les influences présenties ne laissent pas présager les deux reprises qui s'ajoutent au générique. If i had an exorcism par les Melvins (album Bullhead) et My body is a jerk par les fêlés et moins connus américains Men's Recovery Project (deux anciens Born Against). Une reprise des Melvins en version light dont je ne ferais pas l'affront de dire qu'elle est mieux que l'originale (ce morceau étant de plus un des meilleurs du répertoire des pouilleux) mais l'accélération et la dissonance en font un morceau furibard qui pourrait passer pour un inédit de Kelvin. Pendant ce temps là, la reprise de Men's Recovery Project est beaucoup plus proche de l'original et s'exécute à douze mains, les membres de Speedy Peones se joignant à l'œuvre de destruction sous le nom des Spelvin Keones. Ca, c'était pour la face K.

Face S, Speedy Peones joue le grand écart. Synth-pop-punk avec un synthé donc, des coulées de mélodies gaies comme un pinson et pour le coté punk, on repassera. A moins que ce soit pour la boite à rythme et sa programmation en mode rapide. Trois titres se dansant comme au bal de fin d'année, période 80's, entrecoupés régulièrement par des pets de synthés ressemblant plus à un bruitage de jeux vidéos. C'est frais comme un sirop de fraise dont le pendant serait les Allemands de Robocop Kraus. Pas franchement la culture de la maison mais comme piège à gonzesses, c'est parfait.

SKX (16/08/2010)
website groupe www.kelvins.altervista.org | www.myspace.com/speedypeones
website label
www.macinadischi.altervista.org

Kïmmo
Bolt and Biscuit - LP+CD
Rejuvenation / Les Disques du Hangar 221 / My Kimono / Karaoké666 2010

Kïmmo sauvé des glaces. Cinq ans pour s'extirper de la banquise de la composition. After the show se nommait le dernier ep en date. Et après le concert, il y en a eu d'autres des concerts et du temps, beaucoup de temps, pour expérimenter de nouvelles idées, roder les nouveaux morceaux, réajuster, abandonner, picoler, glander, peaufiner, se décider et finir au fin fond de la Bretagne, chez Miguel Constantino, pour mettre en boite, non pas des sardines, mais douze titres en rang serré s'inscrivant dans la continuité de leurs deux précédents disques. En mieux. En cinq ans, on en a vu des révolutions pour moins que ça. Chez Kïmmo, non. Sauf qu'ils ont désormais trouvé l'équilibre parfait. Qui dit banquise, dit pôle. Le nord et le sud. Le froid et un coup de chaud. Les angles saillants, le rock sec, percutant et des courants pop pour le traverser, l'adoucir. Les mélodies qui se font secouer par une section rythmique tendue quand ce ne sont pas les mélodies qui se sabotent d'elles-mêmes, évitant la facilité et misant sur l'acidité. L'influence Blonde Redhead s'estompe largement dans un décor de plus en plus personnel, la voix de Natasha Herzock perd son timbre Bjorkien mais pas son sel et c'est tout Kïmmo qui avance dans des compositions précises, entraînantes, salves noisy et rutilantes. Parfait de partout. Dans la balance chant féminin tour à tour aérien ou énervé et le masculin, pressant. Dans le tiraillement des parties urgentes, coupées intempestivement par une mélopée plus amène. Et inversement. Dans les guitares aux sons clairs, vifs, les chinoiseries et autres arpèges surprenants ou à l'aise dans les saturations. J'avoue ne pas être rentré de suite dans Bolt and Biscuit mais ces punks songs alertes finissent par faire leur chemin. Des morceaux comme Coton Tige, National Plan, Coureur de fond mettent en appétit, au contraire du clip de After the show (éviter de le regarder si vous allez passer à table). Cinq ans, c'est long cinq ans mais ça valait le coup d'attendre car les Kïmmo finissent toujours par briser la glace et révéler toute leur richesse.

