Old Time Relijun
Catharsis In Crisis - CD
K records 2007

Septième album en dix années d'existence. La cadence est soutenue mais la question se pose : que peut-on encore attendre du Old Time Relijun ? Ca fait une paire d'albums que Arrington de Dionyso, la voix officielle de OTR, ne surprend guère. La recette est connue. Blues névrotique, rock'n'roll fiévreux et incantatoire qui doit autant au Captain Beefheart qu'à Birthday Party, aux Cramps qu'à de vieux groupes blacks pourrissant près du delta. Le fond de commerce habituel qui n'a jamais connu de baisse de régime mais auquel on commence à involontairement s'habituer. Bon dieu de routine. Et c'est bien dommage. Parce que si cet album était sorti, allez au hasard, à la place de Witchcraft rebellion en 2001, on aurait sauté dessus sans hésiter. La force de OTR n'est pas de se renouveler à chaque album, inventer un nouveau style à chaque fois. C'est de puiser dans son réservoir de savoir-faire, son puit d'émotions crues pour accoucher de morceaux qui vous prennent toujours aux tripes. Old Time Relijun ne fait pas seulement du Old Time Relijun. Il fait tout simplement de la bonne putain de musique. Quatorze nouvelles compositions où l'inspiration était au rendez-vous, redonnant comme un second souffle au groupe. L'arrivée d'un saxophoniste sur quasiment tous les titres n'est sans doute pas étrangère à cette revitalisation. Benjamin Hartman (la famille de Aaron Hartman, le fidèle contrebassiste de OTR ?) n'en fait pas des tonnes. Sa présence reste discrète mais c'est un indéniable plus. Présenté comme le dernier volet d'une trilogie après Lost light et 2012, Catharsis in crisis ferme la porte de manière majestueuse. Si OTR possède toujours ce coté rachitique et sec, ce truc droit dans la face et sans fard, l'ensemble fait preuve d'une instrumentation un brin plus riche. Le saxo remplit l'espace, fait le lien entre cette rythmique propulsive et le jeu squelettique, minimaliste de la guitare de Dionyso. Dionyso dont la voix est toujours aussi incroyable, large éventail de vibrations qui fait à elle seule une grande partie de la magie du groupe. On a beau connaître ses capacités, elle est une nouvelle fois bluffante. Old Time Relijun, c'est du combustible interne, une capacité à vous secouer, la rencontre de Miserlou et des espagnolades (à moins que ce soit de l'italien, la patrie d'adoption de Dionyso), d'un rock'n'roll sauvage et d'une très ancienne danse vaudoue. Des morceaux nerveux comme un coup de trique et des noirceurs à l'ambiance prenante (le quasi instrumentale et grandiose Dark matter). Un Nick Cave qui ne joue pas la carte du symphonique. Une relecture de la cacophonie façon James Chance and the Contortions, la faute à ce cuivre insidieux. Mine de rien, OTR renouvelle ses cartouches en douceur, continue d'écrire de grandes chansons, se sublime même et inocule la fièvre du samedi soir. On a connu nombres de groupes qui, à force de se répéter, se perdent dans le désert. Ca ne sera pas cette fois ci. Catharsis in crisis est tout simplement un des meilleurs albums de Old Time Relijun.

SKX (23/12/2007)