hissingtiles
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Hissing Tiles
Boychoir – LP
Whited Sepulchre records 2019

À une époque, Hissing Tiles s’appelait Gazer. Plusieurs disque sous ce patronyme et des très bons. Changement de nom, changement de peau. Et changement de batteur récemment. Patrick Apfelback rejoint Michael Squeri (guitares, chant) et Erik Ziedses Des Plantes (basse) pour un nouveau départ. Il faut donc oublier leur passé noise-rock incendiaire qui avait donné les espoirs les plus dingues. Le coup est rude. Mais le virage pris par Hissing Tiles n’est pas du tout dénué d’intérêt.
Après un précédent enregistrement longue durée intitulé Aces Read Me To Sleep en 2016 dans le monde virtuel uniquement et que tout le monde aura oublié quand le groupe n’existera plus, que leur bandcamp sera mort et votre disque dur grillé, Boychoir est donc le véritable premier album du trio, l’acte de naissance d’une nouvelle vie. L’ancienne n’a cependant pas totalement été mise au rebus. Hissing Tiles garde cette fibre noise-rock faite d’intensité et de saccades bruyantes. Mais l’espace dans lequel ce bruit évolue est entièrement repensé. Avec des pièces inédites, des couleurs modifiées, une ventilation revue et une circulation remodelée.
Le chant n’est plus cette boule de nerf coincée au fond de la gorge qu’il faut à tout prix expulser, question de vie ou de mort. C’est plus posé, chanté tout simplement ou parlé, susurré mais également plus excentrique, voir légèrement maniéré parfois avec deux invitées (Maggie Cleary et Regina Squeri) pour les chœurs sur cinq titres. Et les structures sont comme éclatées, décousues, suivant un fil à l’équilibre instable pour une progression aléatoire donnant l’impression que les trois protagonistes jouent une partition chacun dans son coin, sans se concerter avant de retomber comme par miracle dans le même mouvement. Ou pas. Une dynamique périlleuse ne portant pas toujours ses fruits. Mais dans l’ensemble, Boychoir offre de beaux et surprenants moments de hautes voltiges lors de compos plus aérées, fragiles et bien moins conventionnelles. L’accident peut arriver à n’importe quel instant et il est souvent source d’heureux évènement.
Hissing Tiles a également étoffé sa palette d’instruments. Le trio ne se refuse plus rien. Guitares préparées, synthés, samples, loops, drones, vibraphone et multitude d’effets viennent enrichir le propos d’une musique qui déborde de la sphère strictement noise-rock pour aller se confronter à un monde plus arty, expérimental, plus pop à la 31 Knots tout en proposant des mélodies bizarres et atonales. Hissing Tiles prend des risques, affiche ses nouvelles ambitions, l’envie d’aller sur des territoires plus osés et moins fréquentés. Il reste du chemin à parcourir mais la nouvelle vie de Hissing Tiles s’annonce passionnante.

SKX (11/03/2020)