Musique lourdingue
ou comment donner de la confiture aux cochons. La délicatesse avec
laquelle ce groupe de Boston est venu monde tient plus du cri du porcinet
qu'on égorge que de la cigogne gracieuse. Une guitare, une batterie
et surtout deux basses. Les deux bassistes s'adonnant aux joies de la
vocifération toute masculine. Vous avez dit noise ? Leur premier
méfait remonte à 1991 avec un 45 tours sorti sur Cinder
Block records et limité à 750 exemplaires (j'ai le 69
pas
fait exprès). Les deux basses remplissent forcément l'espace
de façon vertigineuse. Firestone, le surnom du guitariste, laisse
de la gomme à chaque attaque de guitare qu'il manie tout en larsen.
Swine, gut et 100 Gloves, deux morceaux qui ont un arrière
goût de rock-noise industriel. En 1992 sort un pauvre split 45 tours
avec les punks de Spore sur Reproductive et il faudra attendre 1994 pour
entendre parler d'eux à nouveau.
Entre temps, le trou noir
A moins d'une méconnaissance de
ma part, Slughog n'a rien sorti mais a continué tout de même
à enregistrer. Pour preuve, deux 45 en cette année 94. Hangman/Hanker
sur Self Abuse records et Fossil/Mannix sur Super 8 records. Seul
le batteur a changé. La musique reste toujours aussi solidement
ancrée dans la terre ferme. La dimension bruyante a légèrement
diminué au profit d'une lourdeur rythmique à déterrer
un char. Les voix feraient passer le chanteur de Killdozer pour un petit
chanteur à la croix de bois. Slughog soigne son groove. Tribal
et assourdissant. Assurément, Slughog ne devait pas passer inaperçu
en concert, le groupe traînant une réputation assez sulfureuse
derrière lui d'ailleurs. Ces deux 45 ainsi que 7 inédits
se retrouvent sur leur premier album Grit, sorti en 1996 sur Wonderdrug
records. Une pochette toujours à la gloire du cochon, mort de préférence.
Aux cotés de groupes comme Unsane ou les Melvins, Slughog est sûrement
un des poids lourds (musicalement parlant) les plus conséquent.
Avec des morceaux comme Organ grinder et Forcefeed, vous
avez à manger pour le restant de votre vie !
Après, c'est une nouvelle fois le trou noir. Il aura fallu attendre
2004 pour que je m'aperçoive que le groupe avait sorti un autre
album en 1998, toujours sur Wonderdrug !! Les membres de Slughog n'ont
apparemment jamais pris très au sérieux ce projet. Un vaste
défouloir avec des enregistrements épisodiques. Tout comme
leurs concerts. Sur deuxième album, Ungodly amounts of meat,
toujours ce rapport à la viande et à boire et à manger.
On les retrouve pratiquement inchangés. Avec le recul, Slughog
fait de plus en plus penser à du Tad (mais avec 2 basses !). Et
si on les trouve juste un peu gras du bide sur certains passages (Firestone
a la gomme usée, quelques parties de guitares sentant le réchauffé)
l'album tient la route, saignant, cru, direct et rouleau compresseur.
Aujourd'hui, leurs fils spirituels pourraient être les tendres Keelhaul.
Depuis, plus aucune nouvelle. Andrew Schneider, l'un des deux bassistes,
a formé Barbaro (un single sur Hydrahead et 2 albums) mais le groupe
a eu la vie courte. On retrouve encore des chroniques de concerts de Slughog
en octobre 2004, signe que le groupe existe toujours et qu'il occupe le
week-end de ses membres épisodiquement.
Alors ils nous referont peut-être le coup du trou noir et nous ressortiront
un album très bientôt. Mais pas d'inquiétude, on ne
saura au courant qu'en 2032 !
SKX (01/07/2005)
Discographie
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