dug
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Dug
Mule - LP
The Ghost Is Clear records 2026

La vie de Dug n’est qu’un long chemin de croix. Mule, quatrième album, va encore planter un gros clou sur leur parcours de damnés. Et ce n’est certainement pas le plus accommodant de la boite. Quatre titres s’étirant comme une complainte malaisante qui sent le retour à la vie sauvage. Où tout n’est que ravages, ruines et extinction des feux. L’artwork est très représentatif de ce qui se trame chez le duo Dug. Ce n’est pas ce qu’on appelle une surprise. Les albums précédents n’ont jamais respiré la joie de vivre et quand il s’agit de faire souffrir, Dug s’y connaît en supplices auditifs. Mais la tête de Mule fait encore plus peur.
Une musique de plus en plus énigmatique pour un groupe qui travaille en profondeur et de travers son doom apocalyptique, son doom fait par des noise-rockeurs, sa lenteur délétère, ses répétitions oppressantes et sa violence larvée. Des textures graves et saturées qui font dangereusement vibrer les membranes des enceintes, surtout si vous suivez le conseil indiqué au recto de la pochette, Designed to be played at maximum volume.
Mule, c’est le versant obtus, nihiliste et expérimental de Dug. Celui qui est sans pitié et ne fait rien pour plaire. Le long sample introductif des chants grégoriens ou un truc dans le genre ouvrant l’album sur Mouth Of God pourrait laisser croire que Dug va enfin s’élever dans la lumière et se repentir de ses péchés mais c’est pour mieux se faire cueillir par une guitare honteusement trafiquée et saturée et s’enfoncer dans les tréfonds de l’enfer. Ça cogne sévère, ça hurle comme une bête affamée avant de répéter froidement et calmement une phrase dont je ne préfère pas comprendre le sens.
La distorsion est la déesse maléfique de Dug. Immense, rampante, envahissante comme un sale virus. Les saturations étouffent lentement comme à la fin de Whirr. La dimension bruitiste et radicale de Dug est un instrument de torture en tout point remarquable. Et Mule pue une agressivité qui ne demande qu’à exploser et qui n’explose jamais. The Vessel est tendu, la voix n’en peut plus de cette pourriture environnante, c’est sûr, ça va péter mais tu n’auras que l’asphyxie au bout, without a sound. Et pour achever les masses laborieuses, les neuf minutes trente de Flesh Of The Earth sont les plus ardues de Mule. Massives, retentissantes, minimalistes. Un long grondement qui a la dégaine d’un drone façon Dug, se nourrissant de ses propres saturations, dévorant le moindre espace, s’effondrant sous son propre poids, tentant de cingler l’air avec des cymbales qui auront le dernier mot avec un coup final marquant un album cohérent avec ses prédécesseurs tout en étant sans concession.
On avait promis de ne plus dire que Dug était composé de deux anciens Buildings (Mike Baillie, guitare/chant et Travis Kuhlman, batterie) mais comme ils reprennent du service avec Buildings (qui existe donc toujours avec un nouvel enregistrement, sept ans après Negative Sound, prévu prochainement), on n’a pas fini de mentionner leur CV pour le prochain Dug qui espérons, ne va pas s’arrêter avec la reprise des activités de Buildings.

SKX (11/06/2026)