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Batpiss
There’s A Place In My Mind Where We All Burn Alive – LP
Poison City records 2025

Dire que ce nouvel album de Batpiss était fortement attendu relève du doux euphémisme. Et il a su se faire désirer. Six ans que le groupe australien n’avait plus donné de nouvelles. Depuis un single qui annonçait un album imminent. Enfin ça, c’est ce que je croyais. Entre temps, un sale virus planétaire et un nouveau remaniement de personnel ont largement retardé de fournir une suite au fantastique Rest In Piss. L’habituelle formation en trio est passée à quatre. Thomy Sloane, seul membre historique du groupe, a switché de la basse à la guitare et au chant, ce qui était déjà le cas sur le single. Son frère Bones Sloane arrivé en 2019 est à la basse. Et les deux nouveaux sont le batteur Dave Mudie et un second guitariste, Thommy Taranto.
Des changements qui ne modifient en rien la matrice profonde de Batpiss. Swamp-rock et noise-rock se déchirent sur fond de rock australien ancestral. Ça laisse une place de choix au purgatoire. Avec le cerbère Stooges pour souffler sur les braises, entretenir le fuzz et les distorsions, veiller que la flamme perdure. Et le cas échéant, tremper ses plaies dans les affres d’un psychédélisme crépusculaire sur le magnifique Inner North Bubble Buster qui n’a pas fini de hanter vos nuits d’insomnie (avec le bizarre instrumental au piano Hitchhiker’s Guide To Belanglo).
Parce que There’s A Place In My Mind Where We All Burn Alive n’est pas qu’une histoire de missiles rock brûlants qui glissent sous l’épiderme et torpillent les artères, c’est aussi une affaire d’atmosphères vénéneuses au milieu de la tempête, d’une multitude de grouillements qui envoûtent, de textures crépitantes et revêches qui excitent autant qu’elles enveloppent dans leur chaleureuse abrasion que les deux guitares alimentent divinement. Comme le dit lui même si bien le groupe, cet album est étrange, chaotique et beau. Il aurait pu ajouter frénétique sur l’hypnotique Cancer Of The Earth avec sa rythmique répétitive et aliénante et également Time qui file droit dans l’urgence pour affoler les compteurs. Renchérir avec douloureusement palpitant avec un chant essayant de se frayer un chemin pour faire entendre sa complainte à travers les éclats bruyants et pour son titre de sortie, les sept minutes et quelques de The Others, poignante errance aussi intense que vulnérable. Et compléter par sauvage toujours, Batpiss possédant un sens inné du rock pour le chevaucher librement, en tirer toute la quintessence et le rendre viscéralement exaltant. There’s A Place In My Mind Where We All Burn Alive. On sait désormais qui a déclenché l’étincelle. Magnifique bûcher.

SKX (08/07/2025)