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Sneers
With Flames Like Hope To Mortals Given – LP
Toten Schwan/Hell Vice I Vicious 2016

Il règne un temps de chien. Et je ne parle pas de la pluie. With Flames Like Hope To Mortals Given n'est pas seulement un album où le plafond nuageux est bas et très sombre. C'est un disque où il est question du ciel et de ces forces obscures, de mort, d'absolution, d'amour difficile, de religion, de beaucoup de religion et de tout le bordel que ça engendre. L'ensemble des titres est un panel particulièrement angoissant de ce que Sneers dépeint. De Die, Do Me A Favor à I Bet Our God Cheated On Us All, en passant par A God's Abuse, Waves Are Flames And I Don't Fear The Sky jusqu'à La Chanson Pour Survivre (en français dans le texte), le second album du duo italien vivant en Allemagne n'incite pas à la gaudriole. Ce qui aurait été surprenant vu la teneur de l'album précédent.

Cependant, le mal, Sneers l'attrape par les cornes. Il émane de ce nouveau disque un parfum plus volontaire, direct malgré la longueur de nombreux morceaux, puissamment incantatoires, une souffrance sans pathétisme exagéré. C'est cru, c'est violent, c'est beau, à l'instar de Carla Bozulich dont l'ombre bienveillante vient souvent envelopper With Flames Like Hope To Mortals Given. Dès le tribal et premier titre éponyme, Sneers donne le ton d'une musique arrivant à marier âpreté et accroche, abstraction et clinquant, la carabine qui vise entre les deux yeux et qui peut aussi se retourner contre son celui qui tient la gâchette devant autant de tourments. Les structures n'hésitent pas à affronter les sept, huit, neuf minutes mais gagnent en clarté, en précision, en mélodie. Longue arabesque chimérique et irradiante, en équilibre parfait entre cauchemar et rêve halluciné, chaque composition allume un feu différent et marque durablement, magnifiquement douloureuse. D'une simple guitare et d'une batterie minimale, Sneers fait des ravages, remplit l'espace de milliers de lumières blafardes sans provoquer une étincelle de trop. Le don de l'élégance, de la sobriété dans de longs dialogues où chaque mouvement est soupesé, savoir provoquer le déchirement dans de ténébreuses balades sans forcer le trait, naturellement dramatique.

Et puis le chant bien sûr, central et fascinant. Il faut entendre la guitariste Maria Greta Pizza figer l'instant quand elle clame et que ça claque sous la langue You are the one supposed to clean the shit i've made sur It's My Mind That's Bleeding ou répéter inlassablement, impitoyablement My brain sur Baby I'm Glowing (Heading To A Savage Place) - dont il existe une version légèrement différente sur le split avec Silent Carnival - pour plier sous l’envoûtement d'une voix à multiples facettes, succomber à l'onirisme singulier qu'elle dégage comme sur Prison Ballad, titre final qui apaise les sens après avoir été percé de toutes parts.
Sneers est unique et signe un grand album qui marque au fer rouge, un album dont l'aura n'a pas fini de nous hanter. La nuit et le jour.

SKX (06/10/2016)