foetus





Foetus
Halt – 2xLPs
Ectopic Ents records 2026

Toute une existence consacrée à la musique et Foetus arrive en fin de vie. Halt marque l’ultime album de JG Thirlwell, alias Foetus. Quarante-cinq ans après Deaf en 1981. Dix-huit albums ou un truc dans le genre, une multitude de projets annexes sous différents pseudos (Steroid Maximus, Clint Ruin avec son amie Lydia Lunch, Xordox, Wiseblood, etc...), compositeur compulsif pour des musiques de films, séries, télés, des ensembles de musique classique contemporaine, des collaborations tous azimuts (Nurse With Wound, Coil, Marc Almond pour ne citer qu’eux), producteur, remixeur, cet Australien né en janvier 1960 et installé à New-York (après un bref détour à Londres en 1978) dans l’élan du mouvement no-wave qu’il contribuera à alimenter donne une touche finale à son œuvre principale, celle qui la fait connaître et qui en a influencé plus d’un, l’inclassable Foetus. Mais qui mieux que Lydia Lunch pour décrire Foetus et son géniteur, elle qui déclarait en 2011 au zine Louder Than War : magnifique, troublant, drôle, surréaliste, sensuel, audacieux et sublime. L'homme et sa musique. Mon héros. Madame est fan mais on le serait à moins. Halt va encore le prouver.
Halt (quatre lettres comme pour tous les albums de Foetus, coucou Jesus Lizard), une dernière démonstration du talent singulier et polymorphe de Jim G. Thirlwell. Huit années pour le mettre au monde. Ce Foetus final s’est fait attendre mais il vaut grandement le coup. Halt regroupe toutes les lubies et les folies de Thirlwell. Autant son amour pour la musique industrielle que contemporaine ou classique, les big bands que le noise-rock (on comprend en écoutant The World Is Broken, Dead To Me ou Succulence pourquoi Cop Shoot Cop citait Foetus comme influence majeure), la musique de films que les incursions en territoires jazzy, gospel, électro, kraut-rock ou même folk sur le très beau Scurvy transposant Foetus dans un pays celtique avec le violon de Leah Asher sans qu’on y trouve rien à y redire.
Parce que c’est ça le miracle Foetus. Une alchimie unique avec des éléments très disparates qui pourrait être bancale dans n’importe quelles mains. Avec Thirlwell, ça tient debout comme par magie. Il arrive à faire cohabiter les trompettes chaleureuses de Jake Baldwin et des impulsions futuristes et synthétiques, des samples et des chants gospel, plaquer un riff sombre après des envolées orchestrales, se montrer épique, aller vers l’emphase sans tomber dedans (le grandiose Harpoon) pour mieux repartir sur un morceau à la matrice rock et directe (Die Alone, The Rabbit Hole), évoquer les plus belles ballades de Nick Cave et martyriser les fûts avec Brian Chase (Yeah Yeah Yeahs), un des nombreux invités de Halt. Mettre de la mélodie, des enjolivures, de la tristesse mais aussi des ambiances devant lesquelles les fans de Ministry ou Nine Inch Nails pourraient frémir. C’est également tendu, violent, accidenté avec le chant de Thirlwell plus que jamais convaincant et mordant du haut de ses 66 ans. C’est foisonnant mais jamais on s’y perd. Une maîtrise totale des arrangements, des agencements, des structures alambiquées et échevelées qui claquent de la part d’un compositeur hors-pair qui n’a pas d’équivalent, le sens du drame qui fait dresser les poils et les stridences inquiétantes, les montées orchestrales à l’aura très cinématographique (Crater) d’un disque au scénario aussi parfait qu’imprévisible. Et qui se termine par un titre en forme de clin d’œil, Many Versions Of Me, tant ce personnage est multiple et n’a cessé de brouiller les pistes. Son dernier acte nommé Halt est synonyme de sortie par la grande porte. Foetus est mort. Longue vie à Foetus.
Cependant, Halt ne sera pas le dernier disque avec marqué Fœtus dessus. Des compos issues de cette même période, Jim G. Thirlwell en a encore pas mal sous le coude. Une collection de bonus qui sortira l’année prochaine sous le nom de Leak. Tout comme Damp était le pendant de Love et Soak celui de Hide (Hide, Love et Flow vont d’ailleurs bénéficier d’une sortie en vinyle pour la première fois). L’actualité de Fœtus ne s’éteint donc pas avec Halt sans oublier bien sûr que Thirlwell va continuer à composer et sortir de la musique pour d’autres projets. C’est toute sa vie et ça sera ainsi jusqu’à son dernier souffle.

SKX (19/05/2026)