nerves
blowtorch




Nerves
Iarmhaireacht – LP
Blowtorch records 2025

L’Irlande a la réputation depuis quelques temps d’être une terre bénie pour les groupes bruyants et chaotiques. Avec Nerves, la verte Érin tire une nouvelle fois de sa manche une sacrée bestiole. Il n’est donc pas surprenant de voir le nom de Daniel Eamon Fox (Gilla Band) crédité au dos de la pochette pour l’enregistrement. Nerves aime le bruit, son volume, jouer avec, le pousser dans ses retranchements, le lacérer et aussi les distorsions, les larsens, le fracas et d’une manière générale, ne pas laisser dans le confort les tympans de l’auditeur intrépide. Ne fuyez pas pour autant si vous avez l’esgourde sensible.
Le quatuor de Foxford dompte du bout des amplis ses allures de sauvageons et arrive à mettre de l’ordre dans les huit compositions constituant Iarmhaireacht (c’est de l’Irlandais avant que les colons anglais n’interdisent ce langage de miséreux et c’est un mot qui vaut tout une phrase (poétique) se traduisant par un état de solitude que l’on éprouve au petit matin). Ou plus exactement cinq compos, les trois restantes étant du domaine du bref interlude élaboré à partir de samples d’archives sonores de la culture irlandaise à laquelle Nerves est très attachée et qui font partie intégrante du déroulé narratif et de l’atmosphère de Iarmhaireacht.
Une ambiance qui se veut angoissante, oppressante, tendue, sombre, tumultueuse, chargée en données sonores et en drames désordonnés. Cependant, il est permis de respirer avec Iarmhaireacht, même sous la menace. Et ce sont justement ces moments d’accalmies et de tension larvée qui rendent les déflagrations et les excès de bruit encore plus violents et impressionnants. Et mon tout captivant. Through My Chest est un bel exemple d’extrémités entre lesquelles Nerves est capable d’évoluer. Entre torpeur stressante, pression grandissante et déflagrations soudaines où Nerves ne fait pas le voyage pour rien. Parce que quand Nerves décide de tout pulvériser, il ne le fait jamais à moitié et la fin de ce morceau sature l’espace d’un bruit dense et démesuré. Idem avec Act Of Contrition dont les accords peuvent se révéler mélancoliques et les poussées de fièvre noise quasi épiques. Un jeu constant entre fureur et calme trompeur, un équilibre aussi beau que précaire sur le bord du précipice où Nerves n’est pas loin de chuter tout au bout de Dirty Fingers alors que les six minutes finales de Don’t Let Go sont étrangement entraînantes puis sifflantes avant qu’un gros nuage shoegaze nébuleux, grinçant et rempli d’intensité ne vienne clore les débats.
L’Irlande a encore frappé et présente son rejeton le plus agité et un des plus intéressants également.

SKX (02/02/2026)