<03|01|2012>
Après une pause de fin d'année, ça repart
avec 2012, l'année de la lose. Une année rêvée
pour Perte & Fracas. Mais avant de s'adonner aux joies
des chroniques et articles en tous genres, un peu de ménage.
La rubrique The Art of Losing se refait une beauté
et pendant que les chroniques écrites en 2011 sont
parties se faire sagement archiver,
les compteurs des chroniques à écrire en 2012
sont remis à zéro.
Ne reste plus qu'à remplir les blancs et les pages
de cette nouvelle année qu'on vous souhaite aussi pourrie
que les précédentes.
Mug
- corsica egg 2x10''- Pandemonium
/ Le Dernier Cri 2000
[posté
le 20 janvier 2012]
Sauter pour sauter, je saute.
Sept longues années après un remarquable premier
double single, Mug trinque à nouveau avec un nouveau
double mais la taille au-dessus. Un somptueux double 10",
gorgé de 26 morceaux et richement illustré d'un
livret de 24 pages, sans l'aide cette fois-ci de toute une
ribambelle de dessinateurs mais par Paquito Bolino tout seul.
Le résultat est toujours aussi bluffant et saignant,
les couleurs explosent les pupilles pendant que les traits
fracturent l'imaginaire. Chéri, chéri, ce
soir, j'ai les nerfs à vif.
Pour le personnel, pas mal de changements à noter.
Ne subsiste depuis la mouture de 1993 que Bolino bien sûr,
l'écossais naturalisé marseillais Tony Kennedy
et la présence de Caroline Sury au chant qui répand
ses drôles de paroles sur beaucoup plus de titres. A
la batterie, Mike M. remplace l'autre écossais Jason
Boyce et pour l'autre guitare, Patrick A. prend la place de
Stephen Krieger. Son dos est recouvert de cicatrices. Elle
ne me croit pas.
L'ambiance change également. De la chambre des infirmières,
on mélange son urine. Malgré l'abondance
des compos, l'oxygène se fait plus fréquente
sur Corsica Egg. La noise névrotique de Mug
respire par les ouvertures crées sur de nombreux titres
moins frontaux. Mais tout aussi malsain. Eclatement général
des structures, samples grouillants, qui parfois, sont la
seule base des compos, trifouillages, bidouillages, triturations
de sons, altération du conduit hormonal. Lignes de
basse rappelant la truculence de Badgewearer. Les guitares
élargissent leur champ d'action, se diversifient dans
les tourments infligés à l'auditeur, la mettent
en sourdine sur certains titres, laissant de l'espace à
leurs compagnons de jeu. Les borgnes font barrages.
Avec un "S", oui. Parce qu'il faut être fort
et nombreux pour résister à la vague de bruit
tordu imaginée par les esprits malades de Mug. Musique
inclassable, hors-mode et toujours d'actualité. Le
truc électrique, ça me fait tellement baver.
infos
: black vinyl, 2 10'', 33 rpm, 24 pages booklet. Scottish
bassman : Kennedy T. Alburkurki drumkid : Mike M. Mayonnaise
voice : Caroline Sury. 6 Strings Mars-Allard : Patrick A.
Flamenko guitar zéro : Bolino. Two head male vocal
: Tony Pakito. Guest drums from Campo : Gilles (*Univers domestique).
All tracks recorded (this Mug was shot dec 97) 2 weeks practice,
4 days recording, 3 days mixing -> july 98 in Marseille,
studio Zik, le Grand Domaine... Mars 2000 double 10'' co-production
Pandemonium + Le Dernier Cri. 500 copies.
Mug
- dead men don't rape 2x7''- Amanita
/ Le Dernier Cri 1993
[posté
le 13 janvier 2012]
Deux ans après La Mâchoire, Paquito Bolino retrousse
à nouveau les babines avec Mug. Les tympans vont encore
trinquer. Il s'entoure de Caroline Sury (chant sur quelques
titres), autre tête pensante du collectif Le Dernier
Cri et dessinatrice comme lui, et d'une section rythmique
à faire pâlir. L'Ecossais Tony Kennedy, bassiste
de Badgewearer,
venu chercher le soleil à Marseille (et qui doit toujours
y habiter d'ailleurs) et Jason Boyce, batteur de Stretchheads.
