vonstroheim
navalorama





Von Stroheim
Sing For Blood – CDEP
Navalorama 2015

Ce que j'aime chez Von Stroheim, c'est que je n'y comprends pas grand chose. C'est me perdre dans une musique qui me laisse sans repère ou alors au milieu d'un champ de possibilités beaucoup trop large - ce qui revient au même - une musique dans laquelle on s'y perd mais dans tous les cas, une musique qui interpelle. Chaque seconde de leur disque ne me passionne pas mais force est de constater que les quatre titres de Sing For Blood font saigner ton petit cœur. Un trio de Bruxelles au sein duquel on retrouve la chanteuse Dominique Van Cappellen-Waldock (LAS vegas, Keiki, Baby Fire), le guitariste Raphaël Rastelli (LAS vegas et Keiki également) et Christophe Van Cappellen à la batterie. Une histoire de famille en quelque sorte, une histoire de personnes qui se connaissent très bien mais qui ne vivent pas sur leurs acquis. La grande illusion de Von Stroheim, c'est de reprendre des éléments de plein de styles musicaux différents et par un tour de magie ni vu ni connu, élaborer une nouvelle donne, construire des morceaux pour lesquels l'émotion et la force évocatrice sont plus importants que les riffs ou les rythmes en eux-mêmes. Von Stroheim mélange ainsi un chant confinant au lyrisme avec des rythmes pesants, des riffs longs dont l'écho perdurent dans de profondes et sombres dissonances contre des claviers plaintifs, des arpèges lumineux et des sirènes envoûtantes et inquiétantes, les samples d'un monde ancien contre de violentes décharges, du spoken-word sur un lit épais et tumultueux. Et toujours ce chant qui vole tel un ange incertain et fragile au-dessus d'un monde en périple, de nuques se cassant en deux, de compos qui prennent par surprise et collent un putain de frisson. Von Stroheim parle de doom, de cinéma, de post machin truc et autres improbabilités. Je crois en fait qu'ils n'en savent rien non plus. C'est une alchimie secrète, des histoires d'atmosphères qu'on ne rencontre pas tous les jours, une originalité cheminant à l'affect et un premier enregistrement dont on prend soigneusement note.

SKX (26/09/2015)