vangas
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Vangas
You Left Us In The Spring – LP
Chunklet Industries records 2025

En juillet 2024, le single Slow Strum annonçait la sortie imminente du troisième album de Vangas. Il aura mis plus d’un an à finalement voir le jour. Qui d’ailleurs aurait très bien pu ne jamais le voir ce putain de jour. Christian Touchet, guitariste, chanteur, compositeur et homme de base de Vangas, après son déménagement à New York a vu le groupe implosé. Mais la volonté de publier cet enregistrement datant de mai 2023 a été la plus forte. Et si You Left Us In The Spring a été enregistré avec les membres historiques du groupe, c’est désormais avec du personnel nouvellement recruté que Touchet va défendre ce disque sur scène.
Un disque ne respirant pas l’allégresse. You Left Us In The Spring. Un titre qui n’a hélas rien de métaphorique. Le frère de Christian Touchet s’est suicidé en avril 2019. Son beau-père a fait de même en 2021. Et Kyle Smith (guitare) et Cole Smith (basse) ont également perdu deux frères au cours des deux dernières années entre 2021 et 2023. Quand ça veut pas…
Un album marqué par le deuil que Vangas a transformé en une vibrante et ambitieuse odyssée sonique. Avec un percussionniste supplémentaire (Jamal Paris) plus Isaac Bishop et Chris Tidwell qui ont sorti tout un attirail cuivré (saxo alto et soprano, flûte, clarinette basse et soprano), Vangas fait passer son noise-rock dans une dimension supérieure. Qui dépasse le simple cadre du noise-rock. Six titres s’épanchant longuement (sept avec le téléchargement, l’instrumental Silver Spring se rajoutant au générique) en presque cinquante minutes pour faire voler les structures classiques et se débattre dans une camisole de force. Vangas emprunte à l’esprit d’Oxbow le sens du drame, la narration convulsive, les fulgurances dissonantes, la noirceur étincelante, le murmure inquiétant dans le creux de l’oreille pour créer sa propre tension, sa propre croix à porter. Et qu’elle soit sous-jacente ou explosant en milliers de fragments, cette tension est aussi douloureuse qu’elle est belle.
Une musique qui met à fleur de peau à l’instar de ces cris poignants que Touchet ne peut s’empêcher de libérer. Des avancées titubantes, une marche funèbre terminant dans un ravin de chagrin (The Hole Where You Slept). Control, morceau du premier album totalement revisité avec presque quatre minutes de plus au compteur, pour atteindre les neuf qui témoignent de toute l’évolution du groupe en six années, cette façon nouvelle de jouer avec les volumes, les sonorités, les contrastes, l’intensité, amener l’auditeur au bord du gouffre, ne plus choisir le duel frontal, torturer la mélodie pour la rendre encore plus lumineuse. Rajouter de l’incertitude avec des cuivres intervenant à bon escient en mode free, répéter les riffs, les enfoncer profondément pendant que le chant se fait fragile, casser subitement les montées d’adrénaline, revenir sur le ring pour tout casser, revenir boxer dans la catégorie noise-rock pour repartir dans des embardées habitées et des structures qui s’effondrent. Et tout ça en gardant une cohérence étonnante, une fibre rock qui tient en haleine, des compos abondantes, sinueuses, tragiques qui font sentir profondément les méandres tourmentés d’un groupe pas épargné par le sale destin. Écrire et enregistrer cette chose a été une des choses les plus pénibles de ma vie écrit Christian Touchet. Il peut être fier du travail accompli et du chemin parcouru. Un disque singulier et grand.

SKX (26/11/2025)