SKX (04/05/2010)
website groupe
www.positiverage.com/kimmo/index.html
website label
www.rejuvenationrecords.com | http://lesdisquesduhangar221.com

Kong
Snake Magnet - CD+DVD
Brew / White Drugs / Graphite 2009

On pourrait facilement attaquer ce groupe de Manchester par la face image. Par le DVD se logeant dans le confortable et épais digipack. Une ode au cinéma d'auteur. A faire passer Monty Python pour du Alain Resnais avec une touche des Sous-doués en vacances. Ca vous habille son groupe. Difficile de ne pas prendre Kong pour des cons après ça. Et les cons pour des Kong. Trois potaches continuellement déguisés. La tronche grossièrement déformée avec un masque transparent et un maquillage à la truelle comme le gus sur la pochette promenant son bourrin dans une fête exotique dans un pays où on sait encore s'amuser. Allez savoir où ces dégénérés de rosbifs ont encore été traînés leur sale flegme en vacances ! Des travellings en patin à roulettes à couper le souffle. Un huit clos avec leur mère digne de Cassavetes. Des séances backstage très fengshui et des dialogues de mongoloïdes centristes. A ce niveau là, ce n'est plus de l'absurde et de la dérision, c'est de l'art sans filet, de la bravoure donnée à des cochons.
Et pourtant, Kong n'est pas la moitié d'un. Face musique, c'est tout le contraire. Il y a bien cette voix présentant des déficiences mentales, suivant un cours fluctant de terminaisons nerveuses allant de l'incohérent à l'exalté, du mélodique intense au chœur à deux mais la musique, cette baffe ! Et comme on est aussi la moitié d'un et que l'autre est maso, on tend la seconde joue avec plaisir. Kong, un trio en rappelant un autre, Oxes. Aussi bien pour l'esprit ludique de grands enfants attardés que pour la baston rythmique qu'ils imposent. La batterie est à ce titre complètement affolante. Limpide, déterminée et ardente (comme Fanny). Et puis un autre trio, McLusky. Dans leur facilité à accrocher l'oreille avec des morceaux drus, un (gros) poil certes plus complexes et longs (cinq minutes de moyenne) mais dont l'évidence s'impose toujours. Des compos comme Leather penny, Blood of a dove, Wet your knives ou Sport, c'est de l'or en barre et c'est valable pour les dix titres. Sauf deux. Good graphics, placé en plein milieu des ébats. Instrumental tarabiscoté à l'électronique qui aurait pu être pris pour une respiration mais qui fait essentiellement travailler l'index afin d'appuyer sur la touche zapping. Et Long, le dernier, dont les huit minutes et la durée ont judicieusement fourni le nom. C'est une nouvelle fois l'esprit retors de Kong qui se manifeste. Le même plan, la même note, bloqués pendant un long vol immobile, le degré de l'adrénaline grandissante n'étant pas suffisant pour rendre intéressante l'explosion finale, et tout compte fait, contenue. Tout le contraire de l'opinion, qui lui, ne sera pas contenu. Snake Magnet hypnotise par sa force et sa roublardise. Un très beau pavé dans la mare noise-rock.

SKX (21/01/2010)
website groupe kongdoms.blogspot.com
website label www.brewrecords.net | www.myspace.com/whtdrgs | www.graphiterecords.net

Kitchen Tool Set
More - CD
Self-released 2010

Kitchen Tool Set, c'était le même combat que Sons of Frida. Un combat perdu d'avance. Dix années de (semi) activités, pas grand-chose à se mettre sous la dent, que du convenu qui vous glisse dessus, on n'y croyait plus. Et à vrai dire, on en avait strictement rien à faire. Il est en musique comme pour ailleurs. Faut que ça paye tout de suite, faut que ça claque sinon t'es catalogué à vie, catégorie bon à jeter. Pas le temps d'attendre, de voir grandir, de voir mûrir, quatre millions d'autres groupes poussent au portillon. Consommer, jeter, au suivant, sale chienne de vie, et puis c'est la faute à la société d'abord, et puis t'avais qu'à rester dans ta cave et ne sortir qu'une fois prêt, pas la peine d'encombrer le marché avec du plastique même pas recyclable.
Au contraire de certains groupes qui donnent tout leur jus d'entrée de jeu, pour mieux par la suite vous coller leur mélasse, comme un chewing-gum à la semelle, sur un trottoir qui aurait du les voir mettre les voiles depuis un bail. Il n'y a qu'à regarder le dernier sommaire de Noise pour s'en apercevoir (Young Gods, Helmet, Killing Joke, les Melvins, ils n'y sont pas mais c'est pareil et… non, pas les Swans, ça ne marche pas à tous les coups).

