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AAA Gripper
We Invented Work For The Common Good – LP
Wrong Speed records 2025

AAA Gripper, un nouveau groupe dont le pedigree interpelle et met de suite l’eau à la bouche. Au départ, Joe Thompson, bassiste de Hey Colossus et fondateur de Wrong Speed records avec le batteur Lee Richardson qui a également enregistré et mixé l’album car c’est surtout dans ce domaine qu’il s’est fait connaître. Thomas House, alias Sweet Williams s’est greffé au projet avec sa guitare et le plus inattendu, M. Edward Cole, chanteur des cultissimes Joeyfat, le secret le mieux gardé de l’Angleterre. Un attelage qui a de l’allure et s’affranchit des obstacles. Si le timbre caractéristique de M. Edward Cole et son débit spoken-word donnent un air de Joeyfat à AAA Gripper, le quatuor anglais sait habilement brouiller les pistes et jouer une partition aussi unique qu’enthousiasmante.
We Invented Work For The Common Good parce que le travail, c’est une passion et un lieu idéal pour abrutir les masses afin qu’elle ne pense pas à se rebiffer est non seulement un sarcasme écrit par le chanteur et figurant dans le morceau Wasp Women mais avant tout le titre d’un disque où chaque musicien fournit un travail pointu au service du collectif pour l’épanouissement du plus grand nombre. Et comme ces musiciens expérimentés ne manquent pas de talent, les neuf compos forment un sacré bel ouvrage.
La basse de Thompson dispense un jeu tout en rebondissements, courbes sensuelles et fines ne manquant pas de mélodies, composant avec le batteur au feeling jazzy mais dont la frappe peut s’avérer sèche et incisive le socle de AAA Gripper élaboré au bout de longues heures de répétitions qui ont servi de base à ce premier album. Les éclats tranchants de la guitare de Thomas House, sa façon de s’insérer dans le groove, ses arabesques et ses arpèges électrisants ne ressemblant jamais à de véritables riffs mais à une toile dont lui seul connaît les inflexions alimentent les structures dont on ne devine jamais le parcours qu’elles vont emprunter.
Il en émane une certaine impression de complexité, d’angularité, un noise-rock cérébral. Et pourtant, il est question également d’intensité et les montées qui vont avec, d’urgence, de rock qui claque et percute, d’une limpidité se dessinant au fil des écoutes, de morceaux évoluant entre élans narratifs et secousses fougueuses, entre morceaux aussi entraînants (Hair Vampire) que brisés pouvant aussi se révéler beaux et lumineux avec une façon de faire qui leur est toujours particulière. Porté par le phrasé sans pareil de M. Edward Cole, We Invented Work For The Common Good impose sa patte en faisant preuve de personnalité et fricote avec l’excellence.

SKX (30/06/2025)