Ne pas oublier le second guitariste, Stefan Krieger (du groupe
Voodoo Muzak à l'époque), boss de Amanita records
et surtout connu désormais pour ses travaux d'enregistrements
dans son studio basque où avait déjà
été conçu ce Dead men don't rape.
Deux 45 tours chargés à bloc de huit titres,
prolongement magnifique des crispations et bouillonnements
entrechoqués sur La Mâchoire. La rythmique de
luxe frappe de grands coups névrotiques, dans la pure
et belle tradition de leurs groupes respectifs qui ont fait
leur renommée et divinement vitriolée par les
deux guitares Black & Decker. Ca ponce, ça perce,
ça troue mais sans la couche de vernis à la
fin. C'est à l'état brut et parfaitement mis
en condition par un enregistrement rendant honneur à
cette musique de psychopathes. Le chant ou les chants, tout
comme le son, ont été travaillés et les
morceaux plus variés, fracturés, découpés,
charcutés et servis chaud. Bien qu'on ne comprenne
rien aux paroles qui n'ont pas l'air d'être en français
dans le style La Mâchoire, le malaise est palpable.
Et ça n'a pas pris une ride en 20 ans. Saississant.
Un mot également sur l'objet fabriqué dans les
locaux du Dernier Cri. Un double 45 tours sérigraphié
et un livret de 32 pages richement illustré par Bolino
et Sury, évidemment, mais aussi Poincelet, Valium,
Kerosen, Y5/P5, Alexios Tjoyas, Dom Tom, De Broutelles, Colas,
Blex Botlex, Pigassou, Jason et limité à 500
exemplaires.
Un incontournable.
infos
: black vinyl, 2 singles, 45rpm, 32 pages booklet. Intestine
bladder guït : Pakito B. Contractive variuos guït
: Stefan K. Abdominal muscle kit retracting beat : Jason.
Digestive catatonik bass : Tony K. Vocal inflamation : Pakito
B : all surfaces except Sylvie et Stefan Musak (Moroko Fingers),
Caroline Sury (Lucy Elvira Jones). Control operation 8 tracks
tape Amanita laboratory, 10 days infected diseases, july august
93. Pathologist : Stefan K. Pictures disorder sutures printing
silckreen by Le Dernier Cri. A double 7'' 32 pages booklet
incision.
La
Mâchoire - s/t LP - Tête
Cru 1991
[posté
le 05 janvier 2012]
Une
mâchoire, c'est musclé, ça mord, ça
mâche et ça arrache ! On ne peut rêver
mieux pour décrire la musique de La Mâchoire.
Une citation de Bolino, interviewé dans le numéro
sept du zine parisien Hyacinth, paru en 1991 ou 92. Une plongée
bien utile dans les vieux cartons pour retrouver des infos
sur ce groupe français qui n'a publié que ce
disque (et qui a failli sortir sous le nom de Plaies Mobiles,
l'ancien nom du groupe de Bolino et du batteur, avant qu'ils
ne s'aperçoivent que trop de groupes avec le même
jeu de mot foireux existaient). La mémoire pourrit
plus vite que le papier.
Paquito Bolino, maitre d'oeuvre, avant de devenir Maître-Chien
bien des années plus tard, d'un groupe qu'il a tenu
à bout de bras, pour ne pas dire à bout de dents,
mâchoire bien serrée. Un type qui a les crocs
et qui ne se décourage pas devant les départs
de plusieurs bassistes et guitaristes, continuant le groupe
malgré les pièges et finissant par enregistrer
un album, seul avec le batteur, Pat Z., membre actif du mythique
zine bordelais Hello Happy Taxpayers (et plus tard de Escare).
De ce zine, il en est encore question puisqu'il est encouragé,
financé, endetté par Loux, autre tête
pensante de HHT. Bolino se tape tout. Guitare, basse, chant.
