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Orphan Donor
Ailments – CD
Zegema Beach records 2026

On avait laissé Jared Stimpfl seul avec ses démons sur le furieusement dingue Unraveled. Chris Pandolfo se chargeait uniquement de prêter sa voix à ce projet solo à la base. Il revient cinq ans plus tard à six. Le temps de ce troisième album Ailments, Orphan Donor est devenu un sextet. C’est tout ou rien avec Jared Stimpfl. Et là, c’est orgie. Double ration de guitares avec TJ Schilling du groupe King Slender et Nick Pokrivchak, le bassiste Ed Lewis, Stimpfl à la batterie, Pandolfo toujours au chant et une surprenante trompette dans le décor jouée par Kevin Moris (Motel Bible, Full Of Hell) qui hurle aussi dans le micro.
Étonnamment, Orphan Donor n’est pas devenu encore plus furieusement dingue, ne sonne pas plus dense et puissamment. Point de surenchère. C’est même une cure d’amaigrissement avec huit titres expédiés en moins de dix-huit minutes. A six, ce groupe basé à Allentown (Pennsylvanie) condense le tir mais par contre, il fait toujours aussi mal. La douleur continue d’être salement intense. Les démons ne sont pas partis avec l’eau des saturations.
A ce régime là, Ailments bouffe les chairs, une rage viscérale, une sauvagerie épique qui n’en devient que plus percutante et cinglante. Après une intro trompeuse tout en douceur, c’est une furie sonore qui trace son chaotique chemin entre screamo/powerviolence, noise radicale, grindcore et sludge. Blast beats frénétiques, ruptures rythmiques soudaines, l’effondrement au bout de la tension insoutenable, fragments de riffs en constante mutation qui sont autant des frappes percussives que des saillies meurtrières. Les motifs s’enchaînent sans prévenir, les structures sont insaisissables, se répètent, glissent, explosent, reviennent à un tempo plus mesuré. L’impression de chaos alors que tout est sous contrôle. Implacable. Renforce ce féroce sentiment d’intensité amenant au bord de la folie. La trompette se fond dans le paysage. Pas toujours évident de l’entendre. Comme une couche sonore supplémentaire augmentant la sensation d’enfermement dans une camisole de force. La trompette se mêle aux fréquences aiguës des guitares. Les cymbales sifflent comme des larsens. La voix plus criarde de Pandolfo contraste avec le chant plus rauque de Moris.
Et vous, vous êtes au milieu de cette déferlante comme un poisson dans l’eau. Parce que ce disque est sacrément incisif. Violemment beau. Ce n’est pas (que) de l’agression, c’est de l’amour aussi mon poulet, brutal et dramatique, magnifiquement retranscrit avec les compos Lampmaster et Frail Forms. Ou avec l’accalmie et les arpèges mélodieux au début de Show Me The Way avant l’assaut impitoyable se poursuivant sur l’angoissant Void Eyes que ne renierait pas un Flying Luttenbachers (et pas que pour ce titre). Un truc toujours aussi cathartique et qui calme les nerfs. Qu’importe le nombre et les moyens, la punition Orphan Donor est une nouvelle fois délicieusement bonne à prendre.

SKX (26/06/2026)