Mais 2010 est l'année de la seconde chance et comme pour Sons of Frida, les Lillois de Kitchen Tool Set sorte l'album qui fait s'arrêter cinq minutes. Avec l'envie répétée de remettre un jeton. Kitchen Tool Set a mis du temps pour trouver l'équilibre parfait mais ils l'ont, la sainte alchimie. Faut dire que leur style n'est pas franchement défini. C'est à la frontière de tout et de rien. On va dire que c'est de l'indie-rock pour faire simple. Un disque d'artisans plus certainement. Au sens noble du terme, pas les bricoleurs du dimanche. Une musique d'éléments simples, sans édulcorants mais pleine de valeurs ajoutées dedans. Une pointe de Dischord records, à peine un doigt de June of 44 et surtout des heures à peaufiner tout ça, voir quatre années depuis leur dernière sortie. Autant dire qu'ils ont pris le temps. D'ailleurs, on pourrait très bien passer au travers, à la lueur de premières écoutes qui n'ont rien d'accrocheuses. La faute à ce maudit style bâtard, au carrefour d'un grand nul part où le rock est dans son plus simple appareil, où l'émotion est palpable mais ne saute pas à la gorge, tout comme l'intensité qui prend son temps pour vous rattraper par le colbaque. Et pourtant ils sont bien là ces éléments, ces mélodies qui finissent par vous happer, ces structures par palier, beaucoup moins simples qu'elles n'y paraissent. Cet équilibre entre nerf et moments plus coulants (le début de Mirror rappelle carrément Zëro), entre fermeté et fragilité, d'un type derrière ces fûts qui bat comme si il avait le feu au cul (Fake) ou bien des morceaux en mode instrumental avant que le chant ne débarque et que la musique ne s'emballe. Finir sur un petit rythme de valse avec The Fall, être à fleur de peau, tendance Kommandant Cobra ou We Only Said, se laisser gagner par des trépidances contagieuses, se laisser porter par More, le morceau de l'album avec deux guitares très complémentaires et inspirées et qui ne faibliront jamais pas tout au long de ces neuf titres. C'est pas le genre de disque qui va vous chambouler mais il s'infiltre insidieusement, on le garde bien au chaud sous le coude et Kitchen Tool Set a bien fait de persévérer.

SKX (07/12/2010)
website groupe www.myspace.com/kitchentoolset

Kowloon Walled City
Gambling on the Richter Scale - LP + CD
The Perpetual Motion Machine 2009

Après une carte de visite alléchante, le groupe de San Francisco revient avec un premier album qui concourt au titre de l'album le plus lourd de l'année 2009. Ce n'est jamais bon signe de parler/être interpeller d'abord par l'enregistrement plus que par les compos, ça sent le cache misère, mais force est de constater que le son vous choppe par les tripes, vous brutalise par sa rugosité et vous enveloppe dans le même mouvement par sa chaleur démoniaque. Un son avec un grain énorme, épais, rêche, chaque riff de guitare (et il y en a deux) ou de basse vous enfoncent un peu plus bas que terre, sans qu'on en vienne tout de même, comme le titre de l'album le suggère, à parier sur l'effet que chaque détonation pourrait avoir sur l'échelle de Richter. Mais il ya du Part Chimp dans ce son là, un Part Chimp s'amusant à faire du Neurosis ou, encore plus tordant, Unsane à tendance stoner, Black Cobra avec quatre membres.
Et on en arrive à parler compositions. Du lent, du faussement lent, du plus rapide mais jamais trop non plus, du puissant avec un effet monolithique qui fait qu'au bout de quatre, cinq morceaux, on commence à lasser. Mais ça donne le temps de se farcir quelques bonnes décharges comme Annandale et surtout Diabetic Feet, quand la petite mélodie à l'intérieur fait le petit plus. De crouler sous le poids pachydermique du titre Gambling on the Richter Scale, plus Neurosis que Neurosis dans le riff. Parce que pour ce qui est de l'habillage, Kowloon Walled City ne s'embarrasse pas de dentelles. De passer sous la moulinette d'un chant possédant ce même gros grain traînant au fond de la gorge, raclant le reste de crasse de morceaux qui auraient pu être une énième resucée d'un hardcore/noise/metal (j'ai pas réussi à trancher) porté sur le post-rock et des ambiances creuses à n'en plus finir alors qu'ils ont le bon goût de se la jouer au cordeau, viril, de concentrer leur rage pour un mouvement continu des vertèbres cervicales du haut vers le bas, tendant vers un rendement maximal. Les neurones seront sollicités un autre jour.

