xpublichealth
maraming


Public Health
Minamata – LP
Maraming records 2026

Quoi de plus normal quand on a choisi pour nom de groupe Public Health que d’appeler son premier album Minamata. Un des plus gros scandales de pollution industrielle qui a eu lieu à Minamata, ville du Japon. L’usine Chisso a déversé pendant des décennies jusqu’à sa fermeture en 1968 des métaux lourds dans la baie de Minamata, intoxiquant les poissons qui finissaient dans les assiettes des habitants. Elle le savait et n’a rien fait. Ou a fait mine de s’en soucier mais a continué en douce. Des milliers de personnes en sont mortes à plus ou moins longue échéance. De nombreux enfants sont nés avec une forme de paralysie cérébrale ou de malformation physique.
Public Health n’est pas japonais mais canadien. Un quatuor de Hamilton dans l’Ontario qui a sorti en numérique son premier album quasi un an jour pour jour mais dont la version vinyle n’apparaît que maintenant. Et leur Minamata à eux déverse une substance bien moins dangereuse pour la santé même si l’écoute peut révéler quelques troubles auditifs. Le noise-rock n’est pas réputé pour prendre soin des tympans et celui pratiqué par Public Health est suffisamment riche en saturations et larsens pour aggraver votre problème de surdité. Ce qui est particulièrement le cas sur Landlord’s Son et ses onze minutes avec un long passage bruitiste qui d’ailleurs peut s’avérer longuet (comme disait Gérard). Sauf que là, on est déjà rendu au dernier titre.
Mais tout ce qui a précédé amène à ce bouquet final. Un groupe à guitares qui aiment les cavalcades effrénées et les mélodies sous les juteuses dissonances (l’excellent Bounty Men), les dérapages contrôlés, l’intensité, les belles et grandes gerbes pleines d’une électricité bouillonnante. Mais aussi des passages plus posés pour mieux mettre en valeur les éruptions qui sifflent de partout (Rotterdam), appuyer sur les contrastes pour ne pas vous en mettre plein la tronche tout le temps. Mais ce qu’apprécie encore plus Public Health, ce sont les compos de longues durées. Outre Landlord’s Son, Minamata comporte deux autres morceaux à rallonge grimpant au-delà des dix minutes, Kilimanjaro et Pork Pint. L’occasion pour les Canadiens de tester toute l’artillerie de leurs pédales d’effets, d’opter pour un esprit plus expérimental sans sacrifier les mélodies, jouer sur l’hypnose des répétitions et des effluves soniques et d’afficher toute l’étendue des reliefs qu’ils sont capables de monter et descendre. Minamata, de la bonne pollution pour les oreilles.

SKX (16/07/2026)