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Février
Rosevalent – LP
Kerviniou/Araki/Renegat records 2026

Les mois passent lentement chez Février. Les années aussi. Huit ans après un premier EP, le duo rennais qui s’est mué en trio avec l’arrivée définitive d’un batteur sans tabouret publie Rosevalent, son premier album, enregistré depuis deux ans déjà chez Thomas Poli, à l’Impersonal Freedom Studio. Mais il est là cet objet, magnifique, tout de blanc vêtu jusqu’au bout des sillons avec un artwork de Claire Von Corda et l’attente valait le coup.
Huit compositions qui vont à l’essentiel et frappent avec justesse, à peine rehaussées par des claviers et quelques menus effets ou habillage sonore. Un chant, une guitare électrique et une batterie minimaliste. Entre Mecca Normal et Slint, il existe une place et Février s’y engouffre comme un souffle revigorant. Un slow-core à leur manière, faussement calme et ombrageux, aussi beau que tendu, sobrement abrasif et fragilement revêche.
Mais Février, c’est avant tout une histoire de mélodies. Et la guitare de Don Lurie en a plein les cordes. Des poignantes et des vibrantes, simples, sans surenchère, des accords et des arpèges qui se répètent et deviennent vite entêtants, attachants, tranquillement envoûtants. Chaque titre possède son accroche, sa petite musique intérieure qui vous agrippe. Son air autant mélancolique qu’électrisant. Les cordes vocales d’ Émilie Pelletier sont également irriguées par les mélodies et la sensibilité, par une sourde colère aussi ou une vulnérabilité qui ne s’en laisse pas compter, tout un éventail d’émotions que c’est beau à entendre et que ça te consume même plus d’une fois. Et que ce soit la guitare ou le chant, c’est toujours fait avec une économie de notes et de mots, pas un geste de trop à l’instar du batteur Matt Coton. Une caisse claire, un tom basse et une cymbale suffisent pour apporter une consistance nouvelle à Février. Une frappe n’intervenant qu’à bon escient, se fondant dans le décor (Cinematic), accompagnant les montées d’intensité, martelant les brèves décharges d’adrénaline, la lourdeur qui percute et accélère le pouls des morceaux. Et le notre avec.
For Sarah et Blonde, deux titres plus courts, nerveux et intenses avec les fins de Love et Hate (aussi complémentaires que leurs titres) qui éclatent dans des volutes noisy. La clarté contraste avec le fond sombre. Février manipule toutes les nuances de noir et de blanc avec finesse et juste ce qu’il faut de frottements. Fields Of Glory, Wish et Love encore étalent sur la longueur un charme vénéneux et élégant.
Rosevalent a pris tout son temps pour éclore mais il est en plein épanouissement et c’est un bouquet singulier dans le paysage à découvrir absolument.

SKX (14/06/2026)