Il en découle un disque dont il n'est pas très
content du résultat, dixit Bolino, j'aurais
préféré un vrai groupe. On pouvait
certes espérer mieux en terme de production et de mise
en valeur mais les conditions d'enregistrement et de précarité
du groupe collent parfaitement avec l'urgence et la crudité
du propos. Bile punk-noise expulsée avec rage, boule
de fureur ramassée sur elle-même, guitares découpantes
post-Big Black, choix des mots en français dans un
style que Glu
remettra dans la bouche en sang quelques années plus
tard. Une bonne guerre / il pleut des yeux / rentre à
la base / merci c'est sale. Quinze jets expéditifs,
punitifs, galeux et dépaysants dans un pays de rock
alternatif qui n'était pas encore prêt pour cette
sauvagerie. L'est-il encore ?
Un album qui n'est pas que de la musique. Paquito Bolino est
surtout connu en tant que dessinateur et avec Le
Dernier Cri. Normal de retrouver un objet qui n'est pas
qu'un vulgaire bout de vinyle. Un livret de 24 pages accompagne
le disque avec son slogan ravageur qui n'a pas pris une ride
: EPATE TES AMIS, ECOUTE DE LA MERDE. Valium, Poincelet, Y5P5,
Pierre La Police, F.L. Hadida, Pigassou, Bruno Richard, etc
autant de dessinateurs qui y vont chacun de leur pierre pour
faire trembler l'édifice de la normalité et
de la décence.
Après ce disque, La Mâchoire continuera épisodiquement
à broyer des neurones, par la seule force de la volonté
de Bolino. Trouver de nouveaux musiciens. Faire des concerts
avec Caroline Sury. Ecrire de nouveaux morceaux. Mais jamais
plus rien ne sera vomi sur disque. Disque idéal pour
mordre à pleines dents dans cette nouvelle année.
infos
: black vinyl, 33 rpm, 24 pages booklet. Mots, gorge, poumons
: Paquito B. Nerfs, ongles : P. Bolino. Pouce, gros doigts
: Paq. B. Cervelle rythmique : Paquito Bolino. Bras, tête,
pieds, muscles : Pat Z. Organe indispensable : Loux. Coeurs
: Pat Z., Loux. Pouce auxiliaire : Michel T. (sur "merci
c'est sale"). Prothèse mots de tête :
Alexios, De Broutelles. Boutons, tête de lecture,
points noirs : Jean-Marc, Lionel. Traité et mixé
au Chalet par Jean-Marc et La Mâchoire (printemps
- automne 1990]. Peau du disque : Paquito B., Isabelle V.,
La Mâchoire. Trous du disque : Paquito B., Pat Z.
Selten-Ubel
- self-titled 12''- ABC
Group Documentation 2005
[posté
le 17 décembre 2011]
Une double pochette parce que la vraie,
c'est ce truc tout noir pas franchement glamour alors que
la main qui se tend vers vous et cette aisselle qui pendouille
ne sont que l'insert. C'est pourtant cette dernière
que vous trouverez le plus souvent pour représenter
l'unique disque de Selten-Ubel. Un projet éphémère
de la diaspora des -Brut
(New Brutalism, Soldat Brut, Villa Brut, Beton Brut) avec
Carey Balch et Dave Basford, deux éminents membres
de New
Brutalism qui dévient de la ligne directrice des
Brut. En cinq titres, Selten-Ubel génère un
bruit qui ne doit strictement rien à Shellac et se
promène avec classe et un énorme sens de après
moi le déluge aux cotés de The Conformists,
Moller-Plesset et Shorty.
Ce qui, en gros, ressemblait déjà à ce
qui avait été dit
il ya trois ans.
Comme tout bon disque des Brut, ce 12'' avait mis quatre ans
à sortir (l'enregistrement date de 2001), car ils ont
une notion du temps très personnelle et sortent leurs
compositions quand la pluie s'arrête de tomber sauf
si c'est un mois impair. A ce titre, on attend toujours l'album
de Villa
Brut dont l'enregistrement date d'au moins quatre ans,
tout en souhaitant que le Personnal
Record de New Brutalism daigne bien sortir de sa tanière
un jour...
infos
12'' :black
vinyl, 45 rpm. Recorded and mixed in the winter of 2001, by
Selten-Ubel who was Carey Balch, Dave Basford, Chris Lowe
and David Wilson. Album art by Chris Lowe for Defender Prints
in Knoxville, Tennessee.