SKX (07/04/2010)
website groupe inthewalledcity.com
website label www.theperpetualmotionmachine.com

Le groupe a mis gracieusement ce disque (et le EP précédent) en téléchargement libre ici.

Kylesa
Spiral Shadow - CD
Season Of Mist 2010

Travailler c'est fatiguant, surtout depuis que mon temps partiel a encore été réduit chez Perte & Fracas et c'est par pure paresse également que j'étais réellement tenté à propos de Spiral Shadow, le nouvel album de Kylesa, de faire un copier/coller de la chronique du précédent Static Tensions. Il n'y a rien de personnel là dedans - comprenez que je n'ai rien de particulier contre Laura Pleasants, Phillip Cope and C° mais que pour l'originalité on repassera également - aussi je vais faire un ultime et dérisoire effort à propos de ce groupe de Savannah qui n'est pas prêt d'hanter à nouveau la machine à musique. Parce que Spiral Shadows est un disque de Kylesa plus désolent que jamais et qu'employer des termes tels que - tenez vous bien - crust, sludge ou même hard core à propos de cette bouillie sonore et aseptisée est aussi honteux qu'indigent. On cèdera plus volontiers sur le terme de metal puisque celui-ci accepte très bien les notions de racolage, de putasserie et pourquoi pas de niaiserie. Tout ça à la fois ? Oui, tout ça.
Il y avait encore deux ou trois choses à sauver sur Static Tensions mais sur Spiral Shadows on n'en croit tout simplement pas nos oreilles. L'album commence avec un Tired Climb typique du groupe lorsqu'il décide d'être un peu en colère mais qui demeure tout juste passable (ce son over calibré est tout simplement insupportable) et si on excepte Cheating Energy (au fait : il faudrait acheter de nouvelles pédales d'effet au guitariste) ou Crowded House (tout juste vaillant) et Back And Forth (rigolo), Spiral Shadows est une longue et inexorable descente dans le mauvais goût. Entre les introductions prog, les passages atmosphériques, les plans de guitare appris chez Mike Oldfield, les refrains fédérateurs pour hooligans de fast food, le chant variétoche et la production gonflée mais creuse, ce ne sont pas les envies de distribuer les claques qui manquent d'autant plus que les faux airs geignards et trop trop trop malheureux éventuellement empruntés ici terminent le travail que le ridicule de la chose avait pourtant bien commencé. Le carré d'ass Distance Closing In/To Forget/Forseken/Spiral Shadow est une pure merveille du genre que ce donne désormais Kylesa, le groupe a semble-t-il trouvé la recette du côté obscur de la force dans une boite de kinder surprise. Vous en voulez encore ? Soit : Dust est là pour prouver que Kylesa n'a pas besoin du chant de Laura Pleasants pour se vautrer une ultime fois dans la niaiserie adolescente. Zéro pointé.
Spiral Shadow est le premier album de Kylesa à sortir chez le label français Season Of Mist. Il y a bien sûr une édition vinyle mais également une édition CD + DVD emballée dans un digipak avec joli effet holographique. Exactement la pochette qu'il fallait à ce disque dont la façade sonore ne cache même pas l'inutilité et l'ennui.

Haz (09/10/2010)
website groupe www.kylesa.com
website label
www.season-of-mist.com


 
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