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World Domination Enterprises
Let's Play Domination - LP
Product Inc. records 1988

[publié le 24 janvier 2021]




World Domination Enterprises nous renvoie à l’Angleterre de Margaret Thatcher à la fin des années 80. De quoi sortir la sulfateuse. Ce qu’à très bien su faire Bastard Kestrel, Terminal Cheeseake, Godflesh et World Domination Enterprises fourbissant les armes d’un bruit, dur, sale et méchant. Un trio originaire de Londres qui n’a pas eu la gloire escomptée, la faute à une carrière courte (1985-1990) et un seul album à son actif, Let’s Play Domination. Mais un album qui a fait son effet à sa sortie, auprès de John Peel bien sûr qui avait été séduit dès la parution du single incontournable Asbestos Lead Asbestos et de la critique en général. Et qui continue plus de trente après à être un disque culte. Un mélange de noise-rock, punk, indus, dub qui fait grincer les gencives, écorche l’épiderme, un bruit à nulle autre pareil à l’époque, brutal et violemment sexy. Car le groove est indécent avec une basse élastique qui doit beaucoup au dub et au funk à qui Steve Jameson (décédé courant 2019) assène de vigoureux pains dans la tronche. Un son unique prolongé par la batterie de Digger Metters et la guitare du chanteur Keith Dobson pour un combo noise, punk et dub incontournable. La guitare ferraille, lamine, hérisse des pics. Le chant marche parfois sur les traces d’un Alan Vega, opte pour un débit hip-hop sur I Can’t Live Without My Radio puisque c’est une reprise de LL Cool J, feule, halète, séduit ou se la joue Nick Cave sur le mal nommé Ragamuffin Man qui sonne comme du Birthday Party (et ce n’est pas le seul moment du disque qui fait penser à la bande de Nick Cave). Un album férocement abrasif et sensuel symbolisé par le titre phare Asbestos Lead Asbestos mais comportante de nombreux autres faits d’armes comme Message For You People, Blu Money, le rampant et sombre Ghetto Queen, des titres qui raffûtent comme Look Out Jack, Hosty Girl et The Stack Blew Jack et deux autres reprises témoignant de leur amour du reggae avec Jah Jah Call You de U-Roy ou du disco-funk avec le tube Funkytown de Lipps Inc.
La même année, en octobre, World Domination Enterprises a réalisé un autre long format, Love From Lead City, avec des remixes (une grande spécialité de World Dom comme on les appelle) et des versions live en face B de Let’s Play Domination. Et puis après un single, l’excellent The Company News, World Dom s’est dissout à l’aube des années 90 laissant derrière lui un album singulier et unique. En 2009, Keith Dobson a publié sur son propre label Free Love records une réédition en CD uniquement de Let’s Play Domination que vous pouvez écouter ici avec des morceaux bonus figurant sur des singles et un inédit, Do Do Go Go, très dispensable. C’est surtout un album qui a été remastérisé en perdant au passage beaucoup de sa violence et son abrasion avec des sonorités rentrant dans le rang. Rien ne vaut l’original d’un vinyle qui se trouve toujours facilement d’occasion à des prix soldés ou en téléchargeant le lien ci-dessous présentant la version originale, la seule qui vaille le déplacement.




infos CD : 33 rpm. Produced by David M. Allen For Hiss except Asbestos Lead Asbestos by Victor Van Vugt, Grant Showbiz & Keith Dobson. Sleeve by World Domination Enterprises & Slim Smith. Photography by Lawrence Watson.